BAI
personne du pauvre, son frère, el qu'il paye du bonheur céleste.
L'avare n'a pas un trésor pour en faire usage; il l'a pour le garder, pour le contempler, pour l'enfouir, pour n'en rien faire. L'avare est (oui à la fois un malheureux, qui ne mérite pas qu'on le plaigne ; un c >upablc, qui se punit lui-même durement sans se corriger ; un insensé, qui ne voit pas que son honneur et sa vie doivent lui être plus chers que tout l'or du monde; qui ne sent pas que par sa faute il perd son trésor autant de fois qu'il en a besoin; qui ne comprend pas qu'on est riche par le seul usage des biens, et qu'on est pauvre avec des millions inutiles. ( Cfiam-
Heureusement pour la société, l avarice n'est point , de sa nature, un vice envahissant et qui menace de s'étendre : c'est une lèpre qui n'appartient qu'à quelques êtres appauvris de corps et d'intelligence, el séparés du reste des hommes par le mépris commun. Une fois développée, cette lèpre s'attache tellement au cœur de l'homme, qu'au moment même où ses battements sont à peine sensibles et que le râle de l'agonie commence à se faire entendre, la vue de l'or semble rendre l'avare à l'existence. On raconte d'un vieux usurier agonisant que, lorsque le prêtre lui présenta le crucifix, il
BAS iU
ouvrit ses yeux mourants, le considéra et s'écria, un moment avant d'expirer :« Ce sont de faux diamants, je ne puis prêter sur ce gage que dix pistolea ! » (Hume.)
Nous pourrions quelquefois tirer parli de celle connaissance de l'influence des passions sur le physique, pour rappeler à la vie des personnes tombées en léthargie.
Exemple : Une dame très-avare se trouvant dans cet état, on s'avisa de lui mettre dans la main quelques écus neufs ; à peine les eut-elle sentis, qu'elle se mit à les palper et qu'elle commença à recouvrer connaissance.
« Un de mes clients, dit M. Descuret, personnage très-opulent et également foi tavare, sortit comme par enchantement d'un état comateux qui durait depuis vingt-quatre heures, aussitôt qu'il entendit ouvrir sou secrétaire, où ses enfants avaient besoin de prendre de l'argent pour subvenir aux dépenses de la maladie. »
AVERSION ( sentiment ). — L'aversion est un éloigneraient naturel pour toutes les choses qui ne s'accordent point avec nos inclinations.
L'aversion diffère peu de l'antipathie, dont on l'a fait du reste le synonyme. Yoy. Antipathie.
BABILLARD (défaut). - Si l'on voulait définir le babil , on pourrait dire que c'est une intempérance de paroles. La chose n'est point comme vous la racontez, dira le babillard à la personne qui l'entretient d'une affaire quelconque; j'en suis informé dans le plus grand détail, el je vais vous en instruire, si vous avez la patience île m' écouter. Si l'autre s'avise de répliquer : — Fort bien! poursti il— il en l'interrompant brusquement , n'oubliez point ce que voits vouliez me dire ; votre remarque me rappelle ce que j'avais oublié dans mon récit ; voilà ce que c'est que de parler à propos : vuus l'avez promplemi nt dt\ iné, et il y a longtemps que je vous observais pour voir si vous tombent: précisément sur le même sujet que moi.
U'esl par de semblables prétextes qu'il cherche et qu'il saisit toujours l'occasion de parler, au point qu'il ne laisse pas même le temps de respirer à reui qu'il entretient.
11 ne se borne pas à les asa mer de son
babil, chacun en particulier; il va se jeter sur un cercle tout entier, et force les hommes qui le composent à se séparer hruMiucmcnl avant d'avoir fini leur conversation.
Si quelqu'un , voulant se délivrer de ion babil , prétexte des affaires qui l'obligent de s'en aller, il l'accompagne officieusement, et ne le quille point qu'il ne l'ail conduit jusqu'à sa maison. Il a soin de s'informer de loul ce qui se passe dans les assemblées publiques, afin d'avoir le plaisir d'en instruire les autres... Enfin, à force de babil, il rail Oublier aux uns ce qu'il vient de raconter; il
endort les autres ou les force à le quitter avant même qu'il ait achevé de parler.
Au spectacle, il empêche qu'on entende ; A table, qu'on mange ; et il excuse sa conduite en disant : C'est une chose bien difficile pour un babillard que de garder le silence ; il n'y a rien de si mobile que la langue. Qaanl à moi , poursuit-il, je ne saurais me taire, quand même je devrais passa- pour être plus babillard qu'uni hirondelle.
Aussi écoule-1-il, sans en être affecté, toutes les railleries qu'on lait de lui sur ce sujet; même celles de ses propres entants, qui, lorsqu'ils veulent se coucher, ne manquent pat de le prier de leur raconter quelque chose pour les endormir. (Théophrasle, traduit par Coray.)
Babillard ayant été fait synonyme de I'wii.ki ii [Voy, ce mol), nous y reviendrons plus lard.
B \ SBSSE (vice). — Bissi ssh signifie défaut d'élévation (lins les sentiments.
C'est un des Mies les plus monstrueux et des pi il ^ redoutables pour la société; car, par cela seul qu'un homme a l'Ame basse, il est capable Mes actions les plus mauvaises et le, plus coupables.
Pourquoi ne les commettrait-il pas , p| parqu u serait-il arrêté T Par si répugnance
a mal faire? Ma s il ignore ce que c'est que la pi ointe, la délicatesse, etc. Par sou amour pour la vertu? Mais il ne sait pas seulement < ; 1 1 " 1 1 y a des vertus qu'on peul el qu'on doit pratiquer. Donc, comme il ne saurait rougir
BAV
me
de rien, puisqu'il ne connaît pas la portée de ses actions, rien ne doit le retenir et l'empêcher de faire le mal ; et, en faisant le mal, il devient un véritable fléau pour l'humanité tout entière.
L'absence complète de tous les sentiments moraux constituant la bassesse , on ne peut donner de l'élévation à l'âme d'un être si mal partagé qu'en développant son intelligence , en lui enseignant quels sont les devoirs que la philosophie et la religion commandent ; en le for.nant, en un mot, à la pratique de toule> les vertus. P.ir là on peut espérer de modifier ou changer ses dispositions mauvaises, d'empêcher le développement de ses funestes penchants, et de mettre un frein à ses passions subversives de tout ordre et de toute morale.
On a fait bassesse synonyme d'abjection : ce n'est pourtant pas la même chose , puisque celte dernière est un état d'obscurité où nous nous jetons de m Ire propre volonté , soit par mépris pour le monde , soit par l'effet du mépris du monde pour nous. D'après cela, il y aurait réflexion, délennination volontaire dans l'abjection , tandis qu'il y a irréflexion , entrain ment irrésistible dans la bassesse. Bien plus, il y a privation, ;:bsence complète de sentiments : l'être est imparfait ou dégénéré; il ne doit donc plus , tant qu'il reste dans cet état, occuper le rang où la nature et sa destinée l'avaient placé. Abruti par ignorance, ou dégradé par le vire, rien ne le distingue des animaux . dont il a tous les instincts, toutes les passions , que la faculté de renaître, par une bonne éducation, a la vie intellectuelle et murale. Veillons à ce qu'il l'obtienne.
BAVARD , Bavardage (défaut). — J'appelle bâtard celui qui aime à parler beaucoup sans jamais réflé hir sur ce qu'il dit. Un tel homme ne fait pas la moindre difficulté d'aborder une personne qu'il ne connaît point, de s'asseoir à côté d'elle, et d'entrer en matière en commençant par lui faire l'éloire de sa propre femme. Il lui raconie ensuite qu'il a rêvé la nuit passée, et bientôt apiès il lui fait le détail de ce qu'il a mangé la veille à son souper. La conversation une fois engagée , il se met à déclamer contre le temps présent, et soutient qu'on est beaucoup plus méchant aujourd'hui qu'on ne l'était autrefois. De là il passe aux blés, en observant qu'on les a Tendus à bon prix dans le marché. 11 ajoute qu'il y a beaucoup d'étrangers dans la ville, qu'une pluie ferait beaucoup de bien aux fruits de la terre, qu'il se propose de cultiver son champ l'année prochaine , et qu'on a bien de la peine à vivre. H ajoute qu'il a eu une indigestion la ville, et il demande encore le quantième du mois. Il esl capable d'obséder ainsi l'homme qui aurait la patience de l'écouter... Avec des gens de cette espèce , il n'y a d'autre parti à prendre que de se débarrasser brusquement de leurs mains et de s'en aller le plus vile possible . si l'on ne veut pas avoir la fièvre; car il est bien difficile de se faire au com- Dictionk. des Passion», e'.c
metec des gens qui ne savent discerner ni votre loisir ni le lemps de vos affaires. (Thévphraste, traduit par Coray.)
Bavard, babillard et parleur étant synonymes, nous devons renvoyer à ce dernier article les quelques considérions propres à compléter les deux autres. Voy. Parle! r.
BÊTISE, Platitude, Stupidité (défauts).
— La bêtise provenant d'un manque complet d'instruction , de l'absence absolue des lumières de l'esprit eu toutes choses, en un mot, d'un défaut d'intelligence occasionné soit par un vice d'organisation , soit palun vice d'éducation, je ne comprends pas que les écrivains qui se sont occupés des facultés del'àineel des passions, aient parlé de la bêtise, et, qui pis est, de la stupidité , dont ils en ont fait le synonyme.
Qu'est-ce en effet que la bêtise? une négation, une privation de facultés intellectuelles, avec possibilité ou impossibilité de les développer, n'est-ce pas ? Or, à quoi que tienne celle négation, elle ne peut être ni une qualilé, ni un défaut, et moins encore une passion, un vice, ou une vertu. Elle n'est rien. Donc il ne fallait pas s'en occuper.
Ou si l'on voulait en parler, ce devait être pour plaindre l'individu qui, hélas! n'est bête que parce qu'on aura négligé de l'instruire, ou, ce qui est bien plus malheureux encore pour lui, parée que, par un vice de conformation cérébrale, les facultés de l'intelligence ne peuvent se développer, se manifester. En conséquence, ridiculiser la bêtise, comme on le fait généralement dans le monde, c'est, nous devons le dire en passant, manquer fout à la fois de réflexion, de' sens, d'humanité.
C'est y manquer encore bien plus à l'égard des gens stupides. Chez eux, l'esprit, au lieu d'être privé de développement faute d'instruction, reste à l'état négaiif, fauie de sentiment..Moins bienorganisés aussi dans cedornierque dans l'autre, cm ne parviendra jamais à leur donner ni instruction, ni capacité; ils sont donc plus à plaindre qu'à ridiculiser.
Et quant à la platitude, que nous trouvons accolée dans certains dictionnaires avec la bêtise et I i stupidité à titre de synonyme, je la livre aux sarcasmes des plaisants, parce qu'elle suppose de la prévention, et qu'il n'est rien de piat comme une prévention que rien ne jusifie.
BIENFAISANCE (vertu) . — La bienfaisance esl une vertu qui nous pore à faire le biea ; elle est fille de la bienveillance et de l'amour de l'humanité; aussi ne la séparerons-nous pas de ces deux sentiments. Voy. Bienveillance.
BIENSÉANCE (qualilé). — La bienséance, en général , consiste dans la conformité d'une action avec le temps, les lieux et les personnes; c'est l'usage qui nous rend sensibles à celte conformité: manquera la bienséance expose toujours au ridicule, et marque quelquefois un vice. Un homme bien élevé cl qui sait le monde ne va jamais contre
les bienséances ; y manquer, c'esl manquer à la Politesse. Vuy. ce mot.
BIENVEILLANCE (qualité). — C'est le désir de faire le bien qui constitue la bienveillance; et l'accomplissement de ce désir, la bienveillance mise en action, n'est autre que la bienfaisance qui accourt répandre ses bienfaits. Elles naissent naturellement l'une et l'autre de l'amour de l'humanité, et se confondent daus un même sentiment qui les embrasse et les étreint, parce qu'il en est la personnification. 11 est connu sous le nom de Bonté. Vuy. ce mot.
BIGOT , Bigoterie ( défaut ) , Cagot , Cagotebie (vice). — Les auteurs se sont indifféremment servis du mot bigoterie pour exprimer soit une dévotion aveugle, mal entendue, superstitieuse, qui n'est pas la vraie dévotion, la dévotion solide et éclairée; soit la fausse piété qu'affectent les gens qui ont un intérêt quelconque à tromper quelqu'un, en se montrant dévots exagérés. Et comme celle piété affclée, qu'on nomme aussi cagoterie, lient autant de la tartuferie que de l'hypocrisie, il en est résulté que tous ces termes ont été considérés comme synonymes les uns des autres.
Nous ne commettrons pas une pareille foule, attendu qu'à mon sens, il n'est pas rationnel d'admettre que même les expressions cagolnie, tartuferie et hypocrisie puissent également servir à désigner un même sentiment ou une même pratique ; la première, la cagoterie, s'employanl exclusivement pour désigner la fausse pieté, alors que les deux autres, la tartuferie cl V hypocrisie, ont pour objet, non-seulement l'ajfeclalion de tels ou tels principes politiques, mais aussi l'affectation de toutes les pratiques vertueuses, de tous les sentiments honnéles el quelquefois même déshonnêles qu'on sait être aimés, recherehés et pratiqués par les personnes à qui l'on veut plaire. Nous disons des sentiments déshonnêles, car n'est-ce pas qu'il y a les hypocrites et les tartufes du vice comme de la vertu ?
D'après ces considérations, qui nou9 paraissent concluantes, nous conserverons le terme cagut pour qualifier ces sortes de faux dévols que l'opinion publique lletrit ; et h us donnerons aux mois tartufe et hypocrite une acception beaucoup plus large, embrassant un cliamp plus vaste. Voy. TaiiruFB et Hvi'ochitb.
Et quant à la bigoterie, nous n'admettons pas non plus qu'on puisse la considérer comme le synonyme de la cagoterie, l'une et l'autre ne ponrant désigner également et tout à la fois ce qui est et ce qui n'est pas ; c'esl-à-dire, tantôt les ridicules el les travers du bigot, sous le mis |U6 de de\ oliun, el tantôt la dévotion affectée du cagot; ces deux sentiments différant d'ailleurs par leur origine el leur but.
En effet, d'où provient la bigoterie î D'une grande faib'esse d'esprit unie à un lion fonds el à une timidité qui rend lame SCropuleOSS en toutes choses. Aussi csl-cc un défaut que
lîlZ <zos
l'on remarque plus particulièrement chez le peuple et chez toutes les personnes ayant des pratiques religieuses, mais d'une intelligence bornée.
Où nous conduit-elle? A nous exagérer l'étendue de nos devoirs religieux, à nous rendre les esclaves de nos faux principes, à nous tromper nous-mêmes, et à nous rendre ridicules aux yeux de tous les gens bien plus raisonnables que nous.
Au contraire, la cagoterie vient du besoin que l'on a de tromper tout le monde pour arriver à telles fins qu'on se propose; et surtout de la nécessité d'en imposera la multitude dont on réclame et espère les services. Son mobile, si l'on veut, ce sera l'ambition, l'amour, ou tout autre sentiment; mais la pratique religieuse n'en sera pas moins un jeu, la cagoterie un masque. Elle peut nous conduire, il esl vrai, aux honneurs, à la fortune, au pouvoir, à la possession de l'objet de notre convoitise; mais à quelque but qu'elle nous mène, ce n'est pas par le bon chemin qu'elle nous fera arriver; el, le but atteint, on n'en esl pas moins coupable do feinte. C'est pourquoi, comme il esl bien difficile, pour ne pas dire impossible, déjouer constamment son rôle avec le même talent, il en résulte que le moment arrive enfin où le fourbe est entièrement démasqué. Malheur à lui, car les hommes qu'rl a trompés seront pour lui des juges sévères, inexorables 1
Tout homme qui se respecte et veut être respecté, doit éviter ces deux excès, dont l'un décèle la fainlessc d'esprit, et par conséquent est un défaut, el dont l'autre cache la scélératesse, et conséquemment esl un vice odieux. Le seul moyen d'y parvenir, c'esl, avant que la bigoterie se manifeste, d'éclairer l'individu qui y serait disposé, sur les avantages d'une religion bien entendue et les inconvénients d'une dévotion aveugle el mal entendue; tout comme, si déjà la bigoterie règne en souveraine dans le cœur du bigot, de lui faire comprendre combien sont fausses les idées qu'il s'est faites et qu il se fait encore des devoirs que la religion lui impose; combien est grand le tort qu'il in t au catholicisme. A coup sur on le prendrait en aversion, si on le logeait d'après les principes du bigot, aussi faux qu'ils sont étroits.
Et quant au cagot, ou faux dévot, que pourrait-on l'aire pour le corriger? Absolument lien, tant qu il reste Impénétrable sous le masque. Mais si le masque tombe et que le fourbe soit dévoilé, lout en lui jetant la honte à la face, tendons-lui une inain se mirable, el ouvrons sou cœur au repentir.
BIZARRE) Biziauftii, Fantasque, Ca-
PBICIBDX , QoiWTBUX, Bounnu (défauts).
— Il esl un travers d'humeur el de earactére, un vrai défaut, commun à tous l-S bommes di's bizarres, fantasques , capitcieux ,guinteiix, bourrus, auquel ou a donné le nom générique de huai rei ic.
Il consiste, ce défaut, dans une mobilité d'esprit, de sentiments et de manières, telle,
que ces individus, entrailles rouime maigri
BIZ
eux, ne restent jamais longtemps dans la même situation, passent alternativement d'un extrême à l'autre, c'est-à-dire du sérieux le plus grave à la plus belle humeur, de la gaieté la plus folle à la misanthropie la plus noire, et deviennent par là insupportables à tout le monde , même à leurs amis, qui ne peuvent comprendre et tolérer de pareils changements.
Nous remarquerons toutefois que, malgré cette similiiude qu'on remarque dans les manières d'être et d'agir du bizarre, du fantasque, du capricieux, du quinlëuxei du bourru; et quoique tous ces noms divers se trouvent réunis, confondus, et figurent comme synonymes les uns des autres; il ne faudrait pas croire qu'il n'y a pas, dans l'esprit et l'humeur de ces individus, la moindre petite nuance ; au contraire, il en est certaines que l'on a signalées il que nous devons mentionner. Et par exemple :
Le bizarre n'est dirigé dans sa conduite et dans ses jugements que par une pure affectation de ne rien faire ou de ne rien dire qui n'ait un cachet particulier, singulier; aussi ne va-l-il pas sans l'extraordinaire.
Le fantasque n'est mû que par des idées chimériques dont il ne se départ jamais ; qui lui font désirer dans les choses une sorte de perfection dont elles ne sont pas susceptibles ; ou bien qui lui fnnt remarquer en elles des défauts que nulle autre personne n'y voit.
Le capricieux, enlraîné par la fougue de son imagination habituellement vive et exallée, ne réfléchit pas et ne se fixe jamais. Inconstant et léger par caractère, son âme éprouve tout à coup, instantanément, des mouvements subits, divers, opposés les uns aux autres, qui, sans motifs raisonnables, lui font désirer ou vouloir, aimer ou haïr, rejeter ou accueillir, approuver ou blâmer, etc., tout ce qui lui passe par la tête.
Le quinleux éprouve des révolutions subites dans son mode d'êire, de sentir, d'agir, qui l'agitent et l'affectent avec une sorte de périodicité.
Le bourru, enfin, agit avec une certaine rudesse qui vient moins du fonds que de l'éducation : c'est-à-dire, qu'un bourru, c'est Mendène, à qui Chrêmes, son voisin, louché de l'affliction où il le voit, et venant lui en demander le sujel , reçoit pour toute réponse : Il faut avoir bien du loisir pour se ii.élcr des affaires d'aulrui.
A ces différences près, bien minimes et fort peu importantes, je le confesse, les mots bizarre, fantasque, capricieux , quinteux , bourru, peuvent être considérés comme ayant la même signification, ce qui explique pourquoi nous n'en faisons pas des anicles séparés. Aussi, le^ confondant lous dans une même dénomination, la bizarrerie, nous dirons de celle-ci en général qu'elle est un défaut, mais un défaut très-opposé au bon ton, et peu toléré dès lors dans la bonne compagnie; qu'on est toujours blâmable d'avoir un goût et des manières qui s'écartent mal à propos et par singularité des goûts et des
liO.N 27 ft
manières communes, habituelles aux gens bien élevés ; qu'il faut tout mettre en œuvre et se faire violence pour comprimer nos mauvaises dispositions à la bizarrerie avant qu'elle ne se développe en nous, ou pour nous en corriger quand elle est développée ; et ne pas oublier que, ce vice étant presque' toujours la marque d'un esprit faux et plein d'amour-propre, c'est s'exposera perdre toute confiance que de vouloir paraître ou passer pour bizarre. Et nous la perdons d'autant plus vile, que la plupart des hommes s'imaginent que le travers qui nous écarte ainsi de la roa te commune dans les petites choses, pourrait fort bien et très-facilement nous en écarter dans les grandes; de là, une série d'autres réflexions toutes à notre désavantage, et dont les conséquences peuvent devenir on ne peut plus fâcheuses pour nous en faisant suspecter notre moralité.
Il faut donc s'efforcer d'éviter la bizarrerie quand elle fait él< ction de domicile chez nous, et engager ceux que nous aimons à la consigner a la porte quand elle se présente chez eux. C'est là un mandat et un devoir que nous devons lous remplir les uns à l'égard des autres. On ne saurait y meltre trop de zèle, puisque, corriger le bizarre, c'est être ulile tout à la fois à l'individu qui par sa bizarrerie peut s'atiirer, s'il ne l'a déjà fait, la haine des gens positifs et fermes dans leurs principes, et à la société tout entière, qui aura à souffrir des travers du bizarre.
BON, Bonté (qualité, vertu). — Elro bon c'est avoir de l'affection, du dévouement pour lous les hommes en général, de la tolérance pour leurs opinions et pour leurs actes; c'est-à-dire èire porté par une inclination naturelle, que le temps ou les mauvaises impressions n'auront point étouffée, à excuser leurs défauts , à tolérer leurs vices, à interpréter ce qu'ils font de la manière la moins défavorable, à les supporter malgré leurs travers, à leur faire du bien alors qu'il n'y a aucun retour à en attendre, et à ne leur jamais faire du mal quand même ils le mériteraient par leur conduite envers nous.
C'est sans doute à cette multiplicité de sentiments qui la constituent, que la bonté doit d'avoir été considérée comme la première de toutes les vertus [Madame de Staël j; ou comme la vertu primitive, la source de toutes les vertus doul l'accomplissemeut est un bienfait.
La bonté prend sa source en notre âme et se décèle par des mouvements spontanés, presque involontaires, d'humanité et de charité, de générosité, de sensibilité. Voyez un jeune homme élevé dans une heureuse simplicité : il est porté par les premiers mouvements de la nature vers les passions tendres cl affectueuses ; son cœur compatissant s'émeut sur les peines de ses semblables, il tressaille d'aise quand il revoit son camarade, ses bras savent trouver des étreintes caressantes, ses yeux savent verser des larmes d'attendrissement ; il est sensible à la