‹ Dictionnaire des facultés intellectuelles et affectives de l'âme où l'on traite des passions, des vertus, des vices, des défauts, etcChapitre 203 sur 251 · YF.N · texte numérisé non relu

YF.N

Aguise s'introduisit Hans son cabinet, le poignarda pendant son sommeil, et s'en vint, rouvert de sang, avouer au peuple le crime qu'il avait commis.

Demplos, l'assassin du célèbre Delpech, professeur de clinique chirurgicale de la faculté de Montpellier, fut aussi persévérant qu'Aguise dans ses projets de vengeance, mais sans in avoir le cynisme cl l'effronterie Croyant qu'une indiscrétion du docteur avait été la cause de l'obstacle insurmontable qu'on opposait à son union avec une personne dont il était passionnément épris, Demplos quitte Bordeaux, lieu de sa résidence, va successivement a A jaccio, à Londres et à Paris, espérant y joindre Delpeh, et ne l'y rencontrant pas, il se rend a Montpellier, où le professeur venait d'arriver. Le projet de Dcmp'os était d'arracher à Delpech, p^r qui il avait été opéré , une rétractation écrite qui devait assurer son mariage avec celle qu'il aimait, et, à défaut de celle rétractation, de lui ôler la vie. On l'a vu, la veille du jour fatal cù il devait frapper sa victime, causer amicalement avec elle, ei, par un ralfiuement de scélératesse, cares-er sur ses genoux l'un des enfants de celui qu'il devait, le jour suivant, immoler à sa fureur.

Il paraîtrait, si l'on en croit la chronique, que l'eni revue qui eut lieu au théâtre, entre l'assassin et Delpech, dans la loge même de celui-ci, n'ayant pas eu pour Demptos les résultats qu'il s'était promis, son plan fui aussitôt arrêté, et le lendemain il le mettait à exécution 1 Voici du reste la relation de cet horrible assassinat.

Le 2'd juin 1832, le professeur de Montpellier \-c rendait, selon sa coutume, à son établissement d'orthopédie. Demptos, qui avait pris à dessein un logement dans le voisinage , voyant venir de sa croisée le cabriolet où était sa victime, s'arme d'un fusil à deux coups, descend rapidement l'escalier, se place sur la porte de la maison, et au moment où Delpech se présente, il lui tire à tout portant un coup de fusil, cl le laisse mort sur place. A l'instant même, craignant de ne pas avoir assez bien roussi, il lire un second coup, et frappe encore à mort, le domestique qui souienaii dans ses bras son inforluné maître. Le cheval épouvanté en- Iraîne !e eu brio' et el les deux cadavres, et vienl les déposer presque à la porte de cet établissement où déjà Delpech commençait à réaliser le* g'orieuses espérances dont il s'était si longtemps bercé, i.e croie consommé, au lieu de s'en faire un mérite, Demplos

(I) Ceci me rappelle un fuit qui m'a été raconté à Basiia, en décembre 1840. Il s'agit d'un bandit corse qui, ayant été condamné à mort par la cour d'assises, demanda, en arrivant sur l'éclial'aud, la permission d'adresser, avant de iiir-urir, quelqui s mots d'adieu à ses parents el amis qui se pressaient autour de lui : ce i|iii lui lut ace r.l -. S'adressanl donc a la foule, il s'écrie d'une voix forte : < Vous tous, mes proches, qui m'entourez, recueille/, bien nies dernières paroles et qu'elles ne s'effacent jamais de votre souvenir, jusqu'à ce que ma volonté soit accomplie. Je

Diction, dks Passions etc.

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rcnlra dans sa chambre et mit fin à ses jours en se faisant sauter la cervelle !

On le voit par ce qui précède, la vengean e naît du ressentiment ou de la haine, el parfois de l'obéissance passive aux volontés d'un parent qui va mourir (I). Mais qu'elle soit inspirée par l'un ou l'aulre sentiment, quelque nalurelle qu'elle paraisse,! certains esprits, il y a toujours injustice dans ses actes. Oui, il y a injustice, parce que, d'abord, un homme nui se croit offensé, n'a pas assez de sang-froid pour prendre en main le compas de proportion, cl mesurer sa vengeance sur les dimensions de l'offense; el d'ailleurs le fll-il, que la morale et la religion lui imputeraient encore à crime d'en agir ainsi. Pourquoi? parce qu'il n'y a que la souveraine sagesse qui préside au gouvernement du monde qui puisse punir l'insolent selon la grandeur de son insolence ; parce que si l'on veut ne pas s'écarter de la justice humaine, il faut imiter la sagesse de certains hommes qui ne manquent pas de force et de grandeur. Or, comme Dieu seul peul juger l'étendue de l'intention de celui qui vei:t nuire, ce qu'il nous est impossible de savor, el ce qui seul cependant peut donner la mesure de la vengeance, sachons imiter la sagesse humaine; elle nous montre, 1° Zenon répondant à quelqu'un qui lui disait : Je vous montrerai ce que c'est t,ue de m'avoir pour ennemi. — Et moi je vous ferai tant de bien que vous redeviendrez mon ami. (Dior/ène de Laërce.) 2° Caton disant à ceux qui pouvaient l'entendre :Si je me venge, 1rs dieux me puniront, parce que les offenses qu'on me fuit s'adressent moins à moi qu'à eux , comme les auteurs des lois qu'on viole pour me nuire. 3° Sénèque (de Ira) posant en principe, que celui qui rend mal pour mal, pèche seulement avec plus d'excuse, mais il n'en pèche pas uwns.

Il faut donc recueillir ces paroles des sages pratiquer leurs maximes, et ce qui ser il bien mieux encore, s'essayer à faire du bien à son ennemi, c'est la seule, l'unique vengeance que Jesus-Christ nous permette : je dis plus , il nous en donne l'ordre exprès- (Mallh. v, hk.) A ce propos je ferai remarquer combien on a lieu d'éire surpris que des hommes éclairés par les lumières de l'Evangile trouvent cet ordre trop rigide, alors qu'on remarque \ armi les païens granJ nombre de leçons sur le pardon des injures, et plusieurs exemples de méchants comblés de hienfailspai ceux-là mêmes qu'ils avaient maltraités.

Soyons tous leurs imitateurs : remetlivre à votre vengeance, non point ceux qui m'ont condamné au dernier supplice, j'ai mérité le cliàliment; mais un tel qui par son taux témoignage est venu confirmer des dépositions d autant p us accablantes qu'elles étaient l'expression de la \e ilé. A

vous doue de me venger! > A peine sa létc était

toinhée, que plusieurs individus s'ouvrent w\ chemin an milieu de la foule, et se dirigent avec la plus grande vitesse vers la demeure du faux témoin : le soir même il avait cessé de vivre!...

Si?.

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