‹ Dictionnaire des facultés intellectuelles et affectives de l'âme où l'on traite des passions, des vertus, des vices, des défauts, etcChapitre 221 sur 251 · I . . ■ ,. 0 / nul. l'an . hum · texte numérisé non relu

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il ne faut pas s'étonner si l'amour, qui est la plus sain'.e passion de notre âme, trouve des impies qui la corrompent et qui la font servir, contre son inclination,;) leurs pernicieux desseins; car eile ne cherche que le souverain bien : c'est avec quelque sorte de violence qu'on l'oblige à aimer ces biens particuliers, qui ne sont que des ombres de celui qu'elle désire. Aussi, pour la tromper, il a fallu que le péché ait déréglé notre nature et qu'il ait converti l'amour naturel en amourpropre, faisant de la source de tous nos biens l'origine de tous nos maux : car pendant l'état d'innocence l'homme ne s'aimait que pour Dieu, et la nature était si bien tempérée avec la grâce, que toutes ses inclinations étaient saintes. En celle heureuse condition, la charité élait confondue avec l'amour-propre, el l'homme ne craignait point qu'en s'aimanl soi-même il fil tort à son prochain. Mais depuis sa désobéissance, son amour changea de nature : celui qui regardait d'un même œl les avantages des autres el les siens commença de les séparer, et oubliant ce qu'il devait à Dieu, il fit un dieu de lui-même. 11 confondit toutes les lois de l'innocence, comme s'il eût été seul dans le monde; il renonça aux douceurs de la société; il forma une résolution de régler ses affections par ses intérêts, et de n'aimer plus que ce qui lui était utile ou agréable. Ce malheur se répandit comme un poison dans louîe la nature; sans le secours de la grâce, la raison ne s'en peut encore défendre. Les plus belles actions perdirent leur lustre par ce dérèglement. La philosophie , avec tous ses préceptes , ne put réformer un désordre qui était plutôt dans lo fond de la nature que dans la volonté; elle fit quelques efforts pour combattre ce monstre, el voyant un peu de lumière au travers des ténèbres qui l'aveuglaient, clic confessa que l'homme n'était pas tant à soi qu'a son pajs, et qu'.l devait plutôt travailler pour la gloire de l'Etat que pour le bien de sa famille; elle [ue l'amour du prochain devait élrc formé -ur le notre, et crut qu'en nous ordonnant de lo traiter comme nous-mêmes tus les abus de la société humaine. Mais comme ce mal n\ lail ; lemcnl d.;n-; l'esprit, ses avis ne suffirent pas pour le guérir : elle fol contrainte d'avouer qu'il n'y avait que celui qui av.iil produit les hommes qui les pùi réformer. \u si ne Irouyâmes-nous le remède à nos malheurs que dans le secours de la grâce, el nous n'avons ai ec liberté que dc| ui - que Jésus- Christ e>t venu au monde pour bannir l'amour-propre de nos âmes :! ; car sa venue n'a point eu d'autre moiif, ni sa doctrine d'autre bal, que la ruine de ce mon froyable.ll l'attaque par ou tes ses maximes, ( l il ne soit presque point de | arole il •• ■•.! bouche divine qui ne lui donne une alleinle mortelle; il proteste qu'il ne veut point de qui n'aient change l'amour propre en une : ai itc aversion, et qu'il no peut souf-

■ n iuvi ni. a. Setue.

me, et non odil pâli i, el uioruin.ei Olios, cl ÛMU«3 cl sororcs,

DK L'USAGE DKS PASSIONS.

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frir dans son Elat des sujets qui ne sont pas disposés à perdre la vie pour la gloire de leur souverain; il ne condamne l'excès des richesses cl le désir des honneurs que parce qu'il enlrelient celte passion déréglée; et il ne nous oblige à aimer nos ennemis que pour noos apprendre à nous haïr nous-mêmes. La morlificaiion et l'humilité, qui sont les fondements de sa doctrine, no tendent qu'à détruire cette affection désordonnée que nous avons pour notre esprit ou pour notre corps. Enfin , il ne nous donne la charité que pour ruiner l'amour-propre, et il n'est mort en la croix que pour faire mourir cet ennemi, qui est la cause de nos querelles et de nos divisions (Ephes. n, 16).

Aussi doit-on confesser que ce mal enferme tous les autres , et qu'il n'y a point de désordre dans le monde qui ne reconnaisse celuici pour son principe. El je crois que nonseulement on ne peut faire un bon chrétien d'un homme qui s'aime avec excès, mais je soutiens que, selon les lois de la politique et de la morale, on n'en saurait faire ni un homme de bien ni un bon citoyen : car la justice est absolument nécessaire en toutes ces conditions, et cette vertu ne peut subsister avec l'amour-propre. La justice veut qu'un homme raisonnable préfère les inclinations de l'esprit à celles du corps, et qu'il conserve à ce souverain tous les droits de son autorité ; l'amour-propre , qui penche toi jours du côté de la chair, veut que l'esclave gouverne son maître, et que le corps ait l'empire sur l'esprit. La justice veut qu'un homme de bien ne forme point de souhaits qui excèdent sou mérite ou sa naissance, et elle lui apprend que pour être heureux et innocent il faut qu'il prescrive des bornes à ses desseins : l'amour-propre nous cumulande de suivre nos inclinations et de ne régler nos désirs que par notre vanité; il flatte notre ambition, et pour s'insinuer duns notre esprit, il nous permet to-ut ce que nous voulons. La justice veut qu'un bon citoyen préfère l'intérêt public à celui de sa maison, qu'il soit disposé à perdre ses biens et à sacrifier sa personne pour la conservation de i'K'al; elle lui persuade qu'il n'y a po ni de mort plus glorieuse que celle qu'on souffre pour la défense de sa pallie, et que 1rs IJoraces el les Scévoles ne se sont rendus illustres dans l'histoire romaine que pour s'èire immolés à la gloire de leur république. Quoiqu'il n'y ait rien de plus naturel aux hommes que l'amour de leurs enfants, il s'en est trouvé à qui la justice a fait perdre ce sentiment pour conserver celui des bons citoyens, el qui , sollicités par celte vertu , sont devenus bourreaux de oeux dont ils étaient les pères, apprenant, par un exemple si rigoureux,que l'amour de la patrie devait vaincre l'amour du sang (1). Un Elat ne peut être heureux où l'on doute de ces maximes : toutes les fois qu'on fera céder l'intérêt do pu-

adlmc .mieni el animain suam, non polest meus esse discipulus. Lue. xiv.

(Ij Unatosque patei novabella movcnt'-s

blic à celui des particuliers, il sera toujours proche de sa ruine, et il n'aura pas moins di peine à se défendre contre ses sujets que contre ses ennemis. Cependant l'amour-propre ne f.iit travailler un homme que pour son plaisir ou pour sa gloire; il le constitue la lin de toutes ses actions, et le renferme si bien dans lui-même, qu'il ne lui permet pas de considérer le public. S'il lui rend quelque service, c'est pour son utilité particulière, et lorsqu'il paraît plus occupé pour le repos de l'Etat, il en souhaite la servitude ou il en conjure la perle. Marius et Sylla sonl des preuves de ces vérités ; Pompée et César nous ont fait voir combien sont dangereux les citoyens qui s'aiment mieux que la république, el qui , pour conserver leur pouvoir, ne craignent pas d'opprimer sa liberté.

Dans la religion, celte injuste passion est encore plus funeste, et jamais la piété no pourra s'accorder avec l'amour-propre : car il n'y a personne de bon sens qui n'avoue que, pour être pieux, il faut être soumis à la volonté de Dieu, qu'on doit recevoir de sa main les peines et les récompenses avec une égale soumission, qu'il faut adorer ses foudres qui nous ont frappés, et avoir autant de respect pour sa justice que pour sa miséricorde; qu'il faut être cruels à nous-mêmes pour lui être obéissants, que c'est piété de lui immoler des innocents quand il les demande, et que, comme il n'y a point de créature qui ne doive la vie à sa puissance, il n'y en a point qui ne soit obligée de la perdre pour sa gloire. Or, qui sera l'homme qui soumettra son esprit à ces vérités, s'it est esclave de l'amour-propre, et comment serat-il fidèle à Dieu, s'il est amoureux de soimême ? Je conclus donc que cette affection désordonnée est la mort des familles, la ruine des Etals el la perle de la religion ; que pour vivre dans le monde.il faut déclarer la guerre à cet ennemi commun de la société, et qu'imitant les éléments qui forcent leurs inclinations pour chasser le vide, il faut faire violence à nos désirs, pour vaincre une passion si pernicieuse à la nature el à la grâce.

De celte source de malheurs il sort tros ruisseaux qui inondent tout l'univers, et qui causent un déluge dont il est b'en malaisé de se sauver : car de cet amour déréglé naissent trois autres amours qui empoisonnent toutes les âmes et qui bannissent toutes les vertus de la terre: le premier est l'amour de la beauté, qu'on appelle incontinence ; le second esl l'amour des richesses, qu'on ap;vlle avariée; le troisième est l'amour de la gloire, qu'on appelle ambition. Ces trois capitaux ennemis du salut el du repos' de l'homme corrompent tout ce qui est à lui , et le rendent criminel en son esprit, en son corps el en ses biens. Il est assez malaisé de dire lequel de ces monstres est le plus difficile à vaincre, p.irce qu'outre leurs forces naturelles, ils en ont encore d'étrangères, qu'ils tirent de nos

Ad pœnam pulclira pro libertme vocib.it. (.ffnurf, vi )

inclinations ou 'le nos habiludes, elqui les rendent si redoutables, que sans un miracle en ne les saurait plus dompter. A les considérer néanmoins en eux-mêmes, l'ambition est la plus élevée et la plus forte; la volupté est la plus molle et la plus douce; l'avarice est la plus basse et la plus opiniâtre.

On les combat par divers moyens, et toute la morale est occupée à nous fournir des raisons pour nous en défendre. La vanité des honneurs a guéri quelques ambitieux : car après avoir reconnu qu'ils travaillaient pour un bien qui n'arrivait qu'après la mort, et que de tant d'actions périlleuses, ils n'en pouvaient espérer que "l'ornement de leur sépulcre (i), ou quelque éloge dans l'histoire, ils ont cessé de faire la cour à une idole qui récompense mal les esclaves qui la servent, qui, pour un peu de vent qu'elleleur promet, les oblige souvent à répandre leur propre sang ou celui de leur prochain. L'infamie des voluptés, les malheurs qui les accompagnent, les déplaisirs qui les suivent et la honte qui ne les quitte jamais ont souvent guéri les hommes à qui le péché avait encore un peu laissé de raison. Aussi s'en corriget-on avec l'âge : s'il se trouve des vieillards impudiques, c'est un désordre dans la nature, et il ne faut pas moins s'étonner de voir de l'amour sous des cheveux blancs, que de voir ces montagnes dont la léle est couverte de neige, et dont les entrailles sont pleines de flammes. La misère des richesses, la peine qu'on prend à les amasser, le soin qu'elles tl muent à les conserver, les maux qu'elles procurent à ceux qui les possèdent, la faculté qu'elles donnent à contenter les injustes désirs et le regret qu'on ressent quand il faut les quitter, sont des considérations assez fortes pour les faire mépriser à ceux qui n'en sont pas encore devenus esclaves. Mais depuis qu'elles exercent leur tyrannie sur les esprits, j'en estime le mal incurable; l'âge qui guérit les autres passions aigrit celle-ci; les autres n'aiment jamais davantage les richesses, que lorsqu'ils sont plus près de les perdre, et comme l'amour est plus sensible quand il appréhende l'absence de ce qu'il aime, l'avariée est plus violente quand elle appréhende la perlcdeses biens (2). Mais sans entreprendre sur le travail d'aulrui, il nie sultil de dire que, pour se préserver de toutes ces maladies, il faut tâcher de se garantir de l'amour-propre : car comme l'amour naturel l'ail toutes les passions, l'amour déréglé fait tons les vices, et quiconque prend le soin d'affaiblir cette passion par l'exercice de la pénitence ou de la charité , se trouvera heureusement délivré de l'ambition, de l'avarice et de l'impudicité. Mais

(I) Qnotdan coin in consummalionem dignitalis, l' i mille Indigniiates eropistent, misera snbiil tu. ci, ipaot I bon m in Wulum lepulcri. Sente., de Brerit. c 19.

(.; Miser < si ornais animai vinctus un cilla rernm ten poralium, el dilanialnr cum eai iruitiit, cl lune ' iiucriamqua miseï esl,etnoiiantcquam amhlal i ■ , ' o»f. /. iv, cap. 10.

ai malui «liviiu- , inopet oppriratmlur, ju-

DE L'USAGE DES PASSIONS. 958

pont arriver à ce suprême degré de bonheur, il faut nous souvenir qu'en quelque condilion que nous melte la Providence, nous ne sommes pas à nous, mais au public, et que nous ne devons pas nous aimer au préjudice de notre souverain. Dans la nature, nous sommes une portion de l'univers; dans la vie civile, nous sommes une partie de l'Etat; dans la religion, nous sommes membres de Jésus Christ. En toutes ces conditions, Tarn aur- propre doit êlre sacrifié à l'amour universel; dans la nature, il faut mourir pour faire place à ceux qui nous suivent; dans l'Etat, il faut contribuer de ses biens et de son sang pour la défense du prince, et dans la religion, il faut faire mourir Adam pour faire vivre Jésus-Chrisl.

IIIe DISCOURS.

Bu bon usage de l'amour.

La morale ne considère pas tant la bonté des choses que leur bon usage ; elle néglige les perfections naturelles et n'en estime que l'emploi raisonnable. Les métaux lui sont indifférents, et elle ne les regarde que comme une terre à qui le soleil a fait changer de couleur: mais elle en blâme l'abus, et en approuve le ménage. Elle souffre avec peino que les méchants en abusent pour opprimer les innocents , pour corrompre les juges, pour violer les lois et pour séduire les femmes. Elle voit avec plaisir que les bons s'en servent pour nourrir les pauvres, pour vêtir les nus, pour délivrer les captifs et pour secourir les misérables (3). 11 n'y a rien de plus éclatant que celle vivacité que la nature donne aux beaux esprits; c'est la clef qui leur ouvre le trésor des sciences, soit qu'ils les veuillent acquérir, soit qu'ils les veuillent débiter; c'est l'agrément des compagnies, et c'est une qualité qui se fait aimer aussitôt qu'elle se fait paraître : néanmoins la morale ne l'estime qu'autant qu'elle est bien ménagée, et saint Augustin qui la reconnaissait comme une grâce, confesse que pour n'en avoir pas bien u*é, elle lui avait été pernicieuse, et l'avait entretenu dans ses erreurs [k). L'amour est sans doute la plus sainte de nos passions, et le plus grand avantage que nous avons reçu de la nature, puisque par son moyen nous pouvons nous lier sus bonnes choses cl perfectionner notro âme en les aimant. C'est l'esprit de la vie, c'est le lien de l'univers, c'est un artifice innocent, par lequel nous changeons de condition sans changer de nature, et nous nous transformons en la personne que nous aimons; c'est le pins pur et le plus véritable de Ions les plaisirs, c'est une ombre de la félicité que goàlent les bienheureux. La terre ne serait qu'un enfer si l'amour en était

ili.es corrumpnnlur, legespervertunlor, re^ bnnunai perturbaniur : Tollal bonus, pauperes pasconUir, oppressi liberantur', capiivi redimunlur. Au§u$i., urm. r> dr S. Cyprian.

i.i.i. ni lligendl el acomen dlspnttndl, donum luum est, sed m. le non lacriflcabara libi: llaque mibi uou ad u mn, icd ad perniciem magil

valebal ; Nain quil mibi i leral bona rei, NOS.

ulcnij beiie'.' Aug. , lie, r», Lçnf., cap.tUlUn.

DE L'USAGE

banni, et ce serait une extrême rigueur si Dieu, nous ayaul permis de voir les belles choses, il nous avait défendu de les aimer. Mais pour bien conduire celte passion, il faut apprendre de la morale quelles lois nous lui devons prescrire, et quelle liberté nous lui pouvons donner.

Il y a trois objets de notre amour, Dieu, l'homme et les créatures dépourvues de raison. Quelques philosophes ont douté si nous pouvions aimer le premier : sa grandeur leur avait persuadé qu'il demandait plutôt noire adoration que noire amour. Mais quoique ce sentiment soit religieux, et qu'il mérite d'autanl plus d'estime qu'il est entré dans l'âme des profanes , nous ne saurions nier que l'amour ne nous ait été donné pour nous unira Dieu ; car outre que nous ressentons celte inclination, qu'elle esl imprimée par les mains de la nature dans le fond de nos volontés, et que sans l'instruction de nos pères et de nos maîtres nous cherchons le sou\erain bien, la raison nous enseigne qu'il est l'abîme de toutes les perfections et le centre de tout amour (1) : de sorte qu'on ne peut craindre de commettre d'excès en l'aimant de toutes ses forces. Il est si bon qu'il ne saurait être aimé autant qu'il esl aimable, et quelque effort quel'homme fasse, il est obligé de confesser que la bonté de Dieu surpasse toujours la grandeur de son amour. Aussi les âmes élevées, qui l'abordent de plus près, se plaignent de leur froideur, et souhaitent que toutes les parties de leurs corps se convertissent en langues pour le louer, ou en coeurs pour l'aimer (2). Ils s'affligent de ce que sa grandeur étant si connue, sa bonté soit si peu aimée, et qu'ayant tant de sujets, il ait si peu d'amants. 11 ne faut donc point prescrire de bornes à celte passion, quand elle regarde Dieu, mais chacun se doit consommer en désirs et souhaiter que son cœur se dilate pou-r aimer infiniment celui qui est infiniment aimable (3). Mais il faut bien prendre garde à ne lui pas ravir ce qui lui appartient si légitimement, et nous devons nous souvenir que quand sa boulé n'exigerait pas de nous ce devoir, nous serions obligés a le lui rendre par notre intérêt ; car notre amour n'est coulent que quand il se repose en Dieu. 11 craint l'infidélité dans les créatures, il n'a jamais tanl d'assurance qu'il ne lui reste toujours des doutes raisonnables, et quand il aurait tant de preuves de leur bonne volonté, qu'il serait conlraint de bannir les soupçons, il appréhenderait encore que la mort ne lui ravîl ce que sa bonne forlune lui aurait donné, et dans l'une de ces deux justes appréhensions, il ne pourrait éviter d'élre misérable. Mais il sait bien que Dieu est immuable, et qu'il ne nous quitte jamais que nous ne l'ayons quitté; il sait bien qu'il esl éternel, el que la mort n'étant pas

(1) Deus noster is esl quem aniat iJ omiic quoJ amare potest. August.

(2) Omnia ossa mea dicent : Domine, quis similis fclii '.' Ps. xxxiv.

(.">) Modus amandi Dcnm fine modo, Bern.

(4; Anima liect carcere cornons pressa , tum la-

moins éloignée de sa nature que le changemenl, son affection ne peut finir que par noire infidélité.

Il est vrai qu'il y a des âmes charnelles qui se plaignent qu'il est invisible, cl qui ne peuvent se résoudre à donner leur cœur à une divinité qui ne conlenle pas leurs yeux. Mais toutes choses sont pleines de lui, sa grandeur est répandue en toutes les parties de l'univers, chaque créature est une imago de ses perfections; il semble qu'il n'ait fait ces portraits que pour se faire connaître et se faire aimer. Et quand il n'aurait pas usé de cet artifice, il ne faut que consulter notre raison pour savoir ce qu'il est. L'erreur ne la peut corrompre, et dans les âmes des païens, elle a rendu des oracles véritables. Ces mêmes hommes qui offraient de l'encens aux idoles, savaient bien qu'il n'y avait qu'un Dieu. Quand la nature parlait par leur bouche, elle leur faisait tenir le langage des chrétiens, et ils confessaient les vérités pour lesquelles ils persécutaient les martyrs : car, comme remarque Tertullien, leur âme était naturellement chrélienne ; lorsqu'un danger les surprenait, ils imploraient le secours du vrai Dieu, et non pas celui de leur Jupiter. Quand ils faisaient quelque serment, ils levaient les yeux vers le ciel et non pas vers le capitule; de sorie qu'il ne faut pas se plaindre que Dieu soit invisible, mais il faut souhaiterqu'il soit autant aimé qu'il est connu (i). Et puis cette plainte n'est p!us recevable depuis le mystère de l'Incarnation, où Dieu s'est fait homme pour traiter avec les hommes, où il a donné des preuves sensibles de sa présence, et où, se revêlant de notre nature.il a permis à nos yeux de voir ses beautés, à nos mains de loucher son corps, et à nos oreilles . d'enlendre sa voix. Il s'est fait noire allié depuis cet heureux moment, et celui qui était notre souverain est devenu notre frère, afin que celle double qualité nous obligeât à l'aimer avec plus d'ardeur, et nous permît de l'aborder avec plus de liberté. On ne peut donc manquer en l'usage de l'amour que nous lui devons, que pour être trop réservés ou Irop infidèles : mais celui que nous rendons aux hommes peut être défectueux en deux façons; nous en pouvons abuser, ou en leur en donnant Irop, ou en ne leur en donnant pas assez, ce que la suite de ce discours nous fera connaître.

L'amitié esl sans doute un des principaux effets de l'amour et le plus innocent plaisir que les hommes puissent goûter dans la société: les barbares révèrent son nom; ceux qui méprisent les lois de la civilité estiment celles de l'amitié, et ne peuvent vivre dans leurs forêts, qu'ils n'aient quelques confidents qui sachent leurs pensées, qui se réjouissent de leur bonne fortune, et qui s'af-

nien resipiscit, unum Deiiin nominal : Deus dédit, omnium vox est : o tesliinoiiimn anima: iialuraliler chrisliaiia:! dicens luec non respicis Capitolium, sed ad cœluin : novil enim anima sedein Dci vivi. Tertul.

in :\)wlv<jct.

DE L'USAGE DES PASSIONS

fligenl île leurs disgrâces. Les voleurs qui entreprennent sur la liberté publique, qui font la guerre durant la paix, et qui semblent vouloir étouffer cet amour que la nature a mis entre tous les hommes, ne laissent pas d'avoir du respect pour l'amitié; ils ont entre eus quelque ombre de soriété, ils se gardent la foi", quoiqu'elle soit préjudiciable à l'Etal, ils la conservent quelquefois dans les tortures, et aiment mieux perdre la vie que trahir leurs compagnons. Enfin les peuples ne subsistent que par la force de relie vertu, * l qui l'aurait bannie de la terre, il faudrait raser les villes et renvoyer les hommes dans les deserls. Elle est plus puissante que les lois, et qui l'aurait bien établie dans les royaumes, il ne faudrait plus de tourments ni de supplices pour contenir les méchants en leur devoir. Mais elle doit avoir ses bornes pour être juste; il faut que pour élre véritable elle soit fondée sur la pieté; il faut que ceux qui se veulent aimer soient unis eu la foi, et qu'ils aient mêmes senliments de la religion; il faut que leur amitié soit une étude de vertu, et que par leur communication mutuelle, ils travaillent à se rendre meilleurs. Leurs âmes doivent être plutôt confuses qu'unies, il faut que de ce mélange i! naisse une parfaite communauté de toutes choses; que les biens ne soient plus partagés, et que ces mois de lien et de mien, qui causent toute la division du monde, en soient entièrement bannis (1). Quand ces conditions s'y rencontrent on ne la saurait blâmer; l'excès même n'en est que 1 >uable,| uisq n'étant pi us divine qu'humai ne, et plus fondée sur la grâce que sur la nature, elle doit être dispensée de toutes ces lois, qui n'ont été laites rjue pour les amitiés vulgaires. Mais dans li s unes el les autres, il faut endurer les peines qui les accompagnent, et se souvenir que, comme il n'y a rien de si parfait dans le monde qui n'ait ses défauts, il h v a rien de si agréable qui n'ait ses dép] lisirs.

L'amitié est la douceur de la vie, et qui n'a point celle vertu ne saurait espérer de Icli- «ilé; c'est le contentement le plus raisonnable qui se [misse goûter dans le monde, et de loua les plaisirs, je n'en trouve point de plus innocent ni de plus véritable. Mais il porte ses peines avec lui, et qui commence â aimer doit se préparer à souffrir. Les absences sont de courtes morts, et la morl esl une absence éternelle, qui nous laisse autant de regret que la présence nous donne de ia isl iclion (2). Un homme qui perd son ami perd la moitié de soi-même, il «si mort el rivaul tout ensemble, cl la mort ne sari- irde avec

(I) Amii iii.i plurii lasres continet, quoquo le verte* lis pnesto est:nullu locoescludilur, nuiii|uaiu inlcniiiesln i, nunquam mol

il aiunl) pluribus noria uu'mur quant ainii ili i. ( icer. in / ('-) Ejus enim nobis amara i lulcis cral

. fi», m i de Ci il. D : , cap. 8. 1 iiiiinam incaiii el aiuinain imù i inci

milii bon :

la vie que pour le rendre plus misérable. Mais quand leur destin serait assez heureux pour les emporter en un même jour, ils ne sauraient éviter les misères qui accompagnent la vie; il semble que s'étanl liés d'affection, ils onl donné plus de prise sur eux à la forlune, el que leur âme n'est passée en deux corps que pour élre plus susceptible de douleur (3). C'est pourquoi Arislote ne voulait pas qu'un homme fil beaucoup "d'amis, do peur qu'il ne fût obligé de passer toute sa vie à pleurer leurs disgrâces, ou qu'exigeant d'eux les mêmes devoirs, il ne troublât toute leur joie et ne rendit son amitié funeste. Il esl vrai que ces peines sonl agréables, et que par une juste dispensalion de l'amour, elles sonl toujours mêlées de quelques contentements. Les larmes sont douces quand l'amitié nous les fait répandre; si elles soulagent celui qui les donne, elles consolent celui qui les reçoit, et elles font trouver à tous les deux un véritable plaisir dans une misère commune. Ainsi leur mal porte son remède avec lui, el il est plus digne d'envie que de pitié, puisque celui qui le souffre el celui qui le pleure sont également assurés de leur mutuelle fidélité.

Mais il est bien plus malaisé de régi r l'amitié des hommes avec les femmes, et de donner des bornes à une passion qui ne prend conseil que de soi-même et qui ne croil pas être véritable, si elle n'csl excessive. Aussi la plus grande partie de nos théologiens la condamnent, el quoiqu'elle ne soit criminelle que parce qu'elle esl dangereuse, ils en défendent l'usage pour en éviler le péril (4). En effet celle vertu n'est jamais si pure, qu'elle n'ait quelques nuages ; elle descend aisément de l'esprit au corps, et quand elle pourrait élre sans danger, elle ne serait jamais sans scandale. Le siècle'est trop corrompu pour juger sincèrement de ces communications. Si le public leur donnait son approbation,elles serviraienlde couverture aux affections déréglées, cl sous prétexte d'amitié, chacun prendrait la liberté de faire l'amour. Je sais bien qu'il s'en est trouvé de saintes dans les siècles passés, mais elles n'ont pis été exemptes de calomnies. Paulin ne voyait l'impératrice Eodoxe que parce qu'elle était savante; il était amoureux de s >n e>prit el non pas de son corps, el s'il s'approchait souvent de ce beau soleil, c'était pour en recevoir de la lumière et non pas de la chaleur ; néanmoins leurs fréqu i conversations donnèrent de la jalousie an

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que celle de Paris causa la mort de Paulin ei le bannissement d'Eudoxe. Je sais bien

elideo foi le moi i tuebam, ne lotus illa mereretor,

quem iniiliiiiii amaveram. .tu;»., lift. ivCon/., < i I i h il ■ i ■ i omne quo i remina! esl , el tas s imper lofa la esl ; Iœ Ii ; «^ mc-

leslias prxslal, et cui adhxsçril co ira faà lusanabileiningeritpl I Lxdissiliunla

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OE L'USAGE DES PA95IOXS

que les âmes n'ont point de sexe, et que dans le corps d'une femme on y peut trouver l'esprit d'un homme ; je sais bien que la vertu ne dédaigne pas les avantages de la beauté, et qu'elle est souvent plus éloquente dans la louche d'une fille qu'en celle d'un orateur; je sais bien qu'il s'est trouvé des Muses aussi bien que des Amazones, cl que les hommes n'ont point de qualités que les femmes ne possèdent avec autant ou plus d'excellence. Auguste suivait les conseils de Li vie, et dans les plus importantes affaires il la consultait aussi souvent que Mécénas et Agrippa. L'école du grand Origène était ouverte aux filles et aux femmes, il ne les jugeait pas moins capables des secrets de l'Ecriture et des mj slères de la religion que les hommes, si bien que l'on peut conclure par toutes ces raisons et tous ces exemples, que la conversation des femmes n'est pas moins utile qu'agréable, et que si leur amitié a ses dangers, elle a aussi ses avantages.

Mais quoi que nous veuillent persuader tous ces discours, je liens pour assuré qu'une honnête femme ne doit point avoir d'autre ami que son mari, et qu'elle a renoncé à l'amitié dès lors qu'elle s'est engagée dans le mariage. Elle ne doit plus avoir de maîtres ni de serviteurs, puisqu'elle a donné sa liberté, et les plus saintes affertions lui doivent être suspectes puisqu'elles peuvent servir de couverture aux criminelles. Les complaisances qui se trouvent entre des personnes qui ne sont pas de même sexe sont rarement innocentes; les mêmes discours qui entreliennenl leurs esprits attachent leurs volontés, et l'amour se glisse dans le cœur sous le nom d'agrément et rie civilité (1 . La maladie se tonne devant qu'elle soit reconnue ; l'on a bien souvent la fièvre qu'on ne croit pas avoir de l'émotion, et le poison a déjà infecté le cœur, qu'on ne pense pas que la bouche l'ait avalé. Enfin le péril est égal de tous les côlés : les hommes altaquenl fortement et les femmes se défendent faiblement ; la liberté de la conversation rend les hommes plus insolents, et sa douceur rend les femmes moins courageuses. C'est pourquoi je n'approuverai jamais des amilies qui peuvent apporter plus de dommage que de profit, et qui, pour une vaine satisfaction des sens, mettent en hasard le salut des âmes. Nous vhons dans une religion qui nous ordonne de nous priver des plaisirs qui sont purement innocents; nous sommes instruits par un maître qui commamleà ses disciples d'arracher les yeux cl de couper les mains qui les onl scandalisés; nous sommes nourris dans une école où il nous est défendu de regarder le visage des femmes. El sous prétexte de quelque mauvaise coutume, nous voulons qu'il nous soit permis de rechercher

(!) Actileus peccali est forma feminea, et moriis comlitio non aliun.le surrexil quant de muliebri subslaniîa : separaruini, depretor, a lontagione peslifera. (juanlumcunque fuciii unusquisque longius ab ad- K rsis, lanliim non seutii adversa. El minus voluplalibus stimulalur, ubi non est l'requeniia voluplatum; el minus avariliœ molestias pstiiur qui diviiias non

leur affection, el de lier avec elles des amitiés qui commencent par des inclina ions déréglées, qui s'entretiennent par des discours inutiles, el qui se terminent à des plaisir-, criminels. La pudicité court ass>'Z de hasards sans lui dresser de nouveaux pièges ; le !u\<: des habits, la liberté de la conversation et ce que l'on appelle civilité font une guerre assez ouverte à la, continence, sans y ajouter les ruse* et les artifices pour la surprendre. Quand les hommes seront des anges, il leur sera permis de contracter amitié avec les femmes; quand la mort les aura dépouillés de leurs corps, ils pourront sans scandale converser ensemble et satisfaire à leurs inclinations. Mais landis qu'ils auront des sentiments communs avec les bétes, el que la beauté fera plus d'impression sur leurs sens que la vertu, il faut qu'ils imitent ce prophète qui avait condamné ses yeux à ne pas regarder ces visages innocents qui semblent ne devoir donner que de chastes pensées. Enfin ils se doivent lésoudreà ne jamais approcher de ces astres malins qui brûlent plus qu'ils n'éclairent, et qui exci:cnt pins de teuipc.es qu'ils ne répandent de lumières. Pour remédier à ces désordres il faut implorer le secours de la charité, car c'est elle qui épure l'amour, qui réforme ses excès et qui corrige ses défauts. Elle ne veut pas qu'il soit excessif, mais elle ne veut pas aussi qu'il soit resserré dans nos personnes, ni renfermé dans nos familles ; elle enlend qu'il se répande par tout le monde, el que sortant de notre cœur il passe jusqu'à celui de nos ennemis. 11 prend sa naissance, dit saint Augustin (2j, dans le mariage, et il s'étend sur les enfants qui en proviennent; m.iis eu cet élat il est encore charnel : on ne peut pas louer dans les hommes une passion qu'on remarque dans les tigres, et on ne';-aurail estimer dans les créatures raisonnables des sentiments que l'on voit dans les bêles les plus farouches. En son progrès il se répand jusqu'à nos proches et commence à devenir raisonnable, car encore que l'homme qui aime ses parenls aime son sang, el que sortant de sa personne il ne sorte pas de sa famille, néanmoins son amour est plus élendu que celui des pères, el il Se communique à des personnes qui ne le louchent pas lant que ses enfants. En sa vigueur il passe jusqu'aux étrangers : il les reçoit dans sa maison, il leur fait pari de ses tiens, et sans considérer leurs humeurs ni leurs langages, c'est assez qu'ils aient le visage d'hommes pour être les objets de ses libéralités. Eu cet état il est bien accru, mais pour être parfait il faut qu'il descende jusqu'à nos ennemis, cl qu'en nous donnant des forces pour vaincre nos inclinations, il nous oblige à faire eu bien a ceuv qui nous procureut du

videt. Cijpr. et Aug., de singular. Cler.

(-2) lneiyil licites anior a eonjiigio, sed quia communis cuin pecoribus. Secundosest ainor liliorum, et adhue el ipse carnalis : non enim t si iaudaudùs qui aiuai lilios : sed delestandus, qui non amat : serpentes amant lilios sims : si vero non amaveris tuos, a serpentibus viuccris. Aug., t. i, homil, 38.

DE L'USAGE DES TASSIONS

mal (1). Quand il est arrivé à ce point, il peut esi érer des récompenses; mais s'il s'arrête au milieu de sa carrière, il ne doit attendre que des châtiments. Ces paroles comprennent tout l'usage de cette passion, et je n'y puis rien ajouter qui ne soit faible ou inutile. C'est pourquoi ne passant plus outre, je viens au dernier objet de noire amour qui sont les créatures dépourvues de raison.

Je m'étonne que les stoïciens n'aientencet endroit tous les hommes pour leurs partisans, et que leur opinion ne soit passée en une loi parmi tous les peuples du monde : car ils tiennent que les créatures qui sont dépourvues de raison ne méritent pas notre amour, et que la volonté ne nous a été donnée que pour nous liera Dieu ou aux hommes. Certes si cette maxime est un paradoxe, je le trouve extrêmement raisonnable; car quelle apparence y a-t-il de donner notre affection à des créatures qui, ne la connaissant pas, ne nous en peuvent être obligées, et qui, n'en ayant poinï, ne la sauraient reconnaître? Il me semble qu'il n'y a personne plus prodigue qu'un avaricieux, puisqu'il engage son affection d:ins un métal insensible, et qu'il aime sans espérance d'être aimé. Je ne trouve point d'homme plus déraisonnable que celui qui altacheson amour à la beauté d'une (leur, qui, avec toute son odeur et tout son éclat, n'a point de sentiment pour ses idolâtres. Je ne puis souffrir ces extravagants qui logent toutes leurs passions en un chien ou en un che\al, qui ne leur rendent point de service qu'ils n'y soient portés par leur instinct ou par la nécessité. Aussi crois-je que le profit ou le plaisir que nous en tirons doivent être la règle de l'affection que nous leur portons, ou que, pour parler plus correctement, il faut plutôt nous aimer en elles que les aimer pour nous (2) ; car elles sont trop basses pour mériter noire amour, quoiqu'on reniai que quelque ombre de fidélité dans les chiens et quelque étincelle d'amour dans les chevaux; les uns et les autres étant dépourvus de raison ne sont pas capables d'amitié. C*< st profaner notre cœur que de l'attacher à des choses insensibles. Il n'est pas juste que la même âme qui peut aimer les anges aime les bêtes, que celle qui peut s'unir à Dieu s'unisse aux métaux, et loge en un même cœur le plus noble de tous les esprits avec le plus imparfait de tous les corps. J'userai donc de l'or sans l'aimer, je serai son maître et non pas son esclave, je le garderai jiour m'en servir et non pas pour l'adirer, j'apprendrai à tout le monde qu'il n'a point de prix que celui que le bon usage lui donne, elqu'il n'est pasplus inutile dans lesenlrailles

(•) Ainis ; r mi propinqnor tum i^t-- videlor

propridi l oui-, h ii • i ii mi coMoetudinii : qui tameo

amal propinquoa adbuc sanguinein luum amal, àrael

alioa '|ni non mhii propinqui, Boscipiaot peregrin ,

jam muliura dilatatua i si ainor,taiilain antem < rescil, ni.i i onjuge ad (llios, i Dliis ad propinquot, ;i propinquii ad exiraneos, - ■ l » exiraneia ad uumicoi pem niât. Idem, ib. — Apoatolui Joannea non dicil : Nolile

uti noin.io, ied noliie diligere i dum : qui enfin non

diligent ulitur, quai non uteni utilur. quia non ejui tna utilur, ted allcriua quam diligent Inluelur.

de la terre quedans les coffres desavaricieux. Mais pour ne se pas méprendre en une affaire si importante il faut user de quelque distinction, et dire que les créatures peuvent être considérées en trois étals , ou comme des voies qui nous conduisent à notre dernière fin, et ellesdoivenlêlreaimées; ou comme des filets qui nous arrêtent en la terre, et elles doivent être évitées; ou comme des instruments dont la justice divine se sert pour nous punir, et elles doivent être révérées : car quand les créatures nous mènent à Dieu, qu'elles nous expriment ses beautés, et que leurs, perfections nous élèvent à la connaissance de celui qui en est la source, il n'y a point de crime à les aimer, et ce serait une espèce d'injustice que de ne pas reconnaître en elles celui dont elles sont les images. Dieu même nous y a conviés par son exemple ; quand il les eut produites, il les loua, et leur donnant son approbation, il nous obligea de leur donner notre amour (3). 11 faut néanmoins qu'il soit modéré et qu'il ne nous unisse à elles qu'autant qu'elles nous peuvent unir au Créateur; il faut les regarder comme des peintures que nous n'aimons qu'à cause de la personne qu'elles représentent; il faut regarder leurs beautés comme les ombres de celles de Dieu, et ne souffrir jamais que leurs perfections nous engagent si fort, qu'il ne nous reste assez de liberté pour nous en déprendre quand le salut de notre âme ou la gloire de Jésus-Christ l'exigera ('*). Si elles sont entre les mains du diable, pour nous séduire; si par la permission qu'il en a reçue de Dieu, il les emploie pour nous tenter; si avec les astres il veut faire des idoles; si avec l'or il veut corrompre notre innocence; si avec les richesses il enfle notre orgueil ou flatte notre vanité, et si par la beauté il nous veut ôler la continence, il faut les éviter comme des filets qui sont semés dans le monde pour nous surprendre, et qui depuis la chute de l'homme semblent avoir changé d'inclination, puisqu'elles travaillent pour sa perle, comme elles travaillaient autrefois pour son salut (5). Si enfin elles servent à la justice d l Dieu; si par un zèle de son honneur elles poursuivent ses ennemis dans son état; si la terre tremble sous nos pieds, la foudre gronde sur nos tètes, et si le feu s'accorde avec l'eau pour nous déclarer la guerre, il faut les souffrir avec respect, et les aimer avec d'autant plus d'ardeur, que nous le pouvons faire avec moins do danger. Car en cet état elles n'ont rien de charmant qui nous flatte ou qui nous trompe; elles sont plutôt odieuses qu 'aimables ; elles entretiennent plutôt la crainte

Aiig , Hb. v contra Jul., cap. 16.

(•î) l tentia luodeslia non amanite affeclu. AugutL,

tib. dé Moribut lu cl., cap. 23.

(5) Viditque Deus cuncla que fecerat : et eranl valde hona, '.>«. i.

Reapondenl el aingula quteque elemenla clamoiii.i, a ipsia guis operibus raum demonalraniU arliHccin. Aug., lib. diSymbolo, tract. 3.

•i Crealura Del in odium nicfcc ranl, ci in tentaii. >n. m aniinabui liominuni, el iu muadpulajupedlbui m ipicnliuin, Sap, ut.

flot

DE L'USAGE DES PASSIONS

de Dieu que l'amour de nous-mêmes, et par un heureux effet, elles nous élèvent au ciel et nous détachent de la terre (1). Cet avis comprend tout ce que la religion nous enseigne de l'usage des créatures, et quiconque s'en servira dans les occasions trouvera par expérience qu'elles ne sont jamais moins dangereuses que quand elles sont plus cruelles, et qu'elles ne nous obligent jamais davantage que quand elles nous punissent plus sévèrement.

IVe DISCOURS. De la nature , des propriétés et des effets de la haine.

Ceux qui ne jugent des choses que par leurs apparences s'imaginent qu'il n'y a rien de plus contraire à l'homme que la haine, et que, puisqu'il tire son nom de l'humanité, il ne doit pas souffrir une passion qui ne respire que le sang, et qui ne trouve son plaisir que dans le meurlre : cependant elle est une partie de son être, et s'il a besoin de l'amour pour s'attacher aux objets qui le peuvent conserver, il a besoin de la haine pour s'éloigner de ceux qui le peuvent détruire. Ces deux mouvements sont si naturels à toutes les créatures, qu'elles ne subsistent que par l'amour de leurs semblables et par la haine de leur contraire. Le monde serait déjà ruiné si les éléments qui le composent ne l'entretenaient par leurs combats et par leurs accords. Si l'eau ne résistait au fou par sa froideur, il aurait tout réduit en cendres, et n'ayant plus de maiière pour se nourrir, il serait consumé lui-même. Nos humeurs, qui ne sont que des éléments tempérés, nous conservent par leurs antipathies naturelles, et la bile aurait desséché tout notre corps, si elle n'était perpétuellement arrosée par la pituite. De sorte que le grand et le pelit monde ne subsistent que par la contrariété de leurs parties, et si l'Auteur qui les a produits apaisait leurs différends, il ruinerait tous ses ouvrages, qui cesseraient de s'aimer, s'ils cessaient de haïr leurs contraires. Ce qui se voit dans la nature se remarque dans la morale, où l'âme a ses inclinations et ses aversions pour se conserver et pour se défendre, pour se lier aux choses qui lui plaisent, et pour s'éloigner de celles qui lui déplaisent. Et si Dieu ne lui avait donné ces deux passions, elle serait réduite à la nécessité de souffrir tous les maux qui l'attaquent, sans pouvoir les combattre et sans espérer les défaire. La haine est donc aussi nécessaire que l'amour; nous aurions sujet de nous plaindre de la nature, si, nous ayant donné de l'inclination pour le bien, elle ne nous avait pas donné de l'aversion pour son contraire, et n'avait mis en noire âme autant de force pour s'éloigner des sajels qui lui sont préjudiciables, que pour s'attacher à ceux qui lui sont utiles. Au>si

(1) Aliquando nos mumius deleetatione retraxit a Deo, noue tantis plagis plenus est, ul ipse nos jam mumius initial ad Deum. Ipsas ejus amaritudines ainainus, fugienlem sequimur, persequeotem diligimus et labenii inhxreiuus. Greg., Iiom. 28. m Evang.

(2) Provaùetaie rerum qnse appeluntur atquo fa-

ces ileux sentiments ne sont différents que par leurs objets, et à parier exactement il faut dire que l'amour et la haine ne font qu'une même passion, qui change de nom selon ses usages différents , qui s'appelle amour quand elle a de la complaisance pour le bien, et qui s'appelle haine quand elle conçoit de l'horreur pour le mal (2). Laissant là son premier effet, que nous avons déjà considéré, nous examinerons ici le second, et nous verrons quelle est sa nature, ses propriétés et ses effets.

La haine dans sa naissance n'est autre chose qu'une aversion que nous avons poi r tout ce qui nous est contraire ; c'est une antipathie de noire appétit avec un sujet qui lui déplait ; c'est la première impression que le mal apparent ou véritable fait en la plus basse partie de de notre âme; c'est la plaie que nous avons reçue d'un objet désagréable, et c'est le principe du mouvement que fait notre âme pour s'éloigner ou pour se défendre d'un ennemi qui la poursuit. Elle a ceci de commun avec l'amour, que souvent elle prévient la raison, et qu'elle se forme dans notre volonté, sans consulter notre jugement. Elle s'offense de certaines choses, qui ne sont pas désagréables en elles-mêmes, et souvent un même objet donne de la haine et de l'amour à deux personnes différentes. Quelquefois il arrive que, selon les diverses dispositions de notre âme, ce qui nous a déplu nous a<;réc, ce qui nous a blessé nous guérit, et devient le remède du mal qu'il avait causé. Elle a ceci de différent de l'amour, qu'elle est bien plus sensible que lui, car souvent celui-ci est formé dans notre âme, que nous ne le savons pas encore; il faut que nos amis nous en avertissent, et que ceux qui nous approchent nous apprennent que nous aimons. 11 faut faire réllexion sur nous-mêmes, pour connaître celte passion naissante , et comme elle est extrêmement douce, elle nous frappe si agréablement, que nous n'en ressentons la blessure, que quand par la succession du temps elle est devenue un ulcère incurable. Mais la haine se fait sentir aussitôt qu'elle est conçue ; parce qu'elle vientd'un objet qui ne nous touche qu'en nous blessant, elle nous fait souffrir en sa naissance, et dès lors qu'elle est notre hôtesse, elle devient notre supplice.

Elle se forme aussi promptement que l'amour, il ne faut qu'un moment pour la produire dans notre volonté; pour peu de soin que nous prenions à l'entretenir, elle répand ses flammes dans toutes les facultés de noire âme, et à l'exemple du plus actif des éléments, elle fait sa nourriture de tout ce qu'cLe rencontre : mais elle a ce malheur qu'elle ne s'efface pas si facilement que l'amour. Quand elle a jeté ses racines dans le

Riiinlur, sicut a'liriliir vcl oflenditur voluntas hoininis, ita in lios vel illos affectas mulaluret veriitur. Quapropter horao qui secundum Deum non seeundum hominein vivit, oportet ut sii ama-tor boni. Umle Hi consequens ut malum oderit. Augnsl., iib. xiv dedv. Dei, cap. G.

lif.5

PE L'USAGE PES PASSIONS

cœur on ne l'en peut plus arracher; le temps qui l'a produire la conserve, et la philosophie ne trouve point de raisons assez fortes pour guéiir un homme qui est travaille de celle lâcheuse maladie. La religion même n'est jamais plus empêchée que quand elle combat une passion si opiniâtre, et il semble que le Fils de Dieu ne soit descendu sur la lerre que pour nous apprendre à vaincre la haine el à pardonner à nos ennemis. tëncore no nous a-t-il obligés «à rc devoir qu'après être mort pour les siens, et il a cru que pour établir une doctrine si étrange il fallait la confirmer par ses exemples, l'autoriser par sa mort el la signer de son propre sang. Aussi déclarait-il la guerre à une passion, qui a cet avantage sur les autres, qu'elle ne finit pas pième avec la vie. Elle est si chère aux hommes, qu'elle fait tous leurs entretiens, elle leur serl de divertissement dans leurs déplaisirs, et quoiqu'elle ronge leurs entrailles, elle ne laisse pas de contenter leurs cœurs (1). Il s'est vu une princesse qui, après avoir perdu son royaume et sa liberté, trouvait sa consolation dans la haine qu'elle portail à son ennemi, et confessait que le regret de sa félicité passée n'occupait pas lanl son esprit que le désir de se venger. On voit des pères qui, ayant l'âme sur les lèvies, cl qui, ne pouvait! plus conserver leur vie, songent encore à conserver leur haine ; ils la laissent en hérilage à leurs enfants; ils les obligent à des inimitiés éternelles, et font des imprécations contre eux s'ils se réconcilient avec leurs ennemis. Knfin cette passion est immortelle, et comme elle réside dans le fond de l'âme, elle l'accompagne quelque part qu'elle aille, el t:e la quille pas, même lorsqu'elle se détache du corps. C'est ce que les poêles, qui sont les plus excellents peintres de nos affections, nous ont voulu représenter eu la personne d'Eléocie el de l'olynice, qui conservèrent leur haine après leur mort, et qui allèrent achever danB les enfers le combat qu'ils avaient commencé sur la lerre. Celle passion vivait encore dans leurs corps dépourvus de sentiment, l'ar une secrète eonlagion, elle passa même dans !e bûcher qu'on leur avait dressé, el elle alluma la guerre entre les flammes qui les devaient consumer (2).

Mais je ne m'étonne pas qu'elle soit si opiniâtre, puisqu'elle esl si hardie, ci je ne

trouve point étrange qu'elle dure après la mort, puisqu'elle fait résoudre les hommes a perdre la vie pour se venger, et qu'elle leur fail goûter quelque plaisir en mourant,

pOUrVtt qu'ils von ni leurs enneuis mourir

avec eus. Car la haine n'esi pas véritable

(M Patrem al lan m,

pati iam : quid ultra est? uita ; i inilii

fratre m lui.

il fur.

12) Ni rata niodum, Dirai)

belles, si .■ /> i.

i I imus i h. >i vei m me, dummodo

m I hyène.

(il nui odii M ii : . in i esl, Nondum

sruial n n lum faui - ndum

quand elle est prudente, et l'on peut juger qu'un homme n'en esl pas entièrement possédé, lorsque, pour épargner son sang, il n'ose répandre celui de son adversaire.

Quand il s'est abandonné à sa tyrannie, il ne pense jamais acheter trop chèrement le plaisir de la vengeance, et quelque supplice qu'on lui propose il le trouve agréable, s'il peut servir «à contenter sa passion. Alréc souhaite d'être arcab'é sous les ruines de sou palais, pourvu qu'elles tombent sur la lèin de son frère, et une morl si cruelle lui semble douce, pourvu qu'il la souffre en la compagnie de Thieste (3). Knfin la haine est bien puissante, puisqu'il n'y a p int de lonrmenl que l'on n'endure pour la satisfaire, et elle exerce une merveilleuse tyrannie sur ceux qu'elle possède, puisqu'il n'y a point de crime qu'ils ne soient prêts à commettre pour lui obéir.

Si ses propriéiés sont étranges, ses effets ne sont pas moins funestes : car comme l'amour c^t la cause de toutes les actions généreuses et agréables, la haine est la source de toutes les actions lâches et tragiques, et ceux qui prennent avis d'un si mauvais conseiller sont capables de tous les maux qui se peuvent imaginer. Le meurtre et le parricide sont les effets ordinaires que produit celle passion dénaturée. Ce fut elle qui nous lit voir en la naissance du monde que l'hom ne pouvait mourir en la fleur de ses années, el qu'un Lère n'était pas assuré en la compagnie de son frère ; ce fut elle qui forgea des armes pour dépeupler le monde, el pour ruiner le plu* bel ouvrage de Dieu; ce lut elle qui, faisant oublier à l'homme la douceur de son naturel, lui apprit à mêler le poison dans 1rs breuvages, à répandre le sang humain d ins les banquets, et à donner la morl sous prétexte d'hospitalité ; ce fut elle qui institua ecl art funeste qui enseigne le meurtre ave.1, méthode, qui apprend à luer les hommes de bonne grâce, el qui nous contraint de donner noire Approbation à un parricide, quand il est fail selon les lois du monde; ce rut elle enfin, et non lava' Ice, qui déchira le sein de la terre, et qui alla e cher dans ses entrailles ce cruel métal, avec lequel elle exerce sa fureur. Kl pour décrire en peu de paroles ions les malheurs dont elle c-l la cause, il sullii de dire que la colère c*i

son coup d'essai, que l'envie i si son Conseiller, que le désespoir esl son mailre, et qu'après avoir prononcé de sanglants arré ■

connue juge, elle les , m cule elle même c imme bourreau '»). Il est vrai qu'elle n'eu vient jamais à ces extrémités qu'elle ne -."il

déréglée ; mais le dérèglement lui est près-

insiilias prreparavit. nondum vensna qumivil, ei

i , c oncepto J-' lia lonatur,

. ivil quera i| b j mi

enim •<■! Icpei lin i.m cidi il <\ i

i ii M. I lion cidilui In

liomiii jiiis possil occidere pei ili i,

n n i I . u ■ .i . quid pôle i inliumanius, quid ici I -

bius tlii i Disi plin i e»\ ul pi rimera nuis |">-mi, ei

, i i"' cmil. Cypr., ep i né Di

Do!

DF. L*USA€E DFS PASSIONS

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