‹ Dictionnaire des facultés intellectuelles et affectives de l'âme où l'on traite des passions, des vertus, des vices, des défauts, etcChapitre 230 sur 251 · IC · texte numérisé non relu

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DE LTSAt'.E DES PASSIONS.

un même lout. Eilc a défendu à ses disciples l'usage des larmes, el rnmpaiil la plus s iin!e <ie toutes les amitiés , elle a voulu que l'âme fût insens ble aux douleurs du corps, et que pendant qu'il brûlait au milieu des flammes, elle s'élevât dans le ciel, pour y contempler les beautés de la vertu, ou les merveilles de la nature (1). Cette barbare philosophie eut quelques admirateurs, niais elle n'eut jamais •ie Véritables disciples ; ses conseils les mirent au désespoir, tous cens qui voulurent suivre ses maximes se laissèrent tromper à la vanité, et ne se purent défendre de la douleur. Puisque l'âme a contracté une si étroite société avec son corps , il faut qu'elle souffre avec lui, et puisqu'elle est répandue dans toutes ses parties, il faut qu'elle se plaigne avec la bouche, qu'elle pleure avec les yeux, elqu'clle soupire a* ec le eœur. La miséricorde ne fut jamais défendue que par les tyrans, et cette vertu recevra des louanges dans le monde, tandis qu'il y aura des misérables : cependant les maux qui l'affligent lui sont étrangers et les personnes qu'elle assMe lui sont la plupart du temps inconnues (2). Pourquoi donc blàniera-t-on l'âme, si elle a de la compassion pour son corps? pourquoi l'accusera-t-on de lâcheté, si elle prend part à des douleurs qui l'assiègent, et qui, ne pouvant pas la blesser en sa substance, l'attaquent en sa maison, el se vengent d'elle en la chose du monde qu'elle aime le mieux ? car pendant qu'elle est en son corps, il semble qu'elle renonce à sa noblesse, el que, cessant d'être un pur esprit, elle s'intéresse en tous les plaisirs el en toutes les douleurs de sou hôte. Sa santé lui procure du contentement; et ses maladies lui causent des peines, la plus haute partie souff i c en la plus basse, et, par une fâcheuse nécessité , l'âme est malheureuse des misères de son corps. On dit que la magie est si puissante, qu'elle a trouvé le secret de tourmenter les hommes en leur absence , et de leur faire sentir en leur personne toutes les cruautés qu'elle exerce sur leur image : ces misi tables brûlent d'un feu qui ne louche que leur peinture , ils sentent «le * coups qu'ils r,c reçoivent pas, et la distance des lieux ne les peut garantir de la fureur de leurs ennemis (3). L'amour, qui est aussi puisant et qui n'est guère moins cruel que 1 1 magie , fait Ioajs les jours ce miracle :

quand il unit deux âmes ensemble, il trouve le mû) on de rendre lems peines communes. On n'en saurait offenser uue, que l'autre ne s'en ressente ; et chacune d'elles souffre aussi 1 ica dans ie corps qu'elle aime que dans celui qu'elle anime. Puisque l'amour cl la magie font ces merveilles, il ne faut | tonner si la nature, aj ni allai hé l'âme avec le corps, rend leurs misères communes, cl

II) P|| lûJOpllia IwaniiKa Mini pKDCCpld tu.i :

il iuniscrit quo i ainabai, dolere proli bcs. Stot , »«r. 07, (2) Si ■ " dejii ère. non minns

mi mi:, rater. Uux.,

ib entes si nulaci iqne i erea Rugit ,

d'une seule douleur sait faire deux misérables. La communauté no leurs biens et de leurs maux est une suite de leur mariage, et il faut que le ciel fasse un miracle pour les dispenser de cetle nécessité. La joie des martyrs n'était pas ui-pur effet de la raison : quand ils goûtaient quelque plaisir au milieu de leurs supplices , il fallait que la grâce en adoucît la rigueur, et que celui qui changea les flammes en zépliirs dans la fournaise ardente, convertît leurs tourments en douceurs, ou s'il ne leur faisait pas celte faveur , il leur en faisait une plus grande; et empêchant que l'âme ne sentît la peine du corps, il apprenait à tout le monde qu'il était le souverain de la nature. .Mais, quoi qu'il en soit, tous les philosophes tombent d'accord, que l'âme ne peut être heureuse dans un corps misérable, et qu'elle ne saurait lui donner la vie, qu'elle ne prenne part à ses misères. Si sa plus noble p irtie est touchée de joie, pendant que le < orps est languissant de douleur, il faut que celle qui l'anime le ressente , et que pour payer l'intérêt des services qu'elle eu lire , elle soit misérable en sa compagnie. Celle même de Jésus-Chrisl pour être bienheureuse ne laissait pas d'être affligée (Matth. xxvi,38), cl il se fais. lit un miracle dans l'ordre de la gloire, pour ne pas rompre la société que la nature a mise entre l'âme et le corps. Il demeure donc arrêté que ces deux parties qui composent l'homme nepeuvenl être séparées dans leurs souffrances, et que le tourment de l'une devicnl par nécessité le supplice de l'autre. Elles s'aiment trop pour s'abandonner dans leurs peines, et si l'effort de la douleur ne luise les chaînes qui les t ciment attachées , il faut que leurs misères soient communes. Encore Irouverais-jc que la condition de l'âme esl plus déplorable que celle du corps : car outre que c'est faire injustice à sa noblesse de la soumettre à la douleur, el que c'est une espèce d'injustice de la contraindre

à souffrir des maux dont elle est exempte par sa nature, elle se condamne elle-même a de nouvelles souffrances, cl l'amour qu'elle porte â son corps l'oblige à concevoir de la tristesse pour les peines qu'il endure. Elle les sent avec lui , puisqu'elle est le principe du scnliinent ; el comme si ce tourment ne Bufflsail pas, elle s'en procure iu\ autre par la eompassio i, ei elle j'afflige par la pensée de tout ce qui le tourmente en effol; elle s'cnlretienl do ses m iladies , après les avoir souffertes avec lui , elle s'en attriste arec l'imagination, et d'une simple douleur elle in a rail un double martyre :'<)• il est rrai q e celle faculté a tant de commerce avet les sens, qu'elle ne peut éire touchée de dou • leur, sans leur donner de l'émotion, el cl e ne laurait ressentir lems maui . sans leur

Et niiscj tenue In jet m ur| el ai u .

(hul. inEpitt.

(i) D ilci anima cum corp , i mu su l* o dosai

ubi i ■>■ lllur corpus, dolel Bola m corpnrc c trKtis

e t,doletoxira corpus ul anima divilis in Infcrno, corpui autem «• c examine rloli i . noc anitnatuni aina

DE L'USAGE DES TASSIONS

communiquer srs peine?. Elle altère leur repos par son trouble, >t comme la souffrance du corps fiiil naître celle de l'âme, par une loi au si juste que nécessaire, la peine de l'âme produit celle du corps. Ce sentiment est, à mon avis , la véritable trislcsse , qui n'est auire chose qu'un déplaisir . qui se forme dans la partie intérieure de notre âme, en la vue des objets qui lui sont désagréables.

Les effets d'une passion si rr.élanco'ique sont bien étranges ; car quand elle est médiocre, elle fournil des paroles aux misérables pour se p'aindre: elle les rend éloquents sans rhétorique , elle leur enseigne des figures pour exagérer leurs déplaisirs, et , à les entendre parler , il semblé que les plus grandes douleurs sont moindres que celles qu'ils souffrent. Mais quand elle est extrême, par in effet tout contraire, elle assomme l'esprit , elle interdit l'usage des sens , elle sèche les larmes, elle étouffe les soupirs, et rendant les hommes slupiùcs, elle donne aux poêles la liberté de feindre quMIe les change en rochers (1). Quand elle est longue, elle nous dégage de la terre et nous élève dans le ciel : car il est bien difficile qu'un misérable aime la vie lorsqu'elle est p'eine de douleurs, et que l'âme ait de grands attachements pour un corps qui exerce continuellement sa patience. Tous les hommes ne sont pas si lâches qi e ce favori d'Auguste, qui avait tant de passion pour la vie, que les tourmenls ne lui en pouvaient faire perdre le désir; il se vantait lui-même en ses vers, qu'il l'eût encore aimée dans les supplices , qu'à la torture il eût fait des vœux pour la prolonger, et qu'.l eût trouvé des charmes dans les plus cruelles souffrances , pourvu qu'il y eût trouvé la vie (2 . Je veux croire que la violence des maux lui eût fait changer' de langage, et qu'il eût a \oué qu'une prompte mort est plus douée qu'une longue douleur; ou s'il eût persisté dans ses premiers sentiments, nous serions obligé* de confesser que les personnes lâches sont plus opiniâtres que les courageuses , et que l'amour de la gloire ne fait pas tant d'impression sur nos esprits que l'amour de la vie. Mais pour retourner à mon sujet, quand la douleur est violente, elledétache l'âme du corps, et cause la mort de l'homme ; car la tristesse et la joie < ni ce rapport dans leurs différences , qu'elles attentent sur notre vie, quand elles sont extrêmes. Le cœur se dilate par la joie, il s'ouvre pour recevoir le bien qui se présente, et il le goûle avec tant d'excès, qu'il succombe à la grandeur du plaisir, et trouve la mort au milieu de sa félicité. 11 se resserre par la tristesse, il ferme la porte au mal qui l'assiège, et par une extrême imprudence, il se li\re entre les mains d'un ennemi domestique , pour se délivrer d'un ennemi élran-

(I) Cura; levés loqinintur, ingénies biup.nl. Feu., Truand.

(2 Debilem facile manu, debilem peJe, çnxa, lubrii si|inie dénies : vila dnm superest beiie est ; liane uihi, vol acuia si sedeam crur.c, sasline. iiecen.

ger ; car son i (Tort fait n.iftrû sa douleur, l>soin qu'il a porte à sa défense augmente si peine et avance sa mort. Souvent aus i sa négligence le rend misérable, il se laisse surprendre à la douleur pour rie l'avoir pas prévenue, et n'étant plus en état de se défendre lorsqu'elle arrive, il est contraint de lui céder. Enfin la tristesse nous fait pleurer : quand elle a saisi notre cœur , elle fait la guerre à nos yeux, "Ile s'évapore par le, soupirs , elle s'écoule par les larmes . et elle s'affaiblit en se produisant : car un homme qui pleure se soulage , il se console en se plaignant, il lrouvei;uel jue plaisir dans ses plaintes, et si elles sont des marques de sa douleur, elles en sont aussi des remèdes (3). Comme la colère se décharge par les injures, la tristesse plus innocente se distille parles larmes, et elle abandonne le cœur, quand elle monte sur le visigc. Après avo'r vu ses effets, il ne reste plus à considérer que l'usage qu'on en peut faire, et en quelles occasions elle peut devenir innocente ou criminelle.

Du mauvais usage de la douleur.

Ceux qui croient que la volupté est la plus dangereuse ennemie de la vertu ne s'imagineront jamais que la douleur puisse prendre le parti du vice, et on aura peine à leur persuader qu'il set.ouvedes iristesses criminelles. Cependant il s'en voit peu d'innocentes, cl la plupart de celles qui nous font pleurer sont injustes ou déraisonnables (4) : car l'homme est devenu si délicat que toutes choses le blessent ; le péché l'a rendu si lâche qu'il met la privation des plaisirs au nombre de ses douleurs, et pense avoir un juste sujet de s'affliger, quand il ne possède pas tout ce qu'il désire. Le nombre de ses maux est accru par sa lâcheté, el celui qui. dans les premiers siècles , ne connaissait point d'auiies peines que la maladie et la mort , s'attriste maintenant du déshonneur cl de la pauvreté. Le témoignage de sa conscience ne sulfit pas à sa venu, et si avec l'approbation du ciel il n'a encore les applaudissements de la terre, il s'imagine qu'il est infâme ; L-s richesses delà nature ne contentent pas ses désirs, et quoiqu'il ait toutes les choses nécessaires, il s'estime pauvre, quand il n'a pas les superflues. Ainsi chacun trouve soa malheur dans sa félicité même , el les plus heureux sont si délicats, que la fortune qui se lasse pour les servir ne leur peut ôter les prétextes de se plaindre. Les meilleurs succès ont des circonstances qui les allligent; une victoire leur déplaît, parce que le chef des ennemis a trouvé son salul dans sa fuite, et qu'il n'a pas perdu la vie ou la liberté avec l'honneur ; la prise

(3) Est quxdam fie.e vohrptas;

ExpleliK lacrvnils egerilurquc d'ulor.

' Oiid., iv Tnst.

(1) Ilnmo ail.-si ilolorisuo, me laiiiuin quantum s. nia, sed quantum conslituil eo afliCiUir. Sea.t Co.:s. ad il arc. , c. 7.

io-i

DE LTSaGE UES PASSIONS.

d'une ville leur est désagréable, parce qu'elle n'a pas aHiré la révolle d'une province, cl leur humeur est si ingénieuse à se donner de la peine, que les plus grandes prospérités ne peuvent finir leurs plaintes ni contenter leurs désirs (1). 11 me semble que dans cette sorte de personnes, la douleur esl esclave de In volupté, et que pour se venger de sa servitude, elle fait soupirer sa maîtresse, et la rend misérable au milieu de ses plaisirs, (.es hommes ne méritent pas d'être consolés ; leur peine est trop injuste pour obliger la philosophie à lui donner des remèdes; il esl raisonnable que leur lâcheté soit leur supplice, et qu'ils languissent dans la misère, puisqu'ils ne savent vivre dans la félicite. Il s'en trouve d'autres qui tirent vanité de leurs déplaisirs, et qui font servir à leur ambition la plus sincère de nos passions; ils soupirent la perte de leurs amis dans toutes les compagnies où ils se trouvent; ils veulent que leur douleur soit une marque de leur amour, et qu'on croie qu'ils savent bien aimer, parce qu'ils savent bien pleurer (2 . Ils n'essuient jamais leurs larmes que quand ils sont dans leur cabinet; ils jugent qu'elles ne seraient pas bien employées, si elles manquaient de témoins, et ils nous apprennent qu'elles ne sont pas véritables , puisqu'elles cherchent des approbateurs. La tristesse qui loge dans notre cœur nous accompagne en tous lieux, et c'est dans la solitude, on rien ne la divertit, qu'clledonne la liberté à ses soupirs , et que s'cnlrctenant de ses pertes, elle se soulage par ses regr. ts. liais pour être sincère, elle ne laisse pas d'eire injuste, puisq e souvent elle produit des effets contraires à nos désirs, et nous fait oublier les personnes qu'elle nous contraint de pleurer. Car il n'y a rien au monde qui nous ennuie plutôt que la douleur (3); comme elle n'a rien d'aimable * elle devient facilement odieuse , elle lasse ceux qui la servent, et pour s'en délivrer, ils tâchent de se défaire de l'amour qui la fait naître ; ils effacent de leur mémoire le souvenir de leurs amis, pour n'être plus ob'igés de les regretter, cl par une ingratitude qui suit toujours la tristesse immodérée , ils renoncent à l'amitié pour se guérir de la douleur. Je sais bien qu'il nous esl permis de pleurer la mort de nos amis, et que les larmes sont h s premiers devoirs que la nature nous oblige de leur rendic, mais il en f..ul promptcmcnl arrêter le cours, <l appelant la raison à notre aide, nous rendre 1. ur sou venir agréable, si nous voulons qu'il suit immortel. On ne pense guère volontiers à cequi donne du tourment, cl dès lors qu'on ne trouve plus ce triste plaisir que la nature a mis dans les pleins, on les regarde commodes supplices, et l'on évite toutes

(I) Potest qoldem elo |uentia tu i, ipise psn i uni ■pprobare, pro magnis; sedalio iata vires servei - ni > , nunc se lot i in solalium luum conférai. Nu i ernilra le ingenio ino uti, noli sdet e dolorl luo. Se»., ad Polyb., t. 87.

(î) Plerique lacrymas fundunl ut ostendaut, <i loties ilccoa oculos liabent, nuoties spectator dcfuil... Sun , de 1 1 an / , i . 15.

les rencontres qui obligent d'en répandre (i». Mais certes de tant de tristesses qui blessent notre âme sans sujet, il me semble qu'il n'y en a point de plus infâme que celle de l'envie : car la douleur que cause la privation des plaisirs n'est pas si injuste qu'elle n'ait des prétextes pour se défendre ; Si les bonnes raisons lui manquent, elle trouve des excuses, et l'on voit des hommes qui n'ont pas tant de peine à combattre la douleur qu'à s'abstenir de la voluplé. Ils sont plus propres à la force qu'à la tempérance, et l'on en ferait plutôt des martyrs que des continents. La mort des amis est une perle assez grande pour élre pleurée, et l'amitié est une assez belle verlu pour en rechercher la gloire par des larmes feintes ou véritables. Toutes ces douleurs ont le mal pour leur objet, et s'il y a de l'injustice dans leur excès, il y a de l'excuse dans leur cause. Mais l'envie esl une tiisti ssc aussi lâche qu'injuste, el de quelque côlé qu'on la regarde, elle ne peut avoir de prétexte ni de couleur. Elle choque toutes les vertus, et par une malice qui ne peut élre assez condamnée, elle déclare la guerre à toutes ces nobles habitudes, qui font la plus pure gloire de notre âme (5). Je sens bien que tous les vices sont ennemis des vertus, el qu'il n'y a point de morale qui les puisse réconcilier. La nature accorde des éléments, et tempérant leurs qualités, elle les fat entrer en la composition de tous ses ouvrages; mais la prudenre humaine, avec tous ses artifices, no saurait apaiser les différends du vice et de la vertu, ni les faire loger ensembledans une même personne. Néanmoins la haine des autres vices est réglée, ils n'entreprennent que la vertu qui leur est contraire, el quand par une injuste victoire ils ont triomphé de celle noble ennemie , ils apaisent leur fureur el laissent l'homme dans quelque sorte de repos. L'avarice ne persécute que la libéralité, l'ambition ne poursuil que la modestie, el le mensonge, tout impudent qu'il est, ne combat que la vèrilé : mais l'envie, plus lurieu e que tous ces monstres, fait la guerre à touh s les vertus, et comme si elle était un poison composé de lous les autres, elle attaque en un même temps la charité, la justice, la miséricorde el l'humilité : car si II charité rend toutes choses communes, celle-ci se les approprie, et ne prend pas laol île plaisir a les posséder qu'à les ravir à son prochain; si la juslice rend à chacun ce qui lui appartient, celle ci garde tout pour elle, cl ne voulant point reconnaître d autre mérite que le lien, elle ri oïl que loules les récompenses lui sont dues; si Ii miséricorde s'afflige des maux d'autrui, i ellc-ci s'en réjouit, el par un exci s de malice elle en fat sa félicité; si l'humilité ne me; riso i i n, CCI e ci blâme tout, el Iflche

i ■ ilius venil in o iiiuii i|ii.iin doloi .

(t) lil egamn , > i juennda Bat nobil amissorum i i mi latio. Vin ' i uenler ad Id ro lit , uuod non suie i"im. ni gilalurus esl. Sen., F.p. t>r>.

(8 Virlull •. Invidis o i , plerunique bon»)

sectatui . I f/i n n

DE L'USAGE DIS PASSIONS

UITI

d'élever sa réputation sur les ruines Je la verlu : si bien qu'elle est un mal universel, cl celte tristesse honteuse est composée tout ensemble d'avarice, d'orgueil et de cruauté (1). Mais, quoiqu'elle soit animée contre les vertus, elle réserve ses pi us grands eiïorls contre les plus nobles, et elle entre prend avec plus d'ardeur celles qui paraissent avec plus d'éclat (2). Elle ressemble à ces mouches importunes qui s'atlai lient aux plus belles fleurs d'un parterre; ou elle e>l semblable à la foudre, qui choisit les plus grands arbres , et qui décharge sa fureur sur les plus hautes moniagr.es. Elle ne paraît courageuseque par la noblesse des ennemis qu'elle attaque; elle veut qu'on l'estime généreuse, parce qu'elle est insolente, et elle lire sa vanité de la grandeur de s >n crime.

De celte mauvaise qualité i! eu procède une autre qui n'est pas moins fâcheuse, car comme elle hait la verlu, elle ne peut souffrir les personnes vertueuses. Sa haine lui persuade la vengeance; quand la calomnie ne peut rien sur la gloire des innocents, elle entreprend sur leur vie ; après avoir fait son coup d'essai dans la médisance, elle fait son chef-d'œuvre dans le meurtre, et elle répand le sang de cens dont elle n'a pu ternir la gloire. 11 ne s'esl point commis de parricide qu'elle n'ait conseillé, el de tant de cruau'és qu'on impute à la haine ou à la colère, les plus signalées sont les ouvrages de l'envie. Elle aima dans la naissance du monde les mains de Caïn contre son frère, elle lui fournit des armes devant qu'elle eût tiré le fer des entrailles de la terre ; dans le siècle qui succédait à celui de l'innocence , elle lui apprit à faire le premier parricide, et 1,1 mort, qui n'était que la peine du péché, devint un crime par son conseil. Elle suscita les enfants de Jacob contre leur frère Joseph; sa future grandeur leur donna de la jalousie, et p«-i:r combattre les de-seins du ciel , ils firent un esclave de celui dont il voulait faire un roi. Elle anima Saiil contre David, cl, par une aveugle fureur, elle lui persuada qu'il n'y a rien de plus pernicieux aux souverains que la grandeur de leurs sujets, et que la puissance d'un élranger ne leur est pas si redouiable que la vertu d'un domestique.Mais pour monter plus haut, et aller jusqu'à la source de nos malheurs, ce fut elle qui anima les démons contre les hommes, qui leur inspira le moyen de les perdre avant leur naissance, et de les faire mourir en la personne de leur père. Si elle fait tant de maux à ses ennemis, elle ne s'en procure pas moins à soi-même, et elle est aussi bien

(1) Mala eœlera habenl termînura. Invidia autem e>i malum jngiier perseverans ei sine liue peccaium : liinc vullus minax, pa lor in lacie, slridur in dentil>us, maous ad caeiiem prompla, eliainsi a gladio iuieriiii vacua, odio lamen furialx mentis armala. L'ypr. , Serm. de livore.

(i) Nunquam eminentia invidiœ carent. Assi lua est enunemis fortunce cornes invidia, allissiuiisquesemper adftxret. Yell. Palere., lib. ».

(5) Invidia viliuih diabolicum qnn solo Diabolos reus est : .Non euim ci diciiur ut damnelur, adulte-

son suppliée que celui de la vertu : car elle ne voit point de prospérités qui ne l'affligent; le bonheur de son prochain est la cause de sa misère, elle pleure le bon succès de ses voisins , et il ne faut qu'un homme heureux P"ur la rendre éternellement misérable (3). Elle confond la nature du bien et du mal, pour accroître ses déplaisirs , cl par un désordre qui n'est juste que parce qu'il lui est dommageable, elle se réjouit du mal et s'afflige du bien ; elle répand des ruisseaux de larmes quand on allume des feux de joie, et dans la calamité publique, elle trouve les sujets de sa réjouissance et de son triomphe. Sa perle lui est agréable, pourvu qu'elle attire celle de son ennemi , el il lui est si naturel de commettre des injustices , qu'elle achète le plaisir de se venger aux dépens de sa propre vie. Elle se fâche contre la fortune, elle se plaint de son siècle, et quand elle ne peut empêcher les bons succès de ses ennemis, le désespoir la confine dans la solitude, où, s'enlretenanl de ses déplaisirs, elle souffre la peine dejous les crimes qu'elle a commis (*).

Pour se consoler dans sa misère, elle se pique de grandeur, et veut persuader à tout le monde que si elle blâme les vertus des autres, c'e4 parce qu'elle y remarque des défauts. A l'entendre parler, il semble qu'elle ait tiré sa naissance du ciel, et que la terre n'ait pas assez de couronnes ni de sceptres pour l'honorer; elle croit que tous les honneurs lui sont dus, et qu'on lui ravit tous ceux qu'on ne lui donne pas. Enfin elle est aussi insolente que la vertu est modeste, et son langage est aussi impudent que celui de son ennemie est retenu : cependant il n'y a rien de plus lâche que son courage, elle est toujours dans la poudre, et si quelquefois la fortune aveugle l'élève, elle s'abaisse incontinent, et se ravale au-dessous des choses même qu'elle décrie : car c'est une maxime assurée, que tout ce qui nous donne de l'envie est au-dessus de nous , par notre jugement même; nous donnons l'avantage à nos égaux, quand leur mérite nous donne de la jalousie (S). Un prince devient l'esclave de ses sujets, quand il entre en ombrage de leur bonheur ; il descend de son trône, et déchoit de sa grandeur, sitôt qu'il souhaite ce qu'ils possèdent ; dans son opinion il juge que leur fortune est plus élevée que la sienne, quand il en conçoit de la jalousie. C'est pourquoi ce grand homme qui se rendit illustre par ses malheurs, et dont l'innocence fut exercée par tant de disgrâces, a remarqué que l'envie était la passion des âmes basses (G), et

rinm commisisti, fiirtum fecisli, vitlam aliénant rapuisti, sed hooiiiii stanti inviJisti. Aitg., lib. i de Doctr. Clir.

(A) Obirascens fortuna; invidiis, et de sxculn qnerens, el in angulos se retrahens pœnx incubât sua;. Sen., de Tranquill., c. -2.

(5)0 invidia, quxsemper sibi est inimica, nam qui invidel, sibi « (idem ignominiam laeit; illi autem tni invidel, gloriam pat il. Chnjs. sup. Mut.

(ï<) Invidia parvùlura occidii. Job, e. 5.

HE LTSACE DES TASSIONS.

qu'elle ne consume que ces hommes lâches, qui ne peuvent rien entreprendre de généreux : car s'ils avaient le cœur un peu noble, et si la vertu leur avait fait part de cette satisfaction, ils seraient contents de leur condition, et ue formeraient point de souhaits qui découvrissent leur misère (1) ; s'ils remarquaient en leurs égaux quelque perfection éclatante, ils lui donneraient les louanges qu'elle mérite , ou saisis d'une noble émulation, ils tâcheraient de l'acquérir. Mais comme le vice qui les tyrannise rampe sur la terre, ils ne conçoivent que de lâches désirs; lors même qu'ils font quelque effort vxiur s'élever, ils s'abaissent davantage , et l'on trouve p;ir expérience que leur grandeur apparente n'est qu'un pur effet de leur véritable misère.

A tous ces malheurs on peut encore ajouter celui de la pauvreté, qui n'est pas le moindre supplice île l'envie : car elle a ceci de commun avec l'avarice, que ses richesses ne la contentent jamais ; elle a cent yeux ouverts pour voir ies prospérités de son prochain, cl elle est aveugle pour voir les siennes (2;. Elle ne regarde que les biens qui la peuvent affliger, et ne considère point ceux qui la peuvent divertir. Elle croit que tout ce que les autres possèdent lui manque, et ingénieuse à sa peine, elle agrandit le bonheur d'autrui pour augmenter sa propre misère. De sorte que, pour punir les envieux , il ne faut que les abandonner à leur propre fureur, sans se mettre en devoir de châtier leur insolence ; il suffit de les laisser entre leurs mains , et de permettre au démon qui les possède de tirer vengeance do leur crime. Voilà les excès dont la tristesse est capable, quand elle n'est pas bien conduite. Voyons maintenant à quelles vertus elle peuTservir, lorsqu'elle obéit à la raison, et que, suivant les mouvements de la grâce, elle s'afflige de l'injustice des méchants ou de la misère des bons.

VI DISCOUIIS.

Du bon usage de lu douleur.

Il ne fuit pas s'étonner si les, Stoïciens condamnent la li i>le.sse, puisqu'ils n'approuvent pas, même les vertus qu'elle produit, cl qu'ils \ enlciit que leur sage goûte une joie si pure qu'i do- ne s'i.i 1 1 1 «"■ l et- d'aucun déplaisir; car ils l'élèvni a u,- dessus des tempêtes, el lâchent de nous persuader qu'il voit former tous les orages sous ses pieds, el qu'il n'eu est point agile ; ils uo is assurent que dans le sac d'une ville, un dans la ruine d'un

Klal, il n'est pas plus ému que leur .lupier

dans le débris de l'univers; el que, mettant lont son bonheur en soi môme, il re garde avec indiiïércuce tous les mauvai ■ sue- Il) Si non invideris, m ijor eris nam qui iuvidet i. .Se//, in l'rovid ' foslra nos sine > nm ir;uione delccicnl : nunquam u lorq u ù i i tib, de

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ces de la fortune. S'il répand quelques larmes sur le tombeau de ses pères , el s'il donne quelques soupirs à sa pairie mourante, son âme ne souiïre point d'émotion, et il voit tous ces désastres sans douleur (3). Quoi que veuille dire celle cruelle philosophie, je ne crois p.is que sa doctrine puisse détruire la nature, ni qu'elle forme jaunis un sage, à qui elle ôte tous les sentiments d'un homme La sagesse n'est point ennemie de la raison , et le ciel n'eût pas uni l'âme avec le corps, s'il eût eu dessein d'empêcher leur communication. Aussi quand les philosophes ont avancé ces superbes paroles, ils ont à mou avis imité les orateurs qui, faisant des hyperboles, nous conduisent à la vérité par le mensonge, et assurent l'impossible, pour nous persuader le difficile (î). IU oui bien cru que l'esprit devait avoir quelque commerce avec le corps, et que les douleurs de l'uu devaient causer les tristesses de l'autre; mais de peur que la plus noble partie ne devînt esclave de la plus, basse , ils ont essayé de lui conserver la liberté par la rigueur, et de la rendre insensible, afin qu'elle demeurât toujours souveraine : car qui | ourraii s'imaginer que des hommes si judicieux eu toutes choses eussent perdu le jugement en celle-ci, et que, pour défendre le parti de la vertu, ils eussent abandonné celui de la raison ? Toute la pompe de leurs discours ne tendait qu'à maintenir l'esprit dans son empire, et de peur qu'il ne succombât sous les faiblesses du corps, ils ont autorisé son pouvoir par des termes plus éloquents que véritables. Ils se sont imagine que pour nous réduire au point de la raison, il fallait nous élever un peu plus liant, et que pour ne rien accorder de superflu à nos sens, il fallait leur refuser le nécessaire. Ils croient donc avec nous que la tnslesse peut èlre raisonnable , et qu'il y a des occasion i où c'est èlrc impie que de n'être pas afflige. Mais je ne sais si nous leur pourrons persuader que la pénitence el la mis éi;ieordfl sont d'illustres vertus, el qu'après avoir pleuré nos offenses, nous 50 mues obligés de pleurer les misères de notre prochain.

Ces philosophes ne sont austères que parce qu'ils Boni m>p vertueux ; ils ne condamnent la pénitence nue pane qu'ils aiment la lidcliié, et s'ils blâment le repentir, c'est parce qu'il présuppose le crime (5). Ils voudraient qu'on n'abandonnât jamais le parti de la vertu, et que l'on traitai plus sévôrcmcnl les h j nmes vicieux que les déserteurs demi l ce. Leur zèle mérite quelque excuse, mus comme il n'est pas accomp gné de prudence, il produit un eflel ro u ira ne à leur intention ; car il augm nte le nombre des criminels en le pensant diminuer : il rend les faibles opi-

[4J In hoc omnis hyperbole extendilur m n l veroui

m. m i. in* i \. m. n. Nunij am lantiim sperat quantum audol , se I i i rcilibilln affirmât, ul ad credibilia per- \.- iat. v //., /:,,/,/. , 1. vu, <

('■) Maxim i e i pc i ati pœna Ici e; nec qui iqua i p.iwiis afllcilur, quam qui ad iipplii ium | guiijlenlia ii.iliiiiu. s, u., tib. m ■ !

DE L'USAGE DUS PASSIONS

niâtrcs, et leur ôtant le remèje, il change leurs faiblesses en des maladies incurables. L'homme n'est pas si constant que l'ange, et quand il aime le bien, il n'y est pas si fermement aliaclié qu'on ne l'en puisse séparer. Aussi n'est-il pas si opiniâtre que le démon, et quand il aime le mal, il n'y est pas si fortement engagé qu'on ne l'en puisse déprendre. Si son inconstance est la cause de son péché, elle en est aussi le remède, et si elle aide à le rendre criminel, elle contribue aussi à le rendre innocent. 11 se dégoûte du crime, il se lasse de l'impiété, et il doit ces bons effets à la faiblesse de sa nature; s'il avait plus de force il aurait plus d'opiniâtreté, et la grâce qui le convertit trouverait plus de résistance s'il était plus ferme dans ses résolutions. Le ciel fait servir ce défiut à noire avantage, et sa providence ménage notre faiblesse pour en tirer notre salut. Car quand il a louché les pécheurs, et que prévenant leur volonté par sa grâce, il leur fait détester leur crime, ils achèvent l'ouvrage de leur conversion par le secours de la pénitence, et cherchent dans la douleur des moyens pour apaiser la justice divine (1). Ils punissent leur corps pour affliger leur esprit; ils condamnent l'esclave à pleurer le péché de son maître, parce qu'il est complice, et sachant bien qu'ils ne se font du mal que parce qu'ils s'aiment trop, ils les obligent à se haïr pour se procurer du bien ; ils les châtient souvent d'un même supplice, parce que leurs fautes sont communes, et par une j isle rigueur, ils conjoignent dans la peine ceu\ qui n'ont pas été séparés dans le crime (2;. Ainsi tout l'homme satisfait à Dieu, et les deux parties qui le composent trouvent dans la douleur le pardon de leurs péchés. Je sais bien que les liberlins se moquent de ces devoirs, cl qu'ils niellent la pénitence au nombre des remèdes qui sont aussi houleux qu'inutiles; car pourquoi, disent-ils, vous affligez-vous d'un mal qui n'est plus, pourquoi le faites-vous revivre par vos regrets? pourquoi, par une plus haute imprudence, voulez-vous (hanger le passé, et .souhaitez- vous en vain que ce qui est déjà fuit ne l'ail pas 6<é (3)? Ces m au» aises raisons ne détourneront pas les pécheurs de 11 pénitence, et si les impies n'ont poini de meilleures armes pour combattre la piété, ils n'auront jamais de grands avantages sur elle. La nature autorise tous les jours des larmes que nous répandons pour les malheurs qui sont passés ; un triste ressouvenir tire des s jUjiirs de notre cœur, et nous ne pouvons penser aux maux que nous avons évités ou soufferts, qu'il ne s'élève dans notre âme des mouvements de plaisir ou de douleur. Comme le temps écoulé fa î t la par-

lie la plus assurée de n tre vie, c'est celle aussi qui réveille les passions les plus véritables et qui nous donne les plus sensibles émotions. Le futur est trop incertain pour s'en mettre beaucoup en peine, et les événements qu'il produit sont Irop cachés pour faire de grandes impressions sur no; désirs (4). Le passé est la sourc de la tristesse, et nous avons droit de nous affliger d'un accident que nous ne pouvons plus empêcher . s'il nous menaçait seulement, nous lâcherions de nous défendre, et s'il pendait sur notre tèle, nous emploierions notre prud nce pour le prévenir. Mais quand il est arrivé il ne nous reste que la douleur pour nous en plaindre, el de tanl de passions qui nous peuvent soulager dans les maux présents on à venir, il n'y a que celle-ci qui nous puisse consoler de nos déplaisirs passés. Si nous pouvions retirer nos amis du tombeau el ranimer leurs cendres par nos soins, nous ne nous consumerions pas en regrets inutiles (5) ; mais puisque la mort n'a pinl do remède, et que la médecine qui peut conserver la vie ne la peut restituer quand clic cl perdue, ni;us pleurons avec d'autant plus de sujet, que notre perte est plus assurée, et nos larmes nous semblent d'autant plus justes que le mal que nous souffrons es! moins capable de remède. Ainsi la pénitence n'est point blâmable si, ne pouvant empêcher un crime qui est déjà commis, elle s'abandonne à la douleur, et si, ne trouvant point de moyens de réparer son offense, elle en témoigne du ressentiment par ses soupirs.

Elle est d'autant mieux fondée en celle ciéance, qu'elle sait bien que les larmes m; lui sont pas inutiles, cl que mêlées avec le sang de Jésus-Christ, elles peuvent effacr tous ses péchés. Dans les autres occasions ell 'S ne font point de miracles : si elles consolent les vivants, (lies ne ressuscitent pas les morts ; si elles assurent les affligés de notre; amour, elles ne les délivrent pas de leurs peines, lui pensant secourir le> misérables elles en augmentent le nombre, cl au lieu do guérir le mal elles ne servent qu'à le rendre contagieux. Mais celles de la pénitence noient les péchés, sauvent les pécheurs et apaisent la juste colère de Dieu; car il est si bon qu'il s'adoucit d'un peu de regret : le déplaisir d'une offense lui lient lieu de satisfaction, et sachant bien que nous ne pouvons pas changer les choses passées, il ie contente du repentir que n >us en avons. Connue il lit dans les cœurs et connaît les larmes qui parlent d'une véritable douleur, il ne leur refuse jamais le pardon; devant son tronc i! sulfil qu'un criminel confesse son impiété pour en recevoir l'abolition. Dans le tribunal d'i-s ju^cs l'on confond souvent le crime avec

(l)ScilDeus nn-pr non semper lioniinein in'e- (ô) Nudquarh sapienliam f i« li sui poenilere, nuii-

(çfnrci ?ta.c , <'■<! fréquenter aul | c ire co pire, aut quant emenilare quod fecerii , nce niulare coQ;ilium

vacillare smuone : ideo pœnitentia viain iloi u i <iua ja lanlsloici. Sen., /'''•»<•/'., /. iv, c. 51.

>sit, el d ■ -truci.i corrigere, et lapsa reparare. Aug., de Vœu.

(i) Non separanlur in mercede et in pœna , anima et caio, quis opéra conjungit. Tertull., lib. de Itesurr. cern -, c. o'j.

(i) Calamitosus est animus futuri arixius, et anle. miserias miser, qui future, torquelur. Sen.,Ep. RL

("i) Quid Iul;<-s qilern SusCilare non polos? non lugcrcui si susciiare posseui. Cynic.

J079 DE L'USAGE DCS PASSIONS. tJSO

l'innocence; l'on absout un homme qui défend est assise, «'lie oblige 1rs ycu\ à les picorer, son péché par un mensonge, et pourvu qu'il la bouche à les consoler, et les mains à les nie un meurtre qui n'a poinl de preuve, il secourir (i). Elle descend dans les cachots forccles jugesà prononcer en sa faveur; mais avec les prisonniers, elle monte sur l'eehas'il cède à la violence des tourments, ou s'il faud avec les criminels, elle assiste les alïliest surpris en ses réponses, ses larmes n'effa- gés de ses conseils, elle partage ses biens cent poinl son pèche, et sa confession ne lui avec les pauvres, et sans chercher d'autres conserve pas la vie. Dans la pénitence, il ne motifs que la misère, il lui suffit qu'un hemfaut qu'avouer son crime pour en obtenir le me soit malheureux pour le prendre en sa pardon ; les lois en sont si douces, que Dieu protection. Tous ce. efforts ne procèdent oublie toutes ses injures, pourvu que les pé- que de la douleur, et si la tristesse n'était (heurs mêlent un peu d'amour dans leur re- point mérée avec la miséricorde, elle n'agirait penlir, et que la crainte des châtiments ne pas avec tant de vigueur. Car l'amour-prosoitpas l'unique motif de leur douleur : c'est pre nous a lellcmeul déréglés, qu'il a fallu pourquoi nos intérêts nous obligent à défen- que la Providence divine nous a.i rendus «Ire une passion qui nous est si avantageuse, misérables par la pieté pour nous intéresser et puisque l'espérance de notre salut est fon- dans la misère d'autrui ^6)- Si eae ne nous ■!ée sur une vertu qui doit sa naissance à la touchait point, nous n'en chercherions pus tristesse, nous en devons soutenir la cause le remède, et nous ne songerions jamais à et employer toutes nos raisons pour autori- guérir un mal qui nous serait indifférent : ser celle qui nous justifie (1). mais parce que la miséricorde esl une sainte La miséricorde ne trouvera pas moins de contagion, qui nous rend sensibles aux in- «rédil parmi les hommes que la pénitence, et commoJilés de notre prochain, nous lui ai- < omme il n'y en a poinl de si heureux qui ne dons pour nous soulager, el nous l'assislons puisse devenir misérable, je me persuade dans ses besoins pour nous délivrer de la qu'elle ne manquera point d'avocats. Les ca- douleur qui nous pique. Ainsi la misère nous lomnies des stoïques ne la banniront poinl do enseigne la miséricorde, et notre mal nous la terre (2); les faiblesses qu'on lui impute convie à guérir celui di-s autres. Qui pourne terniront pas sa gloire. Si l'injustice abat rail coud. miner an si juste ressentiment, et ses autels, la pié'é lui en dressera d'autres; qui oser.iit blà.ner une passion à qui nous et si l'on renverse ses temples de pierre, de devons notre innocence (6)? Si les miserainarbre, on lui en bâtira de vivants et de rai- blés sont des personnes sacrées, les mi.éiisonnables (3). Ils l'accusent d'être injuste el cordicux seront ils profanes ? si nous respecde consiJércr plutôt le malheur que le pé- Ions ceux qui sont attaqués par la fortune, ché des criminels ; ils la blâment de donner blàmerons-nous ceux qui les assistent '.' si des larmes à des personnes qui ne les méri- nous admirons la patience, mépriserons-nous tenl pas, et de vouloir rompre les prisons la compassion? si la misère lire des larmes pour en tirer confusément les innocents et de nos yeux, la miséricorde ne lircra-t-cllo les coupables. Mais quoi que disent ces phi- point des louanges de noire bouche, et n'alosophes inhumains, c'est le meilleur cm- dorerons-nous pas une vertu que Jésus-Christ ploi que nous puissions faire de la tristesse, a voulu consacrer en sa personne? Avant le c'est le plus saint usage de la douleur, c'est mystère de l'incarnation, il n'avait que < . Ile le sentiment de noire âme le plus universel- miséricorde qui délivre les. malheureux S us lemeut approuvé, et il faut élresorli des ro- éprouver leurs malheurs, qui guérit le mal ih>-rs,ou avoir vécu parmi les ligres pour sans le prendre, el qui soulage les ai condamner une passion si raisonnable, l'allé sans < n accroître le nombre. Il voya t uoî prend sa na;ssancc de la misère, elle imite misères el ne les ressentait pas, .i la mère qui lui ;i donné la > i", el el e lui rcs- usaut de sa puissance, secourait les mi semble si fort, qu'elle est elle-même une au- blés et ne s'affligeait poinl avec eut. Mais ire misère. Elle s'empare du cœur par h s depuis qu'il a daigne se faire hoinm.*, il a yeux, et, sortant parmi elle est entrée, elle mêlé ses larmes avec les nôtres, il a permis se i ( paud p ir '.es larmes el s'év ipore par les à nos douleurs de blesser son âuie, il a voulu s lupirs. Quoiq l'on l'accus ■ d cire faible , souffrir nos misères pour apprendre la miellé excite nos désirs, et nous intéressant Réricorde. Il nous e»l donc bien permis d'exer» dans l'affliction des misérabli s. elle doni e ci r une vertu que Jésus Chri t a pratiquée; des forces pour les assister. V près leur avoir cl nous pouvons bien devenir mis ; témoigné ses ressentiments par ses regrets, sans intéresser noire honneur, puisque le elle leur témoigne sa puissance par les ef- fils de la Vierge, en la persounc duquel un tels, et donnuul ses ordres du troue où elle ne peut pas remarquer l'ombre d'un défaut,

(l)< enitentia provolvii bominem ma- quxdam in noslro coule compass'o, qua iilique si

gis révélai cum qunliduin l.nii, roagis mundaium pnuimus, subvenire coaipelliinur. Aug., t.

reddil l, excusai : cum coiideuinaf, Civil, Del,c. '..

absolvil. / iti., (/. ■/'«■ ■., i . '.'. i ,-.,ii 1 1 n tii inclinai, alquo pro

.i Hiscrii ordia viliuni i si uni rum nimis mise- pi ii periculi cogil iiio. Aug.,

rix i. ne; uiuii. &en., I n de Clem.,e. 6. (6) Miscricnrdîa virtu< lantae-l ulsineil

5 B in ..leuiiin et pia esl lessc lanien non possint, .

i polcsl, beala mUeria. Iug.ad (juamvis e i aliquis sil casius cl sobriut, i

' p 1*8. n n ■ , m'seri oi li un non m

l*)Uuid est aulcmniisvricorJianisi alienx roiscrlx /' Léo, in s.>//t.

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