‹ Dictionnaire des facultés intellectuelles et affectives de l'âme où l'on traite des passions, des vertus, des vices, des défauts, etcChapitre 218 sur 251 · IU · texte numérisé non relu

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babiludes ne soient que des inclinations naturelles (1). Car toutes ses passions sont des vertus naissantes, et pour peu de soin qu'il prenne à les perfectionner, elles deviennent des verius achevées. La crainte qui prévoit le mal et qui l'évite n'est-elle pas une prudence naturelle? La tolère qui s'arme en faveur du bien contre son ennemi n'esl-elle pas une ombre de la justice? Le désir qui .'.mis divise de nous-même pour nous unir à quelque chose de meilleur n'esl-il pas une image <!e la charité qui nous sépare de la lerre pour nous élever dans le ciel? Que faut-il ajouter à la hardiesse pour en faire une véritable force.' et quelle différence y a-t-il entre la douleur et la pénitence, sinon que l'une est le pur ouvrage de la nature, et l'autre la production de la grâce? mais toutes les deux s'alfligent du mal, et souvent elles mêlent leurs larmes pour pleurer un même péché. Lniîn il n'y a point de passions qui ne puissent devenir vertus, et comme elles ont de l'inclination pour le bien, et de l'aversion pour le mal, il ne faut qu'un pi u de conduite pour leur faire changer de condition. Il suffit de bien appliquer son amour pour rendre toutes ses passions innocentes : il sans travailler avec tant de peine, il n'est besoin que de bien aimer pour être bienheureux d<\s cette vie. Puisque la vertu, dit saint Augustin, est l'habitude d'un esprit bien réglé, il ne faut que modérer nos affections, afin qu'elles se changent eu vertus ; car quand noire haine et notre amour, qui sont les sources des autres pas ions, seront conduites prudemment, modestement, follement et justement, elles deviendront de rares vertus, et se convertiront en prudence, en tempérance, en force et en justice ('2). N'estce donc pas être barbare, que de vouloir étouffer des passions qui ont tant d'affinité avec la vertu, et qui sais beaucoup de travail peuvent être élevées à une si noble condition '.' N'est-ce pas être ingrat, que de n cconn al Ire les avantages que nous avons reçus de la nature? et n'est-ce pas être injuste, que dé donner des noms infâmes à des sujets innocents, qui, étant bien ménagés par I ; raison, peuvent en mériter de si glorieux?

C*< si donc une maxime indubitable parmi les philosophes, que les passions sont les seni nces des verius, et qu'elles n'onl [mini de

plus nobles emplois que de s'armer en leur laveur, de combattre pour leur querelle et de les venger de leurs ennemis. Comme les mères ne sont jamais plus courageuses que quand elles défendent leurs enfants, les atfeclions do notre àme ne sont jamais plus vigoureuses que quand elles détendent leurs productions contre les vues. Cette louange choque l'esprit de tous les sloïques, et Senèquo ne saurait souffrir que l'armée île la vi Un suit composée des soldats qui se puis-

i In optimo >| |ue auiequ im erndiaa , virlutis

i non \iriu<> ci i:i. 91.

(2) Quoniam virius est babilus mentis bene compo-

ponendi, insliluendi alque oi lin indi sunt

• id quo I di béni, M in vii tulca pi »-

l'u erc possinl I te, forli

sent mutiner; il ne vent pas que l'on emploie les passions à son service, parée qu'il s'en est trouvé quelques-unes qui ont blessé son autorité. Certes si tous les princes étaient aussi difficiles que ce philosophe, ils ne trouveraient plus de soldats, et il faudrait qu'ils licenciassent toutes les troupes, parce qu'autrefois il y en a eu d'infidèles. La négligence des primes est souvent l'occasion de la mutinerie de leurs soldats, el la faiblesse de la raison est presque toujours la cause de la révolte des passions: dans la véritable phi- I >sophie il faut plutôt accuser l'esprit que le corps, el condamner pi lot le souverain que les >ujels. Qui ne voit que la crainte veille p or la vertu, qu'elle est toujours mêlée comme un espion avec l< s ennemis pour reconnaître leurs desseins, que tous ses rapports sont fidèles, et i,ue n us ne sommes la plupart du temps malh urcux que pour les avoir nég igésï Q :i ne sait que l'espérance nous fortifie, el qu'elle nous donne du courage pour entreprendre les desseins glorieux cl difficiles? Qui n'avoue que la hardiesse cl la tolère mép iseut les d inger-, souffrent les douleurs et attaquent la mort pour servir à la patience et à la force? Mais quelles verius ne seraient faibles si elles étaient abandonnées par les passions? combien de fois la crain'e de l'infamie a-l-elle relevé le c mrage des soldats qui méditaient une honteuse faite? combien de fois la pudeur a-t-ellc conservé la pudicité, et retenu dans le devoir des filles el des femmes, que. l'avarice et l'impureté tâchaient de corrompre? combien de fois l'indignation a-l-clle animé les juges contre des criminels, que la protection des grands rendait insolents dans leurs crimes?

Que les stoïciens co i fessent donc que les ver. us doivent leur salut aux passions, et qu'ils ne iiuu> disent plus qu'elles sont trop généreuses pour implorer le secours de leuis esclaves (3); mais disons-leur qu'elles sont trop reconnaissantes pour mépriser de si lidèlcs amis, et qu'elles ne feront jamais de difficulté de les accepter pour alliés, quand tdles voudront attaquer 1rs vices, leurs communs ennemi-. Jim ! aussi bien mieux suvre l'opinion d'Aristotc que celle de Sénèquc, et ménager les passions que les détruire. Celui-ci veut, par un orgueil insupportable, que la vertu n'ait besoin de personne, et que le sage qui la | n sèdo puisse être heureux contre l.i volonté de Dieu même, il veut que sa félicité soit si bien établie, que le ciel ne I i ii ss renverser, el à juger de ses paroles,

il s m. lie que la première disposition n

pour acquérir la sagesse soit l'insolence ci l'impiété. Celui-là nu contraire reconnaît sa faiblesse, use du secours que In nal re lui offre, el sachant bien qu'il e^t composé d'un esprit el d'un corps, il lâche d'employer

1er el juste nmor ci ndium Inslilntiuiur, in vlrtntes

ini.scilii et i Ii ni ain, tomperantiam, fortini-

dinemclju liliam. lug.,lib. de Spirituel anima, t

Vin pin.m virlm viiin adjuv mda i M . se i o i-

lenl.i. s, i., /. i ,1, li .

!>I3 DE L'USAGE DES PASSIONS. yU

ces deux parlirs à l'exercice de la vertu ; il moins de disposition au vice qu'à la vertu,

eon fesse que nous ne pouvons rien entre- et que si nous en pouvons espérer de grands

prendre île généreux , si la colère ne nous avantages, nous en devons craindre aussi de

échauffe l'esprit, et que nous sommes languis- notables disgrâces. Car les mêmes désirs qui

sauts, quand nous ne sommes pas irrités (1); nous élèvent au ciel nous attachent à la

mais comme il sait bien aussi que cette pas- terre; ce que la nature nous a donné pour

sion a besoin d'une bride qui la tienne, il nous mettre en liberté, nous rette dans la

la soumet à la raison, et il s'en sert non prison, et nous engage dans ies fers. La

comme d'un chef, mais comme d'un simple même espérance qui nous Halte nous abusé,

soldat. Usons ainsi de nos passions, appre- et celle qui doit adoucir nos malheurs passés

nous aux stoïciens que la nalurc n'a rien nous en procure de nouveaux. La môme co

Fait d'inutile, que pu squ'elle nous a donné 1ère qui porte le courageux au combat anime

des craintes et des espérances, elle entend les lâches à la vengeance , et celle qui csi

que nous les employions pour acquérir les généreuse à la guerre devient cruelle dans

vertus et pour combattre les vices (2). la paix. Enfin les passions ne sont pas plus

11° DISCOURS éloignées du \ice que de la vertu; comme

n , . . , . dans la confusion du chaos, le feu était mêlé

Que les missions sont les semences des vices. „„„„ iv,,., j„„= i«„ „ct • ■ . ,." ,

1 avec 1 eau , dans les aflertions de I ame , le

Ce serait flatter les passions et tromper les mal est mêlé avec le bien , et de ces mines

hommes , si, après avoir montré le bien funestes on en tire le fer avec l'or. Ces!

qu'elles peuvent faire, nous ne montrions pourquoi l'homme doit être toujours sur ses

le mal doe.t elles sont capables, et noire gardes, et sachant bien qu'il porte la vie et

peinture ne serait pas fidèle, si, ayant fait la mort dans le sein, il est obligé de se con-

voir leurs perfections, elle ne représentait duire avec autant de prudence que ceux qui

aussi li urs défauts. Mais pour ne se pas mé- manient du poison, et qui marchent sur le

prendre en un sujet si important , et duquel bord du précipice.

il semble que noire félicité dépende , il faut Mais ce qui augmente le danger, c'est que savoir que les passions ne sont ni bonnes ni quand ces passions déréglées ont produit mauvaises, et que ces deux qualités ne se quelque vice, elles s'arment pour le défendre, trouvent, à proprement parler, que dans la elle servent avec plus de courage, que lis puissancesuperieurequilesgouverne.com- passions innocentes n'obéissent à la vertu, me clic est seule libre, elle est seule bonne Ce sont des valets pus cruels que leurs maiou mauvaise, et comme elle est le principe 1res, des ministres plus furieux que les tydu mérite, elle est aussi la source de lama- rans qui les emploient, cl elles font plus lice ou de la bonté; mais ainsi que le soleil d'outrage à la vertu que les vices mêmes, répand sa lumière dans le monde, et qu il Toutes les guerres sont les ouvrages de es éclaire les corps solides, quoiqu'il ne les affections insolentes, et si l'on bannissait de pénètre pas, la volonté dispense la malice et la terre l'amour et la haine, on n'y verrait la bonié dans les passions, et quoiqu'elle ne plus d';idultères ni de meurires. Kllcs fournisla leur communique pas pleinement, elle sent d s sujets à toutes les tragédies ; et qimileur en donne toutefois une légère teinture, qu'on accuse les poêles d'être menteurs, elles qui suffit pour les rendre innocentes ou cri- ont commis plus de crimes que ceux-ci n'en minelles. ont inventé. Mais e'Ies ne sont jamais plus

Que si nous examinons les qualités qu'el- dommageables que quand elles se rencontrent

les ont reçues de la nature, et si nous les en la personne des princes, et qu'elles ahu-

considerons en cet état qui précède l'usage sent d'une souveraine puissance pour exer-

dc li volonté, il faut avouer qu'elles sont cer leur fureur; car alors les Etals gémissent

aussi bien les semences des vices que des sous leur tytannie, les peuples sont oppri-

vertus, et que ces deux contraires sont Ici- mes sous leur violence , et toutes les villes

lenient confuses en elles qu'on ne les saurait confessent que la peste et la guerre ne sont

presque discerner, Elles ont de l'inclination pas si pernicieuses que des passions qui

pour le bien, et ainsi elles tiennent de a peuvent tout.

verlu ; elles sont faciles à séduire, promptes Un amour déshonnêle mit toute la Grèce

à s'émouvoir, cl ainsi elles ressemblent au en armes, et ses (lamines réduisirent en cen

vice (3); car nous ne sommes plus en cet dres la plus belle ville de l'Asie. La jalousie

heureux étal de l'innocence, où nos passions de César et de Pompée fit perdre la vie à plus

attendaient l'ordre de la raison , cl où elles d'un million d'hommes ; leur querelle divisa

ne s'élevaient point qu'elles n'en eussent tout l'univers, leur ambition arma tous les

obtenu le congé; elles sont infidèles, et ne peuples, leur guerre injuste causa la ruine

reconnaissant plus la voix de leur sonve- de leur patrie et la perle de sa liberté. Le

raine, elles obéissent au premier qui leur monde pleure encore ce désastre, on voit

commande, et prennent aussitôt le parti d'un encore les débris de ce grand naufrage, el

tyran que celui de leur prince légitime. Cette les Etats de l'Europe ne sont que des pièces

erreur dans laquelle souvent elles tombent, qui composaient le corps de celle puissante

nous oblige de confesser qu'elles n'ont guère république. L'ambition que l'on confond avec

(I) Ira necessaria est, nec quidquam sine illa expu- tile.Idem, ibid. pian polesl nisi illa impleal aninium, spiritum accen- (3) Animœaflei tus omnium suivi viliorumetvirlutum

dal. Aritt. in Senec , lib. i de Ira, c. !). quasi qusedam priiicip<a n commuais uialeria. Auji.,

iït) Uleriduiu autem illa est, non ut duce, sed ut mi- tib. de Spirilu cl anima, c i.

DE L'USAGE DES PASSIONS

ai g

la vertu est coupable de plus de meurtres que la vengeance et la colère; lien que cet'.e passion se pique d'élre généreuse, elle est toujours teinte de sang; quelque plaisir qu'elle prenne à pardonner, sa grandeur est fondée sur la ruine de ses ennemis; elle cause plus de morts qu'elle ne duiine de grâces , et elle perd plus d'innocents qu'elle ne sauve de coupables. Aussi étonna- l-el!e tout le monde quaud elle se fit voir en la personue d'Alexandre, et il semble que la nature ne l'ait produit que pour nous apprendre ce que peut l'ambition quand elle est assistée de la fortune. 11 ruina tous les princes qui voulurent défendre leurs Etals, il traita comme ennemis ceux qui refusèrent d'êtreses sujets, il ne put souffrir d'égal en toutes les terres où il passa, il se plaignit des mers qui arrêtaient le cours de ses victoires, et il souhaita de découvrir un nouveau monde pour le conquérir. Si sa vanité fil tant de désordres, sa colère ne fit pas moins de ravages, et si l'une sul bien le venger de ses ennemis, l'autre sut bien le défaire de ses amis. Les moindres soupçons animaient cette passion à la vengeance, une parole indiscrète l'irritait,une Iionrète liberté le mettait en fougue, et sa colère devint si délicate qu'il y avait autant de danger à bien faire qu'à médire. Comme il en étail possédé, il obéissait à toutes ses violences, il trempa ses mains dans'le sang de ses favoris, il entreprit sur l'office des bourreaux, et pour goûter tout le plaisir de la vengeance, il en voulut être lui-même le ministre, et donner le coup de mort à un ami qui lui avait conservé la vie.

Mais entre toutes les cruautés que la colère lui persuada, je n'en sais point de plus infâme que celle qu'il exerça contre l'innocent Callisibènes : sa condition le mettait à couvert, et faisant profession de la philosophie, il semblait qu'il ne dût pas appréhender la fureur d'Alexandre. Le crime même pour lequel il fut condamne était glorieux, et dans la vraie religion il eût passé pour une haute vertu ; car il défendait la cause de ses dieux, et jugeait qu'on ne pouvait bâtir des temples à son prince sans les irriter contre lui. Il se conduisit avec tant d'adresse en une affaire si chatouilleuse, qu'il flatta l'humeur d'Alexandre en conservant l'honneur du ciel, et par un artifice admirable, il accorda la flatterie avec sa pie' é: car si les raisons que rapporte Ouinlc-Curre suit véritables, il représenta aux .Macédoniens que puisque le, h mimes ne pouvaient pas disposer dos cou remues, ils ne devaient pal di poser des autels; que puisqu'ils ne faisaient pa; des rois, ils ne devaient pas entreprendre de faire des dieax, cl que quand la vanité humaine s'attribuerait Ce pouvoir, elle n'en pourrait user qu'après la mort de eeux qu'elle voulait (Vider : qu'il fallait être éloigné du commerce

d i hommes pour recevoir leurs adorations,

(1) Inlervalln ODDS esl ut ipiis rredaliir l»eus, <cm-

perque banc Krauam niagnis vins posleri redduni. ici aulem seraui immoruliiatem precor Régi, ut

m., iiniiiini.i ùi ei stems majestas Dominai n

tequiiur aliquando, Dunquaiii couiilauu Diviidtas.

et perdre la vie pour acquérir la divinité : qu'Alexandre leur était encore nécessaire, et qu'il ne devait point monter aux cieux qu'il n'eût conquis toute la terre (1). Cette courte harangue était capable d'obliger les plus ambitieux de tous les hommes; cependant elle offensa la vanité de ce prir.cc, et elle irrita sa colère jusqu'à un point, que peu de jours après il fit mourir ce philosophe , sans lui donner la liberté de se défendre. Ce meurtre lui attira la haine de toute la Grèce, et comme la mort de Parménion avait aigri tous les soldats, celle de Callisibènes émut tous les orateurs, el ces hommes, qui se vengent avec la langue, ont si souvent parlé de cet excès, qu'il est encore le déshonneur do celui qui l'a commis. Quelques louanges que l'on donne à ses belles actions, elles sont toutes obscurcies par le meurtre de Callisibènes ; et pour me servir des éloquentes paroles de Sônèque, cet attentat est le crime éternel d'Alexandre , que sa fortune et sa valeur ne sauraient effacer (2) ; car si l'on dil qu'il a défait les Perses en trois batailles rangées, on répondra qu'il a fait mourir Callisibènes ; si on l'estime d'avoir vaincu Darius, le plus puissant monarque du monde, on le blâmera d'avoir tué Callisibènes ; si on le loue d'avoir porté les bornes de son empire jusqu'aux extrémités de l'Orient , on ajoutera qu'il est coupable de la mort de Callisibènes; si enfin pour achever son panégyrique on publie qu'il a terni la gloire de tous les princes qui l'ont précédé, on répartira que son crime est plus grand que sa valeur, et qu'il n'a rien fait de mémorable qui ne soit souillé par le sai g de Callisibènes. Cet exemple doit instruire tous les princes, et leur apprendre que si les passions déréglées sont des maladies dans les particuliers, elles si,nl des pesies et des contagions dans les personnes publiques, et que si par I.; conduite de la raison elles peuvent devenir d'illustres vertus, par la tyrannie de nos sens elles peuvent dégénérer en des vices infâmes.

Qu'il n'y a point île passions qui ne puissent être

changées en vertus.

Nous avons dit aux diseours précédents que les liassions étaient les semenci s des vertus, et qne, les eultiv:inl avee un peu do soin, elles faisaient «les productions qai nous étaient extrêmement avantageuses. Mais passant plus outre en celui -ci, j'ai dessein d'apprendre aux chrétiens le secret do les changer en vertus, el de leur ôtrr tout ce qu'elles ont de farouche et de monstrueux. Celle métamorphose est sans doute bien dif- (ici'e, mais elle n'est pas Impossible, el si nous consultons la nature, elle nous en fournira les inventions ; car celte prudente mère fail tors les jours des changements merveilleux, sa puissance ne parait jamais

Curliiu.lib. vin cirea médium, i î) Hoc etl \lexandri crimen Blernnni , quod nul-

i.i Mtins. iiuM.T bellorum leliclias rediinet. Sen., q. nalurol. M. vu.

DE L'USAGE DES PASSIONS

davantage que quand elle altère les éléments ou les métaux , et qu'elle les dépouille de leurs premières qualités pour leur en donner de plus excellentes et de plus nobles. M;iis elle y observe un ordre admirable, qui mérite bien d'èi reconsidéré ; car encore qu'elle soit toute-puissante, et que tenant laplacedo Dieu elle puisse agir en souveraine, et faire tout ce qu'elle veut des éléments et des métaux , elle n'use jamais de violence , et il semble qu'elle s'accommode plutôt à leurs intérêts qu'à ses inclinations. Elle marque leurs sympathies, et ne fait point de changements qui ne leur soient agréables. Ainsi voyons-nous qu'elle subtilise l'air pour le changer en feu, cl qu'elle épaissit l'eau pour la convertir en terre ; ainsi remarquons-nous qu'elle épure l'argent pour lui donner la teinture de l'or, et qu'elle travaille des siècles entiers pour achever sans violence cette utile métamorphose.

Or comme la morale est une imitation de la nature, ses principaux soins doivent être employés à remarquer les propriétés de nos passions, et à les convertir en des vertus qui ne leur soient pas contraires : car celui qui voudrait changer la colère en douceur, ou la crainte en générosité, tenterait l'impossible, et tous ses travaux seraient suivis de mauvais succès. Mais pour faire heureusement réussir ses desseins , il faut qu'il étudie le naturel de chaque passion, et qu'il emploie toute son adresse pour la faire passer en la vertu de qui elle a moins d'aversion. El ceci ne doit point sembler étrange, puisque le plus raisonnable de tous les hommes a bien jugé que dans l'opposition que la nature a mise entre les vices et les vertus, il s'en trouvait néanmoins qui avaient quelque ressemblance ; car il n'y a personne qui n'avoue que la profusion a bien plus de rapport avec la libéralité que l'avarice, et qu'il n'est pas malaisé de faire d'un prodigue un libéral ; chacun est obligé de confesser que la lémér.lé lient plus de la hardiesse que la lâcheté, et qu'il est plus facile de rendre courageux un téméraire qu'un homme lâche. C'est pourquoi les philosophes tombent d'accord que de deux extrémités qui environnent la vertu, il y en a une qui lui est toujours plus favorable, et qui avec un pru de soin prend aisément son parli , et défend ses intérêts. Suivant la même maxime on doit confesser qu'il se trouve des passions qui ont plus d'affinité avec, quelques vertus que les autres, et qui par le secours de la morale peuvent devenir facilement vertueuses.

La crainlc qui prévoit les dangers, qui se met en peine de les éviter, et qui s'étend bien loin dans l'avenir pour en chercher les remèdes , peut aisément se changer en prudence, pourvu qu'on lui Ole le Irouble qui l'accompagne et qui nous trompe le plus souvent en nos délibérations (1). L'espérance qui nous fait goûter un bien que nous ne

(t) Meluamus ergo ut non metuamus, hoc est prudemer metuamus, ne inaniler metuamus. Aikjusi., serin. 19 de Martyrib.

(-'; Mchor est tristilia iniqua palienlis quam laBli-

possédons pas encore, qui nous console dans nos disgrâces, el qui nous montre au travers des maux présents une félicité future, se convertit facilement en cette vertu que l'on nomme confiance. La colère qui \iunit les crimes, et qui nous arme les mains pour venger les injures de nos amis, n'est pas bien éloignée de la justice, car pourvu qu'elle ne soit point trop violente, el que ses intérêts lui laissent assez de lumière pour se conduire, elle fera la guerre à lous les méchants, et prendra sous sa protection tous les innocents. La hardiesse qui nous anime au combat, qui nous assure dans le péril, et qui nous fait préférer une glorieuse mort à une honteuse retraite , deviendra une parfaite valeur si nous réprimons sa fougue, et si nous mêlons un peu de lumière à l'excès de sa chaleur. L'amour et la haine, le désir et la fuite sont plutôt des vertus que des passions quand la raison les gouverne ; pourvu qu'elles n'aiment que ce qui est aimable, et qu'elles ne laissent que ce qui est odieux, elles méritent plutôt des louanges que des reproches.

La tristesse et le désespoir, la jalousie et l'envie sont à la vérité plus décriées; il semble qu'elles soient des ennemies de noire repos, que le ciel en ait fail les ministres de sa jusiiee, et qu'elles tiennent la place de ces furies vengeresses qui punissent les criminels dans les écrits des poêles : néanmoins elles peuvent servir à la raison quand elles sotil bien ménagées, el sous ce visage affreux qu'elles nous montrent, elles cachent de bons sentiments qui sont utiles à la vertu. De l'envie un peu réglée on en peut faire une bonne émulation , de la jalousie modérée on en peut former un zèle discrel, sans lequel ni l'amour profane ni le sacré n'entreprennent rien de généreux. La tristesse reçoit tant d'éloges dans l'Ecriture sainte, qu'il est aisé de juger que si elle n'est pas du nombre des vertus, elle peut êlre utilement employée à leur service; elle nous détache de la terre, el par un mépris de tous les contentements du siècle, elle nous fait soupirer après ceux de l'éternilé (2). Elle apaise la colère de Dieu, elle nous fournit des larmes pour laver nos péchés, et pour arroser ses autels. La pénitence est toujours assistée de cette (idole compagne , et dans la religinn chrétienne jamais un crime n'a été remis , que la tristesse et le regret n'en aient obtenu le pardon. Le désespoir n'a que le nom d'effroyable , mais qui considérera bien ses effets, avouera qu'il est une sage invention de la nature, qui guérit la plupart de nos maladies en nous ôtant l'espérance des remèdes; car alors nous faisons vertu delà nécessité, nous lirons des forces de nos propres faiblesses (3), nous convertissons notre crainte en fureur et nos désirs en mépris ; nous attaquons des ennemis que nous n'osions attendre, et nous méprisons des objets

lia iniqua facienlis. Muj., lib. de Vera Innocentia.

(5) Italie lerrorem prudentibus exeuiit, imperitis lit magna ex desperalione securitas. Sen.,qq. naïurcil. lib. vi, cap. 2,

DE L'USAGE DES FASSIONS

que nous ne pouvions abandonner. Aussi irouvc-t-on plus de personnes qui doivent leur repos au désespoir qu'à l'espérance, et qui examinera bien l'humeur de ces deus affections sera contraint d'avouer que l'une nous rend misérables par ses promesses, et que l'autre nous rend heureux parses relus; que l'une nourrit nos désirs, et que l'autre les fait mourir; que l'une nous trompe, que l'autre nous désabuse; que l'une nous perd en nous flattant, et que l'autre nous sauve en nous affligeant '■ c'est ce qui a fait dire au plus grand poêle du monde que !e désespoir relève le courage des vaincus , et qu'il leur rend la victoire que l'espérance et la témérité leur avaient arrachée des mains.

Mais quelques avantages que je doive à ces passions, je confesse qu'elles ont leurs défauts, et que, pour en faire des vertus, il les faut soigneusement épurer. El parce qu'une matière si utile ne peut être Irop souvent traitée, je serai bien aise de remarquer leurs principales lâches , afin que les voyant comme dans un miroir, chacun prenne le soin de les effacer. Otez l'aveuglement à l'amour, il ne sera plus criminel, car il est permis d'eu avoir pour les sujets qui le méritent, et il n'y a pas moins d'injustice à le refuser aux personnes excellentes qu'à l'accorder aux imparfaites (l).Olez l'erreur à la haine, elle sera raisonnable: car il n'est pas licite de confondre le pécheur avec son crime, et qui sait faire ce discernement se peut vanter de haïr avec justice. Le désir et la iuitc sont innocents pourvu qu'ils soient modérés. La joie et la tristesse ne sont sein blables qu'en leur excès, cl la raison qui nous permet de goûter avec plaisir un bien que nous avons souhaité, ne nous défend pas de souffrir avec douleur un mal que nous avons appréhendé. L'espérance n'ist injuste (jue quand elle ne mesure pas ses forces, et le désespoir n'est criminel que quand il tire plutôt sa naissance de notre lâcheté que de notre faiblesse. La hardiesse est louable quand elle se jette dans un danger qu'elle peut vaincre , et la crainte est prudente quand elle s'éloigne d'un péril qu'elle ne saurait surmouler, la colère est un acte de justice quand elle s'emporte contre le péché, et pourvu qu'elle ne juge pas eu sa propre cause , el c ne prononce que des arrêta équitables. L'envie esl généreuse pourvu qu'elle nous excite à In verla, <t quille ne nous représente les bonnes qualités de noire prochain que pour nous obligera les imiter. La jalousie n'est od euse que pane qu'elle a trop d'amour; néanmoins ce défaut esl excusable, quand il est accompagné de soupçon, et si i eux qui sont amies ae le peuvent guérir, ils sont obligea de l'endurer. Mais pour conclure ca discours avec saint Augustin, les chrétiens font un bon usage

(1)Ainoresl inotua cordis qui corn «e inordinaie i lovet, ni est ad ea qux non débet, i upidiuteducilur; cuni vern or linatuse*t,i harilas appeliatur. t ><:/., K». de Subitaulia diteetioniê, c. ii.

(4) Meiiiiini eniui pœnam mlernain, cupiunl vilam iuteru re, fluia adhu< ùtgi u

de leurs passions s'ils les cm ploient pour la gloire de Jésus-Ghrisl et pour le salu! de leurs âmes. Leur crainte est raisonnable , quand ils considèrent les jugements de Dieu el les supplices des damnés; leur désir est juste, quand ils regardent la félicité des bienheureux ; leur douleur est innocente , quand ils s'affligent de tous ces maux que notre premier père nous a laissés en héritage, et que pressés de leurs douleurs i's soupirent après la liberté des enfants de Dieu ; leur joie est sainte, quand ils attendent la possession des biens qui leur sont préparés, et quand par une ferme espérance ils goûtent déjà les effets des promesses de leur m, litre ; enfin s'ils craignent l'infidélité, s'ils désirent la persévérance ; s'ils s'attristent de leurs mauvaises actions, cl s'ils se réjouissent de leurs bonnes œuvres, ils convertissent toutes leurs passions en de saintes et glorieuses vertus (2).

IV DISCOUKS.

Que la conduite des pussions est le principal emploi

des vertus.

Le péché a rendu la condition de l'homme si malheureuse, que ses avantages mémos lui reprochent sa misère, et ce qu'il a de plus excellent lui apprend qu'il est criminel. Ces nobles habitudes, qui embellissent son âme et qui lui rendent la gloire qu'elle avait perdue, n'ont que de fâcheux emplois, el elles se trouvent engagées en des combats qui , pour être difficiles , ne laissent pas d'être honteux; car les plus belles vertus de l'homme n'ont point d'autre occupation que de faire la guerre aux vices, et la nécessité qu'il a d'en u>er est une des plus fortes preuves du dérèglement de sa nature. La prudence, qui lui sert de guide, l'avertit qu'il marche parmi les ténèbres ot qu'il esl dans un pays ennemi; la force lui apprend qu'il doit combattre, et que dans le cours de la vie il ne goûte point de plaisir qui ne soit mêlé de douleur; la tempérance l'avertit que sa constitution «si déréglé»», <>| qu'il y a des voluptés qui ne le dallent que pour le perdre; la justice , enfin , l'oblige de croire que

loul ce qu'il possède n'est pas â lui, et qu'ayant un souverain qui lui a donné Ions ses biens, il n'en est que le dispensateur et l'économe. Ces vertus foni ce qu'elles diseur, leurs emploi- répondenl à leurs conseils; elles n'agissent jamais qu'elles u'enlrepreni eut d'étouffer quelque désordre et de vaincre quelque inclinai. m vicieuse. La pru dence choisit les armes el les ennemis, la i mpérance rejette les plaisirs, la force attaque l.i douleur, la ju*t ce près nie eu tous ees combats; Bile a soin que le vainqueur no

soit pas insolent d.ins la victoire, que l'esprit ne prenne pas i.i ni d'avantage sur le

Corps, qu'en le pensant dompler il le dé-

lionciu filiorum Dei, eispectanles redemptionem corporii -ni , gaudenl in s;>e, quia mors absorbfbilur In vicloriaiu. a»;/., hb. nv dedvit. Dei, cap. 5. — Me-

iiiiini peccare, cu| l pereeveiare, dolent in peten-

li ut m opi ribui boni

truisc. et qu'en roulant se renier d'un csflare désobéissant, il perde un ami fidèle : de sorle qu'il faut conclure que l'exercice des vertus est une guerre éternelle rontre les vices ; et ces glorieuses habitudes n'ont | oint de plus nobles emplois que d'attaquer les monstres et de combattre des ennemis infâmes.

C'est pourquoi s:iint Augustin reconnaît, avec tous les théo!ogiens, qu'elles ne nous ont élé données que pour nous assister pendant ci lie misérable vie, et qu'elles sont des degrés pour arriver à cette haute félicité qui consiste en la possession du souverain bien. Car alors notre prudence ne sera nécessaire, puisqu'il n'y aura plus de malheurs à éviler; alors notre justice sera superflue, puisque nous posséderons en commun toutes nos richesses; alors la tempérance fera inutile, puisque nous n'aurons plus de mouvements illicites à réprimer; alors notre force sera sans occupation , puisque nous n'aurons plus de maux à souffrir. Il est vrai que j'ai peine à bannir du ciel des ver us qui nous en onl ouvert le chemin; mais comme on n'y peut pas recevoir ce qui est encore imparfait, il faut dire qu'elles seront épurées devant que d'y élre admises, qu'elles perdront ce qu'elles onl de terrestre pour devenir toutes célest s, el que la gloire qui rend 1rs hommes spirituels les rendra divines el leur olera ce qu'elles ont d'impureté. Elles auront foules leurs beautés, et n'auroit plus leurs défauts; elles triompheront el ne combattront plus; elles serviront d'ornement , et non plus de défense aux bi. oheureux ; elles recevront la récompense de leurs travaux, et ce fâcheux exercice qui les occupait sur la (erre sera conrerti dans le ciel eu un repos honorable (1).

Or, entre mille emplois différents qu'ont ici-bas les vertus, l'un des plus utiles est la conduite des passions; car il semble que la nature les ait destinés pour dompter ces sujets farouches et pour les soumettre à l'empire de la raison. Les uns ont de l'adresse pour les gagner, les autres onl de la force pour les abattre; les unes emploient les menaces pour les étonner, les autres emploient les promesses pour les solliciter : el toutes ensemble elles tentent divers moyens pour arriver à une même fin. La prudence ne vient jamais aux prises avec les passions ; mais, comme elle est la reine des vertus morales, elle ;.e contente de donner les ordres, de pourvoir à la paix de notre âme, d'étouffer les séditions en leur naissance, et de réprimer les mouvements déréglés qui la menacent d'une guerre intestine. Si le parti esl déjà formé, elle tâche de le rompre par son adresse, el, sans se mêler daus le combat, elle oppose à chaque passion la vertu qui lui est contraire. L le envoie du secours aux endroits les plus faibles, ou qui sont les plus vivement attaqués; elle prevo t les maux à venir, ou si quelquefois elle juge que les-rebelles soient capables de raison , elle les

(t) llie enim sunt virtuies in aclu, ibi in effeetu : 1 Aug., Epist. '6-2.

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exhorte à l'obéissance, et pour les réduire à leur devoir, elle les prend par h urs intérêts; elle leur fait entendre que tous les plaisirs qu'ils recherchent leur sont funestes, et que tous les maux qu'ils appréhendent Lui sont honorables. La tempérance est un peu pius exposée au danger, car elle est obligée à venir aux mains et à se défendre t mtre des ennemis qui sont d'autant plus dangereux qu'ils sont agréables. Elle résiste à ' toutes ces passions qui flattent nos sens, et qui ne proposent à notre esprit que des voluptés et des délices; elle règle les désirs et les espérances; elle modère l'amour et la joie; et toutes les foib qu'il s'élève des mouvement* qui nous promettent d'injustes plaisirs, elle nous fournit des aimes pour les dompter; quand elle ne croit pas être assez forte pour les vaincre, elle emprunte le secours de la pénitence el de .'austérité, et avec ces vertus sévères elle défait ces ennemis dissolu:. La force prend le soin de régi,- les plus violentes passions, et d'attaquer la crainte, 1 •. tristesse, le désespoir el la haine. Si est-ce qu'un danger trouble la paix de notre àv.c, ou qu il s'offre à nos yeux quelque fâcheux objet qui nous étonne, celle verlu héroïque emploie tout s.m courage pour nous assurer, et par un généreux artifice, elle se sert de la colère el de la hardiesse pour surmonter la tristesse et le désespoir. Si ces passions courageuses ne soûl pas assez puissantes pouf rendre l'assurance et le repos, elle nous pique d honneur, elle donne charge à la constance et à la fidélité de nous représenter notre devoir et de uous animer par les récompenses qui sont destinées pour honorer Ls actions gloiieuses el difficiles. La justice n'entre pas au combat, mais elle balance le droit des parties , elle prépare des couronnes aux vainqueurs, elle empêche que les vaincus ne suienl opprimés, et elle modère si bien la victoire, qu'elle n'est ni cru.lle ni insolente; elle conserve l'autorité à la raison, elle oblige la passion de la reconnaître pour la souveraine, elle assujettit le corps à l'esprit sans le reudre son esclave, et elle soumet l'esprit à Dieu sans lui ravir sa liberté. Comme cette verlu esl équitable, elle, esl ennemie de tous les desordres; et tandis qu'elle règne parfaitement en l'homme , on peut dire qu'il ne s'y élève que des passions raisonnables : mais quand elle en est banu e. la paix et la tranquillité se retirent avec elle, fendant sou absence, l'homme esl semblable à un Liai sans police, où tout esl permis aux rebelles, où le \ice est en honneur, où la ver,u est en mépris, et où chacun, sans consulter son devoir, ne considère que son intér, l ou sou plaisir. Aussi, qui perd la justice perd toutes les vertus, el qui la possède se peut vanter de les posséder toutes. C'est peut-élre pour ce sujet qu'un philosophe a du que chaque vertu était une justice particulière, et que la justice était une verlu générale, qui suffisait seule pour combattre tous les vices et pour régler toutes les passions.

ic in opère, ibi in mercede : lue iu officio, ibi in fine.

DE L'USAGE DES PASSIONS

Mats comme le nombre des soldats ne peut nuire quand il est sans confusion, celui des verlus ne saurait préjudicier quand le désordre en est banni ; et quoique celles <iue Jésus-Christ nous a enseignées soient d'une condition bien plus élevée que les morales, elles conspirent toutes ensemble pour notre félicité. C'est pourquoi nous les devons employer dans nos besoins, et quand une seule ne suffit pas pour conduire une passion, il faut emprunter le secours des autres et grossir nos forces pour vaincre nos ennemis. Quand la tempérance ne peut régler nos injustes désirs, nous pouvons appeler à notre aide la modestie et l'humilité, qui nous persuaderont que la gloire du monde ne nous est pas due si nous ne sommes criminels, et qu'elle n'est pas digne de nous si nous sommes innocents; quand la force ne peut dompter la crainte ou le désespoir, il nous est permis de recourir à l'espérance, d'éco'.iler ses promesses, et de nous animer à la victoire par le souvenir dos récompenses qu'elle nous propose; quand la haine et l'envie nous rongent le coeur, cl que pour nous venger d'une injure elles nous conseillent d'employer le poison et le fer, il est bon que la justice implore l'assistance de la charité, et qu'elle joigne les maximes divines avec les humaines, pour arrêter l'impétuosité de ces deux passions furieuses. Ainsi, la nature étant d'accord avec la grâce pour détruire le péché, l'homme demeurera victorieux; les mouvements de son âme étant réglés par les vertus, il jouira d'une parfaite tranquillité, et il goûtera des délices qui no seront guère moins pures que celles que goûtait notre premier père dans l'état d'innocence.

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