‹ Dictionnaire des facultés intellectuelles et affectives de l'âme où l'on traite des passions, des vertus, des vices, des défauts, etcChapitre 200 sur 251 · VA · texte numérisé non relu

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lent sur le pavé des grandes villes, avec des lilres el des grades qui leur sont inutile1--. Paris et la France sont pleins de Gilbcrls ignorés, de Newtons sans emploi, d'avocats sans clients, de médecins sans malades, d'artistes de toules sortes sans travail. Tous ces hommes, enlevés à l'agriculture et aux arts, ne rendent rien à la société, et deviennent, en croupissant dans l'inaction et l'ennui, le levain de mille mau\. Débauchés, scandaleux, agitateurs sans principes, tous doué9 (l'ambition, sans patrie, ils sont asservis par leur éducation à une foule de besoins qu'ils ne peuvent satisfaire. Ils oublient que la condition, imposée à tout homme ici-bas, est de semer pour recueillir, de donner pour recevoir, de travailler pour avoir le droit de vivre. Ils sont en partie la cause du malaise social qui nous travaille et nous ronge.

Mais si nous devons redouter les effets de la vanité chez les hommes, elle n'est pas moins à craindre chez les filles. Elles naissent avec un désir violent de plaire. Les chemins qui conduisent les hommes à l'autorité cl à la gloire leur étant fermés, eiles tâchent de se dédommager par les agréments de l'esprit et du corps. De là vient leur conversalion douce el insinuante ; de là vient qu'elles aspirent tant à la beauté el à loutes les grâces extérieures, et qu'elles sont si passionnées pour les ajustements : u>:e coiffe, un bout de ruban, une boucle de cheveux plus haute ou plus basse, le choix d'une couleur, ce sont pour elles autant d'affaires. Ces excès vont encore plus loin dans notre uation qu'en toute autre. L'humeur changeante qui règne parmi nous cause une variété continuelle de modes : ainsi on ajoute à l'amour des ajustements celui de la nouveauté, qui a d'étranges charmes sur de tels esprits. Ces deux folies, mises ensemb'.T, renversent les bornes des conditions et dérèglent leurs mœurs. Dès qu'il n'y a plus dérègle pour les babils el pour les meubles, il n'y en a plus d'elTeclives pour les conditions : car pour la table des particuliers, c'est ce que l'autorité publique peut moins régler; chacun choisit selon son argent, ou plutôt sans argent, selon son ambition et sa vanité. Ce faste ruine les familles, et la ruine des familles entraine !a corruption des mœurs. D'un côté, le faste excite dans les personnages d'une basse naissance la passion d'une prompte fortune, ce qui ne peut se faire sans peine, comme le Saint-Esprit nous l'assure ; d'un autre côté, les gens de qualité, se trouvant sans ressource, font des lâchetés el des bassesses : par là s'éteignent insensiblement l'honneur, la foi, la probité et le bon naturel, même entre les plus proches parents. Ainsi, hommes et femmes ont tous à craindre de la vanité, et cela parce qu'il n'y a pas de folies dout on ne puisse désabuser un homme qui n'est pas fou, hors la vanité; pour celle-ci rien ne peut la guérir que l'expérience, si toutefois quelque chose peut en guérir.

Pour ma part, je ne vois qu'un moyen el le voici : H consiste, 1" dans l'application à faire entendre aux jeunes liik-s combien

l'honneur qui vient d'une bonne conduite et d'une vraie capacité est plus estimable que celui qu'on lire de ses cheveux ou de ses habits. La beauté, direz-vous, trompe encore plus la personne qui la possède que ceux qui en sont éblouis ; elle trouble, elle enivre l'âme; on est plus sottement idolâtre de soimême que les amants les plus passionnés ne le sont de la personne qu'ils aiment. Il n'y a qu'un fort petit nombre d'années de différence entre une belle femme et une autre qui ne l'est pas. La beauté ne peut être que nuisible, à moins qu'elle ne serve à faire marier avantageusement une fille : mais comment s'en servira-t-elle , si elle n'est soutenue ni par le vice ni par la vertu? Elle ne peut espérer d'épouser qu'un jeune fou, avec qui elle sera malheureuse, à moins que sa sagesse et sa modestie ne la fassent rechercher par des hommes d'un esprit réglé, et sensibles aux qualités solides. Les personnes qui tirent toute leur gloire de leur beauté deviennent bientôt ridicules; elles arrivent, sans s'en apercevoir, à un certain âge où la beauté se flétrit; el elles sont charmées d'elles-mêmes, quoique le monde, bien loin de l'être, en soit découlé. Enfin, il est aussi déraisonnable de s'attacher uniquement à la beauté que de vouloir mellrc tout le mérile dans la force du corps, comme font les peuples barbares et sauvages.

De la beauté, passons à l'ajustement. Les véritables grâces ne proviennent pas d'une parure vaine el affectée. 11 est vrai qu'on peut chercher la propreté, la proportion et la bienséance, dans les habits nécessaires pour couvrir nos corps; mais, après tout, ces étoffes qui nous couvrent, et qu'en peut rendre commodes el agréables, ne peuvent jamais être des ornements qui donnent une vraie beauté. Je voudrais même faire voir aux jeunes filles la noble simplicité qui parait dans les statues et dans les autres figures qui nous restent des femmes grecques et romaines; elles y verraient combien des cheveux noués négligemment par derrière, el des draperies pleines el flottantes à lon;:s plis, sont agréables et majestueuses. Il serait bon même qu'elles entendissent parler les peintres et les autres gens qui ont ce goût exquis de l'antiquité. Si peu que leur espr.t s'élevât au-dessus de la préoccupation des modes, elles auraient bientôt un mépris pour leurs frisures, si éloignées du naturel, et pour les h i bits d'une ligure trop façonnée. Je sais bieu qu'il ne laut pas souhaiter qu'elles prenneiil l'extérieur antique ; il y aurait de l'extravagauce à le vouloir: mais elles pourraient, sans aucune singularité, prendre le goûl de celte simplicité d'habits, si noble, si gracieuse, et d'ailleurs si convenable aux mœurs chrétiennes. Ainsi, se conformant dans l'extérieur à l'usage présent, elles sauraient au moins ce qu'il faudrait penser de cet usage; elles satisferaient à la mode comme à une servitude fâcheuse, et elles ne lui donneraient que ce qu'elles ne pourraient lui refuser.

Mais la mode se détruit elle-même ; die

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vise toujours au parfait, et jamais elle ne le trouve, du moins elle ne vent jamais s'y arrêter. Elle serait raisonnable, si elle ne changeait que pour ne changer plus, après avoir trouvé la perfection pour la commodité et pour la bonne grâce; mais changer pour changer sans cesse, n'est-ce pas chercher plutôt l'inconstance cl le dérèglement, que la véritable politesse et le bon goût? Aussi n'y a-t-il d'ordinaire que caprice dans les modes. Les femmes sont en possession de décider, il n'y a qu'elles qu'on veuille croire : ainsi les esprits les plus légers et les moins instruits entraînent les autres. Elles ne choisissent et ne quittent rien par règle ; il suffit qu'une chose bien inventée ait été longtemps à la mode, po:ir qu'elle ne doive plus y être, et qu'une autre, quoique ridicule, à litre de nouveauté, prenne sa place et soit admirée. Voilà quels sont les inconvénients dans lesquels entraîne la vanité; et voici quels sont les fondements sur lesquels doit eut reposer les moyens qu'on peut appeler correctifs. Montrez à vos filles, dirons-nous aux mères de famille, quelles sont les règles de la modestie ch étienne: apprenez-leur, par l'histoire t'e nos saints martyrs , que l'homme nait dans la corruption du péché, que sou corps, travaillé d'une manière contagieuse, est une source inépuisable de tentations pour son â'iie. Jésus-Christ nous apprend à mettre toute notre vertu dans la crainte el dans la défiance de nous-mêmes. Voudriez— vons , pourra-t-on dire à une fille, hasarder votre âme el celle de votre prochain pour une folle vanité? Ayez donc horreur des nullités de gorge el de loules les autres immodesties; quand même on commettrait ces fautes sans aucune mauvaise passion, du moins c'est une vanité, c'est un désir elTréné de plaire. Celte vanité jusliûe-t-elle devint Dieu et devant les hommes une conduite si téméraire, si scandaleuse et si contagieuse pour autrui ? Cet aveugle dé-ir de plaire, convient-il à une âme chrétienne, qui doit regarder comme une idolâtrie tout ce qui détourne de l'amour du Créateur et du mépris des créatures? Mais, quand on cherche à plaire, que prétend-on? n'est-ce pas d'exciter les passions des hommes? les tient-on dans les mains pour les arrêter, si elles vont trop loin ? Ne doit-on pas s'en imputer toutes les suites? et ne vont-elles pas toujours trop loin , si peu qu'elles soient allumées? Vous préparez un poison subtil et mortel, vous le v rsez sur tous les spectateurs, el vous vous croyez innocentel Ajoutez a ces exemples des personnes que leur modestie a rendues rec -

mandables, el celles â qui eur immodestie a fait du tort ; mais surlool n ■ pei mette/ ri. n, dans l'extérieur des Biles, qui excède leur condition. Réprimez sévèremenl loules leurs fantaisies, Montrez-leur à quel danger on s'expose, el c imb en on se fail mépriser des • ens sages, en oubliant ce qu'où est.

Ce qui reste â faire, c'esl de désabuser les tilles du bel esprit. Si on n'y prend garde, quand elles oui quelque vivacité, elles l'intriguent, elles veulent parler do tout, elles

décident sur les ouvrages les moins proportionnés à leurs capacités , elles affectent de s'ennuyer par délicatesse. Une fille ne dol parlr que pour de vrais besoins, avec un air de doule el de déférence ; elle ne doil même p as parler des choses qui sont au-dessus de la porlée commune des filles, quoiqu'elle en soit instruite. Qu'elle ail, tant qu'elle voudra, de la mémoire, de la vi\ aciié, des tours plaisants, de la facilité à pulet avec grâce, toutes ces qualités lui seront communes avec uu grand nombre d'autres femmes fort peu sensées et fort méprisables. Mais qu'elle ail une conduite exacte et suivie, un esprit égal et réglé , qu'elle sache se taira et conduire quelque chose, cette qualité si rare la distinguera de son sexe. Pour la délicatesse et l'affection d'aulrui, il faut la réprimer, en montrant que le bon goût consiste â s'accommoder des choses selon qu'elles sont utiles.

ttien n'est estimable que le bon sens et la vertu : l'un el l'autre font regarder le dégoût et l'ennui non comme une délicatesse louable, mais comme une faiblesse d'un esprit malade.

A côté de la vanité que la beauté, l'amour des parures et des ajustements inspirent à la femme et dout les hommes ne sont pas exempts, se trouvent la vanité du savoir, la vanité .des litres, la vanité de la fortune, qui déparent également l'un et l'autre scx.\ A ces différentes sortes de vanité, il faut opposer la modestie, la simplicité, en un mot les vertus contraires, donl le développement et l'exercice peuvent étouffer dans le cœur du vaniteux toute espèce de présomptueuse pensée ou de glorieux sentiments.

Cela posé, nous nous demanderons, comme on l'a fait déjà, si la vanité est une passi m? Il est certain que si l'on considère l'insuffisance de sou objet, on sciait lente d'eu douter ; mais en observant la violence des mouvements qu'elle inspire, on y reir iuve tous les caractères des p issions, el qui plus est, tôt, s les malheurs qu'elles entraînent, dans la dependanceservile oùce sentiment met l'homme par rapport au cercle qui l'entoure. V.i , moins, les peines de la vanité sont assez peu connues pour que ceux qui 1rs ressentent eu gardent le secret , el pour que chacun, loi.l en étant convenu de mépriser ce seuliincnl, n'avoue jamais le souvenir ou la crainte donl il a été l'objet.

C'est pourquoi il faut éviter ces défauts ■ cela nec d'autant plus de soin, qu'ils Bcrouj plus élevés dans Ici belle des vices. < >n n 'oui Niera pas su ri ont que si la vanité est de tous

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