‹ Dictionnaire des facultés intellectuelles et affectives de l'âme où l'on traite des passions, des vertus, des vices, des défauts, etcChapitre 201 sur 251 · VEN · texte numérisé non relu

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valant bien pou, el rien n'étant plus à craindre que les revers qui nous rejettent plus b;is même que l'échelon dont nous sommes partis pour nous élever; ce rang que nous tenons ne pouvant nous rendre honorables que tout autant que par nos mérites nous nous montrerons dignes de l'occuper ; ces trésors de l'intelligence que le Créaieur nous a départis pouvant s'épuiser pétulant le cours d'une maladie, ou s'affaisser sous le poids d-s années.

Et comme les vaniteux sont le plus souvent très-peu susceptibles de raisonnement sérieux et sjllogisliques , il conviendrait de les prendre par le cœur et leur inspirer, indépendammenldes si-niimenlsque nous avons déjà signalés, la modestie, la simplicité, l'amour de l'humilité el de la charité.

Je sais fort bien el je dois en faire la remarque, que pour les gens qui n'entendent rien à la religion ni au cœur humain , l'humilité est de la bassesse, de la pusillanimité, un sentiment qui avilit l'homme. Inutile de dire que ce n'est pas de l'humilité ainsi considérée que je veux qu'on fasse usage ; mais de l'humilité selon la morale chrétienne, de cette humilité, dont le but est d'élever l'homme jusqu'au ciel, au lieu de l'abaisser au rang des brutes comme l'a fait la philosophie. Cette sorte d'humilité, loin d'être un obstacle aux grandes actions et à certaines entreprises dans lesquelles il faut de la magnanimité et une résolution que rien n'ébranle, surmonte au contraire les obstacles, rien n'étant difficile aux humbles (Saint-Léon) , le chrétien humble mettant d'autant plus de confiance en Dieu qu'il se délie davantage de lui-même.

VALEUR. Voyez Bravoure.

VENGEANCE (passion). — Il est une passion dont l'ardeur est terrible, une passion plus redoutable dans ces temps de division, de trouble et de désordre que dans toute autre époque : el celle passion, c'est la vengeance.

Elle a été définie : une peine qu'on fuit souffrir à son ennemi, par ressentiment d'une offense qu'on en a reçue. « Faire aux autres le mal qu'ils nous ont fait se présente d'abord à l'esprit comme une maxime équitable ; mais ce qu'il y a de naturel dans celle passion ne rend ses conséquences ni plus heureuses ni moins coupables, et c'est à combattre les mouvements involontaires qui entraînent vers un but condamnable que la raison est particulièrement destinée ; car la réflexion est autant dans la nature que l'impulsion. » Cette idée que madame de Staël a voulu nous donner de la vengeance est on ne peut plus juste.

El par exemple : quand une injure a vivement blessé notre âme, le ressentiment que nous en éprouvons est profond et vivace ; c'est une plaie dans laquelle est resté le trait acéré qui l'a f.iite, et qui pour peu qu'on la louche, redevient saignante el douloureuse. A chaque instant se retracent à la pensée les détails de l'outrage qu'on a souff. rt ; on ne

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peut chasser ce souvenir cuisant, il semble au conlraire qu'on s'y délecte et qu'on prenne plaisir à l'aviver sans cesse. On s'exagère de plus en plus la grandeur de l'affront , on le souffre pnur ainsi dire de nouveau chaque minute, car l'âme n'a point d'autre pensée, elle est sans cesse obsédée de ce fatal tableau que l'imagination charge de ses plus sinistres couleurs. Ainsi, le ressentiment grandit dans l'âme, il s'y accumule comme li vapeur comprimée dans sa brûlante chaudière ; il bouillonne, il gronde intérieurement comme elle, comme elle il lend à faire explosion.

L'homme qui l'éprouve s'exaspère surtout devant l'image de l'offenseur: il jouit en imagination de la vengeance qu'il désire, qu'il se promet, dont il calcule l'exécution ; c'est avec un indicible plaisir qu'il verra son ennemi à son tour humilié, renversé, foulé sous ses pieds. H triomphe avec une sorte de rage, et quand il s'abandonne à ses rêves de vengeance, à ses impulsions irréfléchies, il a d'étranges tentations de cruauté et de meurtre,il savoure d'avance le bonheur d'immoler un ennemi à son ressentiment. Aussi Bacon aurait-il appelé la vengeance une justice sauvage.

Qu'elle soit sauvage ou non cette justice, malheur à qui veut l'exercer. Elle augmente la haine el la nourrit (madame de Puisieux); elle entretient ces guerres intestines qui divisent les membres d'une même famille, les citoyens d'une même république, et devient quelquefois une véritable lâcheté pour le vainqueur.

Pourquoi, dans nos provinces, ces réactions incessantes entre les hommes d'opinions opposées? p lurquoi ces luttes, ces combats sanglants à chaque révolution politique?

Parce que le vaincu d'autrefois, vainqueur aujourd'hui, au lieu de se rappeler qu'un grand cœur qu'on offense se venge en pardonnant, devient inexorable pour son ennemi et le frappe. Cela n'arrivetail peut-être pas si les tribunaux, dans ce; moments de commotions, au lieu de mollir cl de fermer les yeux sur les actions coupables, s'exerçaient a en rechercher les auteurs et les punissaient avec mesure. Alors ils ne laisseraient pas aux [arents de la victime l'espérance que des jo us meilleurs luir ml pour eux, et ne les verrait-on pas profiler de la première circonstance favorable pour se faire jusli ce II! ... et réciproquement usçue ad finem.

D'où vient celte vendetta du Corse, qui fait regarder les habitants de celle île, généralement bons et hospitaliers, comme des hommes sans cœur el vindicatifs? Voici l'explication qui m'en a été donnée à Ajaccio par un Corse pur sang, le docteur Cauro. « A l'époque où nuire île était sous la domination génoise, le peuple a tenté plus d'une fois de secouer l'indépenda ce de la république de Gênes. El comme celle-ci craignait toujours que les Corses ne réussissent enfin dans leur projet d'émancipation , sitôt qu'un homme marquant par sa rapacité et par son courage se révélail au pays, vile le gouverne-

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