‹ Dictionnaire des facultés intellectuelles et affectives de l'âme où l'on traite des passions, des vertus, des vices, des défauts, etcChapitre 216 sur 251 · DO I · texte numérisé non relu

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sauce, il devient criminel dans son progrès , dées ; et de ces deux passions la première est pour n'avoir pas consulté la parlie supé- si lâche, qu'on ne la peut dompter qu'avec rieurede l'âme : d'une bonne cause il en fait la force; et la dernière est si opiniâtre qu'on

une mauvaise; et pensant punir une faute légère , il commet une lourde offense. La crainte nous a souvent étonnés pour n'avoir écoulé que les sens ; elle nous a fait pâlir sans sujet en mille rencontres, et elle nous a quelquefois engagés dans des périls vérilaiiles pour nous eu faire éviter d'imaginaires. Comme donc nos passions nous ont trompés pour n'avoir pas pris conseil de notre raison, il faut se résoudre à ne les plus croire, que nous n'ayons examiné si ce qu'elles désirent ou ce qu'elles appréhendent est raisonnable, et si l'esprit qui voit plus loin que les yeux, ne découvrira point la vanité de nos espérances ou de nos craintes.

La seconde précaution est d'obliger la raison de veiller toujours sur les sujets qui peuvent exciter nos passions, et d'en considérer la nature et les mouvements , afin

ne la peut régler qu'en l'irritant. Par ces moyens soigneusement observés , les affections de notre âme s'adoucissent ; ces bétes farouches deviennent domestiques. Quand elles ont perdu leur fierté naturelle, là raison les emploie utilement, et la ver:u ne forme point de desseins, qu'elle n'exécute par leur entremise.

IY« DISCOURS.

Qu'en quelque éLU que soient nos passions, la vaison les peut conduire.

Bien que la nature soit si libérale, elle ne laisse pas d'être ménagère , et d'employer avec utilité ce qu'elle a produit avec abondance. Toutes ses parties ont leurs usages et parmi ce grand nombre de créatures qui composent l'univers, il ne s'en trouve point d'inutiles ; celles qui ne nous rendent point

qu'elle ne soit jamais surprise. Les maux de service contribuent à notre plaisir : les I revus ne sont que de légères blessures, et belles et les agréables servent à l'ornement les accidents contre lesquels on est préparé du monde, et les diftormes même entretienne nous étonnent que rarement : un pilote nent sa variété. Comme les ombres relèvent qui voit venir l'orage se relire au port; ou l'éclat des couleur;, la laideur donne du luss'il en est trop écarté, il prend le large et tre à la b aulé ; et les monstres qui sont les s'éloigne des côtes et des rochers. Un père fautes de la nature , font estimer ses chefs qui sait bien que ses enfants sont morlcls, et d'œuvre et ses miracles. Il n'y a rien de plus que la vie n'a point d'autre terme que celui pernicieux que le poison ; cl si le péché n'é-

qu'il plaità Dieu de lui donner, no se désespérera jamais de les avoir perdus. Un prince qui considère que la victoire dépend plus du hasard que de sa prudence, et des accidents

lait stérile, on le prendrait pour sa production, puisqu'il semble être d'accord avec lui pour faire mourir tous les hommes. Cependant il a ses emplois, la médecine en fait des

que de la valeur de ses soldats, se consolera antidotes, et il a des maladies qu'on ne peut

facilement après avoir été battu. .Mais nous ne faisons point d'usage de notre esprit ; et il me semble que si nos passions sont déréglées, il en faut accuser la raison qui ne prévoit pas les dangers , et qui ne prépare pas nos sens contre leurs surprises

La troisième précaution est d'étudier la nature des passions, qu'on entreprend de modérer et de conduire : car les unes veulent être gourmandees, et pour les réduire à leur devoir il faut user de violence et de sévérité ; les autres veulent être llaltécs; et pour les faire servir à la raison, il faut les traiter avec douceur; bien qu'elles soient sujettes , elles ne sont pas esclaves, et l'esprit qui les gouverne est plutôt leur père que leur souverain. Les autres veulent être trompées ; et quoique la vertu soit si généreuse, elle

est obligée de s'accommodera la faiblesse des passions i et d'employer la ruse quand la force n'a pas réussi. L'amour est de cette nature : il f.iut lui f.iire prendre le change; ne pouvant pis te bannir de notre eœur, il faut lui proposer des objets légitimes . el le

rendre vcitucux par une trompe, ir inno-

cenle. La colère veut être dallée; et qui penserai! arrêter ce torrent en loi opposant une digue , H augmenter ail sa fureur, La crainte el la tristesse douent cire gourman-

(t) Si scorpionis venenani malum ei et, pi I p mera périmerai : ;ii conlii si ri aliquo modo d< inhaler >> us dablurtlone Inlerirel, Ergo ilims r«rpori iii.iitnn est amili i s malum e il reci

guérir que par des venins préparés: l'usage les a convertis en aliments, cl il s'est trouve des princes à qui le poison ne put donner la mort; les bêtes qui le portent ne sauraient vivre sans lui , ce qui nous csl pernicieux leur estsi nécessaire qu'on ne peut le leurôter qu'on ne les lue. C'est ce qui oblige tous les philosophes d'avouer, avec saint Augustin, que le venin n'est pas un mal, puisqu'il csl naturel aux scorpions et aux vipères, el qu'elles meurent en le perdant, comme nous en le prenant (1).

Quand nos adversaires feraient passer les mouvements de notre âme pour des poisons ou des monstres , celle raison les forcerait de confesser qu'ils ne sont pas si absolument mauvais qu'on ne les puisse préparer comme des venins, el en faire des antidotes pour guérir nos maladies, ou pour entretenir noire sanlé. Car de quelque façon qu'on les considère, el quelque visage qu'on leur donne pour les rendre effroyables, la raison trouvera toujours le moyen de s'en servir , et celle sage économe de nos biens el do nos maUS les saura menacer avec tant de pru-

dence, qu'en dépit du péché qui les a déréglées, elle en tirera de l'avantage cl de la

gloire.

Si nous les regardons en leur naissance,

père, i-l i!h Iminiin est lialii're el ipio nobil bO>

niim osi carero, Augutt, tib. de Moriout Manichaor.

rflp. 8.

ce sont des nlTerlions maniables, qui n'ont «1 no de faibles résistances, el qui, pour peu d'instruction qu'on leur donne, deviennent dociles et obéissantes; ce sont des enfants que les paroles étonnent, et qui pour la cr.iinle d'un petit châtiment corrigent leurs mauvaises inclinations, et profilent des conseils de leus maîtres ; ce S"nl de jeunes plantes qu'un mauvais vent a courbées, mais qui se redres-ent aisément avec un peu de soin, et qui n'étant pas encore inflexibles prennent un pli contraire à celui qu'elles avaient reçu de la nature. Aussi les platoniciens ne voulaient pas qu'on donnât le nom de passions à ces désordres naissants, et sachant bien qu'il était facile de les régler, ils se contentaient de les appeler affections, sans leur donner un titre plus injurieux.

Si nous les considérons dans un âge plus avancé, où, profilant de notre faiblesse, ils ont acquis de nouvelles forces, el de simples affections sont devenus des passions violentes, il faut les prendre par leur propre intérêt , et leur faisant espérer du plaisir ou de la gloire, les porter au bien et les détourner du mal : car dans leur plus grande révolte, elles conservent toujours de l'inclination pour la vertu, et de l'horreur pour le péché ; elles ne sont coupables que parce qu'elles sont abusées : il suffit de leur ôler le bandeau qui leur couvrait les yeux pour redresser leurs mouvements et corriger leurs erreurs. Le péché n'a pu tellement déshonorer sa nature , qu'elle n'ait conservé le fonds de ses inclinations ; elle aime toujours le bien , et haïra le mal éternellement : elle cherche la gloire et fuit l'infamie, clic souhaite le plaisir et appréhende la douleur. Tous ces mouvements «ont aussi naturels qu'innocents ; le diable qui voit bien que cet ordre est pernicieux à ses desseins, el que cet e impression qui vient de la main de Dieu ne peut être effacée, donne le change à nos passions, et, ne les pouvant corrompre, il lâche de les abuser , il leur propose des biens apparents pour de véritables ; il déguise le péché, el lui fait prendre le manteau de la verlu. Et comme ces aveugles ne peuvent pas discerner le mensonge de la vérité , elles confondent le mal avec le bien, et par un déplorable malheur elles aiment ce qu'elles doivent haïr, et haïssent ce qu'elles doivent aimer, i'our les guérir il ne faut que les détromper, car quelque attachement qu'elles aient à ces objets déguisés, elles s'en sépareront aussitôt qu'on leur en aura fait reconnaître les beautés ou les laideurs, el suivant leurs premières inclinations elles délesteront leur aveuglement , et quitteront le bien apparent pour embrasser le véritable. Nous devons nous consoler en notre malheur, puisque la nature des passions n'est pas tout à fait changée, qu'après la désobéissance de noire père, et la haine de son ennemi, elles gardent encore quelque, purelé, et que dans tous leurs désordres il y a plus d'erreur que de inalite.

Si enfin nous les considérons dans leur extrême violence et en cet élatoù elles je1.- Piction\. des Passions.

m L'USAGE DES PASSIONS.

lent tant de fumée et de flammes qu'elles offusquent la raison, et la contraignent d'abandonner leur conduite, il esl bien malaisé d'en faire un bon usage ; car elles semblent avoir changé de condition: comme elles onl pris le parti du péché, elles méritent de porter son nom . el d'être plutôt appelées des (roubles et des soulèvements que des passions. Elles sont si insolentes qu'elles méprisent tous les consils qu'on leur propose; au lieu de prendre la loi de l'esprit, elles veulent la lui donner, et de sujets naturels elles deviennent des tyrans insupportables. Quand le mal est arrivé jusqu'à ce point, il est bien malaisé d'y remédier, et l'on peut dire que pour avoir trop attendu on a tout désespéré : car les passions n'écoutent plus, el la raison est si Iroublée qu'elle n.' petit plus donner les ordres. Les flots s'élèvent jusqu'aux cieux, celle partie de l'homme qui doit être toujours tranquille se trouve engagée dans l'orage, et pour apaiser le trouble qui l'agite, elle aurait besoin d'un secours étranger : certes je ne crois pas qu'il v ait de philosophie qui osât entreprendre de guérir un homme en celle frénésie; les remèdes aigriraient son mal, il n'y a que le temps qui le puisse adoucir, el il est à souhailer que ce lorrent trouve une large campagne, où il étende ses eaux et dissipsa fureur. Mais quand cette tempête est apaisée, que ses passions sont un peu remises , et que la raison a repris sa lumière et sa force, il faut qu'il se représente le malheur de sa condition , qu'il rougisse de soi péché, et qu'il gourmande ces esclaves rebelles; mais surtout il faut qu'il s'humilie devant Dieu, qu'il s'enrichisse de ses pertes, el qu'il devienne sage à ses dépens. Il doit aussi regarder par <;ucl endroit l'ennemi est entré dans la place, voir de quels artifices il s'est servi pour exciter la sédition, et lui débaucher ses sujets. Ainsi nos plus grands malheurs nous seront avantageux , nous apprendrons par expérience que l'orage peut conduire au porl, et que s'il y a des vagues qui noient les hommes, il y en a qui les jetlent au rivage. Mais comme il n'y a point de matelot qui voulût courir ce hasard pour obliger le ciel à faire un miracle en sa faveur, il n'y a point d'homme qui doive s'exposer à ce désordre pour en tirer quelqu" profit, el ii vaut mieux être privé d'un bon heur incertain que de l'acheter par une perte assurée.

En la vue de ers vérités nous pouvons dire que notre condition n'est pas si déplorable que se l'imaginent ceux qui veulent excuser leur pé hé par leur misée , puisque notre bonne fortune est en notre main, cl que nous voguons sur une mer dont le calme et la tempête dépendent de noire volonté. Nous pouvons fuir la rencontre des écueils qu'elle cache, abattre In fureur des vents qui l'irritent, abaisser l'orgueil des (lots qu'elle élevé, el faire succéder la tranquillité à l'orage; ou par une plus heureuse adresse, nous pouvons obliger ces écueils à se cacher, ces mers à porter nos vaisseaux, et ces v.-nls à les

,,07 . DE LIJSAGE DES PASSIONS

conduire. M.iis pour laisser ces manières de parler figurées, disons qu'il n'y a point d'ob-

jets que nous ne puissions mépriser, d'opinions que nous ne puissions corriger, ni de passions que nous ne puissions vaincre : ainsi noire fortune esl en notre disposition , la victoire dépend de nos armes, notre bonheur est attaché à notre désir, et pour acquérir tous ces biens il ne faut avoir qu'un peu de courage.

De quelt moyen» on se peut servir pour modérer ses pussions.

F.ntrc plusieurs moyens que l.i raison peut employer pour le règlement de nos passions, il semble que le plus ordinaire soit celui qu'elle a tué de la chasse, où les hommes se servent des bêles apprivoisées pour prendre les farouches, el où pour se donner du divertissement ils usent du courage des chiens contre la r;;ge des loups. Ainsi semblc-t il qu'il soit permis d'employer les pnssions qui nous sont les plus soumises contre celles qui nous sont les plus rebelles, cl de nous servir de nos ennemis réconciliés pour dompter ceux qui nous font encore la guerre : on oppose la joie à la douleur, on réprime la crainte par l'espérance, on modère les désirs par la peine qui accompagne leur accomplissement. Quelquefois on considère aussi les passions qui produisent les autres; pour tarir leurs ruisseaux on tâche d'en tarir les som ces, et de détruire les causes pour ruiner leurs effets. Qui cessera d'espérer cessera de craindre, qui bornera ses désirs bornera ses espérances, et qui n'aura point d'amour pour les ricliesscs n'aura point d'inquiétudes ni de crainte pour elles (\). Quelquefois aussi l'on attaque la passion qui domine en nous [oui lain- mourir loules celles qui combatlent sous ses enseignes, d'un seul coup on remporte une victoire, et par la mort du chef on défait toute l'armée. Mus quoique tous ces moyens soient spécieux, et qu'ils nous promettent ou une profonde paix, ou une longue trêve, néanmoins ils sont trompeurs, el nous font entreprendre des choses injustes, impossibles ou dangereuses : car il y a bien du danger de fortifier un ennemi pour eu de ruire un autre, el il n'y a guère d'assurance de milirc les armes en la main d'une passion, qui s'en peut aussi bien serv ir c nire la r ison que pour elle. Il y a de l'injustice de les opposer les unes aux autres, puisqu'elles doivenl être en bonne intelligence ; car quoiqu'il soit permis à la politique de faire la guerre pour avoir h paix, el de mettre la division entre des ennemis ilonl l'accord nous est préjudiciable, il n'est pas permis à la morale de semer la discorde entre ses suj ts, sous une raine espérance de les accorder quand ils seront affaiblis: c'est enfin tenter l impossible que

(I) Desincs limerc fi sperare desicris Stnec, I nui. '■•

mis repercussit auuclnm, sut iu<,

de vouloir étoulfer une passion pour faire mourir celles qui en procèdent (2] ; on peut bien les modérer, mais on ne saurait les détruire; elles naissent de l'union de notre âme avec notre corps, el pour leur ôlcr l.i vie il faudrait les faire perdre à l'homme qui les produit. Nos passions nous sont bien plus intimes que nos membres, el si l'on peut couper ceux-ci quand ils sont infectés, on ne peut pas retrancher celles-là quand elles sont désobéissantes. Aussi la p'upart de ces avis nous sont donnés par des personnes suspectes ; ces mauvaises raisons viennent de l'école des stoïciens, qui regardent les passions comme les ennemis de notre repos, el qui ne tâchent pus de les régler, mais de les anéantir. Ils se persuadent qu'il en est d'elles comme de ces betes farouches, qui ne sont jamais si bien apprivoisées qu'elles ne conservent toujours quelque chose de leur première lierlé, et que pour mettre l'esprit en une parfaite tranquillité on ne doit pas les adoucir, mais les détruire. Pour résoudre ces difficultés, il faut se souvenir que la raison esl la souveraine des passions, que leur conduite est un de ses principaux emplois, et qu'elle est obligée de veiller particulièrement sur celles qui emportent les autres par leur mouvement ; car comme leur révolte est suivie d'une rébellion universelle, il semble aussi que leur obéissance cause une paix générale, et qu'elles ne reconnaissent jamais la raison qu'elles ne réduisent avec elles toutes les passions qu'elles avaient soulevées. L'on peut bien à la vérité opposer quelquefois le plaisir à la douleur, l'espérance à la crainte cl l'inclination à l'aversion, mais dans ce combat il faut que la raison prenne garde qu'en affaiblissant une passion el e ne donne pas Irop de force à une antre, (l qu'en voulant ranger un mutin à l'obéissance elle n'augmente pas le nombre des rebelles. Quand elle entreprend celle affaire, elle doit avoir la balance dans les mains, el se souvenir que le Dieu qu'elle imite fail tous ses ouvrages avec poids et mesure, et que quand il tempère les qualités des éléments pour les accorder, il ne fail point d'avantage à l'un qui porte préjudice à l'autre. On peut bien attaquer aussi la passion qui nous maîtrise, cl que nous reconnaissons être la cause de nos desordres; car c'est un démon familier qui nous possède, c'est un tyran qui n'use .c sou pouvoir que pour son propre intérêt, el qui est d'autant plus dangereux, qu'il lâche de s,' ren.lie | lus Bg • .1 ble. La raison esl obligée <le le combattra

comme un ennemi public, et d'employer toutes ses forces sinon pour le luiner, ail moins pour l'affaiblir. Je ne vois pas pourtant qu'elle puisse user avec sûreté des autrei passions pour le dompter, car elles lui sont trop acquises pour l'attaquer, et lorsqu'on pensera les faire servir a sa perle, il aura asseï d'à Ire- M- pourle. faire serv u a sa cou servalion.

api cupidiut sliquid hnpenrvit, dos ralionii benefl clolunc quievit, >cd affccluura infida el mais pâte.

S(fl , dt Ira, l. | c. S.

DE L'USAGE DES PASSIONS

Mais pour ne pas laisser un si dangereux mal sans remède, je serais d'avis île retrancher les objets qui le nourrissent, et d'emporter par la faim un ennemi que nous n'avons pu vaincre par la force. Car bien que nos passions naissent avec nous, qu'elles empruntent leur vigueur de notre constitution, et que celles qui sont les plus nalur. Iles soient les plus difficiles à surmonter, néanmoins elles tirent leur nourriture des choses extérieures, et si les objets ne les entretiennent, elles meurent ou elles languissent. L'ambition ne nous tourmente guère dans la solitude, et quanti elle ne voit plus la grandeur des villes, l'orgueil des bâtiments, la pompe des triomphes, elle perd le souvenir de la gloire, et ce feu n'ayant plus d'aliment qui le nourrisse, se consume et s'éteint lui-même. La tristesse prend des forces parmi les ténèbres, ces chambres obscures et parées de deuil conspirent avec elle pour nous affliger; il semble que les hommes qui s'en servent aient peur d'oublier leur douleur, et qu'ils veulent que tout ce qu'ils voient leur rafraîchisse le souvenir de leur perle. Si nous éloignons de nous ces tristes objets, la nature se lassera de pleurer, et quoiqu'elle soit déréglée par le péché, elle se consolera elle-même quand elle ne verra plus rien qui entretienne son déplaisir. Ce que j'ai remarqué de la tristesse et de l'ambition se peut dire de toutes les autres passions, qui ne sont opiniâtres que parce qu'elles sont aidées par nos artifices, et que nous prenons peine à les accroître pour nous rendre plus misérables.

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