A NT
nous craignîmes un inslanl pour sa vie. Quand ils furent calmés, il nous apprit qu'une pareille chose lui était arrivée depuis pou, pour avoir mangé une soûle fraise. Je les aime, ajouta-t-il, jo les mange avec plaisir ; mais elles sont un poison pour moi. »
J'ai connu moi-inèmeune dame qui éprouvait les mémos accidents pour la même cause. In jour, voulant connaître jusqu'à quel point son estom;ic était antipathique pour ces fruits, elle se fit servir une glace à la fraise. Eh bien! malgré la propriété antiémétique de l'eau glacée, le vomissement survint comme à l'ordinaire. Cependant celle dame avait pris sa glace avec un bien grand plaisir.
Enfin, Pétroz affirme avoir connu une dame qui n'a jamais pu digérer le riz. Elle le mangeait avec goût, mais, au bout de quelques heures, souvent même après un second repas, elle le vomissait sans aucun mélange d'autres aliments.
Voilà des faits très-cuiieux d'anlipalhies hors de toute influence n orale, puisque les personnes ne répugnaient pas aux aliments qui déterminaient en eux les accidents que nous avons mentionnés; mais comme on pourrait se prévaloir, pour expliquer ces laits et nier l'antipathie, des différences reconnues exister dans la sensibilité organique de l'estomac ou de l'œsophage, nous devons ajouter des fait» bien plus étonnants, et pour lesquels on ne pourrait donner la même explication.
Alexandre Bénévole assure avoir vu un homme qui, lorsqu'i prenait «lu vin mêlé avec de l'eau, rendait, que. que temps après, le vin pur sans vomir l'eau. — « Je ne pouvais croire à la vérité de ce fait, noi s dit M. le professeur Loidal, et je suis rcslé dans le doute jusqu'à ce qu'une olsorvalion qui m'est propre est venue me dessiller les yeux : la voici.
« Je soignais un individu âgé de quarante ans, qui avait reçu un coup de feu dans la poitrine. Il s'ensuivit une adhérence entre le poumon et la plèvre costale. Cet individu resta quatre années dans cet état, ne pouvant prendre que du lait pour toute nourriture : s'il usait d'autres aliments, il les rendait tous l'instant d'après.
.. In jour, la-sé de boire continuellement du lait, il voulut savoir si, en y mêlant du café sucre, il ne le garderait pas de moine. H en prit donc. L'instant d'après, j'entrai chez lui , il venait de vomir, ou croyait avoir \omi, no sachant si c'était prévention do sa pari, le café sut, sans rendre une goutte de lait. J'examine et je trouve, quoi ? le café sucré seulement 1 »
Ce n'est pas tout. Feu le docleur Chreslion m'a raconte, en 183%, qu'une do ses cliente! en convalescence lui demandas) un jour avec quoi elle déjeunerait, il lui répond t : Avec du rhocolai. — Il ne nie faligue pas, rcprilelle, no me répugne p s, no me pèse pas, et pourtant deux DU trois jours après je le vo- ,iols comme jo l'ai piis. Ce n'est pas la seule chose qui produise chez moi cet effet. Si je
mange du pain, dont la farine de froment soit mêlée à celle de maïs, quelque temps après je remis celte dernière seule, tandis que la farine de Iroment reste dans mon estomac et est digérée.
Enfin, je liens de la bouche du professeur Fages lui-même que. traitant un individu atteint de blennorrhagie. et désirant savoir jusqu'où pouvait aller la répugnaneequeson malade avait pour le fromage, répugnance qu'il avait connue en conversant avec lui, il en fil mettre un peu dans des pilules de térébenthine cuite qu'il prescrivit. Qu'enest-il résulté? Peu de temps après que cet homme eut avalé les pilules, il vomit le fromage sent, avec des efforts considérables.
Je n'en finirais pas de longtemps, si je voulais reproduire ici tous les faits qui me sont connus, de véritables antipathies vitales, ou non organiques ni morales ; car on ne peut pas supposer que ni le moral ni l'organe aient pu coopérer à cette séparation du vin d'avec l'eau, du café d'avec le lait, des différentes faunes entre elles, etc. Et pourtant, quoique ces faits soient plus que sullisanls pour prouver que toute sorte d'anlipaihic doit être respoi téo, j'ajouterai que ce respect doit s'étendre jusqu'à certains médicaments pour lesquels aussi nous pouvons être antipathiques. Je m'explique.
Le frère du célèbre Harthcz, étant atteint d'une fièvre intermittente pernicieuse, re clama les conseils d'un praticien très-dislin gué, le professeur Lafabr.e, donl j'ai été le disciple. Il fut d'avis que le quinquina devait être administié pour arrêter les accès. Le malade s'y refusa d'abord, alléguant que ce médicament agissait sur lui comme un poison ; mais il dut céder à l'insistance do son docteur, qui crut que c'élail un prétexte dont il se servait pour se soustraire au dégoûl d'avaler du quinquina. Il se soumit donc, mais le piofesseurLafabrie elle médecin ordinaire no lardèrent pas à se repentir d'avoir tant insisté; car, à peine celle substance fut-elle dans l'eslomac, que des vomissements horribles, accompagnés de crampes des extrémités, se manifestèrent cl persistèrent jusqu'à re que le dernier atome du remède ingéré eût été expulsé.
I)e son coté, feu le docleur Chreslion, que j'ai déjà cité, me racontait un jour que, soignant une personne qui répugnait beaucoup à lipécacuanha, el voulant savoir par luimême jusqu'à quel point l'organisme était antipathique à l'emploi de ce médicament, il lit mettre 30 grammes de la raeJnt an celle plante dans une bouteille de vin, el donna au malade une cuillerée à soupe de celle préparation. Elle détermina dos vomissemeals abondants el presque convulsifs.
Deux jours après, il en (il prendra use cuillerée à café : les vomissements furent
moindres et moins violents. Deux autres juin "S écoulés, on réduisit la doso à une demi-
cuillerée, el l'on eut encore des renaisse
nient- moindres. Enfin, soixante gouttes surfirent |iour faire vomir.
Enfin, l'exemple le plus singulier de celle
APA
APA
antipathie de l'estomac est celui que rapporte Amalus Lusilanus. 1! s'agit d'un jeune homme qui le consulta pour une maladie particulière. Ce médecin allait lui prescrire des médicaments dans lesquels il entrait des sirops, lorsqu'il fut interrompu par le malade, qui l'avertit que le miel et le sucre étaient pour lui de véritables poisons. 11 ne pouvait manger aucun fruit, s'il n'était amer ou acide.
Je crois en avoir dit assez pour pouvoir poser en principe, qu'il faut respecter les antipathies morales ou matérielles, et que vouloir les brusquer, c'est s'exposer à des accidents que l'on aurait à déplorer.
ANXIÉTÉ , Angoisse (sentiments naturels). — Anxiété veut dire inquiétude, trou ble, agitation de l'âme tourmentée par la pensée d'un événement heureux ou malheureux, prochain ou encore éloigné, qui doit nous arriver, ou arrivera à ceux que nous aimons.
Elle participe donc tout à la fois de l'alarme, qui naît de l'annonce d'un danger apparent ou réel, éloigné ou prochain, qui nous menace, et de l'appréhension qui exprime le même sentiment éprouvé pour autrui.
Dans aucun cas, l'anxiélé ne saurait être un défaut, et moins encore un vice ; car il est tout naturel qu'une personne d.ins l'attente d'un événement qui doit lui être agréable ou l'affecter péniblement , éprouve ce trouble et celte agitation inquiète que nous avons dit caractériser l'anxiété.
Mais comme celle-ci est généralement proportionnée à la cause qui la fait naître et aussi passagère qu'elle, il est inutile d'insister davantage sur ce sujet.
Ajoutons cependant que l'anxiélé diffère de l'angoisse en ce que celle-ci consiste dans une affliction extrême qui nail d'un grand malheur qui nous est arrivé, c'est-à-dire d'un fait accompli et non d'une pensée se rapportant à un événement prochain dont l'idée nous inquiète ; ou bien elle provient d'un mal physique qui se fait vivement sentir. Dans ce cas le mal est existant et non attendu. Ni l'un ni l'autre ne produisent l'anxiélé : celle-ci , avons-nous dit , vient du tourment de l'attente, ou d'un événement futur ; donc ce n'est pas le même sentiment.
Du reste ce serait, je crois, du temps perdu que de nous arrêter plus longtemps à des considérations qui se rapportent à des distinctions si minimes.
APATHIE (défaut).— Apathie signifie, une condition tout exceptionnelle de l'âme qui, par indolence ou par paresse pour toutes choses, ne recherche aucune émotion bonne ou mauvaise. Ainsi l'homme apathique ne court jamais après un plaisir qu'il pourrait facilement se procurer, et ne luit pas une peine qu'il éviterait sans se donner beaucoup de peine.
On a fait le mot apathie synonyme d'insensibilité morale ou û'itnpassibilité. Je ne Dictions, des Passions, etc.
partage pas celle opinion, parce que, d'une part, l'insensibilité morale et l'impassibilité ne sont pas un seul et même senliment, et ne sont pas dès lors synonymes entre elles .et, d'autre part, parce que l'apathie, l'absence ou la privation pour i'êlrc humain, de tous les sentiments passionnés qui l'agitent, ne se retrouve pas ou se rencontre à un bien moindre degré dans l'insensibilité ; elle manque complètement dans l'impassibilité.
Ceile-ci peut bien résulter de l'insensibilité, mais son existence n'est réelle, il n'y a impassibilité véritable, qu'alors que, sensible à toutes les impressions , l'influence morale est assez puissante pr»ur que l'homme ne trahisse pas les émolions que les sensations même les plus fortes lui fonl éprouver. C est-à-dire, en (i'autres termes, que Vupathijiie ne recherche ni le plaisir ni la douleur ; que l'insensible n'est affecté ni par l'un ni par l'autre, et que {'impassible les ressent tous les deux, sans laisser paraître qu'il les éprouve.
Ce n'est pas tout : l'apathique et V insensible renoncent volontairement à la dignité de leur être, el ne sont touchés ni de l'amour de l.i gloire, ni de l'amour du bien public ; au lieu que l'impassible semble n'en faire aucun cas et n'y ajouter aucune importance. C'est pour cela que, malgré cette différence, l'impassibilité est aussi inutile à la société que l'apathie et l'insensibilité ; toutes les trois, n'importe pourquoi, n'aimant que le repos et se bornant à la seule végétation. De là, l'absence de toutes les vertus, de toutes les passions qui germent et fructifient dans le cœur des hommes mieux p irtigés.
Faut-il les blâmer également de leur inutilité sociale? Ce serait être injuste envers quelques-uns, car l'apnthique est coupable d'une paresse native, d'une insouciance involontaire, qui font que, sans désirs et sans passion, il vit heureux de son indolence; ce qui n'empêche pas qu'une émotion un peu forte ne le tire parfois de son apathie.
Nous n'en dirons pas aulant de l'insensible : froid pour toutes choses et toujours froid par nature, aucune sensation ne peut l'impressionner, aucun aiguillon ne saurait i'exciter. Aussi le regarderons-nous comme moins coupable encore que l'apathique, qui, lui du moins, a l'avanlage de sentir quelque chose.
El quant à l'impassible, il ne sera condamnable que si son impassibilité n'a pas un but louable, attendu qu'il jouit ou souffre suivant la nature de l'impression qu'il ressent Or, peu nous imporle que, soit par vanité, soit par amour-propre, que sais-je, il reste calme, de telle sorte qu'on ne saurait décider s'il a ressenti ou non l'impression, pourvu que sa conduite ne nuise à personne ni à lui-même.
Bref, l'impassibilité, l'insensibilité cl l'apathie sont des sentiments différents dans leur nature, et chacun de ces termes a, en particulier, une acception propre qui l'ait qu'on ne doit pas tous les employer indifféremment pour désigner le même objet. Et, par exem-
235 APA
(île, pourrait-on dire de la sorte des stoïciens, qui affectaient la plus grande insensibilité, et prétendaient jouir d'un calme et d'une tranquillité d'esprit que rien ne pouvait altérer, être impassibles en un mot, qu'ils étaient apathiques? Assurément celte expression serait on ne peut plus impropre à leur égard ; car qu'est-ce qu'un philosophe qui serait apathique au plaisir et à la douleur? Qu'il s'y montre complètement insensible, qu'il fasse preuve de la plus grande impassibilité, cela se conçoit; mais y être apathique!... Donc les mots apathie, insensibilité et impassibilité ne signifient pas une même chose, un même sentiment.
A propos des stoïciens, nous devons remarquer qu'il n'est guère croyable qu'il ait jamais existé des hommes assez heureusement dotés p.ir la nature pour posséder cette faculté exceptionnelle, précieuse, qu'on attribuait aux sages du stoïcisme, à savoir, que leur âme élait toujours paisible, toujours au-dessus des disgrâces humaines, et toujours impassible pour les plus petites comme pour le* plus grandes joies.
Qu'ils aient possédé celte force de caractère, celle fermeté d'âme qui rend l'homme entièrement maître de lui-même, c'est-à-dire, de dissimuler ses sensations et d'affecter une sorte d'insensibilité physique et morale , d'être impassible en un mot, je veux bien le croire ; mais, je vous le demande, n'éprouvail-il pas un sentiment de noble fierté ou d'orgueil, ce stoïcien qui trouvait du plaisir dans le mépris du plaisir? lit s'il éprouvait l'orgueil de la satisfaction, était-il insensible à tout?
Prenez garde que je ne nie pas qu'il y ait du bon dans le stoïcisme. Au contraire, pu s que les stoïciens, après avoir jugé l'esprit dominant de leur siècle, après avoir trouvé les ressorts du caractère et de la morale universellement relâches, la volupté érigée en système, l'instinct personnel devenu le moteur de toutes les actions, et ces mots, agir conformément à la nature, servant de base, étant la maxime fondamentale de la doctrine, jugèrent que «le tels mau\ exigeant de grands remèdes, il fallait un effort extraordinaire pour arracher les Ames a celle mortelle apathie ; de sorte que, si leur doctrine ne fui pas en général celle qui convient le mieux à l'homme, elle puni être du moins celle qui conveuail le mieux aux hommes el aux temps pour lesquels elle avait été connu i .1 lai id ii !• ;i M. Villemain que • a philosophie stoïcienne esl la plus liante conception de l'espril humain, et, dans le i a§ nisme, la seule religion des grandes âmes Mais je vous prie d'observer que, qui dil pÀi* I o supin c, dit amour de la sagesse, qui est I arl de si; bien conduire el de se rendre heureux • ce qui signifie moins que religion, qui, pour les principes, l'emporte d'autant plus sur la philosophie, que celle-ci ne peut taire aucun bien que celle-là ne le fasse encore mieux, « t la religion en fait beaucoup que la philosophie ne saurai) lare. {J.-J. :
Je \ ois plus loin, il je peu e ai ( M. S.iinl-
APA
aîarc Girardin, dont l'opinion vient confirmer ma manière d'inlerj réter la signification des mots apathie, insensibilité et impassibilité, que « le stoïcisme est une sorte d'égoïsme aristocratique, vice que la religion condamne el flétrit. » La preuve, la voici : Que disaiton au Portique? Soyez vertueux et méprisez le peuple. N'est-ce pas là de l'égoïsme?
Qu'il y a loin de là à la philosophie du christianisme, dont nous poursuivrons encore un instant le parallèle avec celle des stoïciens 1 Que dit l'Evangile? Soyez vertueux et aimez voire prochain comme vousmême ; aimez le peuple, que le sloïcien vous commande de mépriser, el aimez-le comme vous-même, plus encore que par un sentiment de fraternité.
Ainsi, pour que tout fût égal entre la morale du stoïcisme el la morale évangélique, il faudrait ôlcr la charité; pour qu'Epictète valût l'Evangile, il faudrait encore ôler la charité ; mais comme l'Evangile a fait une loi de l'amour du prochain et du soin de son salut, c'est par là qu'il a conquis l'univers. Le stoïcien s'est dit : Que nous importe le peuple ? Ce mépris-là l'a perdu ; et en dépit de sa morale élevée el de ses sages, il est mort inutile pour avoir vécu orgueilleux.
Ajoutons que les stoïciens soutenaient qu'il n'est qu'un seul mode d'assentiment convenable au sage, celui qui est absolu, inébranlable, d'une force complète, d'uno application universelle; ils ne permettaient au sage aucune opinion, c'est-à-dire aucun assentiment qui fût mêlé de quelque doute. (Cicéron.)
C'était une grande exagération : car entre la certitude parfaite et l'entière hésitation, il y a une foule de uuancis variées qui correspondent à une probabilité plus ou moins grande. Et d'ailleurs il est Ici sentiment, dont le sage el l'homme égaré croient être également pénétrés, qui agit avec la même force dans lous les deux, ne peu! devenir leur arbitre el ne produira d'autre effet que de conûrmer l'un el l'autre dans les préventions dont ils sont imbus. Deux hommes se disent, se croient mus par la même conviction : quel moyen reslera-t-il de décider lequel des deux est insensé ou sayo, lequel il s deux obéit à la certitude ou à l'opinion?
Reste que la philosophie du stoïcisme n'a donne qu'un Bpiclète, tandis que la philosophie du christianisme en forme des milliers dont la vertu et poussée jusqu'à Ignorer la vertu même. [Voltaire.) Donc celui-là seul nui sera Fermement el véritablement chrétien scia seul incontestablement vertueux.
Mais revenons à l'apathie, et constatons
qu elle est nu vrai défaut, surtout en philosophie, puisqu'elle nnd les hommes indolents dans la recherche de la vente ; ce qui fait que la première opinion bonne ou mauvaise qui se pré ente est acceptée par eux. t i hucydide.)
Bile est également on défaut dans la | r.itiijiie (le la vie intellectuelle, en ce qu elle
peut nuire au 'le \ cloppcmcnl île nos facultés
morales, A nos progrès, cl nous i ils er tout
Aim