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f]ue de l.m' de choses qu'elle pro.îtiil, il n'y en a p.'S une qui n'ait ses emplois , il faut que la haine trouve son usage, et que relie passion, qui nail en nous avec l'amour, rencontre quelques objets sur lesquels elle poisse innocemment décharger sa fureur.
Mais puisque la nalure ai me ses ouvrages, que cette mère commune a de l'affection pour lous ses enfants, et qu'elle les nourrit dans une si bonne intelligence, que ceux qui la violent passent pour des monstres, il faut que la haine les respecte, et qu'elle sorte du inonde, pour trouver quelque sujet qui provoque son indignation. Il faut qu'elle combatte les désordres de no're âme, et qu'elle attaque les ennemis qui veulent délruiie la vertu ; encore doit-elle bien prendre garde que l'apparence ne la trompe, et que pensant faire un acte de justice, elle ne commette un panicide. Car le bien est souvent caché sous l'écorce du mal, et il se présente des choses qui nous semblent mauvaises, parce qu'elles nous sont contraire'. Cependant lear contrariété est une perfection, ce qui choque notre humeur s'accorde avec celle d'un autre, et ce qui déplaît à nos veux, contribue à la beauté de l'univers. Celle différence de sentiment fait hien connaître que le mal que nous haïssons es! plus imaginaire que véritable, et qu'il en faut accuser plutôt l'opinion que la nature. C'est pourquoi le péché est l'unique objet do la haine : si nous en voulons bien user, il faut que nous la réglions sur celle de Dieu, et que nous déclarions la guerre à ce monstre qu'il a chassé du ciel, qu'il poursuit sur la terre, et qu'il punit dans les enfers. Car cette passion est le châtiment des plus grands crimes ; elle est le supplice des parrbides, qui se défendent contre la justice des hommes ; elle assiège les tyrans dans leurs palais, elle les attaque au milieu de le;;rs gardes, et, malgré la fortune qui les protège, elle lire raison de toutes les violences qu'ils ont commises ; car ceux-là ne sont point impunis, qui sont haïs de tous les peuples, et le péché n'est point sans châtiment, qui attire la haine publique sur la tète de son auteur (1). .Mais comme nous ne Sommes pas constitués juges des homme-, et que li jus: ice de Dieu ne nous demande pas compte des péchés d'autrui. il me semble qu'il n'y a que les nôtres qui soient les légitimes objets de ni Ire haine ; ceux de no re prochain peuvent recevoir quelques excuses; ne connaissant pas leurs intentions, nous devons suspendre nos jugements , et retenir nos aversions. Quand ils sont si publics qu'ils ne peuvent être dissimulés, il faut qu'ils excitent plus de compassion que de haine dans nos âmes, et qu'ils
(1) Iinpunila lu credisesse qire iuvisa sunt, aut nllum suppliciuin gravius exisihnas publico odioî Sen. lib. m Benef.,c. 17.
(2) Perlecio odio oderam illos.et inimici facti sunt mini. Pal. ccxxxvm.
(3) Perfection odinni est, quod nec justifia , nec scienlia caret, ut nec propier vilia odcrïs domines, nec vilia propier liomincs diligas. Aug , lib. de Vi ra Innoc.
Dictionn. ors Passions
tirent plutôt des larmes de nos yeux que des reproches de notre bouche. Puisque Dieu les excuse, nous ne les devons fias condamner, et puisqu'il les cache , nous ne les devons pas publier. Je ne blâmerais pas pourtant un homme qui, préférant la gloire de Dieu au salut des créalures, souhaiterait la punition des criminels, ou qui, ne les pouvant souffrir, se bannirait de leur compagnie, et ferait connaître sa juste indignation par son éloignement ; caria haine du péché est un acte de justice, et le zèle qui nous emporte contre les pécheurs, est un effet de la chanté. David quittait les louanges de Dieu pour faire des imprécations contre les méchants, et il pensait l'assurer de son amour, en l'assurant de la haine qu'il portait à ses ennemis (2). Mais celte aversion, pour lui être agréable, doit être parfaite comme celle de David, et pour être parfaite, il faut qu'elle ait deux conditions qu'avait la sienne : qu\ Ile haïsse le péché et qu'elle aime la nature ; qu'elle déleste l'ouvrage de la créature, et qu'elle chérisse celui de Dieu ; que par un trait de sagesse et de justice, elle n'aime pas les péchés à cause des homme-, et ne haïsse pas aussi les hommes à cause des péchés 3;. Avec ces conditions, on peut faire un bon usage de la haine : celle passion criminelle devient innocente, elle prend le parti de deux excellentes v:rtus; et par la conduite de la grâce, elle sert tout ensemble à la justice et à la charité.
M;:is elle s'exerce bien plus sûrement contre nous-mêmes, et nous courons braucoup moins de hasard en haïssant nos imperfections que edies de notre prochain ; car l'amour-propre nous empêche d'excéder, et quelque sainte ferveur que nous inspire la charité, elle est modérée par cette inclination que nous ;ivons à nous aimer. C'est pourquoi le Fils de Dieu veut que la haine de nous-mêmes soit le fondement de sa doctrine; il ne reçoit point de disciples eu sou école, qu'il ne leurenseigne celte maxime 'i . I'l semble qu'il ait dessein de bannir l'amourpropre de la terre, et de converlir cette affection déréglée en une sainte aversion. Il nous apprend que nous soin. nés criminels , et qu'entrant dans le zèle de la justice divir.e, nous devons haïr ce qu'elle déleste, et punir ce qu'elle châtie ; il veut que nous soyons tout de glace pour nos inlérêls , et tout de flamme pour ceux de nos amis. Enfin la haine et l'amour, l'aversion et l'inclination sont les deux vertus qu'on apprend en son école, mais il veut que nous les ménagions de telle sorte que, donnant tout l'amour à notre prochai::, nous ne réservions pour nous que la haine(o). Il est vrai que ce commandement est plus ri-
( l) Qa:im verum esl quod rcgniim erclorum vim paiitiir, il qui vim laciimi diripitml illudl Qua la enim vinpus pst, ut homo diiigal inimicum cl ode. rilseipsnii! Uirumque enim jubel qui ad ref cœloruin vocal. Auq.Jib. i de S«nu. Domini in monte, c. -r,
(5) Qui amat animait) suam perde! eam, et qui odil .'million su.lin in lioc muililo, ifl rilam xlrruam CU-
slotiteain. -Ion. xu.— Magna cl mira senlcnlia,
571 i>E L'USAGE l>::5 PASSIONS 9"»
goureux on apparence qu'en effet, car quel- plus de vanité que de force. Or la doctrine que sévérité qu'il témoigne, il ne respire que (te Jésus-Christ produit un effet loul condouceur ; sous le nom de Ifaine, il cache ce- traire, car elle mate le corps sans rendre lui d'amour, tl nous obligeant à nous haïr, l'esprit insolent. EU» attaque tout ensemble il nous ordonne riV nous lii'en aimer. l'orgueil et la volupté; et pendant qu il or- Mais lou1 le monde ne tombe pas d'aerord donne la mortification pour soumettre les de la manière qu'il faut tenir pour l'obser- sens à !a raison, elle recommande l'abnégavcr. Je suis fâché de voir que les chrétiens lion pour assujettir la volonté à Dieu. C'est n'expliquent pas cette maxime plus sainte- pourquoi s'il m'est permis d'expliquer les inmeni que les profanes, et qu'ils confondent tentions de Jésus-Christ et de lui servir d'inla doctrine de Sénèque avec celle de Jésus- lerprète, je crois que la haine qu'il exige de Christ ; car la plupart des interprèles s'ima- imus doit passer du corps à l'esprit, et que ginenl que le Fils de Dieu présupposant que pour être parfaite, elle doit s'étendre sur nous sommes composés de deux parties qui tous les désordres que le péché n mis en se combattent, il veut que nous prenions les nous ; «ar lu nature a perdu sa pureté, et les intérêts de la plus noble contre la [dus basse, deux parties qui nous composent sont deque nous préférions les inclinations de l'es- venues également criminelles. Les inclinapril à celles du corps, et que, vivant en an- lions de l'âme ne sont pas plus innocentes que ges et non pus en bêles , nous n'ayons que celles du corps, l'une et l'autre ont leurs faides sentiments raisonnables. Certes s'il n'a- blesses, et quoi qu'en veuillent dire les phivait eu que ce dessein, il faudrait avouer losophes, toutes 1rs deux sont corrompues, qu'il ne serait pas plus élevé que Sénèque, et L'es; rit es! obscurci de ténèbres, i'ignor.inre que bannissant seulement l'amour du corps, lui est naturelle; il apprend avec travail, il qui est le plus grossier et le moins coupable, oublie sans peine; bien que la vérité soit il aurait laissé l'amour de l'esprit, qui est le son objet, il la quille pour le mensonge, et il plus délicat et le plus dangereux ; car ce est contraint d'avouer par la bouche <tu plus philosophe plaide toujours pour l'esprit coa- savant homme du monde qu'il y a des cr- Ire le corps , toutes ses belles maximes ne leurs qu'on lui persuade plus facilement que tendent qu'à rétabl r la raison dans son eni- des vérités. La mémoire n'est pas plus heupire, et a lui donner un pouvoir absolu sur reosc , bien qu'elle passe pour un miracle les passions. Il ne peu1, souffrir qu'un sujet dans la nature, qu'elle g irde en dépôt toutes devienne souverain, cl l'orgueil qui anime les espèces qu'on lui confie, qu'elle se vante toute sa doctrine lui fournit de fortes rai- de les représenter sans confusion , el d'être sons pour combattre la volupté ; il veut que le trésor animé de tous les hommes savants ; l'âme traite son corps comme son esclave, néanmoins elle est infidèle depuis notre desqu'elle ne lui accorde que les choses néces- obéissance , par une contagio i qui a infecté saircs, et qu'elle lui retranche les superflues; toutes les facultés de l'âme ; elle nous manil veut qu'elle le nourrisse afin qu'il la serve; que dans nos besoins, et elle nous fournil il veut qu'elle ne l'aime que comme un plutôt des choses inutiles que les nécessaifidèle ministre qu'elle emploie pour exécu- res. La volonté comme la plus absolue est 1er ses desseins ; mais il veut aussi que, quand aussi la plus criminelle; car encore qu'elle la raison l'exigera, elle l'abandonne aux ait de fortes inclinations pour le souverain flam nés, elle l'expose aux bêtes farouches, bien, que le péché ne les ait pu effacer, elle et l'oblige à souffrir des morts aussi cruell s s'attache indifféremment;! tous les objets qui qui; honteuses (lj. Tontes ces pensées sont lui plaisent. Sans écouler les conseils de la hardies ; il faut confesser qu'elles naissent raison, elle suit les erreurs de l'opinion, et d'un homme généreux, et qui se sert Utile- si; conduit par le rapport des sens , qui sont ment de la vanité de l'esprit pour vaincre des messagers ignorants et infidèles ; si bien les plaisirs du corps. Mais en guérissant un que l'homme est obligé de faire la guerre a petit mal, il en cause un plus dangereux ; son àmc aussi bien qu'à son corps, et (refermant une légère plaie, jl en ouvre une tendre sa haine sur les deux parties qui le profonde ; chassant l'amour- propre du corps, composent, puisqu'elles sont également coril le repousse dans l'esprit; et pour empé- rompues ; et il faut que, pour obéir à Jésuscher que l'homme ne devienne une bète, il Christ, il combatte les ténèbres dans son ruessaie d'en faire un démon. Les parti ails de Ici dément, la faiblesse dans sa mémoire, la re philosophe sont contraints d'avouer celle malice dans sa volonté, l'erreur dans sou vérité ; el si ceux qui tiennent ses maximes imagination, la perfidi ■ dans ses sens, cl la
Réveillent lien examiner, ds confesseront rébellion dans toutes les parties de SOU
qu'elles enflent plus le courage qu'elles ne corps (2). Ces mauvaises qualités, qui gâteul
relèvent, et qu'elles inspirent dms l'âme l'ouvrage de Dieu, soûl les véritables obje. s
quemadiDodum su bomitiis in Bnimam si amor ui Nunquam m carn Ista rompellel ad metum , >-
pereal, Si maie amaveris, lune odisti. Felicei <i i qunm od imlignam bono viro simulallonem, |oain
oderuni custodieodo, ne perdant amudo. Aug», in honorent hujus corpusciili inentlar. Sen., r/>. 65,
tract, m i« lomi. — Cuni \i-uni fuei il, distraham CDm illo Bocielulein ;
1 1 1 II >n Lum 1 1 vile est, cul corpus nimls ci n ci mine lumen cuin basreinua, n n irrinus acquii t
est. Agaïur ejua diligeniiwinie cura : lia tu u libus, Aiiiiiiua ad se omne jus dnect. Cunlemptui
« n m ei itas, cum fldes, in ig ui cria libertas. la. , ibid,
inaien iu.ii -u. .Sriii-i .. i-;i. 14. M.ijnr siiiu et ail l'IlilOMipIli lu -11111! Pplciircl Cl Slfllci ! PII se
jura grnllus ipi.un ni manclpium siin corporl 1 • 1. ciindiuii carnem, i il Bcciindiiin aniimun viveiilck;
DE LTSAGE DES PASSIONS
ne notre av rsion; c'csl le mal que nous pouvons haïr avec innocence, el punir avec juslice; c'est l'ennemi que nous sommes obligés de combattre et de vaincre; car pour comprendre en peu de paroles le^ intentions de Jésus-Christ, et les obligations des chrétiens, nous devons haïr en nous tous les désordres que le péehé y a mis, et que la grâce n'y saurait souffrir (1). Nous devons ruiner on nous tout ce qu'elle veut y détruire ; mais sachant bien que la victoire est douteuse en ce combat, il faut que nous suppliions le Fils de Dieu, qui prépare les couronnes aux victorieux, de nous donner la charité, afin qu'elle diminue en nos cœurs l'amour-propre , el qu'elle y augmente la haine de nous-mêmes.