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motifs qui dirigent l'être pensant sont essentiellement personnels; mais comme celui qui le fait agir a.d'uncôté, beaucoup de noblesse, rt de dignité; et d'un autre côté, beaucoup de bassesse et d'immoralité, on devra conserver l'expression d'amour de soi-même, pour le premier, et celle d'égoîs.ne pour le second.
Est-il nécessaire de signaler quel est celui des deux qu'il convient de développer, et celui qu'on est obligé d'étouffer dans le cœur des hommes?
ANTIPATHIE, Aversion (sentiments naturels).— L'une et l'autre de ces expressions signifient également : un éloignemenl trèsprononcé et qui tient de la haine pour une personne qui nous est indifférente, ou même pour un individu auquel nous sommes attachés par les liens du sang.
Dans l'un et l'autre cas, ce sentiment est naturel et involontaire; mais ce qui fait la différence entre l'antipathie et l'aversion , c'est que, dans la première , les causes en sont toujours secrètes , inconnues, inexplicables, tandis que dans la seconde on peut les connaître et les expliquer.
En voulez-vous la preuve? Pourquoi éprouvons-nous de l'antipathie pour une personne dont rien dans la conduite ne peut justifier l'éloignement que nous éprouvons pour elle ? Bonne, douce, complaisajile, affectueuse pour tout le monde et pour nous-mêmes, elle possède, on ne le conteste pas, toutes les qualités qui sont généralement recherchées dans les individus qu'on aime à fréquenter; son esprit est cultivé , sa parole facile; nous lui rendons la justice de convenir qu'elle et fort bien à tous égards; et cependant, par suite d'un je ne sais quoi qui vient de notre intelligence ou de notre cœur, probablement aussi, et mieux que cela, par une aberration incurable de l'âme à l'endroit de celle personne, nous ne pouvons la supporter.
C'est une sorte de monomanie anlipalhique.
Il y a cependant ceci à remarquer, que le monomane est .convaincu que ce qu'il pense est la réalité, tandis que dans l'antipathie nous savons que c'est un mensonge. Nous reconnaissons que c'est mal d'éprouver de l'antipathie pour quelqu'un qui n'y peut rien, et néanmoins notre faible raison succomba sous la puissance de ce sentiment. Une fois développé en nous, il y vil et y meurt avec nous; il ne nous quille plus.
H n'en est pas de même de l'aversion; elle naît, chacun le dit et le sent, d'une non-conformité dégoûts, d'humeur , de caractère, qui fait qu'on a en horreur tous ceux dont les façons de senlir et d'agir diffèrent entièrement des nôtres, a fortiori, quand leurs opinions nous heurtent violemment. Dans ce cas, l'aversion va en s'enracinant de plus en plus.
Néanmoins, il ne faudrait pas crore que, comme l'antipathie, l'aversion soit incurable ; au contraire, il peut se faire que , changeant nous-mêmes de manière de voir, de senlir, déjuger, ce que nous trouvions Ira
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vers de l'esprit, singularité d'humeur en autrui, nous paraisse désormais bon sens, raison , sagesse : tout comme l'éducation, en faisant mouvoir les ressorts du sang et de la nature, peut amener des rapprochements on ne peut plus avantageux. Oui, dès que la raison reprend son empire, elle triomphe facilement de l'aversion.
La nature des causes qui produisent l'antipathie et l'aversion étant différente, la durée de ces deux sentiments n'étant pas la même, on aurait tort de les considérer comme identiques ; et c'est une des raisons les plus concluantes, pour s'efforcer de maîtriser l'une et de triompher de l'autre.
Nous disons maîtriser; car, quoique la raison soit impuissante quand il s'agit d'antipathies quoique ce sentiment soit vif, profond, durable, on peut, et dès lors on doit être assez maître de soi, pour ne pas le laisser deviner. C'est donc un devoir à remplir que de ne pas éveiller des soupçons du sentiment qui nous agite; je dis plus, ce serait manquer d'humanité que d'agir différemment.
Tout le monde sait que, généralement, on souffre beaucoup de la compagnie de certaines gens; leur présence devient fatigante, importune; mais est-ce un motif suffisant pour le leur faire sentir? Je réponds négativement, et je prétends qu'il vaudrait mieux, comme dans l'aversion, éviter toute liaison, toute communication avec les individus dont on regarde la société comme fort désagréable, que de leur faire la moindre impolitesse.
Ou si les convenances exigent qu'on les voie et les fréquente . du moment où (je l'ai déjà dit ) on a assez d'empire sur soi pour se commander, ces mômes convenances veulent impérieusement que l'on cache ses sentiments.
11 n'est qu'une occasion dans laquelle il soit permis de manifester son aversion, c'est quand les personnes qui nous l'inspirent affectent et affichent une révoltante immoralité dans leurs discours, dans leurs écrits ou dans leurs actes , se font les apôtres de certaines doetrincs, qui, si elles étaient propagées cl acceptées par la majorité, porteraient lo trouble et le désordre dans l'Lial. dans les familles ; c'est quand elles n'ont qu'un seul principe arrêté, cl que ce principe est celui-ci : Oui veut la fin veut les moyen-., fallùt-il se servir de la hiclie et du marteau, fallût-il décimer la société! Alors on ne saurait trop inerjiquement exprimer à l'individu luimême et à tout le momie l'invincible répulsion • 1 1 1 il nous inspire, et il serait à souhaiter que tout honnête citoyen manifestai le > même sentiment. Le blâme général, universel, ainsi que l'isolement qui s'ensuivrait pour l'être immoral et corrompu, pourraient peut-être le faire rentrer en lui-même et le corriger, toute personne, quelque vicieuse qu'elle soit, aimant encore, par goût ou par vanité, la fréquentation des gens vertueux.
Mais, avoir de l'aversion ou de l'antipa-
thie pour quelqu'un qui ne nous déplail nullement par ses qualités physiques ou morales, ou qui aura le désavantage de nous déplaire, parce que la nature l'aura conformé de telle sorte qu'il ne nous convient pas, 1 1, dans l'un et l'autre cas, oublier qu'il possède' tous les bons sentiments qui font l'ornement de son sexe (homme ou femme1, ce serait se rendre bien coupable aux yeux de la morale et de la religion. On le sera beaucoup moins cependant quand il s'agit d'antipathies, celles-ei étant dues à un je ne sais quoi dont on ne peut se rendre compte et, par conséquent, effacer de son cœur.
Après nous être occupés de l'antipathie et de l'aversion par rapport aux personnes, il nous reste, ce me semble, à remplir une lacune que les moralistes ont laissé exister; c'est-à-dire que nous devons poiter maintenant notre attention sur ces sentiments considérés par rapport aux animaux qui nous sont antipathiques.
Généralement on se rit dans le monde de tout individu qui dit éprouver de l'aiilipalhie pour tel ou tel animal. Le plus souvent on n'y croit pis, on suppose que l'individu veut se singulariser, et l'on tente des épreuves quelquefois bien funestes pour s'en assurer. Ou si ce sont des cnfanls qui montrent une grande antipathie pour n'importe quel insecte, leurs parents les grnndent, les menacent, les châtient, jusqu'à ce qu'enfin, reconnaissant que cette antipathie est insuruionta' le, ils renoncent à les accoutumer à la vue ou au contact de l'objet pour lequel ils se montrent antipathiques.
Rien n'est plus mal, delà part des parents ou des étrangers, que ces mesures rigoureuses qu'ils emploient pour accoutumer et dompter les jeunes gens ou les adultes qui ont des antipathies, l'antipathie ayant par elle-même une influence morale et physique assez fâcheuse pour eux, ainsi qu'on peut l'établir par lis faits suivants.
Zimmerm inn fait mention, dans son Traité de l'expérience, d'un sieur Guilla-nme Malthew, qui avait une antipathie telle pour les araignées, que la simple vue d'un morceau de cire noire, qu'on avait façonné de manière à représenter cet insecte, lui procura des accidents spasmodiques si violents, qu'ils inspirèrent quelques craintes à tous les assistants cl au doeleur lui-même, présent à cette scène.
Quand M. M illhevv fut plus calme, poursuit Ziinmeruiann , il regarda faire avec heauioup de tranquillité une nouvelle pe ile araignée qu'on fabriqua également avec de la cire, niais il n'aurait pas été possible de la lui faire toucher. 11 n'était cependant fias craintif.
Je connais un jeune homme très-vigoureux cl ne manquant pas de courage, qui ne pousse pas ;i loin son antipilhie puiir les
araignée!, mais qui eeeenêant ne resterait
pas, fut -il avec plusieurs personm s, il.ins une pièce où il apercevrait un de ces insectes : il jetterait de hauts cris si l'araignée se laissait tomber sur lui.