‹ Dictionnaire des facultés intellectuelles et affectives de l'âme où l'on traite des passions, des vertus, des vices, des défauts, etcChapitre 25 sur 251 · I. pul sauce murale el a puissance vilale · texte numérisé non relu

I. pul sauce murale el a puissance vilale

lies ce moment les digestions sui.i faciles cl bonnes, la nutrition surabondante; le sang l'eurichil eu globules rouges ; tonte la

mai lune acquiert 'les I nie s n il m lies.

Au contraire, quand l'amour -t concentré el s ans espérance, son impression se faisant également s ntir au physique el ai >-

rai, sa malheureuse yictiinovsl en pi

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chagrin et à la tristesse. Il perd le sommeil et l'appétit; il digère difficilement, le, chyle est mal élaboré et fourni en petite quantité par la masse alimentaire et les boissons : le sang ne se reconstituant pas s'appauvrit, la circulation se ralentit, les mouvements du cœur et les battements artériels diminuent de force et de fréquence, la transpiration diminue de quantité, les autres sécrétions sont presque nulles et même se suppriment tout à fait ; le corps maigrit, se consume, et la diarrhée vient parfois ajouter à la faiblesse déjà existante.

Tels sont généralement les effets d'un amour concentré : mais ces mêmes désordres étant le résultat decauses morbifiquesdiverses, comment pourra-l-on reconnaître qu'ils sont dus aux peines du cœur?

En usant du même stratagème qui fut employé jadis par Erasistrale pour découvrir si la mélancolie qui consumait les jours d'Aniiochus, fils de Séleui us, ne devait pas être attribuée à un amour qu'on n'osait faire éclater.

Quoique eperdument amoureux de Stralonice sa belle-mère, Antiochus, ne, voulant révéler son secret à personne, finit par tomber malade. 11 gardait le lit depuis longtemps sans éprouver la moindre douleur, et néanmoins perdant son embonpoint et se mourant de langueur.

Erasistrate fut appelé : cet illustre médecin ayant remarqué dans le jeune et intéressant malade l'abattement des yeux, la fai blesse de la voix, la pâleur du teint et les larmes qu'il répandait sans sujet, vit dans l'ensemble de ces symptômes la preuve d'une passion violente qu'il n'osait avouer.

Pour éclairer ses soupçons et découvrir l'objet d'un sentiment si vif, le docteur posa sa main sur le cœur du ma'ade, dans la chambre duquel il fit venir toutes les femmes du palais. Antiochus n'éprouva d'abord aucune espèce d'agiiaiion ; mais à l'approche de Slratonice. le plus vif incarnat vint animer sc> joues pâles et décolorées, son cœur battit avec violence, il Put inondé de sueur et

saisi d'un tremblement général 11 n'en

fullul pas davantage pour changer les soupçons en certitude.

Avant Erasistrate, guidé par l'observation des phénomènes extrêmement variés que l'amour avait produits sur l'ensemble de la vie organique de Perdicas, roi de Macédoine, qu'on croyait phlliisique, llippoerale avait découvert la passion dévorante de ce prince pour l'hila, la maîtresse de son i ère ; et plus tard Calien reconnut que celte même passion consumait Les jours et menait iuseasiblemeiil au tombeau une dame romaine éprise d'amour pour le danseur Pilade.

Ainsi dans l'amour concentré, l'âme s'jbandonne à la tristesse la plus profonde, à la mélancolie la plus noire ; aux souffrances morales s'ajoutent bientôt les souffrances physiques, et l'amant malheureux dépérit, le Uambeau de la vie manquant d'aliment.

Pareille chose arrivera, si, par suite d'une timidité qu'il ne peut surmonter, le patient refoule au fond de son cœur le sentiment qui l'agite. La timidité, on le sait, est l'effet immédiat d'une sensibilité extrême ; et dans quelle occasion, devant quelle tentative le jeune homme doit-il être timide, si ce n'e^t devant celle qui a son bonheur extrême pour objet? Au seul mot de l'amour toutes ses facultés élincellent; les sentiments se succèdent, se confondent, s'excitent ; tant de bonheur pourrait-il ê!re

attendu, tant d'ivresse goûtée.... tant d'espérance être permise.... tant de vœux couronnés, tant de désirs accueillis et salisfaits?.... Non, non, s'écrie douloureusement le jeune homme, ce serait trop demander, trop obtenir; et un triste effroi le fait reculer involontairement devant l'audace même d'espérer une si grande félicité!.... Il se contente d'en poursuivre l'image.... Elle me repousserai!.... Elle serait offensée !.... Cette crainte le glace d'épouvante ; il adore en silence, il passe ses jours à étouffer, à chercher à réprimer les expressions d'un hommage que tout décèle et qu'il croit déguiser.

C'est ainsi que s'écoulent quelquefois, dans les coupables délires d'uue passion malheureuse, les plus beaux jours de la jeunesse. Au lieu de "chercher dans une union légitime un remède à un mal si profond, on fait ses plaintes à la nature entière, on s'abandonne au découragement, à la tristesse : une accablante langueur jette sur les devoirs et sur les occupations le voile sombre du dégoût. L'imagination s'affa'sse ; toute voie est fermée au plaisir, toute pensée à l'espérance. Le désir s'éteint, l'amour a disparu du monde ; le monde a disparu. (Azaïs.)

Heureusement cet état funeste ne dure pas longtemps, lorsque le jeune homme est atteint pour la première fois. Des circonstances étrangères à s i volonté lui rendent le service de l'arracher, malgré lui, à un>; douleur qu'il aime. Un voyage, un danger, un événement qui l'inquiète, ou seulement une situation nouvelle, viennent redonner de l'exercice à ses f.cuhés, des distractions a son âme. Toutes ses forces se rétablissent avec vitesse et bientôt l'activité brûlante est rendue à son cœur. Celui qui ne \oulait plus aimer, qui voulait mourir, va aimer de nouveau, il va recommencer à connaître les douceurs et les tourments de la

vie. Le voilà épris d'un nouvel objet

plus agréable que le premier ; car il a oublié le premier, et quelle image efface peut entrer en concurrence avec une image récente, lors même que celle-ci serait belle! Nouveaux combats, nouveaux désirs ; nul espoir d'union légitime; et obstacle, répulsion pour des satisfactions criminelles... Non, tant qu'un sentiment délicat coulera dans les veines d'un jeune homme , tant que son cœur pur et honnête aura bien plus besoin de vertu que ses sens n'exigeront de jouissances; lantqu'il prêtera à toutes lésâmes la générosité de sou âme, il n'osera point

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rechercher ce que sa conscience lui dit i!cvoir

lui être à juste titre refuse.

Venons cnGn au terme de cet état critique.

Si, comme nous l'avons supposé, le jeune hi mme est honnête autant que sensible, cl s'il a été heureusement entouré ; si son éducation a secondé les facultés de son âme ; si des malheurs, si l'amitié et quelquefois la retraite ont développé et fortifié en lui le sentiment des vertus qui font la gloire de l'homme; si, trop faible pour été vainqueur de ses désirs, il est assez fort pour réprimer de honteuses faiblesses, ajoutons surtout, s'il est assez heureux pour ne point trouver auprès de lui-même l'occasion de succomber d;ins les moments, peu rares peut-être, où il ne serait point en état de l'aire une longue cl vigoureuse résistance; dès lors le temps arrive où, épuisé de combats, fatigué de tant de secousses intérieures, lassé de vaincre, de céder, de se défendre, il succombe au découragement ; la tristesse flétrit son âme ; son corps abattu s'affaisse et tombe ; plus de ressorts, plus de désirs, plus de désespoir. Il demande la mort, l'attend sans frayeur, l'appelle sans violence ; il souffre sans cesse de légers maux, pressés et inaperçus ; il languit, s'énerve, se décolore ; la nature se fane, se desséche. Chaque jour une teinte lugubre est ajoutée

à son voile funèbre. ...Tout va Qnir 1

Cette fâcheuse influence du moral sur le physique est bien plus prompte et plus manifeste encore dans tous les cas d'un amour trompé. Alors ses effets sont immédiats, cl l'on voit instantanément éclater chez certains ind'nidus, I ien plus impressionnables <>u plus épris que d'autres, tantôt une lièvre délirai» c, tantôt l'aliénation mentale, quelquefois dis accidents hystériques et tous les symptômes de la fureur utérine si bien décrits par Aviccnne, etc., etc., suivant les prédispositions des sujets. Parmi bien des rails fort curieux que je pourrais citer, je choisirai le suivant, à cause de sa singularité.

Tulpius raconte qu'un jeune Anglais , éprouvant un refus lors d'un mariage qu'il désirait ardemment, tomba roide comme un pieu, se tint un jour assis sur une chaise, dans la même altitude et les yeux ouvert, de sorte qu'on l'aurait pris plalôt pour une statue que pour un liomm . Sur le soir, quelqu'un lui dit en i i.iul : Allons ! sorlez de

cet état, et votre amante vous sera accordée. A l'msl.inl inéine l'Anglais icvinl à lui, se leva brusquement : il éta I guéri.

L'amour étant un hi' u, l'amour étant un mal, qui il «conduite devons-nous tenir, noua médecins ou moralistes, è l'égard de ces surir, de u. lades dans mslanci > diverses? Bile est fort simple. Dans les cas où l'amour porte l'empreinte d'une \ assion comn DC, | par l'a gréincnl du corps, entretenue parles qualités de l'esprit el du cœur, et

aug ite. par l'estime, s'ils sonlai orlis par

l'ûgocl que l'inclination soit réciproque, il

faut laisser celte inclination se développer , grandir, et la rendre durable, en resserrant les nœuds qu'ils ont formés par le sacrement du mariage. El si l'amour n'était point partagé, soit que par timidité on n'ait pas osé l'avouer, ou pour tout autre molif.il faudrait faire comprendre à la personne affectée d'un amour malheureux que, loin de se noyer ou de se pendre, elle devrait écouter l'espérance du changement qui est au-si commun en amour qu'en affaires (/■-•/.)

De même, s'il n'y avait pas ente ces cœurs épris les rapports de convenance ni d'humeur, ce qu'il faut rechercher avant tout, il est du dev oir dis parents et des amis de les mettre en garde contre les dangers que l'amour fait courir. En outre de- considérations religieuses, qui certainement sont les plus efficaces, ils pourront leur rappeler la triste el déplorable fin de Pauieur de la Jérusalem délivrée. Proscrit cl malheureux dès l'enfance, auleur à vingt-deux ans d'un poëme épique, la gloire de sa nation, il fut atteint, au milieu des jouissances d'une célébrité précoce, de l'amour le plus violent el le plus infortuné pour la sœur du duc de Ferra». Cette passion excessive, qui fui le prétexte des plus affreuses persécutions, empoisonna des jours consacres aux muscs, occasionna, hélas I une mort trop prématurée, et enleva aux lettres et à la poésie un de leurs plus beaux ornements.

On leur montrera également ce terrible rocher de Leucale, renommé dans l'ancn nue Crècc, comme le lieu d'où les amants infortunes se jetaient dans la mer pour se guérir de la folie amoureuse; moyen coupable, que la célèbre Sapho, malheureuse et délaissée) choisit aussi comme le dernier remède à ses maux.

En France, nous n avons pas de rocher de Leucale, mais combien de jeunes filles qui, dans le délire d'une passion trompée, se précipitent dans les fleuves qui baignent nos cités ou dans les eaux qui vont fertiliser les campagnes ou qui servent à arroser nos jardins 1 Telle fut Fleurette, la fille du jardinier de NéraC, la première victime de Henri le Béarnais. Séduite et abandonnée par Henri, Fleuri lie n'écoule que son désespoM cl se jette dans la fontaine témoin de leurs amours.

Ce n'est pas tout, el comme il esl des circonstances où l'amour nesaurailelre parla-o sans crime, sans conduire même à I aduilère, c'est alors surtout qu'il faul redouble! ite /( le et d'efforts poui en effacer, s'il se peut, Jusqu'au premier principe. Ces! choaj bien difficile à obtenir, ic lésais, mais saa rail -i e un molil assez plausible pour M B i le tenter ?

Nus, el puisque le développement d un autre sentiment passionné peut, s'il n'élouffl pai |ei beso ns ou mieus les pensées coup n ides et impérieuses de l'amour, pré»

moins, dans quelques cas, les crimes auxquels lis eulralni raient inévitablement, c'esl am moralistes, mais aux paient'- snrloufl (Umt la parole a bien plus de force, à dévtl

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loppcr cet aulre senlimcnl dans le cœur des personnes atteintes d'une passion si funeste. Cette diversion aura des effets d'autant plus heureux et plus efficaces, qu'elle sera mieux appropriée aux caractères et aux autres circonstances.

C'est ce que fit Joseph, qui, ortie sait, avait inspiré un amour délirant à la femme rie Putiphar. Nous empruntons à un auteur le récit de celte histoire de la Bible.

Un jour, celte malheureuse femme, le cœur attaché à son idée, abattue par la peine et brûlée par le désir, accourut à Joseph et lui dit : « Si lu ne m'aimes pas, je m'étrangle, ou je me jette dans un puits, dans un précipice.» — Je la regardai, dit le fils de Jacob, l'esprit de Bé'.ial la possédait. Je priai le Seigneur et lui dis : « Pourquoi es-tu troublée et hors de loi? Tes péchés t'aveuglent; souviens-loi que situ te lues.Sétho.ta rivale, la concub'iie de t^n mari, frappera tes enfants et abolira ta mémoire dans ta maison.» — «Ahl s'écria-t-elle, tu m'aimes, car lu prends intérêt à ma vie et à mes enfants: je n'ai pas encore perdu tout espoir. »

Si j'ose dire ce que je pense, poursuit M. Saint-Marc Girardin, dont je transcris les expressions, cei i me semble sublime. — Vos enfants auront une belle-mère I celle seule parole renverse toutes les idées de l'amante désespérée : voilà son cœur changé.— Ses enfants frappés par Sélhol Quel discours, quelle éloquence contre le suicide eût valu ce motlà ! Celle femme qui venait furieuse, possédée par l'esprit d'impureté, un mot l'a attendrie, un mot l'a guérie; elle se souvient qu'elle est mère, elle De veut plus mourir.

Eveiller dans le cœur des amants malheureux et désespérés un sentiment contraire à relui qui les agile et trouble leur raison ; favoriser en eux !c développement d'une passion nouvelle, mais honnête; mettre sous leurs yeux l'impressionnable tableau des conséquences désastreuses, des excès coupables, dans lesquels nous jette un amour désordonné ; leur inspirer du goût pour la culture des beaux-arts ; leur faire entreprendre un long et agréable voyage ; leur montrer le mépris public s'atlachant à leur faiblesse, b s liens de la famille rompus et brisés, etc., etc., voilà tout autant de moyens moraux qui peuvent devenir pour ces infortunés qu'une violente passion subjugue, entraîne, un remède salutaire dont l'effet est durable contre leur fatale passiou.

Il en sera ainsi, croyons-le bien, s'ils n'ont pas entièrement perdu la raison, ou si la vigueur de leur tempérament ne l'emporte pas sur la puissance de l'âme. Dans ce dernier cas. tempérer leur ardeur par un régime Irès-sévèrc, composé de végétaux, de lail;ige, de quelques fru'is. le tout pris en petite quantité ; user exclusivement d'eau pure pour boisson ; se livrer à des exercices corporels violents, poussés jusqu'à la fatigue et qui déterminent des sueurs abondantes ; tenir le ventre libre, calmer l'effervescence du sang par des boisons rafraîchissantes, pratiquer même une saignée pour eu diminuer

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la quantité et affaiblir l'individu quand 1rs circonstances le c immandenl ; le tenir longlemps et tous les jours plongé dans des bains d'eau tiède pure ou d'eau de son ; lui faire éviter toute rencontre avec la personne aimée, soustraire à ses regards tous les tableaux voluptueux, tous les ouvrages licencieux, l'empêcher de rester longtemps couché, le priver même d'un peu de sommeil : tels sont les moyens ordinairement secondaires, et quelquefois principaux, que l'on doit associer forcément aux moyens moraux, si l'on veut triompher de la violence de la passion.

3» AMOUR DE LA PATRIE (passion).

Qu'est-ce que la patrie? La patrie est quelque chose de très-différent, suivant le degré et la forme de la civilisation. Pour l'homme physique, c'est le pays, c'est-à-dire l'endro t où il est né, où il a é'é élevé, et dont les impressions sont restées mêlées à tous les souvenirs d'enfance et de la jeunesse. L'instinct et l'habitude attachent l'homme à son pays.

Pour l'homme moral, en tant que citoyen et homme politique, la pairie est la chose publique (res publica) à laquelle il s'attache en raison des droits et de la puissance qu'elle lui confère, des avantages ou de la gloire qu'elle lui procure. Ainsi, la patrie e-l tout à la fois une personne, une chose, une abstraction ; car il y a dans ce qu'on appelle patrie des personnes, des choses, des conventions. La patrie du sauvage n'est pas la même chose que celle de l'homme policé; la patrie du villageois ne ressemble pas à celle des bourgeois; la patrie du prolétaire est tout autre que celle du citoyen, et cependant tous les hommes ont une pairie. Chacun l'aime à sa manière, y est attaché et a des raisons pour l'aimer, pour y tenir, pour désirer d'y vivre et d'y mouiir

L'amour de la patrie peut doue être défini, l'amour du pays natal étendu à tous les hommes qui parlent le même langage et vivent sous la même loi : « C'est, dit madame de Staël, une fraternité plus large que celle de la famille, mais encore trop étroite pour notre âme. »

En d'autres termes, aimer sa patrie d'un amour véritable, c'est contribuer, autant qu'il est en notre pouvoir, à sa liberté, à sa prospérité, à sa puissance, à sa grandeur, et cela sans arrière-pensée de notre part, sans qu'un intérêt personnel, ou de famille, ou d'amis, n >us anime; car le vrai citoyen est celui qui est prêt à sacrifier ce qu'il a de plus cher, sa vie même, au bonheur et à la gloire de son pays.

L'amour de la patrie était tellement développé dans le cœur des anciens Grecs et des Humains, des Français et de tous les peuples civilisés, qu'il a dominé chez certains d'entre eux tantôt le sentiment de la paternité et de la maternité, tantôt l'amour de soimême, a fortiori, toutes les autres sortes d'amour.

Il a même éteint dans le cœur ulcéré des hommes qu« l'injustice de leurs concitoyens

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avait chassés de la mère-patrie, le ressentii! eut de la haine et de la vengeance, tout comme l'avait étouffé en Coriolan le senlimrnl de l'amour filial. Je vais en citer quelques exemples, rien ne pouvant mieux développer ce noble sentiment dans la jeunesse de notre époque et dans les générations futures, que le récit des actions éclatantes que l'amour de la patrie a fait accomplir.

J'ai dit d'abord que l'amour de la patrie dominait quelquefois le sentiment de la palerniié ou de la maternité. Il en était du moins ainsi de celle femme de Sparte dont l'histoire nous raconte le patriotisme. Elle avait cinq fils à l'armée, et attendait avec anxiété des nouvelles de la bataille, lin ilote arrive, elle lui en demande en tremblant.... » Vos cinq fils ont été tués. — Vil esclave, l'ai-ie demandé cela? — Nous avons gagné la victoire.» la mère court au temple cl rend grâces aux dieux. Voilà la citoyenne!

Et elle n'était pas la seule à Sparte, celte femme, qui aimât ainsi sa patrie, puisque, quand on dirait à une Spartiate : «Votre fils est mort en combattant, » elle répondait : « Je l'ai mis au momie pour cela. »

Il en fut de même de Paul-Emile. Ce grand capitaine ayant perdu ses deux fils le jour même où il mil fin au royaume des Macédoniens par la défaite de Persée, le dernier de leurs rois, il déclara au sénat romain, dans un très beau discours qu'il prononça à celte occasion, que « la joie qu'il avait du bonheur public lui faisait oublier ses disgrâces particulières. »

Tel était aussi Junius Brutus. H condamna à mort ses deux enfants pour avoir eu des intelligences secrètes avec Tarquin le Superbe, qui voulait ressaisir la couronne, et fut lui-môme témoin de leur supplice.

J'ai ajouté que l'amour de la patrie l'emporte parfois sur l'amour de soi-même; j'en trouve la preuve dans les faits suivants:

Le Lacédémonien l'édarèle s'éta:il présenté au conseil des trois cents et en ayant élé rejeté, loin de s'en offenser, il s'en retourne tout joyeux de ce qu'il s'est trouvé dans Sparte trois cents hommes qui valent plus que lui.

Cnrtius, chevalier romain, fil beaucoup plus encore : il se jeta tout armé dam an abime qu'un tremblement de terre avait ouvert sur la place publique de Home, parce que les devins venaient de prononcer que : ■ L'empire serait éternel, si les citoyens jelaienl dans cet ahime ce qu'ils avaient de plus précieux. »

Kégulns préfère retourner à Caftbage, où Ifl mort l'attend, plutôt que de conseiller an

sénat romain un échange de prisonnier*

qu'il était venu proposer, cet échange lui paraissant désavantageux a son pays.

Enfin, François I" aima mieux rester enseveli dans une priton et y mourir captif de

l'empereur Charles-Quint, que de consentir

au démembrement de son royaume. I ■ i/.

l'article Un ivoi as.

Mais, In las! qu'il est peu d'hommes .111

jourd'hui gai aimenl leur patrie comme l'ai-

maient les femmes de Lacédémone , Paul- Emile, Junius Brulus, Pédarètc , Curlius, Béguins, François I*r, et bien d'autres que je pourrais nommer ? Combien, au contraire, qui , dans ces siècles d'égoïsme , emploient tous les moyens de séduction dont ils peu- » ent disposer pour s'élever au-dessus de leur condition ou arriver au pouvoir, et sacrifient journellement les intérêts de leur pays à l'amour de l'or qui donne la puissance , ou à l'amour des honneurs qui donnent de la considération I

C'est, je le dis à regret, la maladie de l'époque. Elle a détruit et détruira peut-être longtemps encore le développement des' sentiments généreux qui font le vrai citoyen; et nous devons lui attribuer la rareté de cette précieuse qualité dans la lêle et le cœur des hommes d'à présent.

Oui, on ne saurait trop le redire, c'est une qualité excessivement rare aujourd'hui qu'un attachement désintéressé à la pairie; el , pour ma part, je suis convaincu que, exceplé les hommes du peuple qui, aux jours de danger pour les institutions et l'indépendance du pa\s , sortent de leur réduit, s'arment , combattent , font triompher le droit el la raison , el , sans ambition comme sans vanité, rentrent dans leur obscurité, ne demandant aucune récompense de leur glorieuse conduite , heureux de la satisfaction intérieure qu'ils goûtent d'avoir fait leur devoir el assuré le triomphe de leurs opinions, les autres, au contraire, n'ont qu'une seule pensée qui les dirige, c'est de suivre les événements et, le dant/er posté, de se mettre en évidence pour profiler, s'il se peut, des chances favorables qui peuvent s'offrir de devenir r/uelf/ne chose. Aussi Bonaparte disait-il avec beaucoup de sens : « Les révolutions ne sont pas pour ceux qui les font, mais pour ceux (îui en profilent. » Ainsi, à moins de quelques rares exceptions que je sais reconnaître, à moins de quelques noms marquants que je pourrais ciler, mais que je ne diri point pour qu'on ne m'accuse pas de flatterie, le plus grand nombre de nos chauds patriotes ne sont mus que par leur intérêt personnel, el lel qui, dans s.'s discours, dans ses écrits ou dans une conversation intime, affiche les seiilimcnls du plus pur patriotisme , cache soigneusement au fond de son cœur les mo- ( lifs si crels qui le font agir.

Les moralistes doivent donc s'< ITori er d'inspirer aux générations naissantes , si heureusement disposées pour cela, l'amour sacré delà pairie, en le lui montrant comme une des plus grandes cl des plus sublimes v ilus. C'est également à eux à leur redire avec le grand liossuet : « N'est-ce pas que la SOC élé humaine demande qu'on aune la terre qu'on habile en famille, veut qu'on la regarde comme une mère cl une nourrice

commune '.' < >n s'y attache alors, ci cela unit. Oui, le. hommes se sentent lies pir quelque chose deforl, lorsqu'ils songent que la ineoio lerie qui les a portés el nourris vivants, le» 1 recevra ail sou sein quand ils seront morts ;

cl c'i »l en général un des regrets de l'exilél

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que de fermer à jamais sa panpièrc, sans «lu'il puisse goûter la consolation que sa terre natale recevra sa dépouille mortelle. »

A ce propos, il ne sera pas inutile, je crois, de faire remarquer que certains écrivains (et la plupart des médecins sont de ce nombre), se faisant une fausse idée du sentiment vertueux qu'on nomme amour de la patrie, le confondent avec le mal du pays ou la nostalgie.

Cette maladie qui consume les jeunes gens que le sort des armes tient éloignés de leurs foyers, et l'exilé que la force des lois ou la proscription ont condamné à chercher un refuge sur la terre étrangère, n'est pas, à mon avis, un sentiment qui puisse et doive rtre attribué spécialement au désir impérieux de revoir le sol de la patrie, de celle pairie dont il ne peut vivre éloigné. Pour lui

C'est le dégoût d'un sol que voudraient fuir nos pas ; C'est un vague besoin des lieux où l'on n'est pas. Ce souvenir qui tue; oui, celle fièvre lente

Qui fait rêver le ciel de la pairie absente

Venise. C. Delà. vigne.

Toutefois, savez-vous pourquoi Lorenzo a un vague besoin des lieux où il n'est pas el soupire après le bonheur de revoir Venise? Parce que celte ville renferme Héléna, sa hien-aimée.

De même, quand le lianz des vaches décide le soldat suisse à déserier ses drapeaux; quand le Lochaber no more (chant national écossais) fait languir et mourir les vrais liiglandmans que les hasards de la guerre ont conduits dans des contrées éloignées, croirons-nous que c'est le souvenir de la patrie absente que ces chants leur rappellent, qui les impressionne elles lue? Evidemment ce n'est pas cela : car, tandis que celui-ci regrette ses Incs, srs rocs, ses précipices (Delille), celui-là retrouve dans cet air magique tout ce qu'il a perdu. Ainsi,

Il entend d'une oreille avide, émerveillée, La flfte du pasteur, le chant de la veillée : Il écoule le bruil des troupeaux gémissants, De ses jeunes amis reconnaît les accents : La voix, la voix surtout de sa mère chérie, Sa mère ! ab ! tout son cœur revole à sa pairie!

MlLLEVOÏE.

Son cœur revole à sa patrie, oui : mais pourquoi? parce qu'il y a laissé une mère I Donc ce n'est pas sa patrie que pleure le Suisse qui a quille son chalet, c'est sa mère bien aimée, cl son amour, son mal du pays, c'est de l'amour filial. Disons en passant un l'ait très-peu connu de la puissance du Lochaber no more sur les enfants des montagnes d'Ecosse, de la force de celle étroite sympathie qui existe entre le physique et le moral, de cet amalgame d'éléments divers qu'une âme anime et qu'on appelle homme.

Le docteur Pusoston élail chirurgien-major d'un régiment écossais : lors de la dernière guerre avec l'Amérique, il s'embarqua avec son régiment. A peine était-il arrivé que, malgré la beauté du climat et ce hcalth upi/n the gale, dont parle le pocle, l'hôpital militaire lut encombré de soldats de la ma-

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ladie desquels le docteur ne pouvait se rendre compte.

Un soir qu'il se promenait aux environs de la caserne, les sons d'une cornemuse écossaise frappèrent son oreille. Il s'approche Je la fenêtre d'une salle basse où se trouvaient une centaine de militaires : il regarde, il les voit qui écoulent avec une émotion profonde el un pieux recueillement le joueur de cornemuse. C'éMit celui du régiment, il faisait entendre l'air chéri du Lochaber no more.

Un instant après, les uns étaient couchés par terre, dans un élit d'agilalion exlraord.nairc; les autres dans une espèce de stupeur, et ne manifestant ce qu'ils éprouvaient que par des larmes qui brillaient dans leurs yeux ; d'autres enfin étaient assis, se cachaient la figure avec les mains et cherchaient à étouffer leurs sanglots.

Le docteur Pusoston, sans plus tar.ler, envoya chercher le joueur de cornemuse, et, après lui avoir acheté son silence, lui recommanda de ne plus jouer cet air funeste. Le virtuose montagnard obéit, et dorénavant ne fit plus entendre que des mélodies gaies et légères; ce qui opéra un tel changement sur la santé des Ecossais, qu'en très-peu de jours il n'y eu! plus un seul malade dans le régiment.

Ainsi, il est si vrai que la nostalgie n'e>t pas l'amour de la patrie absente, le regret de l'avoir quittée . que l'enta. il de trois ans qui pleure sa nourrice est nostalgique ; quo la paysanne qui a abandonné ses montagnes pour venir habiter Paris, où elle dépérit et se meurt de langueur si elle ne le fuit, est nostalgique (Sauvages en a cité un exemple ) ; que le collégien qui soupire après les vacances , pleure et maigrit d'ennui avant qu'elles arrivent, est nostalgique; que le soldat qu'on a changé de garnison devient quelquefois nostalgique , à la manière de Lorenzo. Donc, d'après mo;, comme d'après bien d'autres, la nostalgie c'est l'amour dti foyer domestique, c'est l'amour d'une mère , c'est l'amour d'une amante, de la payse , et non l'amour du pays.

J'ai trouvé dans l'histoire des Croisades un fait on ne peut plus concluant, que je m'empresse d'ajouter à ceux que j'ai déjà cités.

A peu près vers l'an 1026 vivait à Plaisance le nommé Raymond. Appartenant à des parents qui n'étaient ni riches ni pauvres, il avait été mis à l'âge de dix-sept ans en apprentissage chez un cordonnier. Cet état n'étant pas du goût du jeune h imme, il revint auprès de sa mère. Un penchant irrésistible l'entraînait vers la piété : on le voyait dans les églises, prosterné sans cesse devant la croix et les images des saints. Plaisance était alors un lieu de passage, et les troupes nombreuses de pèlerins traversaient celle cité pour se rendre à la Palestine. Le spectacle de ces pieuses caravanes pleines d'ardeur et récitant des cantiques avait l'ail une impression profonde sur lame de Raymond; il tomba dans une profonde mélancolie, qui le conduisit insensiblement

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aux pot tes du tombeau. Longtemps il cacha la cause de son mal ; on n'osait pénétrer jusqu'au f'iid de son âme pour y lire le sujet de ses peines. Vaincu enfin par les larmes de sa mère, Riymond lui découvrit l'état de son cœur : celle-ci, qui ne soupçonnait pas un aussi pieux motif aux chagrins de son 01s, resta quelque temps muette Je joie el de surprie. Raymond craignit d'abord de l'avoir affligée; mais sa mère, l'embrassant tendrement, le tira bientôt de celle inquiétude en lui disant : « Je suis veuve, et je puis imiter l'exemple de sainte Anne, qui dans son veuvage ne quitta plus le temple de Jérusalem, pas même la nuit. » Elle promit donc à son fils de l'accompagner. Ils firent leurs préparatifs, et malgré les fatigues d'un long voyage, ils arrivèrent sans accident à lérusalem.

Ainsi donc ce jeune homme, que le violent désir d'aller pleurer sur le tombeau de Jésus-Christ consumait à ce point qu'une mort inévitable devait s'ensuivre, retrouva la santé et les forces, sitôt qu'il eut la certitude que son désir si rait satisfait. N'est-ce pas là de la nostalgie?

Nostalgie ou non, toujours est-il qu'on trouve dans les faits précédents el dans ceux de dépérissement nostalgique par la seule influence du physique sur le moral , des preuves bien puissantes pour c irroborer cette opinion. Malgré la longueur de cet article, je ne puis résister au désir d'en citer un exemple très-concluant.

Winkelmann , célèbre antiquaire, avait été engagé par un de ses amis à faire avec lui un voyage en Allemagne, où il était attendu par [oui ce qu'il y a \ a i t de grand-el de considéré.

Prévoyant l'agrément qu'il aurait dans ce voyage, Winkelmann se décida facilement à accepter la proposition de. son ami; mais aussitôt qu'ii < ut quitté le sol de l'Italie, sur lequel il si' trouvait si bien et se plaisaif tant, une sombre mélancolie s'empara de lui, et s'accrut à ce point qu'il fut tente plusieurs fois de revenir sur ses pas. Il résista courageusemeut pendant quelque temps an penchant irrésistible qui l'entraînait vers les lieux qu'il venait de quitter; mais il fut forcé de céder à sa puissance. 1' s'en retournait donc, lorsqu'il fut assassiné, comme il approchait de Ti ieste.

A i eux qui m croiraient pas que l'influence physique put produire de pareils phénomènes, te leui apprendrai qu Arélée fut mention d'un eli.ir; entier qui, tant qu'il restait renfermé dans son atelier, jouissait de toute l'intégrité de ses fondions, et délirait sitôt qu'il en était soi li : H devenait slupide : que Bocrrhaave dit avoir connu ou vu plusieurs personnes qui ne pouvaient vivre que chez elles; qu'il a élé consigné dans les auteurs l'histoire d'une sœur de l'Hôtel-DIeo d Pa ris, qui ne pouvait supporter d'autre air que celui de l'hospice (noleiqu'a celle époque cet hôpital était un vrai cloaque] : si celle

mi ur sortait pour aller voir sa famille, elle

tombait malade, el n.ai^ie le meilleur tr.Mtc-

mer.t, elle ne se rétablissait que quand elle était rentrée dans l'hospice ; qu'il y avait enfin, à Pézénas, dans les premières années de ce siècle, une jeune fille incommodée par suite de suppression ; néanmoins tant que cette jeune personne était dans son appartement, elle était fort contente : sortait-elle pour exécuter l'ordonnance du médecin qui avait prescrit l'exercice pour rappeler l'écoulement périodique , à peine avait-elle franchi le seuil de la porte de sa maison d'habitation, qu'elle éprou\ait un grand mal de léte et une bien grande faiblesse. Sitôt arrivée hors de la ville, elle tombait eu syncope. Elle-même sentait la nécessité de faire de l'exercice, elle s'y prêtait volontiers, mais les accidents qui survenaient l'en empêchaient.... Je me rappelle avoir lu qu'un prisonnier qui était resté bien des années renfermé dans un cachot infect, ayant été gracié, fut forcé de solliciter comme une faveur d'y être renfermé de nouveau, un air plus salubrc nuisant singulièrement à sa santé. Or, si le simple déplacement dans la même localité a pu occasionner de pareils désordres , le changement de climat ne pourra-t-il pas produire la nostalgie?

Concluons donc que le mal du pays n'est pas l'amour de la patrie ; et cessons de les confondre , car l'un a quelque chose de grand, d'élevé, de noble, que l'autre ne saurait avoir.

Ht pourtant n'oublions pas de dire en passant que le médecin doit soutenir par d'innocents artifices l'espérance de ceux qu'il ne seri pas possible de rendre à la terre natale. H devra aussi procurer à ces malheureux des distractions convenables, appeler leur imagination vers d'autres objets , et soutenir leurs forces défaillantes par un régime approprié. Les chefs des armées, les maîtres dans les collèges, ceux qui se font servir, ne devront pas oublier que de bons soins, que quelques complaisances, qu'une tolérance bien entendue, sont des moyens efficaces d'éloigner le regret du pays chci ceux qui pour la première fois l'ont quille, tandis qu'une sévérité oulree augmente leur, chagrins el leur l'ail désirer davantage ce qu'ils ont perdu.

Reste une dernière remarque qu'avait fiite Voltaire, et que je ne dois pas passer sous silence.

(e célèbre écrivain a consigné dans ses écrits qu'il est certains Individus qui. se I'm-

!s : ; 1 1 1 nue fausse idée de l'amour delà patrie,

s'imaginent que disputer sur les auteurs in notre nation, nous vanter d'avoir de meilleurs | le- que nos \ ensuis, préférer le pro

duil de nos manufactures aux leurs, exalter 1,1 bravoure de nos BOld ils, etc., c'est du patriotisme -, l 'est aimer sa patrie. Hélas '. non : c'eil plutôt sut amour-propre, sot amour île

nOUS-mémeS, qu'amour de noire pays.

\yOOS donc nue toute autre idée, une i le | lus fclcïéc de ce sentiment. Soyons patriotes, ma S par véritable patriotisme, par celui qui nous Lut nous immoler, s'il le faut,

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h la gloire, à la prospériîé, au bonheur de

la patrie.

4 AMOUR DE'LAf.I.OinE.— amour des sciences,

DES LETTRES, DES ARTS, elC. (pâSSJOn).

Qu'entend-on par la gloire? C'est l'éclat de la renommée ( Marmantel ) ; le concert public et constant de louanges que l'on accorde généralement à l'homme qui se fait remarquer par des actions éclatantes ou des travaux importants, n'ayant rien de contraire à la vertu. Celte dernière condition est indispensable, car la gloire n'est jamais où la vertu n'est pas ( Le Franc ); l'un est l'ombre et l'autre le corps (Sénèque).

D'après cela, on peut définir l'amour de la gloire, ce sentiment louable ou passionne de l'âme, qui porte l'homme à faire tout ce qu'il est humainement possible de tenter pour mérifer non-seulement les applaudissements d'une jeunesse généreuse et turbulente, mais eucore et surtout, l'assentiment réfléchi des hommes capables et paisibles. C'est seulement alors qu'on peut dire de la gloire qu'elle éternise le nom de celui qui s'est distingué dans les armées, à la tribune, dans les sciences, dans les lettres, etc., attendu que e'est toujours par une coopération active au bien public qu'il a mérité cette faveur.

Voilà pourquoi un grand nom est si difficile à porter pour celui qui en hérite, ce nom rappelant avec lui le souvenir de l'admiration, du respect et de l'amour qu'a mérité ou mérite encore celui qui a su le rendre fameux.

Mais si la gloire consiste à faire usage de ses talents, de sa fortune, de son courage, pour le bonheur de l'humanité, il faut, pour qu'elle brille de tout son éclat, qu'aucune arrière-pensée de vanité eu d'ambition ne la ternisse.

Quelle est, en effet, la gloire qui rayonne sur le front de ce héros, si j'ose dire, de carnage et de sang, à qui l'esprit de domination fait tout entreprendre? un météore qui brille un instant et disparait. La foule s'est passionnée pour lui, mais bientôt ouvrant les yeux et reconnaissant, quelquefois un peu tard, que celui qu'elle admire tant n'aspire qu'à Sa dominer, à l'asservir, elle le voue alors à l'exécration et se réjouit de sa chute.

Tels furent les habitants d'Athènes lors de l'assassinat de Philippe. Dans leur joie, qui passa les bornes de la décence, ils rendirent des actions de grâces aux dieux, et décernèrent une couronne à l'assassin de ce prince.

Mais revenons à l'amour de la gloire. 11 doit n'avoir d'autre but et d'autre effet que de porter les hommes à la bienfaisance, à des actions utiles et généreuses, à faire des découvertes importantes, à se dévouer pour sa patrie. Dans toutes ces circonstances elle n'a rien qui eu altère la majesté et la douceur. C'est pourquoi tous les citoyens la recherchent, chacun suivant ses moyens et ses facultés, et font tous leurs efforts pour l'obtenir.

Agir autrement ou mépriser toute espèce de gloire, ce serait, comme disait Tacite, mé-

priser les vertus qui y mènent : Contempla fama virlutes contemnuntur.

On a dit, et je ne prétends pas le nier, qu'il est impossible qu'un peu d'amour-propre ne se mêle pas à l'amour de la gloire, et on a voulu par là en diminuer le mérite. C'est un grand tort, car, de ce que l'amourpropre s'-idenlifie presque toujours avec l'amour de la gloire, serait-ce un motif qui devrait nous empêcher d'admirer le soldat qui se jette au milieu de la mêlée, dans l'espoir de s'élever au-dessus de ses camarades en se montrant plus hardi et plus brave qu'eux ?

D'ailleurs, tous les genres de gloire ne se prêtent pas également à flatter l'amour-propre. Aussi les auteurs ont-ils distingue la passion de la gloire proprement dite, d'avec la passion pour les sciences et les arts qui ne donnent souvent do la gloire à ceux qui les cultivent, qu'alors que, n'en craignant plus la rivalité, n'en jalousant plus le mérite, leurs rivaux eux-mêmes viennent déposer une couronne sur leur tombeau , hommage tardif dont ils ne goûtent pas les douceur» 1

Ces deux passionsse ressemblent beaucoup, tellement même, qu'elles semblent se confondre ; mais comme l'une voudrait se former comme un être hors de nous, nous agrandir au dehors ; et l'autre s'attache à étendre et à cultiver notre fonds, veut nous agrandir au dedans; donc celle-ci flatte beaucoup plus l'amour-propre que celle-là, et doit être moins méritante.

Elle l'est moins en efTetà tous égards, puisque la gloire qu'on acquiert dans les combals est souvent un don du hasard, tandis que celle qu'on acquierl par la culture des sciences ou des arts n'est qu'un don de la nature ; et la nature est si avare de ses dons ! A propos de gloire, nous -ne devons pas garder le silence sur le sentiment de puérile vanité qui p^rle certains petits esprits à se faire une gloire de mieux danser qu'un autre, ou de quelque chose d'aussi bas. Assurément, ces gens-là ne comprennent pas la véritable gloire : leur esprit est trop étroit pour qu'elle puisse s'y loger. Néanmoins, malgré leur peu d'intelligence, ils raisonnent juste, quand ils prétendent qu'elle n'est ni la vertu, ni le mérite : elle n'en est que la récompense. Mais comme la gloire excite au travail, aux actions louables et à tout ce qui peut élever l'homme, pourrait-on, sans se rendre coupable, ne pas ambitionner d'en acquérir?

Voyez loules nos cités, grandes et petites, se disputer l'honneur d'avoir donné le jour à tel guerrier qui s'est distingué par sa valeur; à le! magistrat qui s'est lait remarquer par ses talents, sou intégrité, son équité, que rien n'a pu corrompre ; à tel savant qui s'est immortalisé par ses découvertes; voyezles dresser sur leurs places publiques, dans l'enceinte des palais, des monuments destinés à éterniser leur mémoire, leurs hauts faits, et vous nous direz ensuite, j'en suis certain, qu'on ne saurait trop faire pour mériter u:i pareil honiuur.

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Heureuse et mille fois heurrtise la nation qui pont me! Ire sous les yeux île ses enfant-; de si beaux et de si mémorables souvenirs! Heureuse la Fiance, noire mère-patrie, si f. rtilc et si féconde en gloire et en grandeurs !

Malheureusement rctte passion , comme du reste tout ce qui est passion, induit l'homme en erreur, parre qu'elle fixe son attention sur on côté de l'objet qu'e'.l • présente, et ne lui p< rmet pas de le considérer sous toutes ses Faces. Un roi est jaloux du litre de conquérant: La victoire, dit-il, m'appelle au bout de la terre ; je combattrai , je vaincrai, je briserai l'orgueil de mes ennemis ; je chargerai leurs mains de fers, et la terreur de mon nom, comme un rempart impénétrable, défendra l'entrée de mon empire. Fnivré de cet espoir, il oublie que la fortune est inconstante, que le fardeau de la misère est presque également supporté par le vainqueur cl le va ir.cu ; il ne se ni point que le bien de ses sujets ne sert que de prétexte à son humeur guerrière, et que c'est l'ofcucij qui forge ses armes et déploie ses étendards. Toute son attention est fixée sur le char de la pompe et du triomphe; il ne voit pas le peuple qu'il écrase sous ses pas. Insensé! qui croit courir à la gloire en sacrifiant à son orgueil le sang de ses plus intrépides enfants 1

5" AMOUR DU TROCHAIN (tenu*.

Le sentiment qui nous porte à aimer les hommes, à les traiter en frères et à leur faire du bien, se nomme amour du prochain.

Inné dans le ccrur de l'homme où Dieu l'a placé, tout nous fait un devoir de l'y conserver pur de toute souillure, de l'y développer tie plus en plus, sans jamais nous lasser d'en suivre les inspirations.

Nous ne devons pas oublier que l'amour du prochain est une loi positive île l'Evangile, ce livre divin, écrit sous l'inspiration de l'Espril-Saint : Si , en vous présentant à l'autel, vous vous souvenez que votre frère a queiuue chose contre voua, luitsez là votre offrande , et allez vous réconcilier. Par cet enseignement, la religion chrétienne nous fait savoir qu<\ pour rendre on culte agréable au l'ère commun des hommes, il faut , avant tout, l'amour pour ses frères, l'amour de l'humanité, l'amour du prochain.

Cet amour est, de tous les sentiments affci lueu\, le plus noble, le plus fécond, après

l'amour de Lieu lui-même; car il esl la murce des sentiments d'humanité, de charité, de dévouement, etc., etc.; et, COnséi|in î.inieni , aussi nécessa re i la société civile pour le bonheur de la vie, que dans le christianisme pour notre félicité éternelle, (An Rochefoucauld.)

C'est lui sans doute uni inspira à Saladin la sublime pen-.ee de laisser par son testament di i distributions égales d aumônes oui pauvres, mahométai s, jaifselcIiréliens.aGn

de laire entendre au | copie, par relie disposition testamentaire, que tous les l mes

sont frères, cl que, pour lc> scenirir, il ne

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faut pas s'informer de ce qu'ils creient, mais de ce qu'ils souffrent.

avoir vu l'empereur. »

C'est encore l'amour du prochain qui animait sainl Louis, lorsque, relevant à peine d'une maladie contagieuse qui avait failli remporter, il ne voulut jamais consentir à

n ! . -i 1 1 . 1 . i il ti i> r toc fin1,i>îc .la iinn HMnXji MlC'e-

i i- i |"m il, il il i uiiii j.iiiiin. lUllMIllII <(

abandonner les débris de son armée, préférant, disait-il, mourir captif avec e'Ic sur la rive étrangère, plutôt que de ne pas la ramener avec lui. C'était aussi ce même sentiment qui, entendu comme l'entendait Socrate, et comme le veut la loi de la nature, peut seul triompher de toutes les haines nationales qui divisent les peuples, et de toutes les guerres fratricides qui outragent l'hu

nantie.

Deux traits de l'histoire de notre glorieuse

rr.ince, pris au hasard parmi une multitude de faits pareils, suffiront pour montrer tout ce que peut, sous le rapport du dévouement et du courage, l'amour du prochain.

Lorsque, victorieux à Crécy, par l'indiscipline des soldats du roi de Fiance (1346), 1-Mouard VIII, roi d'Angleterre, > int assiéger Calais, il résolut de l'affamer. La famine produite, il voulait que tous les habitants se

rcndis<pnt ;l discrétion nmir lee r:\ nei m ■ r- -

r.v... «... „„ ,....uu

avoir disposé de ceux-ci à volonté.

Heuieux de sauver leurs concitoyens, Euslache de Saint-Pierre, Jean Dairc, son

cousin, Lierre et Jacques Wisans, frères et parents aussi d'Euslachc, et deux autres dont

on a impardonnablemeoi oublié les noms, se soumirent au martyre. Arrivés dans le camp ennemi, ces intrépides et généreux Calaisiens allaient être mis ,i mort, maigre les prières des officiers d Edouard et les su;>|ili-

CatiODS de son lils, le pi un e de dalles lorsque le Sauveur du munie envoya, pour les ,-n radier au supplice, un ange au langage doux et persuasif) la reine d'Angleterre ellemême, qui , admirant la noble conduite de

Lierre et de ses compagnons, joignit se> instances ;i celles do prince de lialles cl des <>f-

licieis de l'armée d'Edouard, et triompha enfin de lu féroce résistance du monarque

écucils.

Instruit de . et événement, noire intrépide cl vertueux lieutenant >ulc <iu secours des

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in

Anglais, bien que In guerre fùl déclarée alors entre leur gouvernement el le noire. Malgré l'obscurité' la plus profonde et le temps le plus affreux , il rassemble quelques marins; mais les voyant hésilcr à le seconder, ils'allacbe autour du corps un gros câble , il en saisit un autre qu'il fait amarrer à terre, descend par ce moyen du haut des rochers jusqu'au milieu des vagues de plus en plus irritées, menaçantes , parvient à la frégate, lui ordonne d'exécuter une manœuvre qu'elle exécute , et réussit ainsi à la faire entrer dans le port.

Son zèle ne se borna pas à ce premier service. Par ses soins le bâtiment anglais fut réparé avec promptitude el, vingt jours après, il repartait pour l'Angleterre.

Ainsi , dès que le danger devient pressant, Pléville oublie que le vaisseau qui est en péril porte le ■ pavillon britannique et est monté par des Anglais ; il n'écoute que la voix de l'humanité , et il expose ses jours pour s.mver les jours des troupes et de l'équipage.

Voilà ce que l'amour du prochain peut , quand les hommes savent le conserver dans leur cœur avec toute la pureté de son origine céleste ; car il vient de Dieu 1-ui-méme. Aussi, cet amour de l'humanité a-t-il été considéré dans tous les temps el dans tous les lieux comme un sentiment naturel, mais sublime, qu'il faut religieusement garder en soi et fortifier par une pratique non interrompue des vertus qu'il commande.

L'amour du prochain, disions-nous, est la source des sentiments de compassion , de charité, de générosité, etc. Ajoutons que certains moralistes trouvent qu'à la rigueur cette opinion manque d'exactitude. Us prétendent que humanité ou compassion signifie amour des hommes en général , et plus particulièrement , un besoin de secourir nos s mblables,qui, en se faisant sentir en nous, nous rend insupportable la vuo du malheur d'aulrui.

D'après ce principe , ils croient pouvoir dire que l'amour de l'humanité diffère de l'amour du prochain en ce qu'il y a beaucoup de réflexion dans l'un el un mouvement tout spontané dans l'autre ; en ce que lYomme humain , se laissant attendrir par cette pensée que celui qui souffre est de la même espèce que lui, il se secourt pour ainsi dire luimême dans les malheureux.

Pour ma part , je crois cette distinction plus subtile que réelle et raisonnable ; mais l'ayant trouvée établie par quelques philosophes en renom, j'ai dû la signaler à mes lect urs : libre à eux d'y ajouter quelque importance

G" AMOUR-PROPRE (qualité bonne ou mauvaise).

Le célèbre professeur Baumes a défini Vamottr-propre : « une préoccu palion de son propre mérite qui rend plein et bouffi de soimême ; qui fait que de tout ce qui est de ce monde on n'estime que soi, et qui rend trèsatlenlif à faire sentir à autrui la supériorité que l'on croit avoir sur lui.»

D'après cette définition , l'amour-propre devrait être toujours pris en mauvaise part el toujours considéré comme un défaut; et les moralistes auraient eu lort d'avancer qu'il fait tous les tices et toutes les vertus, selon qu'il est bien ou mal entendu. Cependant est-il rien de plus vrai que celte opinion ? N'est-ce pas que l'amour-propre ressort de nos mouvements, fait agir l'âme, et devient par là le plus puissant de tous les mobiles ? N'est ce pas que sans l'amour-propre, 1 homme ne mettrait aucun intérêt dans ses aclions ? Que , principe moteur plein de force , son opération très-active suggère , presse , excite, pousse parfois et souvent à bien faire, à chercher le bonheur, et qu'il est d'autant plus fort que son objet est toujours plus présent? Ou , pour parler plus clairement , n'est-ce pas que le défaut d'amourpropre ou besoin d'approbation engendre l'insouciance, la malpropreté et la paresse; au lieu que son développement excessif produit la vanilé et l'a i bition avec toutes les nuances, depuis la passion de la parure et du luxe jusqu'à la soif immodérée do la célébrité, des honneurs et des conquêtes? Cela est incontestable; mais comme ce bonheur revêt toutes les formes que l'éducation , la coutume, les préjugés, lui donnent, il s'ensuit qu'ici l'humanité tend vers la nature angélique , et là descend au niveau de la bête. (C. Bonnet.) L'amour-propre nous conduit donc au bien ou au mal.

Pour moi, qui ai vu l'amour-propre s'identifier tellement avec l'amour de la gloire qu'ils paraissaient ne former qu'un seul et même amour , dans ce cas toujours beau , toujours grand, toujours louable quand on arrive à la célébrité par la vertu, je crois pouvoir concilier les opinions diverses que l'on a émises touchant ses effets bons ou mauvais, en disant que, s'il nous aveugle sur nos talents, nos qualités, nos perfections, à ce point que nous devenons incapables de rendre justice au mérite des autres, l'amourpropre est alors le plus intolérable des défauts ; tandis que si , au contraire , il a pour but d'exciter l'émulation dans le cœur des hommes, si, semblable à un génie bienfaisant, il les conduit comme par la main à la véritable gloire , cet amour devra nécessairement prendre rang parmi les plus précieuses qualités dont on puisse désirer la possession.

Sans doute que c'est l'amour-propre dont chacun de nous est pétri qui donne tant de crédit aux flatteurs ; sans doute que nous sommes parfois , pour ne pas dire toujours , si prévenus en notre faveur , que nous prenons en nous pour des vertus ce qui n'est que des vices qui leur ressemblent, et que l'amour-propre déguise (La Rochefoucauld); sans doute que plus nous approchons , par nos lumières , de la médiocrité, et plus l'amour-propre nous rend vains et ridicules : et malgré cela, n'est-ce pas que le désir d'être approuvé est un sentiment bien naturel ?

On ne l'a jamais contesté, cl ce qu'on ne

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conteste pas non plus , c'est que les artistes médiocres, quand ils sont remplis d'amourpropre, et il y en a bien peu qui ne le soient pas , sont toujours si contents de ce qu'ils font, qu'ils concourent bien peu, s'ils y concourent parfois, à la perfection idéale yers laquelle ils ont rarement porté leur pensée. Et comment pourraient-ils jamais y concourir, lorsqu'ils sont toujours en admiration devant leurs productions , et que s'ils daignent comparer leurs ouvrages avec d'autres ouvrages, c'est d'ordinaire avec ceux des artistes leurs égaux , et plus souvent encore avec ceux des artistes beaucoup plus médiocres qu'eux , afin que la comparaison tourne toujours à leur profit. Aussi , un des caractères qui distinguent le mieux l'homme doué d'un véritable talent d'avec l'homme médiocre, c'est que l'un, juge pour lui trop sévère, n'est jamais content de ses propres œuvres , au lieu que l'autre, dans sa présompùon, en esl toujours très-satisfait.

Sanleuil, l'ami de Boileau, était un de ces esprits médiocres qui s'admirent et se louent. Jl écrivait en vers latins, avait la faiblesse de croire que ce talent d'écolier le mettait au rang des poètes, et disait avec une satisfaction véritable : « Pour moi, je suis toujours content de mon œuvre. » Ce à quoi Despréaux répliquait avec une maligne ambiguïté : « Vous êtes le premier des grands hommes à qui cela soit arrivé. » (4. Smith.)

A ce caractère différentiel , tiré du jugement que l'homme de mérite et celui qui au contraire en manque, portent chacun en particulier de leurs propres œuvres, j'ajouterai le portrait d'un individu bouffi d'am>urpropre, afin qu'il soit bien plus facile encore do le reconnaître.

L'homme plein de lui-même se tient droit, marche la tête haute et dressée, le front relevé cl tendu. Ses sourcils, fortement arques au milieu, entraînent la paupièie supérieure, et découvrent un aîil brillant et animé dont la prunelle dilatée se dirige en haut ; les narines présentent ce renflement, cette turgescence, si propres à l'orgueil ; les joues sont légèrement entités et de forme globulease ; les lèvres sont jointes et un peu avancées ; quelquefois un sourire presque imperceptible les eflleure ; c'est le sourire de la satisfaction.

Somme toute, l'amour-propre a un mauvais côté (t defl conséquences fàeheuses ; l'amour -propre a un bon celé et nous procure des avantages bien p.ecieux. il faut donc connaître et apprécier à leur juste valeur les uns et ]i s autres, si I Un v ut porter un jugement équitable mr la nature et l'importance de ce sentiment.

Mail de quelque côté qu'on l'envisage, il est quelques points incontestable! et incontestés louchant certains cffols de l'amourpropre, Ainsi, non-seulement il sert merveilleusement a cveiler I émulation des enfants et de la jeunesse, il concourt en les sliniu-

lanl a perfectionner leur éducation ; mail

encore, lins en jeu avee hea u cm |i de niéna-

g-cment ci d'adresse, il peu! contribuer a

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la guérison de certaines maladies sur lesquelles l'influence de l'imagination peut quelque chose.

Sous ce rapport, les efTets de l'amour-propre sont directs et indirects. Et par exemple nous citerons comme preuve de l'influence directe de l'amour-propre sur la santé, 1* l'histoire d'un jeune épileplique en présence duquel une personne grave affecta de dire: « Des maux semblables sont le partage des idiots et des imbéciles ; car on est toujours maître, quand on le veut fortement, d'en prévenir les attaques. » Ces propos firent une impression si profonde sur l'esprit du jeune malade, qu'il parvint à se maîtriser, et trou va dans sa volonté même le remède le plus efficace contre les accès d'épilepsiedonlil était affecté.

2° Les faits de claudication et de déviation de la colonne vertébrale. Les jeunes personnes, quand elles commencent à boiter ou à se dévier, font des efforts musculaires si grands, au début de la maladie, ou dès qu'elles sont assez raisonnables pour s'apercevoir que c'est fort disgracieux, que la claudication devient b en moins appréciable, et que l'épine dorsale se dévie moins rapidement qu'elle ne se dévierait sans ces efforts. D'ailleurs, une chose dont nous devons èlre bien convaincus, c'est que si l'amour-propre, qu'on peut nommer coquetterie, si l'on veul, n'était mis en jeu, on n'obtiendrait jamais des enfants ou des adolescents qu'ils s'assujetlissenl avec une patience et un courage vraimen t exemplaires à resler continuellement couchés et tiraillés par des appareils d'extension continue; ou redressés à l'aide d'instruments d'une autre nature, qui tous occasionnent ordinairement, surloutdans les commencements, delà gène, de la fatigue, si ce n'est de la douleur. Dans ces dernières circonstances, les elTels de l'amour-propre sont louià l'ait indirects, comme dans le cas qui va suii re.

Une dame de ma connaissance avait U< e petite fille de trois ans et demi, sur la joue de laquelle se développait une verrue. La mère aurait voulu l'en débarrasser ; ma s toutes les fois que j'avais proposé d'en faire la ligature ou la section, l'enfant a va il poussé de hauts cris, et nous y avions renoncé.

Sur ces entrefaites, celte dame devient enceinle, et accouche d'une autre fille. Comme celle-ci n'avait pas de verrue à la ligure, je dil à sa so'iir aînée : « Vois-tu, la so-ur est

bien plus jolie que loi, elle n'a pas de venue;

SI lu i oulais, j'enlèverais la tienne, cl lu serais bien plus belle...» Je ne sortis pas sans avoir lie la verrue, qui grossissait tous les j lurt davantage

7» AMOUR DE SOI -MÊME (passion innée).

La grande passion, l'origine et le principe

de toutes les passions, une passion qui liait

avei l'homme et ne le quille jamais, c'est ffi-

tnour dô toi-même ; passion innée, primitive, antérieure à toutes les autres, et iloul loulei les autres ne sont, en un mot, que des modifierions. (7.-7. Rousseau, Hrivélius, etc.) Ce qui l.i constitue, en morale, celle )a>-

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sion, c'est un sentiment ou plutôt un désir pour ainsi dire instinctif, mais passionné, de fuir le ma! et de rechercher le bien. C'est pourquoi, quand il se trouve tempéré, éclairé, dirigé par la sagesse, il est, comme l'on (prouvé la plupart des philosophes, un sentiment légitime, louable, nécessaire, indispensable.

Qu'est-ce en effet qui porte les femmes à rester pures, honnêtes, ou tout au moins à vouloir paraître telles aux yeux du monde ? N'est-ce pas l'amour de leur repos [La Rochefoucauld), de la considération, l'amour d'elles-mêmes ?

Qu'est-ce qui fait que les hommes qui s'eslimenl ne se laissent jamais manquer impunément, et que, mus par le sentiment de leur dignité blessée, 6dèles aux devoirs qu'il leur impose, ils repoussent avec courage et par tous les moyens licites tout ce qui peut porter atteinte à leur réputation et à leur honneur ? N'est-ce pas l'amour d'eux-mêmes ?

Pourquoi celte jeune Clle résiste-l-elle aux séductions dont elle est entourée, et préfèrel-ellesa pauvreté, son obscurité, à des richesses ou à des parures qu'il lui faudrait acheter par le sacrifice de sa vertu? N'est-ce pas l'amour d'elle-même?

Ainsi, quand le malheureux l'aqui.r se tient tout nu au soleil, chargé de fers, mourant de faim, mangé de vermine et la mangeant, et que, bercé par l'espérance d'aller au dixhuitième ciel, il regarde en pitié celui qui ne sera reçu que dans le neuvième; quand la Malabare se brûle sur le corps de son mari, avec la croyance qu'elle le retrouvera dans l'autre mondeely sera plus heureuse quedans celui-ci ; tous sont mus par le sentiment de l'amour d'eux-mêmes. Donc cet amour de soi-même, c'est l'amour de l'estime, de la considération qu'on veut mériter ou conserver, c'est le désir d'obtenir les récompenses qui seront accordées à ceux qui pratiquent la vertu.

Nous devons remarquer toutefois qu'il faut, pour que l'amour de soi-même conserve ce beau caracière, qu'il soit renfermé :lans de sages limites ; car s'il pèche par excès, et nous aveugle sur la nature de tel ou tel de nos sentiments, il devient alors un vice monstrueux, il tombe dans I'Egoisue ( Voy. ce mol). C est d'autant plus fâcheux pour celui qui ne saurait s'en défendre, qu'il ne peut plus parler ni s'occuperquede lui-même, il fait un dieu de sa personne, il lui sacrifie tout.

A ce propos, nous signalerons une erreur dans laquelle sont tombés et tombent encore bien des hommes fort instruits d'ailleurs, et qui n'ont pas assez réfléchi sur ce sujet. Pour eux, amour de soi-même et égoïsme sont parfaitement synonymes ; ils ne forment qu'un seul et même sentiment.

Bien certainement ils se trompent ; car il est facile de concevoir, d'après ce qui précède, que ces mots ne peuvent signifier une seule et même chose, avoir une seule cl même acception.

bans doute que dans l'un cl l'autre cas les

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