‹ Dictionnaire des facultés intellectuelles et affectives de l'âme où l'on traite des passions, des vertus, des vices, des défauts, etcChapitre 24 sur 251 · AMO J · texte numérisé non relu

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session et s'éteint par elle; tandis que l'autre plus spirituel ou intellectuel, n'ayant rien ou presque rien de charnel, ne fait de la possession qu'un désir secondaire.

J'appellerai le premier de ces soi les d'amour, faux amour, parce que, pour l'homme comme pour l'animal grossier, il n'est qu'un simple besoin otganique qui veut être satisfait ; avec cette différence qu'il se fortifie et s'agrandit quelquefois dans l'espèce humaine, au milieu du faste, de la mollesse et delà magnificence : il trouve dans l'byménée un tombeau.

Au contraire, j'appellerai le second, amour vrai, parce que ce besoin s'ennoblit par les préférences les plus délicates, par les sentiments les plus purs, par les idées les plus abstraites , et devient quelquefois le chefd'œuvre du cœur humain, comme le plus haut degré de bonheur. (Frêd. Dérard.)

Ouo: qu'il en soit, vrai ou faux, l'amour est, aux yeux du plus grand nombre, une passion nécessaire , sans laquelle le genre humain, se dépeuplant de jour en jour, retomberait dans le néant.

Oui, l'amour est une passion nécessaire, si on le considère au point de vue de la multiplication de l'espèce; mais si l'on en conclut généralement (on l'a fait), que le goûl d'un sexe pour l'autre sert à les perfectionner tous les deux, je m'élèverai de toutes mes forces contre cette conclusion.

Oue peut-on attendre en effet d'un amour impur engendre par une passion criminelle et entretenu par l'espoir ou par la réalité de la satisfaction sensuelle ?

Oue peut-on attendre de l'union de deux amants sans mœnrs, ne formant entre eux qu'une association odieuse qui les fait entier en commerce de vices, et établit entre eux deux une complicité réciproque de mauvais penchants, de coupables habitudes ?

l'our la société, un bien déplorable et bien funeste exemple , et pour les amants, après une jeunesse remplie de jouissances matérielles, désordonnées, qui épuisent le corps et dégradent l'âme, une vieillesse précoce et chargée de regrets amers.

N'eut-on un exemple qui prouve combien celle passion est avilissante? Assistons pir la pensée à la bataille d'Aclium, cl nous y verrons: Marc-An loine n'ayant des yeux que pour Cléopàlre , l'objet de ses coupables amours et de ses Voluptueux desiis , lui,

chef d'un puissant parti, abandonner lâchement sou armée poursuivre la reine d'Egypte ei aller goûter mollement dans ses bras l'ivresse de la volupté, Doue l'amour no perfectionne pas toujours le> amants.

Ci maintenant, si l'on compare les consi -

■ île l'amour impur avec celles de l'a ■

mour innocent, on no s'élouuera plus que d ■ Bci ris ail écrit : « L'amour est le seul bien qu'on ne peut apprécier; l'amour est le seul mal auquel on ne trouve point de remède, le comme uu monstre dangereux, représentez-le comme un dieu bieuï'ui&aut, vous le retrouverei tout entier dans l'un cl l'autre de ces poi ti

soi

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On l'y retrouve, en effet, parce que l'âme cl les sens obéissent à l'amour : tantôt il les enivre de ses jouissances, taniôl il les soulève et les bouleverse, comme l'ouragan fait les vagues. Il répand avec eux le plaisir et la joie, il les berce dans l'espérance, les endort dans la félicité; puis il les révrille dans le désespoir, les plonge dans la noire jalousie, les livre aux fureurs de la colère: passion à la forme changeante, aux couleurs indécises, plus capricieuse quePro'ée, belle et suave comme le ciel et mauvaise comme l'enfer, nul pinceau ne peut la saisir et la rendre, nul langage ne peut la suivre dans le dédale de son vol.

A elle appartiennent les dévouements sans bornes et I eguïsme le plus avide : elle immole tout à l'objet aimé, fait pour lui les sacrifices les plus sublimes ; d'autres fois elle le fait le jouet de ses caprices et de ses jouissances. Pour ses satisfactions, elle le rend esclave cl malheureux; elle poursuit son bonheur à elle-même à travers les larmes qu'elle lui fait répandre et les tortures qu'elle lui fait subir.

A elle d'élever l'homme et de le grandir jusqu'au ciel ; mais aussi de l'abaisser jusque dans la houe de la matière. A elle donc le crime et la veitu, la prière et le blasphème, le feu, le fer et le poison.

D'après ces distinclions , il est facile de comprendre que c'est de l'amour innocent et pur, de l'amour que nous avons appelé véritable, qu'on a pu dire qu'il est un bienfait de la Divinité. Sans cela, le christianisme, en faisant du mariage une instilulion sacrée, et en mettant la femme de moitié dans l'association humaine, aurait-il pu donner, comme il a donné en effet, une force jusqu'alors inconnue au lien conjugal et à toutes les affections qui en dérivent? Aussi, notons-le bien, est-ce de celle époque seulement que l'on a parfaitement conçu le véritable bonheur domestique.

Cela devait être, car trop de puissance déprave la bonté, altère toutes les jouissances de la délicatesse ; les vertus et les sentiments ne peuvent résister d'une part à l'exercice du pouvoir, de l'autre à l'habitude de la crainte. Par l'émancipation de la femme, la félicité de l'homme s'accrut donc de toute l'indépendaneequ'obtint l'objet de sa tendresse; il put se croire aimé; un être libre choisit un être libre, obéit à ses désirs. Dès lors les aperçus de l'esprit, les nuances senties par le cœur, se multiplièrent avec les idées et les impressions de ces âmes nouvelles qui s'essayèrent à l'existence morale, après avoir lonuiemps la.igui dans la vie.

Oui, le sentiment de l'amour conjugal, quand il est bien senti, est un bienfait de la Divinité, puisqu'il rend la femme, généralement si faible et si craintive, courageuse et forte, le jour où elle peut exposer sa vie pour l'unique ami dont son cœur a fait choix; le jour où, par quelque acte d'un entier et absolu dévouement, elle lui donne au moins une idée du sentiment qui oppressait son cœur par l'impossibilité de l'exprimer. C'est

Diction>. des Passions etc.

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du moins ce qu'ont pu voir et admirer ceux qui ont traversé ces temps néfastes de la tourmente révolutionnaire. Une femme, condamnée à mort avec celui qu'elle aimai', laissait bien loin d'elle les secours du courage, et marchait au supplice avec joie. Heureuse d'avoir échappé au tourment de survivre à son amant, elle était fière de partager son sort; et, présageant peut-être le terme où elle pouvait perdre l'amour qu'il avait pour elle, le sentiment profond qu'elle éprouvait lui faisait chérir la mort, qui détournait ce malheur.

• Oui, il est un bienfait de la Divinité, ce sentiment qui, dans l'âge avancé, peut être plus profond encore que dans la jeunesse ; une passion qui rassemble dans l'âme tout ce que le temps enlève aux sensations ; une passion qui fait de la vie un seul souvenir, et dérobant à sa fin tout ce qu'elle a d'horrible, l'isolement et l'abandon, vous assure de recevoir la mort dans les bras même qui entourèrent votre jeunesse de tous les soins et de toutes les prévenances d'une tendresse aussi constante qu'affectueuse.

Déjà les poètes latins avaient convenablement compris l'amour conjugal et s'étaient exprimés, à son endroit, avec beaucoup de sensibilité. Ainsi, lorsque les dieux voyageurs demandent à Philémon ce que Baucis et lui souhaiteraient de la faveur du ciel ? — Philémon leur répond : « Comme nous avons passé ensemble des années, toujours d'accord, nous demandons que la même heure termine notre carrière : que je ne voie pas lo tombeau de mon épouse, et que je ne sois pas enseveli par elle. » {Métamorphoses d'Ovide.) Cet te réponse est une touchante image de l'amour conjugal et du bonheur qu'il procure.

J'ai vécu dans l'intimité avec un respectable ménage, qui, quoique n'ayant jamais eu d'enfanîs, a du éprouver, j'en suis certain, le même sentiment que Philémon et Baucis, et former le même vœu, puisque, après avoir atteint leur qualre-vingiièmo année environ dans une parfaite union, la femme s'éteignit ru quelques jours de la douleur de survivre à son mari.

L'amour des sexes, ai-je dit, est en général tantôt un bien et tantôt un mal: pourrait-on établir une ligne de démarcation assez tranchée quant aux effets moraux qu'il a produits dans l'un et l'autre cas, pour pouvoir les distinguer ?

Je crois que oui ; et pour cela je n'ai qu'à comparer dans sa manifestation l'amour passionné dont Télémaque brûla pour la nymphe Eucharis, avec celui plein de douceur et de charmes que lui inspira plus lard la fille d'Idoménée. Ces deux tableaux, tracés de main de maître (par FénelonJ, sont la représentation fidèle de ce qui se passe dans le monde.

« Ce prince malheureux est à peine débarqué depuis quelques jours dans l'Ile de Calypso, que l'enfant de venus y souille la discorde. Les amants, en proie au trouble et à la violence d'une passion effrénée, ont le cœur brûlé par l'ardeur du désir et l'âme

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consumée par la honte. La jalousie de Calypso fait trembler Kucharis; la présence de Mentor devient importune à Telémaque. Ce a' est plus le tîls d'Ulysse écoutant avec docilité les bons avis de son sage conducteur ; c'est un séditieux qui se révolte contre tout ce qui s'oppose à sa passion.

a Au coutraire, quand il fut arrivé dans l'Hespérie, il éprouva pour Antiope un sentiment aussi tendre que respectueux. Ce n'est plus ce feu dévorant de L'Ile de Calypso, c'est la douce chaleur du printemps qui échauffe la nature sans l'altérer. 11 ne redoute plus ni la présence ni les leçons de Mentor; il va au-devant de lui, et ne craint pas de le faire le conGdenl du sentiment qu'il a conçu pour la fille île son hôte. El pourquoi l'aurait— il caché? 11 reposait sur la vertu et soupirait après l'hy menée. »

Jusqu'à présent je ne me suis occupé de l'amour des sexes qu'en philosophe, je vais m'en occuper maintenant en physiologiste et en médecin.

A ce double li'.re, j'applaudis volontiers à cette pensée que de Beruis a exprimée, que «L'amour est un bien et l'amour est un mal,» parce que j'ai pu reconnaître et apprécier bien des fois que les effets de celle passion sur le physique et le moral de l'homme et de la femme, diffèrent selon que l'amour est ejepansif ou concentré ; par luge ou non partagé (abstraction faile de la possession); avec ou sans espoir de retour; désabusé ou trompé. Ces remarques n'avaient pas échappé du reste aux observateurs de tous h s siècles, qui ont constaté à l'envi qu'en observant un amoureux auprès de l'objet de son affection, on voit son amour se peindre dans son œil ouvert, vif, radieux, dans une prunelle dilatée el comme élincelante, dans ce regard dévorant qu'on ne peut décrire. Le front est épanoui et très-légèrement agile, le sourcil élevé en arc suit les mouvements du front ; la joue prend une teinle rosée ou s'anime des plus vives couleurs, les ailes du nez sont agitées par le désir, la bouche se rétrécit; les lèvres, tantôt humides et tantôt desséchées, présentent quelquefois la douce in- Oexion du sourire.

Il y a souvent, dans tous les traits de la face, une sorte de trouble et de frémissement qui, joints à une contenance embarrassée, à une respiration haletante, gênée et comme

suffocante, à une voix aiguë et même tremblante, à la difficulté de la parole, à une Borle d'incapacité morale que la timidité produit, oe permettent pas de méconnaître l'amour et ses désirs.

D'un autre coté, les bizarreries les plus extraordinaires se font remarquer dans le (.irai 1ère : on n'aime plus le travail ni les c ho ei sei ieuses : l'es, rit, toujours en proie a de vagi es ri' v .-i irs, ne i inge plus aux affaires; on devient tantôt taciturne ci tantôt gai jusqu'à la lolie; on aimait la solitude, on l , fuit; h n la l ii) aii, on la recherche; les 1 1 rsonnes les plus chères devienni ni insuppi labiés; loul ce qui lient aux si ins ma cricls de l'existence est l'objet d'ua profond

dédain; la fortune, la gloire, les plaisirs de toute sorle n'ont plus aucun attrait; on se montre dur avec ses parents; on manque d'égards à ses supérieurs; les déférences qu'on leur doit semblent tyranuiques; on oublie mème"jusqu'à ses devoirs envers ses propres enfants; on reste froid auprès d'une épouse naguère chérie, aimée et l'objet des plus tendres caresses : ses questions déplaisent , ses observations embarrassent, en s'emporte au moindre reproche, on profite de la moindre querelle pour quitter le foyer domestique, où l'on ne revient qu'à regret et . parie qu'on ne serait pas reçu ailleurs à ces heures-là; on quitte ses amis , on délaisse ses proches, ou néglige ses affaires même les plus pressantes et les plus importantes ; on renonce, aulani qu'on le peut, à toul ce qui n'est pas l'objet de noire amour.

Dans certaines circonstances, bercé par les idées les plus riantes, on éprouve mille délicates jouissances de l'âme qui, absorbée dans une seule pensée, semble y rapporter toutes les sensations que l'on reçoit, et change la nature des impressions qu'elle éprouve. Tout prend alors la teinte de la passion dont on est agité el parait l'augmenter : on ne voit qu'elle, on n'entend qu'elle; on n'écoute qu'elle : son nom seul l'ail tressaillir le cœur. La présence de l'objet adore. trouble et fait perdre la voix ; le seul lou- , cher de son vêlement fait bouillonner le sang dans les veines. Faut-il être étonné , demande Virey, si dans celle crise la voix de la raison est souvent à peine entendue! LlleJ'esl cependant dans les cas que le monde est convenu d'appeler l'amour sincère et véritable ; car il inspire alors à l'amant le plus épris une délicatesse de sentiments telle, qu'il n'oseiail dire une parole qui pût blesser la pudeur de sa bien-aimée, ni se permettra la moindre familiarité qui pût lui faire croire qu'il n'a pas pour elle tout le respect et l'estime que sa vertu commande. De là le mutisme et les embarras en présence de l'objet aimé. L'amour véritable est donc un frein contre les appétits sensuels.

Je dois aussi faire observer que, si rien no vient en détruire les douces et suaves illusions, l'amour légitime, quand il est expausil el partagé, a grand il l'intelligence de l 'homme. Rien plus, il se répand dans l'Ame un bien* êire, d'où il suit que toutes les fonctions vitales se reveillenl, le toaur aequieit une force nouvelle, la circulation devient plu, active, la chaleur augmente, la transpiralion se montre plus abondante, la respiration est libre, eu un mol loules les fonctions B'exéculent avec une régularité si grande

qu'elle annonce nue harmonie parfaite enti a

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