‹ Dictionnaire des facultés intellectuelles et affectives de l'âme où l'on traite des passions, des vertus, des vices, des défauts, etcChapitre 213 sur 251 · DU DÉSORDRE DES PASSIONS DE L'UOMME · texte numérisé non relu

DU DÉSORDRE DES PASSIONS DE L'UOMME

PREMIER DISCOURS

De ta corruption de la nature par le péché. Quoiqu'il y ait beaucoup de merveilles en l'homme qui méritent d'élre considérées, et que les qualités qu'il possède nous fassent connaître la grandeur et la puissance de celui qui l'a créé, il n'y en a point de plus remarquable que sa constitution; car il est composé de corps et d'esprit, il unit le ciel avec la terre en sa personne, et plus monstrueux que les créatures de la fable, il est ange et bê:e tout ensemble (2). Comme la puissance de Dieu parut en l'union de ces deux parties si différentes, sa sagesse n'éclata pas moins en leur bonne intelligence car bien qu'elles eussent des inclinations' contraires, que l'une s'abaissât vers la terre dont elle avait été formée, et que l'autre s'élevât \ers le ciel dont elle avajt tiré son origine, néanmoins Dieu tempéra si bien leurs désirs, cl, dans la diversité de leurs conditions, il unit si étroitement leurs volontés

(1) Tris-lis est anima rnea usque ad morlem.

(2) Homo médium quodcl.im est inler pérora et an"elos, inferior aogelis, superior pecoribus, liabent cmn l ecoribus morlalitatem, rationein vero cum angclis

DES PASSIONS. ggg

par la justice originelle, que l'âme prenait part à tous les contentements du corps sans se faire injure, et le corps servait à tous les desseins de l'âme sans se faire violence. En cet heureux état l'âme commandait avec douceur, le corps obéissait avec plaisir, et quelque objet qui se présentât; car ces deux parties étaient toujours d'accord.

Mais ce bonheur ne dura qu'autant que notre premier père fui soumis à Dieu : sitôt qu'il eut prêté l'oreille au démon, et que sollicité par ses promesses il fut entré dans son parti, sa peine se trouva semblable à son crime, et sa désobéissance fut punie par une rébellion générale : car outre que les créatures se révoltèrent contre lui, et que ses sujets, pour servir à la justice de Dieu, devinrent ses ennemis, la révolte passa de son état à sa personne, les éléments se divisèrent en son corps, et son corps s'éleva contre son esprit. Cette guerre intestine s'alluma d'autant plus facilement entre ces deux parties, que leur paix n'était pas tant un effet de la nature que de la grâce; la haine qui succéda à leur amour fut d'autant plus violente qu'elle fut animée par le péché, qui n'étant qu'un pur désordre, porte la division partout et satisfait à sa propre fureur, en exécutant les arrêts de la justice divine : si bien qu'il ne faut pas s'étonner si la rébellion que souffre l'homme est si grande, puis* qu'elle lire sa naissance de deux principes si puissants, et que les parties qui le composent sont animées au combat par la contrariété de leurs inclinations et par la malice du péché qui les possède. Ce malheur a fait soupirer les plus grands saints : l'apôtre des gentils ne trouvant point d'autre remèiie à ce mal que la mort, l'a souhaitée comme une faveur, et a demandé comme une grâce le plus rigoureux de nos supplices. Il a préparé dans ses écrits tous les c hrétiens à cette guerre et il leur a fait entendre que l'homme ne pouvait espérer de paix en cette vie, puisque le corps faisait des entreprises contre son âme, cl que l'âme était obligée à faire de mauvais traitements à son corps (3).

De ce grand désordre est procédé celui de nos passions; car encore qu'elles soient filles du corps et de lame, et qu'étant produites également par ces deux parties, elles dussent les accorder, néanmoins ces filles dénaturées augmentenllcurdivision,et, selon qu'elles tiennent plus de l'esprit ou du corps, elles prennent le parti de l'un ou de l'autre, et ne font point d'acte d'obéissance qui ne soit accompagné de quelque rébellion. L'appétit que nous appelons concupiscible est presque toujours d'intelligence avec le corps, et celui que nous appelons irascible favorise quasi toujours l'esprit. Le premier nous engage dans les plaisirs et nous retient dans une infâme oisiveté : le second nous arme contre les douleurs et nous anime, aux actions généreuses. Dans ce Contraste

animal rationala mortalc. Augtist. lib. n,deCiv. Dei, cap. 51 .

(5)Caro enim eoncnpiscii adverstis spiri'um; spirilus autem ad versus carnein. Cal. y.

DE L'USAGE DES PASSIONS

toi

perpétuel l'espril de l'homme n'es! jamais tranquille, et il est contraint de nourrir des vipères qui le dévorent.

Les philosophes ont bien senti ce malheur, mais ils ont cru qu'il était dans la volonté seulement et non pas dans la nature : ils se sont persuadé que l'opinion et la mauvaise nourriture avaient causé tous ces désordres, et que comme un mal se guérit par son contraire, on pouvait remédiera celui-ci par une saine doctrine et par une bonne éducation. Ils établirent des académies où ils disputèrent du souverain bien; ils firent des panébriques pour la vertu et des invectives contre le vice, ils déclamèrent contre !e dérèglement des passions, et, mesurant leurs forces à leurs désirs, ils se promirent des victoires et des triomphes. Mais comme ils ne trouvèrent pas la source du mal, ils n'en purent aussi jamais trouver le remède. Parmi les faiblesses qu'ils faisaient, ils furent contraints d'accuser la nature et de se plaindre même de celte puissance souveraine, qui avait composé ['nomme de pièces qui ne se pouvaient accorder. Lu peu de lumière les eût sans doulc redressés, et un chapitre de saint Paul leur eût fait connaître la vérité: car puisqu'ils tombaient d'accord avec nous que Dieu ne peut faillir dans ses ouvrages, «l qu'il est trop juste pour nous demander des choses qui surpassent notre pouvoir, il fallait qu'ils conclussent que notre désordre était la peine de notre crime, et que la faiblesse qui nous faisait soupirer n'était pas tant un effet de notre nature qu'an châtiment de la justice de Dieu : en celte pensée, ils eussent taché d'apaiser celui qu'ils a» aient offensé, et, confessant leur infirmité, ils eussent imploré sa puissance. Mais l'orgueil les aveugla, et, pour user des termes de Sénèquc contre lui-même, ils aimèrent mieux accuser la Providence que d'avouer leur misère, et imputer leurs désordres à sa rigueur qu'à leurs offenses : ils ne purent ou ne voulurent pas comprendre ce que la raison leur enseignait avant que la foi l'eût publié par la bouche de saint Paul et de saint Augustin, que la révolte delà chair contre l'espril n'est pas une condition delà nature, mais un supplice du péché (t).

De lout ce discours il est aisé de conclure que puisque l'homme est criminel, que ses • sont révoltées, que l'esprit qui les ri.ii régler est obscurci, et que la volonté «lui les doit modérer esl d 'pravce,il la t né- . .r à la grâce et deraan der à la miséricorde ce que la j i-t ce nous a ôlé : il faut que la puissance qui avait autrefois accordé noir.- âmo avec notre corps termine maintenant leurs différends; il faut que, si la condition V eotte vie misérable ne permet pas que nous jouissions d'une paix entière, nous cherchions des forces pour combattre, et que si nous ne pouvons éviter les malheurs de la guerre, nous pui s. on. • «prier les avantages de 1 1 v icloire.

'ti Qood caro i on. upiscil adversité tpiritum, non t . [.i r. edene nanira iiouiioi

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