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appellerons avarice un allachemenl exces-if à la propriété en général, mais plus spécialement aux richesses.
Je dis attachement, parce que aimer l'or pour en jouir en le dépensant pour soi-même, ou pour faire des heureux en le répandant avec largesse; délirer acquérir pour dépenser, n'est point de l'avarice, car le plus souvent on est aussi prodigue qu'avide ; on n'aime point alors la richesse pour elle-même, mais comme moyen, à cause de son usage et de ses effets; tandis que, être attaché à l'or, être possédé de l'amour pur de l'or, en être insatiable avec le désir de l'entasser; être possesseur d'une grande fortune, et en accumuler toujours les produits par une crainte folle de la misère; priver sa famille, les malheureux et soi-même des premières nécessité» de la vie, pour ne rien dépenser ; aimer l'or en un mot, pour l'or lui-même, pour se complaire dan9 la vue de l'or, le compter et le recompter aujourd'hui, demain, tous les jours, et plusieurs fois par jour, c'est ce qui constitue la passion de l'avarice, c'est ce qui constitue le caractère essentiel de l'avare et le rend à la fois absurde et ignoble, la forme la plus hideuse de l'égoïsme.
Oui, nous le répéterons, Pavareesten quelque sorte amoureux de son or, et sa plus grande joie est de le contempler, de le palper, de le caresser, de vivre avec lui. Il s'y pose loul en'.ier. et le lui prendre c'est lui ôter la vie. C'est qu'en effet là est la racine la plus profonde de ce vice; il y a quelque chose de magique, de fascinateur dans l'or et l'argent.
Ces métaux, quand ils sont façonnés et surtout monnayés, exercent je ne sais quelle influence mystérieuse qui éidouit, enchante et subjugue, dès qu'on s'y complaît. Aussi, quand l'envie d'acquérir est par trop forte, il est bien diflicile qu'elle reste dans les bornes de l'équité, et que la conscience ne suit pas compromise directement ou indirectement par les moyens employés. Aussi, l'or et l'argent sont- ils les moyens les plus subtils de la tentation pour séduire la probité ou corrompre la vertu. Jupiter pénétra dans la tour de Danaé sous la forme d'une pluie
d'or L'avare se laisse prendre à cet attrait,
el une fois fasciné il vit sous le charme. 11 devient l'esclave de ce qu'il aime et par conséquent il tombeau-dessous de la matière à laquelle il a donné son âme. Dans les autres passions, l'homme use de la matière en l'appliquant à sa jouissance, il la tourne ou la transforme en sa propre substance; il la relève jusqu'à un certain point en se dégradant. Ici, au contraire, c'est lui qui s'assimile au métal. Il se fait or, boue, matière, autant qu'il est en son pouvoir; c'est le dernier degré de l'abaissement. En outre, c'est la prévarication la plus profonde, une espèce d'idolâtrie; car celte âme, faite par Dieu el pour Dieu, l'oublie pour son œuvre la plus infime, et voue une espèce de culte à la matière. Aussi les avares meurent ordinairement de la manière la plus misérable. C'est
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peut-être la seule passion qui ne soit pas désabusée d'elle-même aux approches de la mort.
Un autre trait de l'avarice qui la distingue encore des autres passions et fait ressortir sa monstruosité, c'est qu'elle rend l'homme ennemi de lui-même et le dénature au point de lui ôter l'amour de soi. L'avare se traite encore plus durement que les autres, et le comble de sa démence est de sacrifier sa vie à une possession qu'il perd avec la vie: c'est le fanatisme de la propriété. L'avariée, en outre, ne connaît point de terme, elle ne se dit jamais, C'est assez; et tandis que les autres passions s'affaiblissent av; c l'âge, la force ou les organes leur manquant, cellelà, au contraire, s'augmente et n'est jamais plus intense que dans l'extrême vieillesse.
Bref, par un étrange contraste entre ce qui est et ce qui devrait être, ce n'est point l'avare qui possède son bien, mais c'est sou bien qui le possède: il est loujours gueux malgré ses trésors, parce qu'il a également besoin de ce qu'il a et de ce qu'il n'a pas
Un avare, idolâtre et fou de son argeni, Kencuntrant la disette au sein de l'abondance, Appelle sa folie une rare prudence, Et met toute sa gloire et son souverain bien A grossir un trésor qui ne lui sert île rien : Plus il le voit accru, moins il en fait l'usage, Sans mentir, l'avarice est une étrange rage!
Boileau.
Et c'est parce qu'il est passionné pour l'or et pour l'argent, dont il fait un dieu, que l'avare a été comparé avec raison à l'idolâtre. Quelle différence y a-t-il, en effet, entre l'homme qui adore le métal en monnaie et celui qui l'adore en statue? Aucune, nVt-ce pas? Donc l'avarice est une idolâtrie. (Saint Paul.)
Celte idolâtrie est même tellement enracinée dans le cœur de l'avare, nous le redirons sur tous les Ions, qu'elle perverti! l'usage de l'argent de.-tiné à ses besoins les plus pressants; il aime mieux se les refuser que d'altérer ou de ne pas grossir son trésor, unique objet de ses délices. En vue de certains événements dont il se délie sans cesse, il prend loujours des précautions excessives contre les instabilités delà fortune. Parle-ton d'un vol.il frissonne, il tremble; ses parents, ses amis (s'il en a conservé), ses domestiques lui deviennent suspects: et tandis que par ses richesses il pourrait vivre heureux au sein de l'opulence, il dépérit de misère et de faim, ne regrettant que son trésor qu'il voudrait emporter avec lui.
Donc, l'avarice dénature tellement la raison de l'avare , qu'il se refuse les choses les plus nécessaires à sa conservation , par amour pour lui-même, par la crainte de manquer de ces choses.
Mais s'il se comporte ainsi à propos de lui-même, que sera-ce à l'égard des autres ? Molière va nous l'apprendre. Il a peint d'un seul Irait l'avarice, en la personne d'Harpagon offrant un verre d'eau à une personne qui se trouve mal. N'est-ce pas la plus revo'.
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lanle des offres , celle qui établit le plus la personnalité de l'avare ?
Oui, île tous les penchants vicieux , celui qui fait le plus ressortir la personnalité de l'homme, c'est l'avarice. Elle s'empare tellement de son esprit et jette de si profondes racines dans son cœur, que, inquiet de l'avenir, il lui sacrifiera le présent. Je dis plus, sa personnalité va si loin, il s'aime tant, qu'il se prive de tout chaque jour pour embellir le jour suivant. (Madame de Staël.) En un mot, son avarice sera le principe de toutes ses actions, elle le forcera à lui sacrifier ses sentiments , ses parents, son honneur. Oa le verra , possédant une fortune immense, sans héritiers, se refuser, même sur les bords de la tombe, les besoins les plus ordinaires de la vie , et souffrir volontairement tous les maux les plus cruels et les plus accablants de l'indigence. [Hume.)
Et pourtant , si les avères savaient que c'est soitise que l'avarice , puisqu'elle ne sert le plus souvent qu'à faire des prodigues ( De Jauronrt ) ; s'ils voulaient comprendre que , généralement , tout le monde déteste les avares , parte qu'il n'y a rien à gagner avec eux , ils se corrigeraient peut-être ! Mais non, ni les traits que les philosophes de toutes les époques ont lancés contre eux , ni la satire et le ridicule que les poêles ont déversés sur leur conduite , rien ne saurait les changer , a tendu que l'idolâtrie de l'or est le plus incorrigible des défauts.
l'eut-étrc encore l'avare se corrigerait-il à la pensée salutaire de la mort, qui bientôt va lui arracher ses vaines richesses pour les distribuera d. s liéri iers qui le tourneront en ridicule en dévorant le fruit de son travail et de ses sueurs. 11 se corrigerait peutêtre, s'il pouvait un instant s'arrêtera songer combien cet or, inutile entre ses mains, séeherail de larmes , adoucirait de misères, arracherait de malheureux au désespoir e à la mort. Oui , s'il pouvait goûter les ineffables douceurs de la bienfaisance, Dico sans doute aurait pitié de lui et retirerait la malédiction qu'il lui inflige par la bouche du grand Apôtre : Sachez que l'avart n'est qu'un idolâtre qui ne recueillera pas l'héritage du Seigneur. [L'phes. v, ■">.)
Maïs , hélas I l'avarice donne une autre direction aux pensées des hommes , étouffe leurs nobles instincts , égare tellement leur faible raison , que , toujours dominé par la crainte excessive et absurde de la possibilité de l'indigence et «les maux qui y sont attach i, ils deviennent en tout semblables aux h] pocondriaques,qai vivent dans des transes perpétuelles, qui voient partout 'tes dangers el qui craignent que tout ce qui U s appi uche ne linse leur existence.
CYsl pourquoi, sans cesse gité par la crainte et le privant de tout , l'avare esi la plupart du temps maigre el chélil ; il a dans sa démarche quelque choie de sac aile, de sautillant; il a l'air affairé, marche vile >t à petits pas. il a la tôle porte en avant, le front contracté vers la partie supérieure, où it dessinent des rides longitudinales , un
sourcil fortement relevé ; son œil est cave, enfoncé, mais ouvert, mais toujours en action; il regarde obliquement, épie, furète; son visage annonce l'inquiétude et la défiance; la bouche eslrétrécie; les lèvres, légèrement serrées l'une contre l'autre, s'avancent dans leur milieu el fout une espèce de moue; ou bien il a le rire sardonique de celui qui veut faire comprendre qu'il n'est point votre dupe : ses joues sont enfoncées et pâles , ses pommettes parfois légèrement colorées; la respiration est un peu pressée , mais elle se fait sans bruit : l'avare ose à peine respirer, son souille l'effrayerait. Il reste les bras tendus, la main demi-ouverte; il répèle souvent en parlant ; son habitude ester, eurc est étroite el mesquine ; presque toujours il a l'air misérable, on lui ferait volontiers l'aumône. Ses habits râpés, ordinairement trop courts et trop étroits , ue semblent pas avoir été faits pour lui. L'avare est très-minuteux et accorde un immense intérêt aux plus petites choses. 11 est peu communicatif et s'isole le plus possible. Il aime l'or comme une mère aime le fiuilde son sein. A son aspect, son cœur se dilate et ses sens éprouvent, en palpant celte matière inanimé' 1 1 vile , des jouissances ineffables.
Voilà le portrait de l'avare : mais si vous voulez plus facilement le reconnaître qu'à ce portrait , examinez-le surtout dans deux moments b.en importants | our lui : quand il reçoit et quand il donne. Lui fait-on un présent de quelque valeur , à l'instant sa main s'épanouit pour le recevoir , sa figure est radieuse, ses yeux sont humides de, lendresse ; il est dans l'extase , et sa bouche eulr'ou verte ne trouve pas d'expression pour témoigner sa surprise el son contentement : il jouit. Faut-il, au contraire, qu'il donne quelques pièces d'argent , la scène est bien différente : ses traits se rembrunissent et so contractent ; son bras s'allonge avec lenteurpour compter chaque pièce qu'il n'abandonne que difficilement après l'avoir terrée comme pour la dernière lois entre le ponce et l'index ; puis son regard inquiet suit tristement jusque dans voire poche l'argent qu'il a dû tirer de la sienne : il soulïie.
Il est une chose qu'il ne faut pas oublier quand on traite de l'avarice, ces! que le tempérament est pour beaucoup dans le développement de cette funeste passion , à peu près tomme dans certaines aliénations do li sensibilité organiqoe à laquelle on attribue telle ou telle affecli m nerveuse. Ainsi , d'une part, je trouve dans le livre du docteur
Belouino, que, de même que II une d'un
tempérament sanguin e-<i encline la dépense, a la prodigalité, enlratnéqu'il est le plus souvent par l'amour de la nouveauté et le désir da s'amuser; do même que le bilii n\ esi magnifique, ne voit dans l'argent qu'un moyen ti. lion, de grandeur( u ostentation, porte si s vin s p us haut que la r mémo
que le mélancolique est ass. z disposé à amasser, surtout par prudence, par défiance des bommei , pi ur s- précautionner contre eux ou pouvoir s'en paner ; do même aussi
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la tempérament Iymphatiqae est le plus analogue à l'avarice , passion stagnante comme son humeur, et qui n'a ni force , ni mouvement, ni élévation.
El quant nus aberrations de la sensibilité, voici ce qu'on peut lire dans Aliberl : « J'ai connu une dame de haute condition qui était vaporeusi' et mélancolique pendant six mois de l'année, et pendant tout ce temps usait de ses revenus avec une parcimonie sordide; dès que les fonctions île cette dame reprenaient leur harmonie , elle se faisait adorer par une générosité *ans bornes. »
Ce fait, s'il awiit beaucoup d'analogues, len Irait à établir que le physique peut avoir une influence directe pour la production de l'avarice; mais comme il est exceptionnel, il ne saurait empêcher qu'on ne regarde généralement celte passion comme une des plus violentes maladies de l'âme. Que le mode d'être spécial à chaque individu f.ivorise beaucoup le développement de l'avarice, qu'une maladie puisse également avoir celte faculté, soit ; mais de ce que une condition anormale du cerveau rend l'homme plus accessible à telle ou telle manifestation des tendances de l'âme et inaccessible aux tendances qui pourraient neutraliser cette manifestation, s'ensuit-il q:e l'âme n'agit plus avec liberté et indépendance ? Les organes des sens ont leuis hallucinations, pourquoi le cerveau n'en aurait-il pas ? il a bien ses délires monomaniaques 1
Toujours est-il que l'avarice ne s'allie jamais ni à la fleur de la jeunesse, ni à une complexion robuste et vigoureuse : cela provient de ce que les êtres bien organisés, étant pleins de confiance dai;s l'avenir, ne peuvent se persuader que quelque chose leur manquera un jour, et celle confiance repousse l'avarice; au lieu que celui qui avance en âge, l'adulte et le vieillard, craignant toujours de manquer du nécessaire même au sein de l'abondance, s'imposent les plus dures privations et font des bassesses. lin veut-on un exemple? Le voici :
Dans l'hiver de 1&47, alors que le pain était excessivement cher en France, un avare possesseur d'une somme considérable, cachée dans quelques misérables haillons placés au fond d'une paillasse à moitié pourrie, tendait la main à de malheureux ouvriers logés sur le même carré que lui, et qui, n'ayant pas d'argent à lui donner, se privaient de manger pour partager leur pain
avec lui. Ils se privaient pour secourir
qui ? Un misérable enfouissant son or, un métal dont il aurait lait un si noble usage en le distribuant à ceux dont il implorait la pilie ! .Mais non, il les savail compatissants, charitables, il spéculait sur leur bonté : Alt uno disce omaes 1
L'avarice ne s'arrête pas là ; et si l'on veut savoir jusqu'où l'amour de la richesse peut porter les hommes possédés de la soif de l'or, parfois même sans avarice, on n'a qu'à parcourir l'histoire. Elle nous dil qu'une reine de Bahylone, nommée Nicotris, avait ordonné que son tombeau fût placé dans l'un
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des quartiers les plus apparents de la ville, avec une inscription qui défendait à ses successeurs d'y porter la main.
Darius, ! un deux, poussé par une avidité sordide, le fit ouvrir et n'y trouva quo ces mots : Si lu n'était pas insatiable d'argent et dévoré de basse avariée, tu n'aurais pas violé le tombeau dis m'-rts. Grande et sublime leçon que cetle reine donna à sou peu (de !
Elle nous dit aussi, l'histoire, que si, dans les jours de la tourmente révolutionnaire qui a désolé la Franc à la fin du dernier siècle, les tombeaux des rois ont été violés à Saint- Denis, et leurs cendres jetées au vent, c'était moins par h.iine de la royauté morte au monde et silencieuse au fond de sa tombe, que par l'appât des richesses renfermées dans ces tombeaux, qu'une pareille profanation a été exercée.
Donc l'avarice peut conduire les hommes au comble de la dépravation et de l'immoralité.
En cela l'avarice ressemble beaucoup à l'ambition, passion aussi avide, aussi insatiable qu'elle ; elle en diffère pourtant, ainsi que l'a fait remarquer Duclos, en ce que l'une est mue par l'espérance, l'autre par la crainte; c'est-à-dire, en d'autres termes, que celle-ci est le désir d'acquérir avec l'espoir de gagner; celle-là, le désir de conserver avec la crainte pusillanime et mal f ondéede perdre.
De lous les vices qui dégradent le cceur do l'homme, l'avarice est sans contredit le plus misérable et le [dus odieux. Les autres passions peuvent du moins se rencontrer avec quelques vertus ou être relevées par quelques bonnes qualités ; l'avarice détruit toutes les vertus, ternit toutes ies qualités et peut commettre lous les crimes. Ku effet, l'usure, l'inhumanité, l'ingratitude, le parjure, le meurtre, ne sont que trop souvent les fruits de ce vice monstrueux.
Ennemi de Dieu et de la société, l'avare, par un juste retour, est lui-même son propre bourreau. Les privations de tout genre qu'il s'impose, les craintes continuelles auxquelles son esprit est en proie, les visions de son imagination malale lui font éprouver de fréquentes et cruelles insomnies, qui amènent bientôt chez lui toutes les dégradations physiques que nous avons mentionnées.
Malheur donc aux parents qui jetteraient dans l'âme de leurs enfants les germes de l'avarice; car ils en feront de mauvais pèr* s, de mauvais parents, de mauvais amis, de mauvais citoyens, coupable-, o.i ne saurait trop le répéter, du plus grand des crimes envers la famille et envers la société. Dieu \eut que la richesse soit un Deuve qui désaltère le monde tout entier, l'avare en fait un étang: il sent croître son avarice à mesure qu'il la satisfait. L'eau d'un ruisseau nelui suffit pas, il veut puiser dans un fleuve, et les torrents irritent sa soif au lieu de l'éteindre. La charité, c'est la pratique d'une vertu suprême ; et l'avare ne donue jamais à sa porte le verre d'eau que le Dieu fait homme reçoit dans la