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les misérables, bâtez-vous de vous satisfaire.Craignez que le temps, le conseil, n'emporlenf ces bons sentiments, et n'exposez pas votre cœur à perdre un si cher avantage. « Mon bon ami, il ne lient pas à vous de devenir riche, d'obtenir di'S emplois ou des honneurs; mais rien ne peut empêcher d'êire bon, généreux et sage. Préférez la vertu à tout, vous n'y aurez jamais de regret. » ( Vnuvenargues.)
Et pourtant, si l'on étudie la charité dans la personnification de ses plus beaux dévouements, on se demande : Est-ce dans les palais, dans l'asile de l'opulence et des joies d'ici- bas que nous allons rencontrer la charité? Faul-ii aller, pour voir ses miracles, dans les lieux fréquentés des grands et des heureux du siècle ? Est-ce sur un brillant théâtre qu'elle répand ses bienfaits ? Va-tellc, comme la science, par exemple, s'étaler aux regards et se repîlie dis approbations et des applaudissements? La trouveronsnous dans ces brillantes assemblées où la vanité laisse tomber avec ostentation ses rares aumônes? Oui, on l'y trouve, mais on la néglige ; on l'oublie, parce qu'elle se lient à l'écart ; on dirait que le bruit cl l'éclat lui l'ont peur. Aussi ne sont-cc pas les. lieux qu'elle préfère; on la rencontre plus sûrement dans l'humble réduit do la misère, au chevet d'un lit d'hôpital où gît la souffrance, où le p;iuvre agonise. Partout où l'humanité souffre; partout où l'homme a besoin d'un frère, d'un ami, d'un instituteur, d'un prêtre; partout où il y a des malheureux à soulager, des ignorants à instruire, des infidèles à convertir.
Figurez-vous la plus misérable demeure, l'antre le p^us infect, L'almospbère la plus empoisonnée, et là, sur un grabat, un pauvre en haillons, couvert d'ulcères dont l'odeur repousse, dont la vue épouvante; si vous voulez même, un misérable dont la débauche ait rongé la chair, un être que le crime a flétri.
Si ce malheureux n'a plus de mère, sans donle il va mourir abandonné dans les angoisses de la douleur et dans le désespoir. Qui donc viendrait auprès de lui? Il y a peut-être, pour le secourir, des miasmes pestilentiels -à braver? La bienfaisance et l'humanité reculeront à ce spectacle OU n'y résisteront pas ? Approchez-vous et voyez : auprès du grabat il y a une femme, mais ce n'est point une femme ordinaire ; celle-ci a
vaincu les susceptibilités, les faiblesses naturelles à son se\e ; cir elle n'a point horreur de ce spectacle ; elle panse les ulcères de ce malade, soutient sa tête alourdie, lui prodigue Ici seini les pins louchants, le console avec des paroles affectueuses et ne
le quitte pas un seul instant. Celle rerame,
ce n'est point sa mère ni sa ICBUr; maison.'
chrétienne embrasée des feux de la charité; un ange que la Providence envoie pour consoler, secourir, n'importe lequel des frères do Jésus-Christ : c'esl une religieuse.
Interrogez l'antiquité, inlcrro.cz toutes
les religions, demandes-leur ce dévouement
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sublime de la femme. Que nos réformateurs nous donnent de semblables héroïnes, qu'ils inventent un mobile assez puissant pour en-, fanler de tels miracles!... (P. Belouino.) I
Soyez charitables comme elles , et non comme ces hommes bouffis d'orgueil qui épient si on les regarde quand ils font une bonne œuvre, et qui la différeraient atout jamais si elle ne devait pas avoir des témoins et des preneurs. Soyez charitables comme les jeunes colons de Petit-Bourg qui, s'abandonnant à un sentiment dont ils n'auraient pu se rcndie compte, s'imposèrent bien des privations pour secourir la vieillesse indigente ; ou comme les disciples de saint Vincent de Paul, qui pénètrent avec mystère et bonté dans la mansarde du pauvre pour verser le baume salutahe de la foi et de l'espérance dans son coeur, et d'abondantes aumônes dans sa main décharnée. Ou bien encore comme l'était le duc de Uerry, pelil-fils de Louis XV. Citons un des traits les plus remarquables de si bienfaisance.
Avant de monter sur le trône , animé de celte ardente charité qui ne le quitta jamais, le vertueux Louis XVI s'occupait sans cesse à découvrir les pères de famille qui, tombés sans leur faute dans le malheur , essayaient de cacher leur misère aux yeux de tous. Déguisé sous l'habit le plus commun cl accomgné d'un seul valet dont la discrétion lui était connue , il allait déposer des sommes considérables dans l'asile de l'infortune et se dérobait à tous les remerciements.
Surpris un jour par plusieurs de ses officiers , fort étonnés de le voir sortir d'une maison dont l'apparence était des plus pauvres , ce prince leur répondit avec cette gaieté qu'inspire toujours lecouslanl exercice des bonnes actions : <> Vous conviendrez , messieurs , que je ne suis pas heureux : je ne puis essayer d'aller en bonne fortune qu'on ne le sache. » Ce fait n'a pas besoin de commentaire.
N'oublions pas de mentionner que la charité ne consiste pas seulement à porter des consolations aux malheureux et à leur faire d'abondantes aumônes ; elle s'exerce d'une manière bien plus profitable alors qu'elle empêche la calomnie et la médisance de répandre leur venin. Oui , celui qui ose heurter de front le calomniateur ou le diffamateur alors même qu'il n'agitait que pour faire le plaisant, et sans intention de nuire ; celui qui 086 dire aux rieurs ou à ces mauvais cieurs
qui encouragent la calomnie et la diffamalion en lui prêtant l'oreille, ce que Jésus- Christ dit aux persécuteurs de la f mme adultère : Que celui qui est sans péché lui /'< première pierre ; cc\ homme-là, dis-je, accomplira un acte de charité.
CHASTETÉ ci Continence (vertus , l'ai mi les appétits sensuels que l'homme
el la femme épiOUVOnl, UO des plus violent'-,
des plus imperieu \ , est celui qui porte un sexe vers I autre punr s'unira lui dans un commerce charnel (1 oy. Amour des sexes). Cet ap; élit leur est commun avec tous les
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animaux, quelle que soil leur espèce , In nature n'ayant pas moins veillé â la conservation des uns qu'à celle de tous lesaulrcs êtres animés. Dès lors , s'il est une puissance qui donrïe à l'homme la faculté de dompter ses appétits sensuels, une puissance qui l'épure et le tienne dans le respect sacré que la philosophie et la religion lui prescrivent d'avoir pour la femme, celte puissance sera une vertu. C'est aussi la qualification que l'on a donnée à la chasteté, et elle le mérite réellement, puisque c'est un sentiment honnête qui fait qu'on s'abstient des plaisirs de la chair hors les cas légitimes.
J'ai dit que la chasteté épure l'homme et le tient dans le respect que la philosophie et la religion imposent, afin de faire remarquer que les lois morales et les lois religieuses ne soit pas également étroites. Ainsi, tandis que l'une se borne à [ rescrire des règles à l'usage des plaisirs charnels , l'autre, allant beaucoup plus loir,, veut qu'un regard, une parole , un geste mal intentionnés flétrissent la chasteté chrétienne. (Diderot.) Donc celle-ci serait bien plus sévère que celle-là.
A ce propos, je ferai observer, que la chasteté est de tous les temps , de tous les âges, de tuas les étals, tandis que la continence n'est que du célibat ; et il s'en manque beaucoup que celui-ci soit obligatoire. Or, si la chasteté est une vertu, à plus forte raison la conlinence en sera-t-elle une. Et celle vertu devient même d'autant plus méritoire , que, tandis qu'il en coule peu d'efforts pour être chaste, ;.lors surtout que la chasteté e»t unesuile naturelle de l'innocence des mœurs, et que lorsque l'appétit se réveille il peut être satisfait par un commerce légitime , il en coule beaucoupau conlraired'êlre continent, du moment surtout où les appétits sont trèsviolents. C'est pourquoi, comme il y a beaucoup plus de n érite à être continentqu'à être chaste , comme la continence n'est que le fruit d'une victoire remportée sur soi-même, ce qu'on ne dit pas de la chasteté, l'une étant plus difficile que l'autre, elle a plus de droits à notre approbation et à nos encouragements.
Prenez garde que je n'ai entendu parler jusqu'à présent que de la chasteté selon la philo-ophie; car, si nous étendions, comme on doit le faire, les limites de la chasteté jusqu'à la sphère des devoirs que le catholicisme nous a tracés , nous reconnaîtrons q-a'il est aussi difficile d'être chaste que d'être continent. Je dis plus, il y a dans la vie une époque où il est plus facile d'être continent que chaste , c'est lorsque, arrivé à un àgeavancé, l'impuissance physique de l'homme le force à la continence. Alors il est bien rare que les vieillards soient chastes; et cela prouve qu'on peut être continent sans pratiquer la chasteté.
(jardous-nous d'imiter de pareils exemples, et sachons b en que plus une vertu est difficile, plus il y a de mérite à la pratiquer. Redisons-le souvent aux jeunes personnes, afin qu'elles n'ignorent pas que la pureté de l'âme
ri de la conduite est la première gloire des femmes , et, soyons-en certains, elles désireront toutes la conserver.
Ut pourquoi no le vomiraient-elles pas , si elles sentent qu'il n'est rien de plus beau que de voir toute la terre à ses pieds , et de triompher alors de soi-même , de s'élever dans son propre cœur un trône auquel tout viendra rendre hommage?
Pourquoi ne le voudraient-elles pas, si elles sont averties que les sentiments tendres et jaloux, mais toujours respectueux , l'estime universelle et la leur propre, payeront sans cesse en tribut et en gloire les combats de quelques instants ?
Pourquoi ne le voudraient-elles pas, enfin, lorsque, si les privations sont passagères, le prix en est permanent ; lorsqu'il n'y a pas de jouissance plus délicieuse pour une àme chaste que l'orgueil de la vertu unie à la beauté ?
Telle on vil Livie, femme de Tibère, belle parmi les plus belles et d'une sagesse surpa santsa beauté ; onl'a toujours citéecomme ayant aimé uniquement son mari et comme le plus parfait modèle d'une grande chasteté et d'une haute vertu.
Dion raconte qu'un jour des hommes nu> s'étant trouvés par hasard ou autrement devant cette princesse, le sénat était sur le point de les condamner; mais Livie s'y opposa, disant que les hommes nus sont des statues pour des femmes chastes. Cette sentence est sans doute plus philosophique que chrétienne. Aussi, tout admirable que ce langage puisse être pour le philosophe, je préfère le naïf et le sublime des expressions dont se servit Suzanne pour résister nus vieillards qui l'avaient surprise au bain. Ayant les larmes aux yeux et Dieu dans le cœur, dit Daniel, elle leur répondit en ces termes : Je ne vois que maux de toutes parts; car si je me livre à ce que vous voulez de moi, je suis coupable ; et si je ne le fais pas, je n'échapperai point de vos mains Mais
j'aime mieux tomber entre vos mains étant innocent- que de commettre un péché devant Dieu qui me voit.
Yroilà quelle fut, dans les temps antiques, l'idée de la chasteté. Ce sentiment était également poussé fort loin dans la Chine, cl c'est pour ne pas manquer à ses lois que les femmes ne convolaient jamais à de secondes noces.
Du reslc , on ne saurait attacher trop d'honneur et de gloire à la chasteté des femmes; car, sans ce frein, combien qui peu1être pousseraient bien plus loin lu licence que les hommes !
Ce n'est pas seulement à ce point de vue que la chasteté mérite nos hommages; et. si elle a de grands et de réels avantages à offrir aux jeunes personnes et à toutes les femmes, la modération dans les plaisirs a non moins d'avantages pour les hommes. Elle est nécessairement indispensable, d'abord à l'homme qui veut se emiserver longtemps dans la fleur de l'âge, et qui aspire surlout à briller dans la carrière des beaux-arts.