‹ Dictionnaire des facultés intellectuelles et affectives de l'âme où l'on traite des passions, des vertus, des vices, des défauts, etcChapitre 22 sur 251 · B. AMOUR FILIAL · texte numérisé non relu

B. AMOUR FILIAL

Si le senliment de la paternité et de la maternité, sans être une pas-ion, impose des de- \oirs aux pères et aux mères à l'égard de leurs enfants, il en sera de même de l'amour filial par rapport aux. pères elaux. mèies.

C'est en effet ce que l'on a remarqué dans tous les siècles ; c'est-à-dire, qu'à moins que luut sentiment honnête soit entièrement éteint dans le cœur d'un enfant, ou qu'il soit complètement privé de la raison, il témoignera aux auteurs de ses jours, dans toutes les circonstances et dans tous les instants de sa vie, sa tendresse et son amour. Il leur sacrifiera même, s'il le faut, sa liberté et sa vie.

Tel fut, d'une part, Cimon, fils de Miltiade. Celui-ci étant mort en piison, Cimon, qui n'avait pas de quoi le faire enterrer, se vendit pour pourvoir à sa sépulture. Il ne secourut pas sou père de son vivant, il ne le pouvait pas, mais mort, n'étant [dus ni père ni homme. Que n'eût-il pas fait pour le secourir vivant, indigent ? J'aime, dit Charron, à mVpprsantir sur celcxcmple; tous les enfants y devraient lire leurs devoirs.

D'autre pari, tous ceux qui ont parcouru l'histoire romaine savent que Coriolan, exilé de Home sa patrie, et prêt à s'en rendre maître, renonce à la gloire, à la vengeance, à la liberté, à l'existence, parce que sa mère est venue à lui en suppliante et qu'il n'a pu résister aux prières et aux pleurs de sa mère.

Knfin, on lit dans la biogra, hic de Thomas Morus, que ce savant ayant été renfermé à la tour de Londres, Marguerite sa lille, livrée au plus affreux désespoir, demanda à être inscrite comme coupable, espérant, par ce moyen, partager la captivité de son père.

L'amour filial ne recommande pas seulement aux enfants de faire le sacrifice de leur lilierlé, ou d'exposer leurs jours pour leurs |.ère et mère quanti un danger les menace, ii veut encore que si un Gis amb lionne les honneurs et la fortune, ce soit pour les leur faire partager cl pourvoir à tous leur-, besoins; que, lui-il parvenu au faite des grandeurs, quoique sorti d'une condition obscure,

il obéisse a leurs Volontés, prévienne lo:is

leurs désirs, se soumette même à leurs caprices, (t se consacre < ofln tout ci. lier à leur bien-être, à leur b niheur.

Les choses ne se passent pas d njouri ainsi, el quoique, dans l'amour filial comme dans l'amour maternel, il y ail une parlie instinctive qui règne dans I enfant, tant que par s,-i faiblesse il a besoin de ses parents;

quoiqu'il se soit d'.iliord allai1 lié à CUX, parce qu'il SOrl d'eux, parce qu'il e.sl eut u\-i.. SOUS une autre forme, el relu jusqu'à ce que sa personnalité suit posée, il luild à s'en

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détacher par les progrès de son existence, aspirant à se former lui-même une famille.

11 senl bien que la parlie morale de la tendresse filiale c'est le respect des parents; c'est d'abord l'obéissance, la reconnaissance ensuite ;etcependant,dans la-jeunesse il est rare que le cœur comprenne tout , ce qu'on doit a son père et à sa mère. Les distractions de tout genre, les passions qui bouillonnent, ne laissent guère de place aux réflexions sérieuses. On trouve naturels les sacrifices pécuniaires que fait le père cl la touchante sollicitude de la mère. Ce n'est donc que quand l'âge unir rend à l'âme son calme, quand l'esprit juge avecsérénilé, c'est alors, dis-je, qu'on apprécie les bienfaits qu'on en a reçus, et qu'on senl se ranimer la reconnaissance pour tout ce que les parents ont l'ait, à leursdépenset avec le sacrifice d'eux-mêmes, pour l'éducation de l'enfant, pour former un homme.

Mais si l'on devient pèreà son tour, c'eslàce. moment surtout que l'on comprend tout ce qu'il y a de tendresse dans le cœur des parents; on regrette de ne l'avoir pas senti plus lot ; ou se reproche d'avoir été injuste, de les avoir souvent affligés. Cela n'arriverait pas, si ceux qui doivent instruire les enfants, leur faisaient bien comprendre le double lien qui unit les enfants cl leurs père et mère : le lien de la famille par la naissance, et le lien de l'humanité par le litre d'enfants de Dieu, que nous portons lous.

Au reste nous devons faire remarquer qu'il n'est point difficile de reconnaître l'intention du Créateur dans l'échange des sentiments mutuels entre un fils et son père. Il est évident que celui qui doit aimer lo plus est celui dont la tendresse est le plus nécessaire à l'existence de faillie; cl le père no tire aucun secours de son fils. Toujours le même plan, les mêmes vues dans la marche du monde . Le plaisir d'aimer el le premier des plaisirs, il e>t accordé en dédommagement aux travaux du père, à sis privations, à ses inquiétudes. L\ ufanl n'a rien à prévoir pour son i ère, il n'a rien à souffrir, à abandonner, à faire pour lui; il n'a p plaisir d'aimer autant que lui.

Mais suivons les progrès du temps, 1 1 marche des affections cl les effets de l'âge. Tel enfant que l'on a vu peu caressant pour l'auteur de ses jours lorsqu'il en recevait des Boins, le bien-être il la subsistance, ouvre son cœur a une véritable tendresse lorsque son père a perdu ses forces el réclame son secours. I e i ère et le fils échangent alors leurs relations Cl les senliment . de leur àmc. Le vieillard est revenu à la faible. se cl aux besoins de l'ei.f.i i;ce, le fils se trou v e i ev élu à

son lotir des fonctions paternelles; il est juste, il esi nécessaire qu'il aune plus. C'est ce que l'on voit «l.ins les ramilles où les i ireurs se sonl conservées. Les femmes surloul, dont le cteur esi naturellement pl"stendre, montrent ordinairement beaucoup d'égard pour les vieux auteursde leurs jours. On voit encore assoz fréquemment dans ces familles estimables ce même vieillard qui reçoit s.ms empressement les soius et les cou-

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