ATT
un objet particulier ( Lavaler ) , ou mieux , l'application de l'esprit à la perception par les sens ou par le souvenir d'une chose, d'un objet, d'une idée. Je dis à la perception, parce que si l'on n'appliquait pas les facultés de l'âme soit à l'impression que produit sur la rétine le corps lumineux qui vient s'y peindre, soit à celle que détermine sur l'organe auditif le son qui l'a frappé, etc. , il en résulterait que la sensation ne serait pas perçue. 11 faut donc, pour qu'il y ail perception de la sensation , 1 impression produite sur l'organe sentant ; 2° intégrité de cet organe et des nerfs qui s'y rendent ; 3° enfin, application des facultés de l'âme à l'effet produit par celte impression.
Un exemple, pris parmi un bien grand nombre, fera mieux sentir ce que je veux expliquer que de longs raisonnements. Saint François de Sales ayant été obligé de conférer pour une affaire de piété avec une dame de la cour, quelqu'un lui demanda ensuite si celte dame était belle? Le saint répondit qu'il n'en savait rien. — « Hé 1 ne l'avezvous pas vue ? rép!iqua-l-on. — Oui, dit-il , je l'ai vue, mais je ne l'ai pas regardée.» Ainsi il ne suffit pas de voir un objet pour le connaître, il faut le regarder attentivement. C'est du reste par celte application que notre éducation se fait et se perfectionne, ce qui nous a valu cet axiome de Lévis : « L'alleniion est le burin de la mémoire. M
A propos d'impression , d'allenlion et de perception , je dois faire remarquer en passant, que bien des philosophes, el Condillac est de ce nombre, ont déclaré qu'il n'est aucune de nos idées qui ne soit acquise par la succession des sens et de l'esprit, ce qu'Aristole avait déjà exprimé en ces termes : Nihil est in intelleclu , quod non prias fuerit in tensu.
Laromiguière a combattu celte opinion.
11 ne croit pas , lui , que la sensation soit la faculté originelle de toutes les autres , et fait au contraire tout dériver de l'alleniion. « L'âme, dit-il, n'est encore que passive tanl qu'elle ne fait que recevoir des sensations, et elle ne commence à agir que lorsqu'elle s'applique à un objet déterminé, e'esl-à-dire, qu'elle est attentive. » Par suite de celte attention, l'âme raisonne, lire des inductions, et l'on peu! dire avec fondement que toute idée est un jugement, parce qu'on établit alors toule la distance du ciel et de la terre entre les mouvements de l'organisation physique et les intuitions immaléri Iles de l'intelligence. L'image d'une tour, d'un jardin, d'un site, que l'on aura vue, n'est pas une idée , mais une image, purement malèrielle, Comme celles qui sont imprimées sur le cerveau de la brûle; ma a dès que l'âme s'applique à ces images, les assoi iu el
les compare, alors naissent les Idées, ces vrais litres de la grandeur «le l'âme, auxquels il faut toujours en appeler, lorsqu'on vi ut nous dégrader bu point de nous assimiler à l'animai qui se trouve tout entier dans l'homme, mais daus lequel nous cherche-
ATT :b-l
rions en vain la [dus sublime partie de nousmêmes.
Entendez-vous Socrate, sur son lit de mort et de gloire, cherchant à prouver à ses disciples qui l'entourent l'avenir immortel réservé à son âme , leur montrant que toutes nos pensées tirent leur origine d'un autre monde que l'univers physique? il demande à Simmias , l'un d'entre eux , qui professait déjà la doctrine embrassée pins tard par Locke, comment, par exemple, l'idée d'égalité pouvait naître de la sensation produite par la simple vue de deux bâtons égaux. L'œil voit chaque bâton et en fournit une image à l'esprit : voilà tout ce que donne la sensation ; mais l'idée de leur é;:alilé, d'où sort-elle ? Dieu le sail, car clie vient de lui. — J'affirme , répond Simmias , que les deux bâtons sonl égaux, parce que j'ai mesuré la longueur respective. — Oui, répond le saga condamné, l'action de déterminer leur grandeur est en effet la condition nécessaire pour savoir si cette grandeur est la même ; mais afin d'avancer , dans tel cas déterminé , que deux choses sonl égales , ne faudrait-il pas savoir auparavant ce qu'est, en général, l'égalité ? L'égalité appartient si peu à chacun des objets déclarés égaux , que , comparés séparément à d'autres objets, ils peuvent réveiller l'idée d'inégalité. Ainsi l'idée d'égalité est indépendante de la sensation; et à quelque temps qu'on remonte, elle se trouvera toujours antérieure à la première application qu'on en fera. Il faut donc que lame la lire d'une autre source que les impressions matérielles, qui ne doivent être considérées que comme les occasions du réveil de cette idée. [Alletz.)
Toutes nos idée?, dit Locke, ont pour sources uniques la sensation et la réflexion ; mais je pense, en m'appuyanl sur le principe de Socrate, que toutes nos idées naissent à l'occasion des sensations, el se produisent pendant l'état de réflexion : ce qui est trêsdifférent. Nos idées ne viennent pas des sens, mais par les sens : celle distinction est capitale. A ceux qui me demanderont d'où elles viennent, je demanderai à mon tour d'où vient la voix de la conscience. Peut-être faudra-t-il reconnaître qu'il y a un autre monde que l'univers physique, el que de cet univers, où habite la vérité même, descend une lumière qui éclaire l'intelligence de lout homme venant en ce moud.'. Or, les idées D I sont que les rayons de cette clarté divine. Les sensations représentent les matériaux d'un monument; la réflexion, le temps pendant lequel l'architecte les examine-; el la pensée, le Irait de génie qui les place dans f'édiOce. Lorsque les pierres tirées des entrailles de la lei re sonl accumulées devant la place qui attend le monument Futur, ne fautil pis que l'image du palais tout construit existe déjà dans l'esprit de l'architecte, pour qu'il puisse ranger ces pierres dans I ordre qui fur convient, les faire monter en colon il , les arrondir en voûtes, et dessiner les proportions de l'ordre ionique ou corinthien /
j;Tr
Deux pierres élevées l'une auprès de l'autre dans les airs et formant un angle annoncent une idée. Le temple ne pourrait pas être construit sans les pierres; mais ce ne sont pas les pierres qui iont le temple, c'est la pensée.
Sans doute rien n'est dans l'intelligence qui ne soit d'abord dans les sens. Cet axiome est rigoureusement vrai ; car toutes les vérités sont enveloppées d'une forme sensible. Mais observons que les sens ne sont frappés que par la forme ; ils ne peuvent pas connaître la vérité que cette forme enveloppe, et cette vérité est pour eux ce qu'est pour nous le contenu d'une lettre écrite dans une langue étrangère. Nous possédons bien la lettre, mais nous eu ignorons le secret; le secrel et la lettre sont cependant inséparables. Ainsi, quand l'intelligence découvre la vérité cachée sous une forme physique, elle n'obtient, en effet, qu'une chose qui était déjà au pouvoir des sens, puisqu'ils possédaient la forme, et que la forme est unie étroitement à la vérité ; et, sous ce rapport l'axiome, Rten n'est dans l'intelligence qui ne soit d'abord dans les sens, est très-juste ; mais, encore une fois, les sens possèdent la vérité sans la connaître; ils avaient le texte sans pouvoir le lire; et l'intelligence seule se rend maîtresse du sens caché sous les mots du livre. (Alletz.)
Je suis parfaitement de l'avis de M. Alletz, attendu que les perceptions de nos sens seraient presque inutiles, si l'esprit restait dans l'inaction quand les sens sont affectés. La brute paraît même nous imiter à cet égard. L'âme serait riche d'images et vide de pensées. Tout notre savoir se bornerait à la connaissance des choses individuelles. I! faut, malgré nous-mêmes , qu'en voyant nous soyons toujours dans une sorte d'activilé ; mais cette individualité ne doit pas se 1 ornera la seule perceplion des choses individuelles. On doit les comparer avec tout autre qui peut leur ressembler et en savoir saisir promplement toutes les marques (le ressemblance et de dissemblance. Nos sensations seront toujours des perceptions individuelles, si nous ne nous occupons pis à en comparer plusieurs à la fois, pour en sentir l'ordre et la liaison, en découvrir ainsi, comme d'un seul regard, toutes les variétés , rassembler ce qui est épars, différencier ce qui est différent, rapprocher ce qui peut l'être, et nous mettre par là en état de juger que telle chose est ou deviendra telle.
11 faut donc être continuellement attentif à tout ce qui se passe autour de soi, afin d'acquérir tous les jours des connaissances nouvelles ; tout comme il faut être continuellement attentif ensoi, afin que l'âme, se repliant sur elle-même , se ressouvienne et compare.
Ce n'est pas seulement par rapport à nos sensations que l'âme a besoin de se replier ainsi sur elle-même, c'est une opération qu'elle doit souvent tépéler, afin de n'omettre rien de ses devoirs, l'âme qui se souvient ne manquant jamais d'exactitude. Et comme l'exactitude est une grande qualité, surtout dans les affaires même peu importantes, il
a lu 2:;;
en résulte nécessairement une double obligation d'être attentif : obligation pour soi et à cause de soi, obi, galion pour soi par rapport à autrui.
Ce n'est pas tout : êlre allenlif pour soi et par rapport à soi ne se borne pas a l'instruction qu'on peut retirer d'une attention soutenue; celte attention a aussi pour avantage de nous faire considérer dans le monde comme une personne très-bien par les gens qui aiment qu'on prèle une oreille alleulive à leurs discours, ou qu'on examine avec soin ce qu'ils nous monlrent. Ne pas agir de ta sorte, ce serait manquer aux convenances, et nul n'a le droit de s'y soustraire. Je ne vois donc qu'un seul cas où il serait permis d'être distrait, c'est si l'on avait le malheur de se trouver en mauvaise compagnie. Ne pas faire altentiun à ce qui se dil ou se fait de mal est le vrai moyen d'imposer silence aux mauvais plaisants ou aux hommes sans mœurs.
Cela dit, quel jugement porterons-nous de la proposition suivante, formulée par Broussais : « L'attention ne dépend pas de l'intelligence; on est attentif à ce qui plaît, et ce qui plaît est ce qui convient à nos organes actuellemenl développés. L'intelligence n'est donc pas le régulateur de l'attention comme faculté générale. » Voici ma réponse:
A mon sens, la proposition de Broussais est le plus étrange des paradoxes ; car nous sommes souvent forcément attentifs à ce qui nous déplaît, etee qui plairaitnouséchappe. Exemple : Quel est l'individu qui éprouvant une sensation fort désagréable de l'inspiration du gaz qui se dégage de la fonte de l'asphalte, ne précipitera pas ses pas, quoique son regard se repose avec plaisir sur la plupart des objets qui s'offrent à sa vue? Dans ce cas, dira-t-on que c'est parce que celle odeur asphyxiante plaît à nos organes que nous sommes atteniifs? Mais alors, dans cette circonstance, comment se fait-il que c'est la sensation qui déplaît à l'odorat qui l'emporte sur celle qui plaît à la vue? Comment se fait-il que c'est tout le contraire de ce que dit Broussais qui arrive? C'est parce que l'auteur de l'ouvrage sur l'irritation et la folie avait tort de vouloir que la sensation fût rapportée aux organes, et non à l'intelligence qui la perçoit. De là celte exclamation de M. Forichon : O Pylhagore! ô Archimède, quand vous étiez attachés à vos problèmes jusqu'à perdre plus que le boire et le manger, vos organes trouvaient donc dans vos découvertes une bien grande volupté I
Au pluriel, attentions signifie
Egards : chacun sait qu'il ne doit jamais en manquer. Mais, attendu que ces égards doivent être en rapport avec la qualité et la position des individus, avec leur âge, leurs manières, etc. ; que le discernement avec lequel on en use fail preuve d'une belle éducation; c'est en perfectionnant celle-ci, qu 'on apprendra dans quelles limites il faut savoir rester.
AUDACE (sentiment). — L'audace, la hardiesse cl Velfronteric, ses syuonymcs, ont des
235 AVA
points de conlaet si intimes, quoique différant entre elles sous certains rapports, que, pour répandre plus d'intérêt sur ces articles, nous les réunirons tous en un seul. Voyez Hardiesse.
AUSTÈRE, Austérité (vertu). — Ce mot se dit figurément.en morale, pour exprimer: une pureté, une sévérité de mœurs, telles qu'on ne s'écarte en rien, dans le commerce de la vie et dans ses relations avec ses semblables, des règles que la plus pure dos philosophes et la religion nous enseignent.
Ainsi, d'après cette définition, une personne austère sera rigoureuse dans sa conduite, nonseulement à l'égard des sens, mais encoreà l'égard de l'esprit; non-seulement à l'égard des choses, mais encore à l'égard des personnes. Tel, nous dit-on , fut Caton d'IJlique , surnommé le Censeur à cause de l'austérité de ses mœurs. Appartenant à la secte des stoïciens, la plus sévère de toutes les sectes philosophiques, il fui, de lotis les Komiii s, celui qui passait pour le plus vertueux et le plus grand défenseur de la liberté.
L'austérité n'étant autre chose que IVxercice libre, habituel de la prudence . de la chasteté, de la tempérance et de bien d'autres vertus non moins recommandai) es : c'est en nous habituant dès l'enfance et par amour pour elles à la pratique de toutes ces vertus, que nous pourrons acquérir un jour la qualification d'homme austère, qualification que nous devons tous ambitionner.
AVARE, Avabicb (passion). — Le désir de la propriété, maintenu dans les limites de la justice, est aussi utile à l'individu qu'à la société; car d'abord, il pousse au travail, vrai moyen d'acquérir, et ensuite, pour conserver et augmenter, il porte à l'épargne, et ainsi aux vertus économiques qui règlent et consolident les familles.
Ne confondons pas Vintéretsi, le parcimonieux et l'avare. L'intéressé aime le gain, et ne fait rien gratuitement. Le parcimonieux aime l'épargne, el s'abstient de ce qui est cher; V avare aime la possession, ne fait guère usage de ce qu'il a el voudrai pou- \ 01 r se priver de tout ce qui coule, lin d'autres termes : si l'épargne va trop loin, ce qui arrive quand la île case est trop restreinte, elle mène a la parcimonie, qui est elle-même le chemin de l'avarice ; or, pour arrivera celle-ci, il n'y a q l'un pas a faire, c'est de pousser à l'excès le désir d'acquérir des iirbesses mm pour en faire usage, mais pour l.s posséder.
Vussi, à proprement parler, appelle-t-on
aiiincr le désir d'avoir mu r hnlirinli i ; mais d'avoir pour accumuler BOil en grains,
soit eu meubles, ou eu ronds, nu eu curiosités. Je il1, dis pasqu'ellc soit exclusif) ment un attachement excessif à l'or, parie qu'il y avait des avares bien avant qu'on e&t inventé la monnaie. | Voltaire.} On peut objecter à Voltaire que les vrais
avares si' Soucient fuit peu de meubles ri de curiosités ; ensuite que longtemps avant
l'invenl un de la mounaïc, qui est déjà liès-
AVA