‹ Dictionnaire des facultés intellectuelles et affectives de l'âme où l'on traite des passions, des vertus, des vices, des défauts, etcChapitre 202 sur 251 · SU · texte numérisé non relu

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nient cénois avail des affiliés pour l'assassiner. La famille implorail la rigueur des lois contre les coupables; mais la justice d'alors, docile aux volontés du doge , ne trouvait pas les preuves do culpabilité suffisantes, et le coupable n'était pas puni. Je me trompe, il l'était, parce que le père, le frère ou l'ami de la victime se chargeaient de le venger. » Y'oilà , m'a-t-on dit, l'origine des bandits corses. La plupart ne le deviennent que parce que leur frère, leur pore on leur ami mourant leur a fait jurer de le venger : aussi les vendetta sont-elles éternelles quand les familles sont nombreuses.

Cette esquisse des mœurs du peuple corse détruit l'opinion de Juvénal, qui prétend qu'il n'y a que les petits esprits, que les faibles esprits à qui la vengeance paraisse agréable. Je ne dis pas qu'il n'y ail plus de grandeur, plus de force à pardonner; mais ;:-t-ilexislé,e\iste-t-il beau coup d'individus qui aient proclamé ou qui proclament aujourd'hui que rien n'esl beau comme le pardon, qu'on doit de l'indulgence à ceux qui commettent une faute légère et du mépris à ceux qui nous ont réellement offensés? El si de tels individus se présentent, ftudra-t-il les appeler esprits faibles? Il n'y a réellement faiblesse d'esprit que pour ceux qui, trouvant dans la vengeance le plaisir des dieux, veulent en goûter I, s douceurs, et se rendent coupables. On voit dune p;ir celte explication que, loin d'approuver les bandits, je les blâme fortemcul au contraire de s'être rendu justice à eux-mêmes. Mieux eût valu qu'ils eussent abandonné le coupable au jugement de Dieu, qui ne leur fera jamais défaut, lit cependant, puisqu'ils n'ont pas eu la forée et la patience d'attendre, loul en les condamnant je les plains d'avoir méconnu la voix de Dieu, qui nous | rescril d'aimer noire prochain comme nous-mêmes, nous défend l'homicide de fait ou de consentement, et nous porte au bien; et d'avoir écoulé celle île» affections terrestres ou du ressentiment, qui nous conduit au mal. C'est pourquoi, coupables devant Dieu , coupables devant la justice, rien ne saurait les excuser.

Je n'ignore pas que dans les temps pri mitifs , alors que la civilisation n'avait pas

encore éclairé, ralisé, façonné les peuples,

ils regardaient la vengeance comme un droit sacré que chacun peut exercer, el que c'est sous la sauvegarde de ce sentiment que les chefs plaçaient la sûreté individuelle et la conservation des personnes el 'les biens. Mais ■le ce qu'il eu lut ainsi dans ros époques un l'homme vivait errant, ne relevant que de lui-même, ne demandant protection qu'a ion courage ei a son habileté a manier les armes; de ce que chacun était à In fois défenseur de ce qui lui appartenait, juge dos délits dont il était la victime, exécutant les peines

qu'il jugeait i propos d'infliger a (eux qui l'avaient offensé, s'ensuit-il que dans les étals civilisés on soii les imitateur! dessau- »î )e conçois que, dans les conditions d existence où ces derniers se trouvai ni, un ait regardé comme né< essaire que la ven-

geance fût exercée d'une faço:> inexorable et sévère, car sans cela il n'y aurait eu aucun frein pour les crimes, el la patience de ceux qui souffraient n'aurait été qu'un encouragement pour les coupables; mais je conçois aussi que cette vie primitive ne pouvait être qu'une lutte incessante des individualités, qu'une guerre affreuse de mauvaises passions et de haines particulières, ne laissant aucune sécurité , aucune garantie à l'individu, à la famille Peu à peu les hommes, en se civilisant, comprirent ces inconvénients graves; ils virent que celte crainte de la vengeance n'arrêtait que les crimes des faibles, et que le succès légitimait l'oppression des forts; ils reconnurent que les hommes, en se faisant justice à eux-mêmes, no proportionnaient jamais la peine au délit, parce qu'ils ne jugeaient pas sans passion, et que d'interminables querelles 1 s diviseraient. Dès lors les hommes sensés pensèrent qu'il valait mieux se réunir en société, mettre les intérêts privés sous la sauvegarde des lois, se créer des magistrats dont l'impartialité fût une garantie de justice et dont la puissance inspirât une salutaire terreur au crime. Dès lors nul ne put compter sur sa force, sur son courage, pour demeurer impuni; car, la société, plus puissante que les individus, se mettail à la place des offensés, el, dans l'intérêt public, se chargeait de la vindicte.

C'est ainsi qu'on subtilua la punition à la vengeance, qu'on permit aux hommes do suivre les généreuses impulsions de leur cœur, de devenir cléments, miséricordieux el patients; et ces sentiments reçurent la plus haute sanction du Code évangélique, qui perfectionna la morale jusqu'au pardon des injures.

Et maintenant , si nous voulons suivre l'histoire des vengeances dans le cours des siècles, nous voyons chez les sauvages co sentiment féroce érigé en vertu , les enfants garder ces rancunes de leur père comme uw héritage sacre el les transmettre eux-mêmes à leurs descendants. Rien n'égale la soif de ces hommes pour la vengeance; ils épient leurs ennemis comme le serpent guette sa proie. Alihert cite l'histoire d'une tribu sauvage qui traversa 500 lieues de désert pour aller immoler à sa vengeance une famille établie sur le territoire dont on l'av ait dé] OSsédée ; avant d'accomplir ce massacre, ces sauvages restèrent quinte jours cachés dans les bois d'alentour, attendant le moment favorable. Ce lait est moins surprenant peutêtre que la vengeance qu'exerce le soldat Aguise sur Esquivai, a ni len gouverneur de P tosi. Ce magistrat l'avait condamné a

un supplice injuste et infamant. Aguise le

suivit pendant cinq années, traversant nupieds les contrées immenses au delà desquelles Esquivai voulait se soustraire a sou ras* sentiment ; il fit ainsi plus de 1^<»I lieues. Enfin Esquivai se fixa â Cusco, ne croyant pas qu'Agoise, après un si long espace dt

temps, el dans une vile où la poliee était

rère, pût attenter a ses jours; mais

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