‹ Dictionnaire des facultés intellectuelles et affectives de l'âme où l'on traite des passions, des vertus, des vices, des défauts, etcChapitre 20 sur 251 · chapitre qui lui soit spécialement consacn , un ■ guerre continuelle · texte numérisé non relu

chapitre qui lui soit spécialement consacn , un ■ guerre continuelle

je vais, aussi brièvement que possible iudi Les parents qui ai oie ut surtout les enfants

quer les bases principales de ces devoirs. selon la chair n'( n auront pas le courage, t*l

Premièrement.!! est certain que si l'in— par une lendreisc toute d instinct, ils leur

lelligence de l'homme et do la femme, ou nuiront croyant leur faire du bien,

plutôt l'ainis qu'ils en font, ne servait quel- Du amour éclairé «a vrûimenl humain, au

quefois à dépraver les nobles instincts de contraire, comprend le vrai rapport qui unit

leur Ame, je n'aurais nen ,i (lire de l'an r les piients aux enfants < I le devoir qui en

paternel et de l'amour maternel. Le» brutes, sort. Il saH imintenir l'influence charnelle

tt>9

A MO

AMO

en faveur do l'esprit, et chercher le bien véritable de l'enfant, même au prix de quelques sacrifices, de quelques douleurs réciproques. Voilà pourquoi il y a si peu de pareras capables d'élever leurs enfants.

Ce n'est pas toujours la science, les connaissances, les moyens intellectuels qui leur manquent; c'est la force de caractère, la patience surtout ; c'est de pouvoir résister, d'un côté, à l'instinct naturel par lequel ils s'aiment dans leur fruit et qui les rend toujours juues partiaux, comme pour eux-mêmes ; et de l'autre, à celte sympathie de la chair qui les émeut et les trouble quand leur enfant souffre. C'est un grand mal, et du moment où les parents ne croira ent pas avoir cette patience, posséder celte force indispensable, ils doivent renoncer à élever cus-mcines leurs enfants.

II. L'amour de la famille semble se confondre tout entier dans le cœur des mères. C'est pourquoi, l'amour maternel et le sentiment le plus tendre et le plus profond que l'âme humaine puise éprouver dans ses relations naturelles; ni le père ni l'enfant ne savent aimer comme la mère. Cette affection est encore plus innée que les autres, si l'on peut ainsi parler; c'est-à-dire que la raison et la volonté y ont moins de part, qu'elle est plus spontanée, plus instinctive. La femme aime son enfant comme elle s'aime ellemême, sans léflexion et par la seule impulsion de la nature. C'est qu'en effet son enfant c'est elle. Elle l'a porte en germe dans son sein avant la conception; il a élé engendré, formé, organisé dans ses entrailles. Comme fœtus, il était implanté dans sa substance, se nourrissait de son sang et vivait dans la plus étroite sympathie avec elle. Tout ce qu'elle a senti, éprouvé, aimé, désiié, a retenti dans son fruit et s'est imprimé sur celte existence encore si tendre.

Puis, quand il a é.é expulsé de ses entrailles, il s'est attaché à son sein; il s'est blotti dans ses bras; elle l'a embrassé, serré contre son cœur, ne s'en séparant jamais qu'à regret.

Voilà la véritable mère, voilà la femme que toutes les femmes devraient se proposer jiour modèle : car il n'est pas au monde un spectacle aussi louchant, aussi respectable que celui d'une mère de famille entourée de ses enfants, qu'elle soigne et élève avec amour. .Mais si tâche reste incomplète, soit dît en passant, si elle ne règle les travaux domestiques, procure à son mari une vie heureuse, et gouverne sagement sa maison : c'est là qu'elle s'y montre dans toute la digni.é des honnêtes femmes ; c'est là qu'elle impose vraiment du respe. t, et que la beauté partage avec honneur les hommages rendus à la vertu.

Une Femme reçoit eu naissant l'instinct de la maternité; elle en mêle déjà l'image à ses jeux enfantins ;

Et d'un devoir futur déjà préoccupée, Hève le nom de mère eu berçant sa poupJc.

Dictions, di.s Passio.ns, etc.

Ou bien :

Près de sa bonne, à ses genoux assise,

On peut la voir, de ses aJroiies mains,

Placer déjà des pompons enfantins

Sur ce jouet dont l'étoffe déguise

Aux yeux trompés les ressorts incertains.

Dans ce carton , dans ce joli visage

Que le pinceau vernit et colora,

L'aimable Rose a trouvé son image ;

C'en est assez, elle l'embellira.

El de l'instinct c'est !e premier usage.

A ces cheveux elle enlace des fleurs,

Un nœud galant décore cette tresse;

Elle lutine, elle gronde, caresse

L'objet muet de tant de soins flatteurs.

Elle folâtre et redevient sévère,

Et ces leçons, qu'elle o>e répéter,

Fidèle écho des leçons d'une mère,

Prouvent qu'au menus on sut les écoub r.

IUbotteai'.

Dès lors, quand une femme ne remplit pas ses devoirs de mère, on peut affirmer qu'une mauvaise éducation a étouffé en son cœur les délicieux instincts de la maternité. En effet, la mère qui en a vraiment le cœur ne néglige rien de ce qui peut resserrer et consolider son rapport avec son enfant. Elle est jalouse de son affection, et ne permettra jamais qu'il boive le lait d'une aulre nourrice, si elle peut le nourrir elle-même; elle ne permettra pas qu'une aulre personne cherche à développer son intelligence, à orner son esprit, à former son cœur.

A-t-elle toujours raison d'agir de la sorte? Non: car, 1° si la pluparldcs femmes qui rcmelleul si facilement leurs enfants aux bras d'une étrangère ne savent pas dequoi elles se privent par leur faute ; ignorent que l'enfant s'attache au sein qui l'a nourri et ne connaît point celui qui l'a porté ; elles ignorent aussi, sans doute, que le tait est un extrait du sang, et le sang le véhicule delà vie; qu'avec le lait de l'étrangère pisse son sang ; avec son sang, sa vie; avec sa vie, quelque chose de son âme et de son esprit : d'où proviennent les dispositions, les penchants, les inclinations au bien ou au mal, qui s'infiltrent dans le nourrisson. Combien qui sont gâtés physiquement par le mauvais lait de leur nourrice! Combien qui y ont puisé les germes des maladies qui ont affligé le reste de leur existence, les virus qui ont infecté dès leur origine les sources de leur viel

Bien plus, il est une idée, généralement répandue depuis la plus haute antiquité, que la plupart des médecins ont adoptée sans examen, et qu'un petit nombre seulement a examinée a>ec soin, qui consiste à attribuer au lait une influence marquée sur le caractère des enfants. Ce serait donc un motif nouveau de repousser l'allaitement par une femme éuar.gère.

Tout en me prononçant, je le dis d'avance, pour l'allaitement maternel ; tout eu admettant avec un de nos gracieux poêles que Ut mère qui nourrit son enfant devient une seconde l'ois sa mère, j'avoue que je ne crois pas, comme on l'a prétendu, que les enfants nourris avec du lait de vache soient lents et moisis gais que ceux qui l'ont élé avec du

ni

AMO

fait de chèvre ; ri que le caractère de la nourrice, quelle qu'elle suit, se transmette avec le lait à son nourrisson. Un des plus grands et des plus ardents défenseurs de cette opinion est Baldini ; mais Baldini avait à cœnr d'accréditer sa méthode d'allaitement artificiel, et comme, quand on s'est fait un système, il arrive le plus souvent qu'on voit les choses plus comme on veut les voir que comme elles sont réellement, nous récuserons Baldini comme étant intéressé dans la cause.

D'ailleurs, je suis bien convaincu, pane qu'un grand nombre de faits le prouvent, que si la nalure du lait, qui dépend beaucoup rie la constitution physique et morale de la nourrice, exerce une influence décidée sur la santé et la constitution du nouri isson, et peut par là, jusqu'à itn certainpoint, agir de celle manière sur son développement intellectuel et moral, je ne saurais admettre cependant une disposition plus directe, une disposition morale par le moyen du lait. J'ai vu trop de jeunes gens qui ont été nourris par leur propre mère, avoir tous les goûts cl le caractère du père, alors môme qu'ils l'ont peu connu; j'ai vu trop d'individus avoir les aptitudes, les dispositions, les passions de leur mère, quoique nourris par une étrangère, pour ne pas repousser l'influence directe de la lactation. Je partage donc l'opinion de Desurmeaux, qui pense que « lor-que la transmission morale a lieu, l'enfant la reçoit bien plutôt de l'imitation des manières de sa noarlice et de la sorte d'éducation qu'elle lui donne, que de la nourriture qu'il puise à sa mamelle. Bcsic que la mère n'est pas toujours tenue d'allaiter son enfant, qu'il ne faut pas lui impuler à crime quand elle a île bonnes raisons de s'en dispenser. [Voy. l'appendice de ecl artiele.)

Dans tous les cas, les soins d'un père et d'un:' mère à l'égard de leurs enfants ne consistent pas seulement à les nourrir, à | réserver leurs corps de la corruption et à les fortifier, ils doivent encore cultiver de concert et avec soin cette jeune plante plutôt qu'c de l'abandonner, si frêle et si fragile encore, aux soins d'un précepteur ignorant tt corrompu. Un pareil abandonseraitplus que de l'indifférence, ce serait un crime.

Veiller avec une touchante sollicitude sur le fruit de leurs amours, c'est donc non-seulement obéir au vœu de la nature, mais agir selon l«s préceptes de l'Evangile. Il suit en effet de ses leçons, que les époui doivent suivre et favoriser le développement du corps et de l'intelligence de l'être qui hue doit l'existence; qu'ils doireul former s,i raison el faire germer dans son sein les semences de toutes les vertus que le Créa tcui j .1 déposées, base solide cl durable du bonheur sur la terre.

Voulez-tons savoir ce qne peut le sentiment de la paternité et de la maternité, considères les unions Illégitimes, <>u c'est un

malheur et une punition d'avoir des enfant l.

A peine la créature est née qu'elle commande l'amour, el l'enfant né du péché ne supporte

pas la peine du crime. Dieu l'a voulu ainsi. Il a mis dans les vagissements de ces innocentes créatures un devoir qui se fait entendre nu cœur de l'homme, quelque faible que soit le cri qui l'y porte. L'homme n'avait pas demandé cet enfant, mais il est né, qu'il soit béni. Ainsi, lorsque l'antiquité expose les enfants, que la philosophie moderne les envoie à 1 hôpital, le christianisme les nourrit et les élève, qu'ils soient légitimes ou non : car Jésus-Christ les a rachetés sans s'inquiéter du tôt t de leur naissance.

Voilà ce que le christianisme inspire au père el à la mère de l'enfant; et maintenant, dites-moi si, comme on l'a prétendu, la loi de l'Evangile étouffe les sentiments naturels. Non : il ne les étouffe pas, il les purifie au contraire et les alTermil. (.)/. Saint-Marc-Girardin.)

Gardons-nous do croire qu'il suffise aux: époux, pour se conformer au vœu de la nature et aux préceptes de la religion, de recueillir et nourrir leurs enfants pendant les premiers mois ou les premières années de leur existence seulement ; ce serait là une erreur fort étrange; car (et j'aime à le redire) ils doivent prendre le nonvean-né à son berceau, où les passions viennent l'assaillir, parcourir avec lui les différents âges de sa vie, pendant lesquels il est exposé à tant d'orages ; et le conduire à cet instant suprême où l'âme, se séparant du corps, l'abandonne et le rend à la masse commune de la matière à laquelle il appartient.

A la vérité, il y a pour chaque âge une éducation particulière; ma'S ces éducations particulières doivent s'enchaîner l'une à l'autre, comme l'enfance s'enchaîne à la jeunesse, la jeunesse à l'âge mûr, el l'âge mûr à la vieillesse. L'éducation doit donner à chaque âge la perfection qui lui est propre, cl en même temps le préparer à l'âge qui va venii De cette manière, l'éducation n'est pas une course perpétuelle vers un but inconnu, elle nous fait rclajcr d'âge en âg<\ mettant toujours le but à notre portée; puis, le but atteint, elle nous en montre un autre, cl encourage ainsi nos efforts. Dans l'enfance, il faut voir l'homme : voilà le point de vue de l'avenir. Mais dans reniant il faut voir au-si l'enfant, c'est-à-dire qu'il y a pour la première enfance, comme pour les autres âues, un germe de pei feclion qui doit servir de but à l'instituteur, el a plus forte raison au père el à la mère de l'enfant,

Il me semble onlendrc certains esprits forls me demander : A quoi bon t.. ire intervenir les femmes dans l'éducation des garçons.'

D'une tille, passe !

A qu i bon! Mais dans les sociétés 100-

dénies qui donne à l'enfaul, n'importe son si \. . ses premières idées et ses premiers

senti uls? Sa mère.

Qui reconnaît le miens le caractère et lu

génie de l'adolcSCCnt, applaudit a sa voe.i lion, le soutient et l'encourage contre le inécontentement paternel, le console, le fortifie, el enfin le livre à la société? Sa mère, encore sa mère.

AMO

A. MO

Oui dévelopi e on étouffe, en ?on fils comme en sa fille, les dispositions naturelles qu'ils apportent en naissant : disposi ions qui deviennent des dons heureux quand une bonne et vertueuse mère les développe et les agrandit; ou qui sont à jamais des dons funestes qui avilissent ou dégradent, s'ils ne sont prompteir.enî corrigés par les leçons d'une saine morale et de salutaires exemples? Sa mère, toujours sa mère.

Ainsi, l'influence maternelle existe partout; partout el'e détermine nos sentiment-;, nos opinions, nos goûts; partout elle fait notre destinée. « L'avenir d'un enfant, disait Napoléon, est toujours l'œuvre de sa mère : » et le grand homme se plaisait à répéler qu'il devait à la sienne d'èire monté si haut. (Byron.)

L'histoire est là pour justiGer ces mémorables paroles; et, sans m'arrêter aux; exemples si connus de Charles IX et de Henri de Béarn , de l'élève de Catherine de Médicis <l de l'élève de Jeanne d'Albret, je demanderai à mon tour: Louis Xlll ne ful-il pas, comme sa mère, Marie de Médicis, faible, inprat et malheureux. , toujours révolté et toujours soumis? Ne reconnaît-on pas dans Loui* XIV les passions d'une femme espagnole ; ces galanteries tout à la fois sensuelles et romanesques; ces terreurs du dévot, cet orgueil du despote qui veut que tout se prosterne devant le trône comme devant l'uutel? [Mad. de Staël.)

On a dit, et nous pouvons le croire, que la femme qui donna le jour aux deux Corneille avait l'âme grande , l'esprit élevé et les mœurs sévères ; et qu'au rebours, la mère du jeune Arouct, ra. lieuse, spirituelle, coquette et galante, marqua de tous ses traits le génie de son fils; que Barnave, au moment de mourir, songeant à sa mère, lui rendit grâces du courage qui l'animait et qu'il porta à l'échafaud : vertu céleste, qui, au milieu des révolutions, est le plus b"au présent qu'une mère puisse faire à son fils. Aussi, eut-il le soin d'écrire à sa sœur : « C'est ma mère qui doit élever vos garçons. Elle leur communiquera cette âme courageuse et franche qui fait les hommes, et qui a é'é pour mon frère et pour moi plus que le reste de notre éducation. » Kant aimait à répéter qu'il devait tout aux soins pieux de sa mère ; et Cuvier rapportait à la sienne tout le bonheur de ses é;udes et toute la gloire de ses découvertes.

Donc l'éducation maternelle est utile, nécessaire. Je dis plus, elle l'emporte sur l'éducation du professeur même le plus capable; car il ne fait jamais que des bons écoliers, au lieu que les mères font des hommes.

Et ce qui le prouve, c'est que les dispositions bonnes ou mauvaises que. l'enfant ;ipporie en naissant peuvent dégénérer en habitudes; tout le monde est d'accord sur ce point. Or, puisque ces habitudes, nées dans l'enfance, se fortifient dans la jeunesse, s'enracinent de plus en plus dans l'âge viril, et sont indestructibles dansla vieillesse, comme

l'a très-judicieusement fait remarquer Charles Bonnet, qui découvrira le plus prompteni et jugera plus sûrement de la nature de ces dispositions? N'est-ce pas sa mère?

Je sais, et cette opinion a l'ait assez de bruit pour mériter notre attention, que sériai» philosophes ont prétendu que nous naissons tous avec des dispositions spécia es tellement dépendantes de l'organisme vivant, qu'il serait impossible à l'homme de les changer. Et pour soutenir celte opinion, ils se basent sur ces faits, que Boileau, que la nature avait fait poêle, fut poète en dépit de ses parents , qui auraient vou'u faire de lui un avocat; que Pascal fut mathématicien contre la volonté de son pè.e; et que rien ne put détourner Descarlcs de se livrer à la philosophie.

Ilsauraient pu ajouter : l°quePétrarquen'était pas né pour être jurisconsulte ; il le sentir bientôt, et abandonna la jurisprudence qu'il avait commencé à étudier pour cultiver les muses; 2 que le fère du grand Racine destinait son fils à l'élit ecclésiastique; il voulait qu'il fût chanoine : mais l'auteur de Plièdif et à'Athalie, exclusivement guidé par s u génie qui l'entraînait vers la poésie épique, pressentit bien qu'il n'était pas né pour l'étude des sciences théologiques, et que sa destination était pour un genre entièrement différent; 31 enfin, que le père de Voltaire soutenait qu'il serait un j >ur conseiller au parlement, même après que les premiers succès de son fils dans la carrière littéraire lui eussent fait pressentir qu'il se trompait. Il y mit néanmoins une telle insistance, un si grand entêtement, que le prétendu conseiller, pour désarmer la colère paternelle excitée par son début dans le momie, et pour se soustraire aux rigueurs d'une étroite réclusion dont il éla't menacé, jugea qu'il n'avait rien de mieux à faire que de se jeter momentanément dans l'étude d'un procureur. Il le fit donc en promettant de s'attacher avec ardeur à l'élude du droit ; mais, sentant bientôt ions les dégoûts qu'il aurait à surmonter et le peu de progrès qu'il ferait dans une science qui lui semblait être un dédale, et pour laquelle il ne se croyait pas né, il l'abandonna pour suivre l'impulsion naturelle de son génie, qui l'entraînait vers la culture des lettres.... Ces faits, unis à ceux qu'ils rapportent, donnent une plus grande autorité à leur proposition.

Une simple observation, élayée par quelques exemples Irès-concluanls, je crois, suffira , je l'espère, pour réfuter une pareille opinion, qui, si elle était vraie et avait paru fondée, aurait, dès le principe, bouleversé toute notre législation criminelle. Oue prouvent en effet les faits que j'ai cités? qu i parfois, et c'est l'exception, selon moi, l'homme éprouve pour telle ou telle profession, pour l'élude de telle ou telle science, pour la culture de tel art, un penchant tellement impérieux, irrésistible, qu'il ne saurait suivre une autre carrière. Il méconnaît alors, s'il le fur, l'autorité paternelle pour suivre sa vocation Eh bien ! même dans ces cas. serait-il raisonnable de confondre celle vocation pour les-

I7S AMO AMO I7(i

arls, les sciences, les lettres, etc., avec les contcstablemenl la puissance de la raison on penchants vicieux qui portent l'homme au de l'éducation sur ces mêmes inclinations? crime? Voyez Socrate : il était naturellement porté à Pour ma part, je ne le pense pas; et si les tous les vices, c'est lui qui nous l'assure; ( ! moyens correctionnels que la justice inflige cependant il parvint, par une pratique cousau coupable ne le corrigent pas, si la honte tante de la vertu, à corriger ses défauts et à et l'infamie qui s'attachent à sa condamna- réprimer ses penchants vicieux. Voyez saint lion ne le retiennent pas, si son séjour dans Augustin, qui, après avoir mené la vie la les prisons ou au bagne ne change pas ses plus licencieuse, la plus dissolue, devient un mauvaises tendances, c'est que la douleur des fervents défenseurs du christianisme , et physique s'efface vile, qu'on ne cherche pas édifie toute la chrétienté autant par ses verà les rendre meilleurs par des exhortations tus que par son éloquence. Voyez saint Jémorales.et que d'ailleurs le condamné trouve rôme , combattant continuellement et Iriomdans son compagnon de cachot ou de chaîne pliant toujours des désirs brûlants de I i un bien dangereux conseiller. Combien qui concupiscence. F.l dites-moi si , avec du bon en reviennent plus tarés , plus pervertis vouloir, du courage et de la persévérance, qu'ils ne relaient quand ils y sont entrés I l'homme ne peut pas maîtriser ses inclina- On l'a si bien senti dans ces derniers lions (I)? temps, que les législateurs se sont prononcés Ajoutons un fait qui n'est pas sans imporpour la prison cellulaire. C'est un système lance, par rapport aux opinions que je de réclusion contre lequel on a beaucoup combats.

crié, et contre lequel, il est vrai, il y a bien Lyrurguc , voulant donner à ses conci-

des choses à dire. Et pourtant, n'est-ce pas toyens une grande et utile leçon, éleva deux

qu'au milieu de tant d'inconvénients qu'il chiens issus des mêmes père et mère, cl de la

offre en ne peut lui contester d'avoir l'avan- même portée, de manière que l'un fût dressé

tage immense, sur la prison commune à tous pour la chasse et l'autre un habitué de la

les détenus , qu'il sépare l'individu qui a cuisine.

succombé à une première faute, faute quel- A quelque temps de là il assembla les quefois bien légère, de l'homme dépravé et Lacédemoniens , et leur parla ainsi : « C'est endurci au crime, dont le contact est toujours une chose de très-grande importance, scidangereux? N'est-ce pas qu'après avoir subi gneurs Lacédemoniens, pour faire naître la leur peine la rencontre de deux forçats libé- vertu dans le cieur de l'homme, que la nourrés peut nuire à celui qui ne voudrait plus rilure, l'habitude et la discipline; si vous eu retomber dans le crime, et quelquefois à tous doutez, je vais vous le prouver. » Alors, les deux? Combien de mauvais sujets qui avant fait venir les deux chiens, il laissa extorquent des sommes plus ou moins fortes échapper un lièvre d'un côté et mit un plat à d'anciens camarades qui sont rentrés dans de viande de l'autre. L'un des chiens courut le bon chemin, en les menaçant de les per- après le lièvre, et l'autre se jeta sur le plat. • dre, de les décrier auprès d'un public qui ne C'est de celte manière qu'il apprit aux habiles connaît point ou auprès de leurs prolec- lants de Lacédémone combien l'éducation leursl Donc, mieux vaut l'isolement, malgré est nécessaire pour faire aimer la vertu f.t tout ce qu'il a d'odieux. — Je dis tout ce fuir le vice. Elle peut autant et plus que la qu'il a d'odieux, quoique je sache bien que nature.

le système de l'isolement complet (joint au On ne saurait trop le répéter : un des

travail), généralement préféré à Philadel- moyens les plus puissants pour former l'es-

phie, ne paraît pas exercer plus d'influence prit et le cœur de l'enfance, de la jeunesse,

sur la mortalité des détenus que le système de l'homme , c'est le bon exemple îles pères

contraire. Là on n'a pas besoin de recourir et des mères, uni à de sages conseils. Oui, le

aux coups de fouet p>ur obtenir le silence; bon exemple avant tout , In première ambi-

l,i les associations cl les complots sont tout à lion de l'enfance étant dt ressembler aux

fait inconnus, la discipline n'ayant a B'exer- auteurs de ses jours, el loul nous invitant à

<er que sur des volontés individuelles. Sans lui donner de lionnes habitudes. Puis la vertu

doute, à Philadelphie, le détenu séquestré prend un air si ridicule dans la bouche de

peut bien quelquefois ne pas vouloir se li- ceu\ qui ne la pratiquent pasl Combien doit

vrer à un travail suivi ; mais alors, enfermé donc être étonné l'enfant qui v oit profaner

dans un cachot obscur, il n'a plus que le dans sa (amille tout ce que ves msl'.nels lui

choix d'une oisiveté continuelle au sein des indiquent com ne respectable, maintenaul

ténèbres, ou d'un travail non interrompu surtout que bien des Liens frondent tout co

dans sa cellule, el il se hâte presque toujours qui déplaît 1 Dieu, religion, autorité, rien n'es)

de redemander le travail. Dans le cas con- respecté devant l'enfance : c>i co le moyen

traire, l'enlèvement de son lit el la diminu- de l'armer des générations vertueuses? '

tion de sa nourriture ne lardent pas de le ra- Pour tous ces motifs, les parents ont un

Mener à la discipline, quelle* que soient la crandinlérélàélcvereux-mémcsleurscnfantSi

violence el la ténacité du son caractère. Et si par hasard les riches elles puissants du

Philosophe-, qui prétendez que rien ne jour, afindelégilimcrlcurapalhic, leur indifle-

peui changer nos inclinations nalurcllcs, rence ou leur paresse, trouvaient que c'e l

voulez-vous des exemples qui établissent in- s'abaisser que de se faire les instituteurs do

(M Ver/. l'Introduction ■ oô J'ai réfuté la doctrine de Cuil.

AMO

A MO

iW

ceux qu'ils ont engendrés, jp leur montrerais Catou le Censeur, qui gouverna Home avec tant de gloire, élevant lui-même son fils dès le berceau, et avec un tel soin, qu'il quittait tout pour être présent quand sa nourrice, c'est-à-dire sa mère, le remuait et le lavait.

Je leur montrerais Auguste , maître du monde, qu'il avait conquis et qu'il régissait lui-même , enseignant ses petits enfants à écrire, à nager, leur donnant les premiers éléments des sciences, etc. 11 lus avait sans cesse autour de lui.

Je leur montrerais saint Louis assistant à tous les exercices de ses enfants, les conduisant lui-même dans la chaumière du laboureur et dans l'obscure demeure du pauvre, les excitant, par sou exemple, à toutes les (cuvres de piété.

Je leur montrerais la reine Louise ou Marie d'Anjou, au château d'Amboise, apprenant à lire à son fils malgré la défense expresse que lui en avait faite Louis XI, son royal époux, et s'exposant ainsi à la colère de ce monarque soupçonneux et cruel.

Je leur montrerais enfin l'infortuné et ver- Lieux Louis XVI, dans sa prison, au Temple, s'occupant de l'éducation du Dauphin, dans un moment où toutes les passions déchaînées s'agitaient autour de son cachot. Ensuite je leur demanderais : Croyez-vous que c'est déroger que d'instruire soi-même ses calants? Est-il un temps mieux employé que le temps consacré à l'éducation de eréatures si dignes de toute la solliciiude paternelle et maternelle? Assurément, ce n'est cas Louis XIV qui aurait cru déroger à sa dignité, lui qui veilla avec une attention toute particulière à l'éducation de son fils.

« Pour ne pas l'abandonner, dit Bossuet, à la mollesse où tombe nécessairement un enfant qui n'entend parler que des jeux, et qu'on laisse trop longtemps parmi les caresses des femmes et les amusements du premier âge, il résolut de le former de bonne heure au travail et à la vertu. Il voulut que dès sa plus (er.dre jeunesse, et pour ainsi dire dès son berceau, il apprît premièrement la çrainle de Dieu, qui est l'appui de la \ic humaine et qui assure aux rois mêmes leur puissance et leur majesté; et ensuite toutes les sciences convenables à un si grand prince, c'est-à-dire celles qui peuvent servir au gouvernement et à maintenir un royaume; cl même celles qui peuvent, de quelque manière que te soit, perfectionner l'esprit, donner de la politesse, attirer l'estime des sav.mts.

« Il ne le privait pas pour cela des amusements; car il faut qu'un enfant joue et se réjoui-se, cela l'excite et l'encourage, mais il voulut qu'on ne l'abandonnât pas de telle sorte au jeu des plaisirs, que le temps manquât rnsuite pour le rappeler à des choses sérieuses, do;il l'étude devient languissante si elle est trop interrompue. »

El maintenant, si l'on désire des exemples d'une autre nature, ou du moins un exemple qui nous donne la mesure du dévouement maternel, je n'aurai qu'à raconter quelques

faits de la vie de saiute .Monique, mère du grand Augustin.

L'histoire de cette sainte femme nous apprend que c'est Monique qui veille sur son fils, qui demande à Dieu qu'il vienne à la foi chrétienne; elle prie et pleure : ses prières et ses pleurs l'emportent enfin.

Souvent, le voyant livré aux passions el aux fantaisies de la philosophie, inquiet, agité, mécontent de lui-même et des autres, sa mère s'est ahTgée; parfois même elle se décourage : elle est allée tout en pleurs consulier un évêque pieux, qui l'a rassurée en lui disant : « Allez en paix, el continuez de prier pour lui; car il est impossible qu'un fils pleuré avec tant de larmes périsse jamais. » Cet évêque croyait à la puissance de3 larmes d'une mère, il il avait raison.

Mais Monique avait mieux que la tendresse qui donne les larmes : elle avait la tendresse qui donne la patience el la force. Lorsque Augustin quitte Carlhnge pour aller à Rome, et qu'il part sans dire adieu à sa mère, sa mère monte sur un vaisseau et le suit à Rome. Une tempête éclate, c'est elle qui rassure les matelots : une mère qui va chercher son fils ne fait j imais naufrage.

De tout ce qui précède je conclus, avec le grand écrivain de notre époque, Chateaubriand, que développer l'esprit et former le rœur des enfants par l'éducation, tel e-t le but que les pères et les mères doivent se proposer : conclusion conforme à uos prémisses.

Ainsi, pendant que l'humanité se développe pour s'améliorer et s'avancer vers un but final, chaque génération doit contribuer au progrès, et la vraie manière d'y coopérer, c'est qu'elle avance elle-même par l'intelligence et la moralité. Or, chaque génération naissante est confiée d'abord à relie qui l'a engendrée, c'est-à-dire aux parents : c'est à eux qu'il appartient de la mctlre dans la bonne route, en dirigeant les individus vers leur véritable destination.

Chacun des ascendants est employé, pour sa pirt, à élever et conduire ceux qu'il a mis au jour, et doit leur donner, par tous les moyens qui sont en son pouvoir, le perfectionnement intellectuel et moral que comporte sa condition. L'éducation fait la plus grande part de la responsabilité paternelle. La foi des parents se communique de bonne heure aux enfants; et si les parents n'eu ont pas, les enfants en manqueront, à moins qu'une autre influence n'y supplée. Dans ce cas, néanmoins, l'action des père et mère étant défectueuse, ils répondront de ce qui manquera par leur faute à leurs enfants, el de ce qu'ils auraient dû leur transmettre s'ils eussent élé ce qu'ils doivent être.

11 en va de même dans la suite de l'éducation. Les parents imposent aux enfants des règles de conduite, des devoirs, des préceptes moraux, des pratiques religieuses; mais trop souvent ils ne font pas ce qu'ils ordonnent, et se dispensent d'observer la loi qu'ils prescrivent. Or, qu'est-ce qu'uu préce; te de-

AMO

menti par l'exemple que l'on donne, et comment insister sur l'exécution d'une règle qu'on se permet d'enfreindre?

Cette contradiction entre la conduite et la parole paternellea des conséquences déplora- .hles. L'enfant, instruit par l'expérience, ne prend plus au sérieux Us recommandations qu'on lui adresse. Il s'habitue à regarder ses devoirs comme des charges accidentelles imposera sa faiblesse, et dont il se débarrassera à son tour quand il sera grand. A ses yeux il y a deux morales et deux religions, l'une pour les enfants et l'autre pour les grandes personnes; et, comme celle-ci est plus commode, il aspire à devenir grand pour profit t des dispensrs qu'elle donne. Aussi voit-on déjà les adolescents se mettre au-dessus des obligations morales et religieuses, croyant s'élever par là, et trouvant dans leur négligence dédaigneuse un signe de lion goûl, de force d'esprit et d'indépendance.

A qui la faute? Aux parents surtout, qui n'ont point donné l'exemple avec la règle, et qui leur ont appris à l'enfreindre en leur enjoignant de l'accomplir. Ils répondront pour leur part des fautes commises plus lard par 'eurs enfants, qu'ils ont négligé de former au bien, eu qu'ils ont pervertis par le mauvais exemple: car l'exemple produit le plus d'impression sur les hommes, surtout sur les infants, et il est un fort stimulant pour le bien ou pour le mal.

La meilleure manière d'inspirer aux autres le goût de la \ertu, c'est de l'aimer soimême et de l.i pratiquer devant eux, non pas en quelques occasions seulement cl dans des eirconslanccs amenées à dessein, ce qui ilonne une comédie ilonl les enfants ne sont jamais dupes, mais habituellement, sincèrement, avec simplicité et jusque dans les choses les plus ordinaires.

Ainsi se forment et se consolident les familles honnêtes où la probité esl héréditaire, parce qu'en même temps que les parents en transmettent aux enfants la disposition avec le'sang et la vie, ils en développeut la capacité el le désir dès le berceau par une bonne parole, el plus encore par de bonnes actions.

L'eufance écoulée, songez que, pour conduire un adolescent, il faul prendre le conire-pied de tout ce que vous a»ei fuit pour le Conduire enfant. Ne balancez point à I instruire de Cet dangereux ni} -.tries que VOUS

lui avi / cachés »i longtemps avec tant de

soin. Puisqu'il faut eu un qu'il les sache, il

impoite qu'il ne I i apprenne m d'un autre,

ni de lui-même, m.iis de vous seul. Puisque

i" voilà détonnais Forcé de combattre, il

faut, de pi ur de surprise, qu'il connaisse

oemi,

deux qui veulent conduire sagement la jeu-

■ ■, pour la garantir des pièges des sens,

lui font horreur de tout amour, el lu fi raient

volontiers on crime d'y songer, cou

union des rœurs élail lepa lage exclusif des

vieillards. Toutes ces II ions trompeuse-, que

le cour dément ne persuadent point. Le .u luit par un instinct plus

AMO 180

sûr, rit en secret des tristes maximes auxquelles il feint d'acquiescer, et n'attend que le moment de les rendre vaines. Tout cela esl contre nature.

En su vaut une route opposée j'arriverai plus sûrement au même but. Je ne craindrai plus de flatter en lui le doux sentiment dont il est n\ ide; je le lui peindrai comme le suprême bonheur de la vie (quand il est vertueux et renfermé dans certaines limites1, parce qu'il l'est en effet; et, en le lui peignant, je veux qu'il s'y livre. En lui faisant sentir quel charme ajoute à l'attrait des sens l'union des c.eurs fondée sur l'estime et la confiance, je le dégoûterai du libertinage el je le rendrai sage en le rendant aimant.

Les premières leçons que prennent les ad ilescents et les jeunes tilles, les seules qui fructifient, sont celles du vice, el ce n'est pas la naturequi les corrompt, c'est l'exemple.

Prenez un jeune homme élevé sagement dans la maison de son père en pro\incc, cl l'examinez au moment qu'il ai rive à Paris ou qu'il entre dans le monJe, vous le trouverez pensant bien sur les choses honnêtes -et ayant la volonté même aussi saine que la raison. Vous lui trouverez du mépris pour le vire el de l'horreur pour la débauche. Au seul nom d'une prostituée, vous verrez dans ses jeux le seau laie de l'innocence. Je soutiens qu'ii n'y en a pas un qui pût se résoudre à entrer seul dans les honteux réduits do Ces malheureuses.

A six mois de là considérez-le de nouveau, vous ne le reconnaîtrez plus. A peine csl-il lancé dans le m inde, qu'il y prend une seconde éducation, l>ul opposée à la prern ère, par laquelle il apprend à mépriser ce qu'il estimait et à estimer ce qu'il méprisait.

< in lui fait regarder les leçons de ses parents el de ses maîtres comme un jargon pédante que , et les devoirs qu'ils lui ont prêches comme une mora e puéril.' qu'on doit dé. I. liguer é aut grand. Il se croit oblige par honneur à changer de conduite; il devient entreprenant sans désirs et fit par mauvaise honte, il raille les bonnes mœurs avant d'à

pris du goût pour les mauvaises , cl se pique de débauche sans savoir être debau-

< lié. Je n'oublierai jamais, raconte llousseau, l'a i eu d'un jeune officier aux gardes suisse-, qui s'ennuyait bcaucoupdes plaisirs bruyants de ses camarades il n'osait s'y reruser dii peur d'être moqué d'eux. «Je m'exerce à cela, disait-il, comme a prendre du tabac malgié u i.i répugna m c : le goût \ i en «Ira par l'habitude; il ue faul | as toujours cire eu-

ie i ii seul suffirai! pour prouver l'util lé bous exemples el des bonnes leçons , -i déjà il n'était établi par le raisonnement. Malheureusement le g"iit dominant de i laines époques a été de sép irer un peu trop Il -. i tudu I. M. T. mes de la morale ; de i

lopper I intelligence s. m, sougi r à l'âme ; de tet i . Ile ci a l'exclusion do < elle 1 1 ; da

shci ii'. i e '.. i l.i p u lie qui rai .onne à la partie qui aiuic. (i'i st p .r une heuj I

A MO

naison des connaissances physiques el morales qu'on parviendra à redonner à notre jeunesse celte éducation qui jadis a formé tant de grands hommes. Il ne faut pas croire que notre sol s'épuise. Ce beau pays de France, pour prodiguer une nouvelle moisson, n'a besoin que d'être cultivé un peu à la manière de nos pères.

Et pourtant, nous ne devons pas nous le dissimuler, il faut pour notre jeunesse beaucoup d'indulgence et de miséricorde. Elle est généreuse, on le sait f et prête à se jeter dans les bras de quiconque lui prêchera les nobles sentiments qui s'allient si bien aux sublimes préceptes de l'Evangile : dans son ardeur de s'instruire , elle a un goût pour la raison au-dessus de son âge ; il faut donc éviter qu'eile fasse un mauvais usage de ces heureuses dispositions.

Secondement, une autre circonstance de la vie du jeune homme qui doit éveiller la sollicitude de ses père et mère, c'est le choix d'un état.

Assez souvent l'un el l'autre se montrent tout à fait indifférents et comme étrangers sur la carrière que suivra leur Gis , et le laissent choisir telle ou telle profession, sans «'inquiéter s'il y est appelé par une vocation réelle ou par une pure fantaisie.

Que doit-il résulter d'une insouciance pareille? Que s'il y a véritablement vocation, le jeune homme se disiinguera ; mais si sa détermination n'a été prise que par pure fantaisie, il ne sera jamais apte à rien. Il risque de passer sa vie à tomber d'échec en échec , el de procurer ainsi à ses faibles parents des regrets élernels.

C'est donc à ceux-ci à ne pas céder par faiblesse ou par une indifférence coupable à tout ce qui n'est que caprice de la part de leur enfant.

Troisièmement, une dernière circonstance sur laquelle l'attention des pères et des mères de famille doit se fixer, circonslance commune aux individus de l'un et de l'autre sexe, c'est le choix d'un mari ou celui d'une l mille.

C'est chose excessivement importante, difficile, délicate , allendu que si l'on considère chez les hommes el chez les femmes la pente secrète el ordinaire de l'inclination , lorsqu'elle n'est point traversée par des circons-; lances étrangères et que son cours est indépendant , on la voit se porter naturellement sur 1rs dispositions et les qualités contraires à celles de l'individu qui l'éprouve. Combien d'hommes nés grands, très-forts , se laissent tendrement attirer par la beauté lièle et délicate 1 Combien de fois l'impétuosité audacieuse ne se passionne-t-elle pas pour la langueur indolente et timide! El, de la part des femmes , combien de fuis ne les voil-on pas sensibles à l'esprit, à la vivacité, à la modération,;! la tendresse, selon qu'elles possèdent les facultés ou les dispositions contraires 1

Jusque-là il n'y a pas grand mal ; mais comme ce sont nos facultés qui déterminent nos qualités el nos défauts , il advient que

AMO ls 2

l'homme paisible et tendre qui adresse ses \ œns à une femme douée d'une âme trop généreuse, épouse, sans le savoir, la prodigalité, quelquefois la négligence. La jeune personne douce et timide, qui abandonne son cœur à un homme d'une vivacité fougueuse, se soumet , sans le savoir, à un dissipateur, quelquefois à un tyran. Il en est ainsi de tous les caractères de notre organisation ; ils ont tous de l'influence sur notre sort , parce qu'ils en ont une directe sur nos goûts et sur noire conduite.

Que veul donc la nature lorsqu'elle oppose ainsi les caractères? La réponse est facile, dit Azaïs , elle veut le mélange, la combinaison, l'assortiment réciproque des qualités et des défauts qui en dépendent; elle veut son principe universel, l'équilibre par compensation.

C'est là ce que nous devons enseigner à la jeunesse : nous devons lui répéter souvent, alors que l'amour conjugal attire deux cœurs l'un vers l'autre : Voulez-vous savoir ce qui convient le mieux à chacun de vous? Examinez votre caractère , votre position , et cherchez, dans celui ou celle qui doit embellir votre vie, les avantages quisonl le mieux assortis à votre posilion et à voire caractère.

Cette manière de procéder esl bien naturelle , bien simple , n'est-ce pas? Eh bien 1 toute raisonnable qu'elle est, elle n'est point suivie, et généralement , dans le mariage, tout en convenant qu'on doit plutôt consulter les mœurs , les goûts et le caractère de la personne à laquelle on veut unir son fils ou sa fille, chacune des parties intéressées commence par examiner si le parti est riche. Quand il y a de la fortune , il est rare qu'on s'informe du reste. Aussi est-ce de celle étrange conduite que naissent tous les désordres de la société.

Que peut-on attendre, en effet, si l'on marie une jeune fille coquetle , allière, capricieuse el colère, à un jeune homme jaloux , ( ntêlé, absolu, emporté? Plus ils seront riches, plus grand sera le désordre du ménage.

Au contraire , si l'on unit à un pareil jeune homme une femme douce , sensible , prévenante, affectueuse, modeste, honnête, malgré celle opposition de caractères, la paix pourra régner dans la famille , tant la patience, la bonté el la résignation ont de puissance sur le cœur de l'homme! Voyez Pierre le Grand se calmer et devenir meilleur auprès de Catherine , ses projets de vengeance s'évanouir aux touchantes prières de celle qu'il aimait , et dites-moi s'il ne vanl pas mieux s'attacher aux qualités du cœur et de l'esprit qu'à la fortune, dans lc^ unions qui , sous le rapport des convenances, paraissent le mieux assorties.

Donc il faut diriger les jeunes gens dans le choix qu'ils font : tout le monde esl de cet avis, je le répèle, et pourtant en est il beaucoup qui s'y conforment? Hélas ! non. Aujourd'hui on traite d'un mariage comme on traiterait d'une affaire de bourse. Un père quia une fille à établir cote la valeur per-

13) AMO

sonnellc des prétendants sur la somme de ses revenus ; et sans se demander si les époux sont assortis par l'âge , si le fulur plaît , on sacrifie une pauvre victime à un homme quelquefois usé par la débauche autant que par l'âge, et cela parce «lu'tl est liche ou tilré. Et vous ne voulez pas qu'elle -oit malheureuse? Vous ne voulez pas que deux individus qui n'ont jamais sympathisé l'un pour l'autre se querellent, se brouillent et finissent par se haïr?

Pour éviter un pareil abus , qui a existé de tout temps et est arrivé aujourd'hui à son summum; pour que le mariage ne fût plus un trafic honteux comme il ne l'est malheureusement que trop de nos jours , il faudrait renoncer aux unions disproportionnées par l'âge et se conformera la législation de Salon par rapport à la dot à donner aux filles. Tout ce que chacune d'elles pouvait apporter à son mari , c'était trois robes.... Grande leçon qui Tut donnée par cet illustre, législateur à la Grèce 1 Il voulaitque ses concitoyens rendissent le mérite et la verlu préférables aux richesses , et il en formait la seule dot de la jeune fille. Combien les coutumes ont changé depuis SolonI

Quoiqu'il en soit, il faut persuader au jeune homme qu'on marie qu'il est destiné à taire le bonheur de la femme à laquelle il va s'unir, et le lui répéter encore de temps en temps , quoiqu'il ne l'oublie pas. Telle est sa destinée, sa mission, et il doit l'accomplir par tous les moyens qui sont en son pouvoir. Ces moyens.il les trouvera facilement dans son cœur, s'il aime véritablement sa femme. C'est donc à elle à se faire aimer de son époux par ses qualités el ses vertus.

De même, une chose dont une jeune personne doit éire bien persuadée, c'csl qu'elle est destinée à faire le bonheur d'un homme. Son éducation doit tendre à lui en faire connaître les moyen, et à lui en inspirer le goût, en y attachant sa gloire.

Du reste , par une loi de la nature, les femmes , tant pour elles que pour leurs enfants, sont à la merci du jugement des homin.es • il ne suffi» donc pas qu'elles soient estimables , il l'ail qu'elles soient estimées : il ne leur sullil pas d'être belles, ,1 faut qu elles plaisent; il ne leur auffil pas d'être sages, il faut qu'elles soient reconnues pour telles; leur honneur n'est pas seulement dans leur conduite , mais dans leur réputation . et il n'est pas possible que celle qui consent à passer pour déshonorée puisse jamais être

honnête. I, homme , en bon lus. ml. ne dépend qu<- .le lui-même el peut braver le jugement publie; mais la femme, en bien fai tant nefail qno la moitié do sa lâche; et ce qu'on peu.- d'elle ne lui importe pas moins

UC ii' qu'elle est en, IL t. Il suil delà que

le système de son éducation doit être, à cet égard, contraire à celui de la nôtre : l opinion est le tombeau delà vertu p i hommes et «on Irônc parmi les [en

A.MO

APrE.vDir.E.

§ I. Allaitement muteruet.

Afin de diminuer les regrets des mères qui seraient forcées de confier à une nourrice étrangère le soin d'allaiter leur enfant, trop de circonstances s'opposanl à ce qu'elles le nourrissent elles-mêmes, je vais mettre sous leurs yeux quelques règles pratiques à cet égard.

Est réputé ne pas convenir à un nourrisson le lait d'une femme affectée de scorbut, de même que celui d'une femme scrofuleuse, rachitique ou phthisique, quoique, dans ces derniers cas, les femmes aient presque toujours une grande quantité de lait. Si elles nourrissent leurs enfants, il en arrive que, gras et frais pendant qu'ils letlcnt, ils dépérissent et deviennent chétifs après le sevrage, cl finissent presque toujours par èlre affectés des mêmes maladies de leur mère, qui s'épuise el meurt bientôt, pour avoir trop aimé. Or, s'il est un moyen de les soustraire à la funeste hérédiléqu'ils ont reçue d'abord, n'est-ce pas principalement de leur faire teler le lait d'une nourrice pleine de sanlé et de vigueur, et d'un tempérament opposé à celui de la mère? Je me prononce pour l'affirmative, considérant comme un paradoxe l'assertion suivante de Rousseau : « L'enfant ne peut pas avoir de nouveau mal à craindre du sang dont il a été formé. »

Ainsi, les femmes d'une constitution 1res faible, quoique sans être attaquées d'aucune maladie, celles qui ont une trop petite quan- Ué de lait, et, à plus forte raison les mères qui en manquent, ou, ce qui est plus commun encore dans les grandes villes , celles qui l'ont mauvais, ne sauraient mieux faire, et c'est un devoir pour elles que d'envoyer leurs enfants à la campagne. Us y trouveront peut-être, dans un lait assaisonné par la tempérance el la frugalité, qu'une paysanne robuste leur fournira, un remède a .les maux produits par les vie -s qui ont servi a les corrompre ; ils se dépouillcronl , dans cette source [ ure, des levains infects qu'où leur a transmis avec la vie.

Ils y recevront une existence plus solde que celle qu'ils doivent à des parents en r v et a peine en état de soutenir la leur

... Il peu! réseller de la des effets -

raux capables de tempérer un peu celui do l'inégali fi de conditions : autre avantage do |\ ill.nb nient étranger. Le riche nourri chez ,1 s paysans s. ra moins disposé, i ar exemple,

à en mépriser l'honni aide p tuvrclé, lorsqn ,1

sera livré aux prestiges cl aux plaisirs do ie tout conspirera à lui faire oui) ier qu'il est nomme.

Puis, dans ces moments où l'âme est bien plus facile à émouvoir el ou la nature i ip

pelle même l'homme weieiiv à ses se .

Ides, en voyant l'humble chaumière du vllln- ;, , H dira avec attendrissement : \ oilâ mon premier séjour ; voilà mon berceau. La frivole dissipation elle tracas brillant qui rem pliRSCnl mi \ie ne valent pas les jeux Innocents que je goûtais dans mon enfance. Ceux

Page 1