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que naturel, cl si la raison el la grAre ne travaillent conjointement à la modérer, elle devient aisément excessive. Souvent elle aug mente sa fierté par la résistance; comme un lorrcnt impétueux, elle renverse les digues qu'on oppose à sa fureur, et elle croit que tout lui est permis, quand on lui veut défendre quelque chose. C'est pourquoi le remède qu'on ordonne à l'amour n'est pas moins nécessaire à la haine, et pour guérir un mal qui devient incurable avec le temps, il faut l'a laquer en sa naissance, de peur que prenant des forces il ne devienne furieux et ne donne la mort à son médecin , pour avoir négligé sa maladie.
Des mauvais vs'iges de la haine.
Encore que la plus grande partie des effets que produit la haine puissent passer pour des désordres, el qu'après avoir dépeint son naturel, il semble inutile de remarquer le mauvais us;ige qu'on en peut faire, néanmo ns pour ne pas manquer aux lois que je me suis prescrites, j'emploierai tout ce discours à découvrir ses injustices, el je ferai voir à tout le monde que de tant d'aversions qui troublent noire r?pos il n'y en a presque point de raisonnables. Car comme toutes les créatures sont les ouvrages de Dieu, et qu'elles portent sur leur front le caractère de celui qui les a produites, elles onl des qualités qui les rendent aimables, et la bonté, qui est le principal objet de l'amour, leur esl si naturelle, qu'on ne la peut séparer de leur essence (1). Il faut qu'elles cessent d'être pour cesser d'être bonnes, et tandis qu'elles subsistent dans la nature, nous sommes obligés de confesser qu'il leur demeure quelque teinture de bon é qu'on ne leur saurait ôler sans les anéantir absolument. Aussi Dieu leur donna son approbation en leur naissance, il fil leur panégyrique après les avoir créées, et pour nous obliger à les chérir, il nous apprit par sa bouche même qu'elles étaient extrêmement bonnes, de sorte que la créance de leur bonté fait un article de foi dans notre religion. Quelque opposition qu'elles puissent avoir à nos humeurs ou à nos inclinations, nous devons croire qu'elles n'ont rien de mauvais, et que les qualités mêmes qui nous blessent ont leurs emplois el leurs usages. Les poisons servent à la médecine, et il se trouve des maladies qu'on ne peut guérir que par des venins préparés. Les monstres qui semblent être les défauts rie la nature sont ordonnés parcelle Providence qui ne peut faillir. Outre qu'ils contribuent par leur laideur à relever la beauté des autres créatures, ce sont des présages qui nous avertissent de nos malheurs, et qui nous invitent à pleurer nos péchés. Les démons mêmes n'ont rien perdu de leurs avantages naturels, la malice de leur volonté n'a pu détruire la bonté de leur essence, el pour être consom-
(1) Quulqnid est, pro suo génère aepro suo morliilo liabet siiuihludinem bei , quamloquiUein l'ecit omnia boaa valde, non ob aliud, nisi quia ipse summe bonus vit. Aug., lib. n de Trin'd.. e. 5.
mes dans le mal, ils Délaissent pas de posséder tout le bien qui appartient purement à la nature. Ils ont encore cette beauté dont ils devinrent idolâ'res, ils jouissent de louli's ces lumières qu'ils reçurent au moment de leur naissance; ils ont encore celte vigueur qui fait une partie de leur être, et si la puissance de Dieu ne la retenait, ils formeraient des foudres, ils exciteraient des orages, ils répandraient des contagions, et confondraient tous les éléments. Il esl vrai que ces avantages font leurs supplices, et qt:e leurs lumières el leurs beautés servent à la Justice divine pour les rendre plus misérables; mais celte considération n'empêche pas que leur nature ne soil bonne, et que Dieu ne vue dans le fond de leur cire des qualités qu'il aime et qu'il cous: rie, comme il voit dans le fond de leur volonté des qualités qu'il déteste et qu il punit. C'est pourquoi la haine parait inutile; il semble que pour l'exercer, il faudrait sortir du monde, et chercher d'autres créatures qui pu-sent êlre les objets de notre indignation : car il n'y a rien dans le ciel ni dans la terre qui ne soit aimable; s'il se rencontre quelque chose qui choque notre inclination, il s'en faut prendre à notre mauvaise humeur, ou il en faut accuser le péché, qui, ayant déréglé notre volonté, lui a donné (les antipathies déraisonnables, et l'a contrainte de haïr les ouvrages de Dieu. Je sais bien qu'il y a des aversions naturelles entre les créatures insensibles, et que ce n'est pas un petit mira: le que la paix du monde s'entretienne par la discorde des éléments (2). Si ces corps qui composent tous les autres n'avaient quelque différend ensemble, la nature ne pourrait pas subsister, el Dieu a voulu que leur guerre fut le repos de l'uni vers. Mais outre que leurs querelles sont innocentes, et qu'ils ne s'attaquent pas pour se détruire, mais pour se conserver, leurs combats naissent de leurs défauts, el ils ne sont en mauvaise intelligence, que parce qu'ils sont imparfaits. Car ces autres corps qui sont plus nobles, el que la philosophienaturelle appelle des mixtes parfaits, ne se fonl point la guerre; quoiqu'ils aient des inclinations différentes, ils ne laissant pas de s'aimer, et souvent ils se font violence pour ne pas troubler la tranquillité du monde. D'où j'infère que si l'homme a des aversions de son prochain, il en doit accuser sa misère et confesser que sa haine esl une preuve évidente de ses défauts ; car s'il pouvait renfermer les différences particulières des autres, il aimerait en eux ce qu'il trouverait en lui-même, et ne pourrait haïr en leur personne ce qu'il remarquerait en la sienne; mais il ne peut souffrir leurs avantages, parce qu'il ne les possède pas; les bornes que la nature lui a données le resserrent en luimême, el le séparent de tous les autres. S'il étail un bien universel, il aimerait tous les biens particuliers, el s'il avait toutes les per-
(2) Nnll.i pugna esl sine main : ciini enini pugna- Inr, am bomini pugnat el nialum, aut ma mu cl malimi : aut si duo berna pngnint inter se ip>a pugiia cl magnum malnm. Aug., lib. y Conf. , c. 5,
DE L'USAGE DES PASSIONS
fections qui sont répandues dans tous les hommes, il n'en trouverait point qui le choquât ; mais parce qu'il est pauvre, il est injuste, et son aversion lire sa naissance de sa pauvreté. Dieu ne souffre point ces divisions malheureuses; son amour infini ne saurait être borné; comme il est le souverain bien, il aime tout ce qui en porte les marques; comme il recueille en lui-même toutes les perfections qui sont dispersées en ses ouvrages, il les chérit toutes ensemble, et il n'a point d'aversions, parce qu'il n'a point de défauts (1). La haine est donc une faiblesse de notre nature, une preuve de noire indigence, et une passion qu'on ne peut raisonnablement employer contre les ouvrages de Dieu.
L'amour-propre est la seconde cause de son désordre, car si nous étions plus réglés en nos affections, nous serions plus modérés en nos aversions, et sans consulter notre intérêt, nous ne haïrions que- ce qui est véritablement odieux. Mais nous sommes si injustes, que nous ne jugeons des choses que par le rapport qu'elles ont avec nous : nous les condamnons quand elles nous déplaisent; nous les approuvons quand elles nous agréent, et par un aveuglement étrange, nous ne les estimons bonnes ou mauvaises, que par le contentement ou le déplaisir qu'elles nous causent. Nous voudrions qu'elles changeassent de qualités selon nos humeurs ; que comme des caméléons elles prissent nos couleurs et s'accommodassent à nos désirs; nous voudrions être le centre du monde, et que toutes les créatures n'eussent point d'autres inclinations que. les nôtres. Les plus belles nous semblent laides, parce qu'elles nous sont désagréables; la c'arlé du soleil nous offense, parce que la faiblesse de nos yeux ne la peut supporter ; l'éclat de la vertu nous éblouit, parce qu'elle condamne nos défauts, cl la vérité, qui est le second objet de l'amour , devient celui de notre indignation, parce qu'elle censure nos offenses. Il n'y a rien de plus brillant que sa lumière, elle découvre toutes les beautés de la nature, qui aurait inutilement produit tant de rares ouvrages, si celle-là ne nous apprenait à les connaître. Elle a plus d'amants, dit saint Augustin, que l'Hélène des Grecs (2;. Tous les philosophes lui font l'amour, elle est le sujet de toutes leurs contestations , elle répand la jalousie dans leurs cirurs, et ils disputent avec autant de chaleur pour sa possession, que deux rivaux pour la jouissance d'une maîtresse. Chacun la recherche pailles roules différentes : les théologiens dans
sa sonrce,qoi est la divinité; les naturalistes,
dans les entrailles de la tene; les alchimistes, dans le sein des métaux ; les peintres cl
(l)Diligis enim orania qox sunl.cl nihil odisli eoruin aux te isii. M''/', xiu.
(ii Pulchrior est veritsi Clirislianorom quam fnerli Helena Gracorum: El pro tais torllu* nosiri martyres advenus Sodomamj quam pro illa, illi Lyrones advenus Trojara dimicaverunt. Augtut. ad (lit,
,"..> il mini • amant vcritaicm lucentem, oJcrunt
les poètes, sous les couleurs et sous les fables. Cependant cette beauté qui donne de l'amour à tout le monde, ne laisse pas d'avoir des ennemis; elle irrite ceux qu'elle veut obliger, elle perd ses amis en les pensant conserver; si elle se l'ail aimer en les enseignant, elle se fait haïr en les reprenant, et elle devient odieuse lorsqu'elle devrait être plus aimable (3). C'est pourquoi il est extrêmement dangereux d'employer une passion, qui attaque plus souvent la vertu que le vice, et qui, contre le dessein de celui qui nous l'a donnée, entreprend le bien, et lui fait la guerre, parce qu'ayant quelque ombre de mal, il choque nos intérêts ou nos plaisirs. Je conseillerais, pour remédier à ce désordre, de bien considérer les choses que nous haïssons, et de les regarder du côté qui nous les peul rendre agréables ; car comme elles sont bonnes en leur fonds, nous y trouverons toujours quelque qualité qui nous obligera de les aimer, et nous remarquerons dans nos ennemis mêmes des avantages que nous serons contraints d'estimer. Les injures qu'ils nous ont faites, et sur lesquelles nous fondons la justice de nos ressentiments, nous fourniront des raisons pour les excuser; et si nous les examinons avec un peu de froideur, nous confesserons qu'il n'y en a presque point qui ne porte son excuse avec elle; car pour me servir des paroles de £énèque, et pour confondre les chrétiens par les infidèles, il me semble qu'il n'y a point d'outrage qui ne s'adoucisse quand on en considère le motif ou la qualité. Due femme vous a offensé ; il faut pardonner à la faiblesse de son sexe, et se souvenir qu'il lui est aussi ordinaire de faillir que de changer. Un enfant vous a l'ail injure ; il faut excuser son âge qui ne lui permet pas encore de discerner une bonne action d'une mauvaise.
Votre ennemi vous a fait quelque violence; peut-être l'y avez-vous obligé, et en ce cas la raison veut que vous souffriez à votre tour le mal que vous lui avez lail souffrir. Un souverain vous entreprend ; s'il vous punit, vous devez honorer sa justice; s'il vous opprime, vous devez céder à sa fortune. Un homme de bien vous persécute ; désabuseïvous de celte erreur, et ne lui donne/ plus une qualité que sou crime lui a lait perdre. Un méchant homme votjs offense ; ne vous en étonnez pas, les elfels liennenl de leurs causes, vous trouverez quelqu'un qui mois en vengerai et sans faire <■■• souhait, vous des déjà venge, cl il est déjà puni, puisqu'il SSl coupable ('»).
vi" riiscouns.
Du bon mage de /n latine.
Puisque la nalure ne l'ait rien d'inul le, et
c;ini li'il.i! ;<i< 'iili'iu. .1 ,'. , '■'•'■ \ Cflllf. , <". -">.
i'o l'uei cstTasiati ilonciur, nesci an peccet, Mail i .,■ m ,■ ' non est injuria, pateris
quod prior ipse Iccvris. ItcxeslTsi nocenicm i" ,
• ede [usliilœ; »l innocentera, cede t"i ■<■■ Bonus
vu est qui injuriain feclH noll credere. Malus esil noll mirari. Dabll pœnas aller! quas dedil : ci juin s bi dcdil, 'i':: i pi ccovil, S«n« , '. u dt l>", e, àt).
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