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(L. Yvon.) C'est pourquoi, dès que la bienveillance se montre, elle attire l'approbation et mérite les suffrages de tous les hommes. (L'abbé Subatier.) A celle-ci se rattache naturellement sa fille
La bienfaisance, vertu que l'on peut appeler multiple, parce qu'elle met en jeu plusieurs sentiments élevés qui tous participent de la bonté. C'est-à-dire, pour parler plus clairement, que le mol bienfaisance, pris dans son acception la plus large, désigne toutes les actions de la bonté. En ce sens , elle est moins bornée que dans son acception généralement admise ; [nais, bornée ou non, elle ne perd rien de son élévation ni de la noblesse de son origine céleste.
Disons aussi en faveur de ia bienfaisance qu'elle a l'avantage non-seulement de venir par tradition de Dieu même et de ne rien perdre de sa pureté en passant par la bienveillance, mais enrore qu'elle naît de la nature et de la raison. Par conséquent, si Dieu nous invile à éire bienfaisants par la bienveillance, la nature nous y invite à son tour par le sentiment du plaisir qu'éprouve celui qui fait quelque bien, et se renouvelle en voyant les heureux résultats qu'il a obtenus : et la raison nous y porte enfin, par l'intérêt que nous devons prendre nécessairement au sort des malheureux.
El comment d'ailleurs se refuser à être bienfaisant, du moment où il n'y a rien qui nous rapproche plus de la Divinité que la bienfaisance; lorsque « secourir un mortel est pour un mortel une action toute divine » (Cicéron); lorsque « c'est l'œuvre de l'homme de bien et généreux, de bien faire et mériter d-'autrui, même d'en chercher les occasions?» (Saint Ambroise.)
C'est ce que faisait Chélonis, qui nous a laissé un des plus beaux exemples qu'on puisse citer de ce que peut la bienfaisance. Voici cet exemple.
Chélonis était fille et femme de rois. Voyant avec douleur son père et son mari ennemis déclarés, elle suivit son père dans l'adversité et lâcha de lui faire ouMier ses malheurs. La fortune changea, et le père, de Chélonis devenant victorieux à son tour, elle le quitta alors, pour aller pleurer avec son mari et adoucir la rigueur de son sort. On peut dire que Chélonis était bienfaisante. (Charron.)
Oui, Chélonis était réellement passionnée pourcetle belle vertu, puisqu'elle abandonna successivement son époux et son père, pour s'attacher toujours au malheur. Est-il une plus admirable manière d'exercer la bienfaisance?
A la vérité, on ne peut pas toujours rendre aux hommes des services importants, quelque bonne volonté qu'on ail , parce qu'on n'est pas toujours dans une situation avantageuse ; mais rien n'empêche de leur témoigner de l'amitié, de compatir à leurs infortunes, de les aider par des conseils, d'adoucir par des manières obligeantes la rigueur de leur sort , de leur procurer des soulagements soil par nos amis, soit par nos parents, s it par notre crédit. C'est augmen-
ter les malheurs des hommes que de leur témoigner de l'indifférence. (De Belle.jarde.) Mais revenons à la bonté.
Il ne faudrait pas la confondre avec la Sensibilité ( Voy. ce mot ), attendu que I i bonté est dans l'âme elle-même, au lieu que la sensibilité tient à l'organisation. De telle sorte que, peu de justesse de senliment et beaucoup de faiblesse, loin de consiituer un bon cœur, ne décèlent au contraire qu'une âme sensible. Et Dieu nous garde des âmes sensibles 1 dirai-je avec M. Saint-Marc Girardin; car combien de femmes qui montrent la plus grande sensibilité, et se refusent à secourir un malheureux dont l'état les émeut et leur fait mal ! Elles le fuient par excès de sensibilité !
C'est ce que ne fiii pas l'homme bon : il ne fuit pas les malheureux, il les recherche au contraire, il les soulage. Te! était Charles- Ferdinand d'Artois, duc de Berri. Les historiens de sa vie racontent que, chassant un jour dans la forêt de Saint-Germain, il dit à l'un des gardes : « Tu dois m'en vouloir, je me rappelle qu'à une de mes dernières chasses, n'ayant pas été heureux, je l'ai parle avec vivacité; donne-moi la main. » — Le garde, plein de respect et de confusion, s'excusa. — « Tu m'en veux donc? ou donnemoi ta m iin. » — Le garde, confondu de tant de bonté, avança en tremblant la main : le prince la saisit et y glisse quelques pièces d'or. « Va , lui dit-il, je te cunnais bien, lu as cinq enfanls. »
La bonté ne consiste pas seulement à faire du lien aux nécessiteux, elle nous excite également à empêcher que tels ou tels individus coupables d'une faute involontaire en soient punis; à détourner d'une personne un malheur dont on la voit menacée. Je vais expliquer ma p usée par des exemples.
François 1", jeune encore, se livrait avec ses courtisans à un divertissement qui consiste à se jeter des pelotes de neige, quand uu tison enflammé, lancé imprudemment par une fenêtre , atteignit le monarque à la tête et le blessa si dangereusement, qu'on craignit longtemps pour ses jours.
^ 11 défendit expressément qu'on recherchât l'auteur de cet accident. « Le mal est fait, disait-il, je veux en souffrir seul. » Par celte bonté peu commune, François I 'évita à celui qui l'avait blessé le châtiment que méritait son imprudence.
Avant lui , Charles VIII, surnommé l'Affable, avait offert le modèle d'une bonté si parfaite, qu'il put, à l'article de la mort, se rendre le témoignage de n'avoir jamais prononcé une parole offensante pour qui que ce fût.
Ainsi la bonté, qui est un des principaux attributs de l'Etre suprême, est aussi une des plus belles vertus des grands. On la retrouve également dans les classes inférieures de la société, où elle est bien plus précieuse encore, parce qu'elle est beaucoup plus méritante.
Nous pouvons conclure de ce qui précède que la bonté est innée dans le cœur de
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l'homme; qu'elle s'y développe suffisamment d'elle-même à mesure que l'intelligence s'agrandit et se perfectionne, à moins que de fausses doctrines et de funestes exemples ne viennenl l'étouffer dans non berceau; à moins que la corruption ne l'atteigne dan* le sanctuaire où elle réside, il faut donc veiller sur ce don du ciel avec exactitude et amour, et faire sentinelle, si nous voulons le conserver grand et pur jusqu'à notre dernier souffle.
Prenons garde pourtant que la bonté , poussée trop loin, dégénère en bonhomie, en faiblesse même, et peut nous faire manquer au devoir sacré de la justice. Son ahsenre eonslitue la sécheresse du cœur, l'égeïsme et la méchanceté. Yoy. ces mots.
BOUDEHll':, Boudeur (défaut). — La bouderie est un travers de car, ictère qui porte généralement les enfants gâtés, les gens faibles d'espri1, les fe nmes coquettes et capricieuses, les vieillards dont l'intelligence a baissé, à témoigner par leur silence, par leur mauvaise humeur, ou par des mouvements de mécontentement, qu'ils sont fâchés de quelque chose dont ils ne se plaignent pas, et dont, si on les interroge, ils ne veulent pas dire le motif.
Voyez cette personne à l'écart, sérieuse et silencieuse, faisant la moue ; approchez-vous et adressez-lui la parole sur quelque sujet que ce soit : elle ne vo;is répondra | a-, fera un signe d'épaule, et peut-être, elle vous tournera le dos. A plus forlo raison si vous cherchez à connat re le motif de sa bouderie. Voilà, d'après d'Arcouville, l'arme offensive et défensive du boudeur.
La bouderie est un défaut, tout le monde le sait et chacun en convient : ce défaut décèle un très-mauvais caractère, incl mal le boudeur dans l'esprit de tout le monde et fait le tourment, pour ne pas dire le supplice, de sa famille et de tous ceux qui sont forcés de vivre avec lui; et néanmoins, on voit plus d'un enfant malin, plus d'une femme miirnar.le et prétentieuse, plus d'un ruse vieillard, qui affectent de bouder pour atteindre plus sûrement le but qu'ils se proposent, pour obtenir ce qu'ils saveut bien qu'ils n'obtiendraient pas sans celle poissante manu'u-
vre. Mais coin dans ce cas ce n'est plus
véritablement de la bouderie, mais bien une vraie dissimulation, il est facile, sans être doué d'une bien grande pénétration, alors BOrlool qu'on a vécu quelque temps avec loi gen«, de savoir qu'ils cherchent à nous en imposer. Madame désire une frivolité, elle boude .1 Moniteur, qui refuse de lui pauef sa fantaisie, voilà la bouderie directe : Madame sort, reprend sa physionomie gaie et riante, le cours de ses idées joyeuse! ; elle arrive dans sa famille, et la voila prenant nu air -oneieiix, inquiet, voilà la bouderie affectée. On sait bien que les paren's voudront connaître la came de cet air chagrin, al l'on ■e du : Ou ils en parleront à non mari, qui cédera à leurs observations, ou ils me donneront eux-mêmes l'objet de ma convoitise; don tnana'uvre avec habileté pour en arriver là.
La véritable bou lerie, ai-jo dit, est un travers de caractère : j'.njoule après réflexion qu'elle est aussi un manque de jugement. La chose est facile à concevoir ; car, de deux choses l'une : ou la cause de la bouderie est connue, ou elle ne l'est pas : si elle est ignorée, que veut donc le boudeur? Qu'on l'interroge ? mais s'il ne doit pas répondre? S'il était plus raisonnable il se dirait : Si je laisse deviner le motif de ma bouderie et qu'on ne cède pas, à quoi donc me servira d'avoir boude?
La bouderie étant un des défauts de l'enf i nce, on la voit généralement devenir de plus en plus rare chez le jeune boudeur à mesure qu'il avance en âge, et disparaître entièrement alors que son intelligence s'est développée par l'éducation : ou si elle persiste, c'est qu'elle tiendra à une aberration des facultés inlellecluelles que rien ne saurait guérir. Dans tous les cas, comme bond r parfois ou souvent est toujours un défaut, et que ce défaut rend ridicule d'abord, insupportable ensuite, el finit par faire prendre ei aversion le boudeur, il est indispensable do lui montrer le mauvais côté de la bouderie, afin qu'il puisse se corriger.
On conçoit qu'il y parviendra, si sa raison acquiert enfin assez île lucidité pour comprendre que la philosophie consiste à être content de ce qu'on possède, satisfait des bonnes intentions qu'on nous monde, cl à no jamais désirer ou envier que ce qu'on peut raisonnablement obtenir.
BOURltr. Yoy. Bi/arhe.
BRAVOURE (qualité), Courage (vertu).
Valeur ( vertu i, Intrépidité ( verta ). — On esl brave, courageux, valeureux ou intrépide, quand on ose affronter les dangers les plus grands. D'après celte définition, généralement admise , les mois bravoure, courage, valeur et intrépidité auraient la même signification : ils seraient donc synonymes.
Cependant, si l'on prend chacun de ces termes dans s in acception rigoureuse, on trouvera qu'ils diffèrent entre eux sous quel* ques rapports, c'est-à-dire, par exemple, que la bravoure el la valeur se rapportent plus particulièrement aux hommes de guerre, tandis que le courage s'applique à Ions les hommes en général. Ainsi, on peut être courageux, sans pour cela montrer de 1 1 bravoure el de la râleur;»» peut être braie
cl valeureux , et néanmoins manquer de courage. Témoin ce fameux due, de Bonn,
qui avait si souvent br.ive la mort sur les champs de bataille, et ne sut pas mourir. AflSSi, malgré la brillante renommée qu'il
g'élail acquise, la mémoire fut flétrie par les
larmes qu'il vers l sur I echal'aud. en considérant la situation où il était réduit, el on se rappelant de quel degré de laveur son nnprudeoce l'avait fait déchoir, (.1. Smith.)
L'est pourquoi, afiade mieux faire comprendra la propriété de chacune de c s ex-
prCMiOBl, j'ai résolu d'établir, dans cet ar-
liele, loi caractères différentiels qui existent
entre la bravo ire, la valeur, le ourage, ■ t
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d'indiquer ensuite ceux qui caractérisent courage, et une des qualités qui contituenl Y intrépidité, celte compagne inséparablo du tout à la fois la bravoure et la valeur.