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été préservées d'une corruption prématurée, que dans ceux dont le désordre a commencé avec !e pouvoir de s'y livrer; et c'est sans doute une des raisons pour lesquelles les peuples qui ont des mœurs, surpa-senl ordinairement en bon sens et en < ourage ceux qui n'en ont pas. Ceux-ci brillent uniquement par je ne sais quelles qualités déliées qu'ils appellent esprit, sagacité, Gnesse ; mais ces grandes et nobles fonctions de sagesse et de raison qui distinguent et honorent l'homme par de belles actions, par des Tenus, des œuvres véritablement utiles, ne se trouvent guère que dans les premiers. (J.-J. Roussrau.)
Si les Gaulois, dit César, autrefois plus belliqueux que les Germains, leur cèdent maintenant par la gloire des armes, c'est depuis que, instruits par les Romains dans le commerce, ils se sont enrichis et policés. De même, m ce qui est arrivé aux Gaulois rst également arrivé aux Bretons, dit Tacite, c'est parce que ces deux peuples ont perdu leur courage avec leur liberté. De là cette remarque que le véritable courage (ou, pour employer la môme expression dont s'est servi Helvelius), le courage vertueux, ne se conserve que chez les nations pauvres, ou chez les gens piu fortunés, le peuple.
De tous les peuples, les Scythes étaient peut-être les seuls qui chantassent des hymnes en l'honneur des dieux sans jamais leur demander aucune grâce, persuadés, disaientils, que rien ne m?nque à l'homme de courage. Soumis à des chefs dont le pouvoir était assez étendu, ils étaient indépendants, parce qu ils cessaient d'obéir au chef lorsqu'il cessait d'obéir aux lois. Il n'en est pas des nations riches comme des Scythes , qui n'avaient d'autre besoin que celui de la gloire. Partout où le commerce fleurit, on préfère les richesses à la gloire, parce que ces richesses sont l'échange de tous les plaisirs , et que l'acquisition en est plus facile.
Or, quelle stérilité de vertus et de talents cette préférence ne doit-elle pas occasionner, la gloire ne pouvant jamais être décernée que par la reconnaissance publique, l'acquisition de la gloire étant toujours le prix des services rendus à la patrie, le désir de la gloire supposant toujours le désir de se rendre utile à lu nation.
Il n'en est pas ainsi du désir des richesses. Elles peuvent être quelquefois le prix de l'agiotage, de la bassesse.de l'espionnage, et souvent du crime ; elles sont rarement le partage des plus spirituels el des plus vertueux. L'amour des richesses ne porte donc pas nécessairement à l'amour de la vertu. Les pays commerçants doivent donc être plus féconds en bons négociants qu'en bons citoyens, en grands banquiers qu'en héros.
Heureusement, si le courage s'enfuit du cœur amolli cl gangrené du riche, il se réfugie dans' le cour ferme et pur de l'artisan et Je l'ouvrier, qui , dans les jours de détresse et de danger pour les institutions du pays, prouvent par leurs triomphes que ce n'est
pas impunément qu'on les brave et qu'on voudrait les asservir. C'est là ce que nous avons pu voir à différentes époques de notre histoire. Oui, toutes les fois qu'on a voulu en faire la triste épreuve, on a pu se convaincre qu'il y a peu de citoyens français qui ne courent volontiers au plus fort des dangers, au-devant de la mort; pour qui le courage est chose si ordinaire, qu'il serait honteux d'en manquer.
Le courage réfléchi est non moins nécessaire au général, qui, comme citoyen, doit tout braver quand l'intérêt du pays le commande, et comme chef, ayant à diriger l'ensemble des opérations, doit conserver toujours son sang-froid au milieu des dangers les plus grands, c'esl-à-dire rester maître de lui, avec toute la puissance de sa vue el de sa réflexion. Si, en présence des faits qui se passent sous ses yeux, il se laisse emporter par son courage; si, ne sachant attendre, il compte sur sa bonne fortune et livre la bataille sans nécessité, alors que les chances du combat sont fo:t douteuses, ne compromettra-t-il pas son armée et son honneur? Donc, en toutes choses, l'homme courageux doit se commander à lui-même.
Le courage qui sait se contenir el résister pendinl longtemps est fort rare. On compte les grands capitaines capables de conduire une armée avec intelligence et résolution, surtout dans la défaite ou dans la retraite. 11 en va de même pour tous les genres de dangers. Beaucoup peuvent s'y exposer ou les braver; peu sont en état de les envisager de sang-froid, de les regarder venir, de les attendre el de les vaincre par la patience, par la prudence, quelquefois par l'inertie.
Celui qui est courageux par réflexion combat l'instinct de la conservation, qui f.:it spontanément le danger, et résiste à l'entraînement de !a sensibilité et de la peur ; car tout être vivant a naturellement horreur de ce qui peut diminuer, affaiblir ou détruire sou existence.
Pour que l'homme s'expose volontairement au péril, il faut qu'un motif plus fort le pousse en avant ou le maintienne; il est divisé en lui-même, sous l'influence des deux principes opposés auxquels correspondent les deux natures qui le constituent. La liberté doit décider entre les deux, et c'est pourquoi il y a un temps de délibération avant la résolution. L'alternative s'établit presque toujours entre l'existence physique et l'existence morale; il faut compromettre l'une pour sauver l'autre. Le soldat ne peut reculer devant l'ennemi; même quand l'instinct et la peur l'y portent, le devoir cl la h nie l'en empêchent. Combien de gens se battent en duel par respect humain , s'exposant à la mort par crainte de la raillerie 1 Le magistrat qui m lintienl courageusement la loi devant la multitude soulevée et menaçante, l'homme qui refuse une promesse déshonorante que la violence veui lui arracher, la jeune (illo qui préfère la mort au déshonneur, le martyr auquel on demande l'apostasie par des tortures, le croyant qui s'expose au ridicule
BKA