ASS
;'i fail indifférents au bonheur de nos semblables, à la prospérité et à la gloire de notre patrie, et même à notre salut; ce qui est entièrement opposé à la mission que Dieu nous a donnée en nous créant.
Il n'csl qu'un seul cas dans lequel l'apa- Ihie pourrait être excusée, c'est lorsqu'elle dépend d'une faiblesse constitutionnelle ou acquise. Dans ce cas, comme dans la Paresse [Voy. ce mol), il faut de toute nécessité agir non-seulement sur le moral qu'on secoue, mais encore opérer sur l'organisme vivant, qu'on doit fortifier à l'aide des moyens déjà proposée à l'article Abattement.
APPLICATION (faculté). — Application, en morale, s'emploie comme synonjmc A\itteniion soutenue. On s'en sert généralement ù l'occasion des sciences à l'élude desquelles on est plus apjiliqué qu'attentif; ce qui bornerait l'utilité de ce mot plus à exprimer l'idée de l'écrivain qu'à désigner quelque chose de particulier, indépendant de l'attention.
APPRÉHENSION. Voy. Alaruc.
ARROGANCE (vice), Arrogant.— L'arrogant, comme le mol l'indique, ad se rogare, est celui qui s'attribue spontanément la supériorité , ne pensant pas même qu'elle puisse lui être contestée, tanl il est sûr de lui-même cl de son droit, comme le lion de la fable qui s'adjuge la première part, parce qu'il s'appelle lion. I! veul en oulre que les autres reconnaissent hautement ce qui lui paraît si évident, et de là ses prétentions à leurs hommages. Aussi le reconnaît-on facilement à ses manières hautaines, à ses prétentions hardies, à sa fierté, à son orgueil, à sa présomption, à sa morgue : car il réunit le plus souvent quelques-uns de ces vices et quelquefois tous. Ce qui a fait dire avec raison que l'arrogance se trouve dans les manières, les prétentions, elc, qu'fl//eclent les personnes arrogantes.
L'arrogance est de tous les vices relui qu'on supporte le moins dans autrui ; il blesse Tamour-pr.'pre de tout le monde, à cause de sa supériorité qu'elle voudrait lui imposer ; et comme elle jouit de l'humiliation du tous, elle leur devient vexatoire. L'arrogance excite plus d'irritation que la hauteur, car celle-ci se renferme souvent dans le silence ou ne s'exprime que par le regard ; l'autre est plus exigeante, tracassière ; elle demande de la soumission ; il faut qu'on se découvre et qu'on plie le genou devant elle: il ne faut donc pas les confondre.
L'ai rogance doit être toujours mal accueillie ; je ne dis pas que si un individu se distingue ou s'esl déjà distingué par ses talents et ses brillantes qualités, il ne doive accueillir avec satisfaction, avec joie, les hommages que la foule s'empresse à lui rendre, et que le peuple rend d'autant plus volontiers qu'on l'exige moins ; c'est tout naturel : mais témoigner par son ton, par son langage, que l'on a droit à des hommages cl qu'on y prétend, c'est du drrnier ridicule.
Que doit-il résulter de ce travers d'esprit ? Rien de bon pour l'arrogant ; au contraire,
puisque l'homme né libre cl indépendant dans ses voloniés, l'homme qui a du sens el de la raison, refuse obstinément ce qu'on exige de lui, ce qu'il aurait accordé de son propre mouvement si l'on n'avait pas montré les prétentions de l'y contraindre. Mieux vaut donc laisser les hommes libres de suivre leurs inspirations.
Nous avons signalé les inconvénients de se poser en arrogant ; rien de mieux, pour ne pas s'exposer à le devenir, que d'éviter par l'éducation le développement de ce vice en celui qui y serait dispo>é. Et pour obtenir ce résultat, il fiudra lui montrer l'arrogant en proie au chagrin d'être haï et méprisé de ceux-là même dont il recherche les suffrages ou les hommages ; lui dire que le moindre mal qui puisse lui revenir de sou arrogance, c'est d'être mécontent des autres, qui, eux aussi, seront très-mécontents de lui. Et comme il n'y a pas de posiiion plus pénible, nul ne voudra s'y exposer, à moins que son intelligence soit inaccessible à de i onnes inspirations.
ASSURANCE qualité, ou défaut, ou vice).
Assuré. — Le sentiment intérieur qui donne à l'homme la force de se posséder en bien des circonstances, c'est-à-dire de parler de choses indifférentes ou essentielles, de faire des actions bonnes ou mauvaises, sans le moindre trouble dans la physionomie, sans la moindre contrainte et la moindre gêne dans les manières, sans la moindre hésitation dans le langage, se nomme assurance.
Et ce qui rend un individu assuré même dans les posiiions les plus difficiles, c'est on bien qu'il est fermement convaincu n'avoir jamais rien avancé, jamais agi cl ne vouloir jamais rien faire contre les régies de l'honneur et de la bienséance; ou bien, qu'il n'a aucune connaissance ou qu'une connaissance imparfaite du monde, ou de l'acte qu'il va commettre; ou bien enfin, qu'il puise dans son courage de quoi cacher ses véritables sentiments. Dans le premier cas, son assurance nait de la confiance naturelle et légitime qu'il a en lui; dans le second, d'un manque d'éducation ; el dans le troisième, delà ferme résolution de ne point se trahir.
Mais, de quelque source que l'assurance provienne, il esl nécessaire, dans bien des circonstances, de paraiire à autrui beaucoup plus assuré qu'on ne l'est réellement. El par exemple, quand un général, au moment de livrer bataille, adresse une allocution à ses troupes, n'est-ce pas que, tout incertain qu'il esl sur l'issue de la bataille et le succès <!e ses armes, il doit montrer beaucoup d'assurance, en manifester bien plus qu'il n'en a. s'il veul faire passer dans le cœur du soldat ce feu sacré, cet enthousiasme que donne la victoire?
De Chevert, officier de mérite et très-eslimé de ses soldats, étant au siège de Prague, fit venir un grenadier': « Tu mouleras par là sur le rempart, lui dit-il. — Oui, mon colonel. — On criera qui vivel — Oui, mou colonel. — Tu ne répondras pas. — Non,