BRAVE ET BRAVOURE. VALEUR ET VALEUREUX. COURAGE ET COURAGEUX
La bravoure, disions-nous, La valeur se montre par- Le courage se déploie dans
n'est guère d'usage que lors- tout où il yaun péril à affron- tous les événements de la vie. qu'il s'agit des dangers de la ter, de la gloire à acquérir, guerre. Ainsi on est brave
quand après avoir été exposé plusieurs fuis aux périls de la guerre, on s'y expose de nouveau et de bonne grâce, préférant l'honneur à la vie.
Le braveaprèsavoir monté Le valeureux ne craint pas Le courageux ne craint ni
vingt fois le premier à l'as- la tempête et moins encore les revenants , ni le* autres
saut, [ eut trembler en Ira- les voleurs de la forèl. Il peut rêves de la superstition et de
versant la forêt battue par croire aux revenants, mais il l'ignorance auxquels il n'a
l'orage , fuir à la vue d'un se bat contre le fantôme. pas la faiblesse d • croire, phosphore enflammé , ou craindre les esprits, sans, pour cela, connaître la peur.
11 se contente de vaincre il cherche les obstacles; Il raisonne sur les moyens
les obstacles qui lui sont of- s'il les voil . il s'élance et les de détruire les obstacles,
ferts. brise quand c'est possi-
ble.
Il veut être guidé. Es t -il II sait combattre ; et s'il re- Il sait commander et même blessé , il s'enorgueillit de sa çoit une blessure grave, il obéir. Blessé, il rassemble les blessure. songe moins à la vie qu'il va forces que lui laisse encore perdre, qu'à la gloire qui lui sa blessure pour servir sa échappe. patrie. Tel se montra le capitaine Peraguay. Monté le premier sur une redoute et frappé en pleine poitrine, il répond à une voix amie qui lui crie : « Descends ; tu recevras des prunes. » — C'est fait, mais n'en dis rien, on ne me suivrait pas Il reste debout impassible : la redoute est enlevée par ses soldats, que son
exemple avait entraînés.
Victorieux, il fait retentir Couronné par la victoire, Triomphant , il oublie ses l'air de ses cris de joie. il soupire après d'autres coin- succès pour profiter des avançais, tages que lui donne la victoire.
Il peut être ébranlé parla il peut être désolé d'un 11 sait vaincre et être vaindéfaite, échec, sans pour cela se dé- eu sans être def„it. courager.
11 est entraîné par l'exem- L'exemple ne lui donne pas II n'a besoin ni d'exemples
pie. la valeur, mais les témoins la ni de témoins pour être cx-
doublent. cité.
Il devient brave par amour 11 est valeureux par vanité La réflexion , les connais-
de sa conservation , par am- noble , et par l'espoir d'ac- snnees , la philosophie , le
bilion , par amour de la pa- quérir de la gloire. Ainsi Her- malheur et encore plus la
trie. Ainsi les trois cents La- cule terrassant les monstres, voix d'une conscience pure,
cédémoniens que Léonidas l'ersée délivrant Andromède, le rendent courageux. Il mar-
commandait aux Thermopy- Achille courant aux remparts che à la mort sans en être
les, celui-là même qui s'é- de Troie sûr d'y périr, élon- effrayé. Socra te buvant la ci-
chappa, furent braves , parce nèrent le monde par leur va- guë , Régulus retournant à
qu'ils aimaient leur pays. leur. Carlhage , Mucius Scévola
apostrophant publiquement Porscnna qu'il avait voulu poignarder, Titus s'arrachant des bras de Bérénice et pardonnant à Sextus, furent courageux.
H ne peut rien contre les II est esclave de ses pas- Le courage rend maître des
passions; elles en font leur sions qu'il ne peut maîtriser; passions, pardonne en silence
esclave ; mais s'il est provo- mais il se venge avec éclat à l'outrage , et combat l'a-
qué pardes rivaux, il soutient des outrages et combat son mour. ses droits. rival.
Conclusion. La bravoure Conclusion. La valeur est Conclusion. Le courage est
est le devoir d'un soldat. la vertu du vrai chevalier. la vertu du sage et du héros.
Et quant à {'intrépidité , cette compagne En effet, n'est-ce pas qu'il est intrépido
inséparable du courage, et, je le répète, une celui qui , montant le premier à l'assaut,
des qualités qui constituent la bravoure et plante son étendard sur le rempart ennemi,
la valeur, on peut affirmer que le brave sol- et meurt ou triomphe en le défendant? r»i'est-
dat et le valeureux chevalier lui doivent il pas intrépide celui qui , de sang-froid,
leurs actions d'éclat. Dès lors elle serait, charge un poste détendu par une nombreuse
cumuie le courage, la vertu des héros. artillerie ou se jette avec résolution au mi-
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heu delà mêlée pour y moissonner des lauriers ou y trouver une n ort glorieuse? N'est-ce pas qu'il est intrépide et courageux tout ensemble , l'homme qui marche avec calme au supplice qu'il n'a point mérité?
Donc ce n'est pas sans raison qu'on a dit île l'intrépidité qu'elle consiste dans celle force extraordinaire de l'âme qui nous élève iu-dessus des [roubles, des désordres, des émotions que la vue des grands périls pourrait exciter en nous ; que c'est par cette force que les héros se maintiennent dans un état paisible, et conservent l'usage libre de leur raison dans les circonslances accidentelles les plus surprenantes et les plus terribles? (Lu Rochefout auUl.) Donc Henri IV était intrépide au plus baut degré, soil à la bataille d'Arnay-le-Duc, où, sans canons, il attaqua, combattit et délit une armée qui en possédait; soit à la bataille de Coulras, qu'il gagna sur Joyeuse, et pendant laquelle, apiès avoir crie aux offleiers de son armée qui s'étaient placés devant lui pour le préserver : .-1 quartier, je vous prie ; ne m'offusquez pus, jt veux paraître : il enfonce le premier rang des ennemis, se prend corps à. corps avec le cornette Chàleau-Renaud, iju'il fait piisonnier, eu lui disant : Rendstoi, Philistin l
Donc ils étaient intrépides ces bourgeois et marchands de Dieppe, qui, dans un moment où notre Hotte était complètement désorganisée, acceptèrent la mission périlleuse de délivrer ims côtes de la présence île la (liillc flamande. Moitiés tar dix-neuf barque* seulement qu ils avaient armées, et commandes en chef par Louis de Bures, sieur d'Epioeville, Dieppois lui-même, aliu que luui l'honneur revint aux enfants dt la ville, qui seuls combattaient, ils atteignirent cette botte, foi te de vingt-guulre bâtiments, entre Douvres et Boulogne, et la mirent en faite malgré sa supériorité.
Donc il était intrépide Jean Rart, quand avec six frégates il livre, au l'exel, un combat décisif à l'amiral de Frise, commandant de.auiJ vaisnaux hollandais [29 juin 1694). Lu une demi-heure il lui avait pris trois ni.ï:s, mii les autres en fuite, et ramenait à iHinkerque la Hotte chargée de blé envoyée en France par la reine de Pologne. Deux bâtiments danois et un suédois qui escortaient celle Hotte, restèrent neutres daOJ celle brillante affaire.
Ils lurent non moins intrépides, | endaut la guerre tics Indes (1757), ces Irois cents
Français ayant pour chef un officier nommé Latouche. Entourés d'une armée de quatrevingt mille baïonnettes qui menaçaient Pondiebérj, ils pénétrèrent la nuit dans le camp ennemi, y lui nui près de doute cents hommes sans p rdre plus de deux sold ils, jetèrent l'épouvaule dans celte grande armée el la d ssipèrenl loul ■ ntière : fut d'armes, 'lit l'historien, bien supérieur a celui des trois cents Spartiates qui se tirent massacrer au passage des Thermopyles, au lien 'i'"' les 1 lançais forçai vainqueurs. Donc l intrép