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Ainsi, toulegrandeœuvre intellectuelle exige dans sa génération la continence des plaisirs charnels. Abslinuit Venere et vino, sudavit et alsit , dit Horace, quoique peu fidèle quelquefois lui-même à ses préceptes, qui furent mieux observés par Virgile, pudique et réservé comme une jeune tille.
Ainsi, d'après lechancelier deYérulam (Bacon), aucun des grands génies de l'antiquité n'a été Irès-adonné aux femmes, el tout le inonde sait qu'un des plus grands physiciens dont s'honore l'Angleterre est mort vierge à l'âge de quatre-vingts ans.
Ainsi, suivant la remarque d'ArétéedeCappadoce (et et lie observation a été vérifiée par tous les physiologistes), la continence imprime une tension el une vigueur extrême à toute la constitution, excite le cerveau et exalle la faculté de penser. De là viennent aussi le courage, la magnanimité et la force du corps. Ce qui explique pourquoi les athlètes vivaient dans le célibat, et pourquoi le législateur hébreu défendait aux hommes d'approcher de leurs femmes lorsqu'ils devaient aller à la guerre.
La chasteté n'est donc pas seulement nécessaire pour conserver au corps sa force et sa vigueur, mais encore pour conserver au cerveau toute l'activité qui lui est nécessaire. Une grande puissance cérébral?, quand elle n'est point dépensée par la méditation el par l'élude, ajoute extrêmement à la vigueur génitale, et la faculté génératrice quand on n'en abuse pas.reportantauconlraire unsurcroît d'énergie à la puissance cérébrale, les enfants qu'on procrée alors doivent s'en ressentir. C'est peut-être à cela qu'on doit rapporter la supériorité de vigueur physique ou d'intelligence que les bâtards ou lespreuiiersnés d'un mai iage légitime ont sur leurs puînés.
Du reste, on a fait la remarque que le père de Michel Montaigne, revenu à trente-deux ans des guerres d'Italie, vierge encore, eut ce fils célèbre après une chasteté aussi remarquable; que le père de J.-J. Rousseau retournait de Conslanlinople, rapportant à son éj o.ise le prix d'une longue fidélité, et qu'un grand nombre des hommes les plus distingués ont été engendrés hors du mariage ; ce qui coi. firme mon opinion. Parmi ces dernier^ on cite Homère, Galilée, Erasm >, et, dans des temps plus modernes, d'Alem-
berl et Jacquet Delille. Ainsi, li chasteté
conserve à l'homme toute la puissance de son génie, el celle puissance peut s'étendre aux fruits de leurs chastes amours.
Ce n'est pas lOUl encore : dans la vieillesse, l'homme que des habitudes vicieuses n'ont point dépravé el qui ne prend plus les désirs <!e son nu igination pour îles besoins réels, devient naturellement conlinenl : sus ésin spontanés, sans goût pour des plaisirs dont la pensée seule lui reste, il Ironie lout
simple se fermer li porte du temple dam Fequel il les goûta. M us si. méconnaissant tout à fait le réritable l al de sos forces, l'homme abusé sur sa position par la stimulation indirecte on immédiate des organi s delà reproduction, cherche encore des jouis-
sances dans le rapprochement des sexes, ce qui lui reste de ses forces se dissipe bientôt dans l'ébranlement causé par les efforts prolongés, qui le mènent à la jouissance.
Enfin l'hébétude de son esprit, le vertige, la langueur des fonctions digeslives, le tremblement sénile, la paralysie et même l'apoplexie foudroyante sont là pour le frapper et l'avertir très-sévèrement des dangers inséparables d'un plaisir qui n'est plus de son âge, et qui excite une commotion dont la violence est incompatible avec sa faiblesse. (Huilier.) Ce dernier accident ( l'apoplexie foudroyante) sera bien plus à craindre encore si le vieillard goûte ces jouissances immédiatement après le repas, Hroussais ayant observé que les individus qui font la sieste avec leurs femmes (n'importe leur âge) sont fréquemment frappés d'apoplexie. Toutefois, il ne faut pas se le dissimuler, on ne peut guère, sans de très-grands efforts, être chasle selon l'esprit de l'Évangile, et a plus forte raison être continent. C'est pourquoi, afin d'exprimer avec force et vérité la violence des combats que l'esprit livre parfois à la chair révoltée, je laisserai parler saint Jérôme, qui, ayant longtemps combattu, a décrit avec une mâle éloquence toutes les angoisses de la continence.
Voici comment ce solitaire a constaté , d'après sa propre expérience, les combats de l'homme révolté contre la nature : « Au seiu des déserts, dans ces vastes solitudes brûlées du soleil, combien de fois j'ai rêvé les délices de Home! Assis au fond de nu retraite, seul, parce que mon âme était pleine d'amertume, défiguré, amaigri, le visage noir comme celui d'un Ethiopien, mes membres se desséchaient sous leur sac hideux ! Tous les jours des larmes, tous les jours des gémissements; je criais au Seigneur, je pleurais, je priais, et lorsque, oppressé par le sommeil et luttant contre lui, il venait me surprendre, mon corps épuisé tombait nu sur la terre nue. Je m'étais condamné à ce supplice pour échapper aux feuv de l'enfer. Eh bien I dans ces tristes déserts, environné de bêtes féroces el d'affreux reptiles, je me rei oyais en idée parmi les » lueurs des vierges romaines. Le visage était abattu par la pénitence, le cœur brûlé par d infâmes désirs, l ans ce corps exténué, dans une chair morte avant l'homme, la concupiscence attisait ses feux dévorants. AI >rs j'in- VOquaiS le Seigneur, je mouillais SOS pieds de mes larmes; le jour, la nuit, je criais me. frappant la poitrine el ne ee-sais d'implorer Dieu, jusqu'au moment où il rendait le
calme à mon Ame. Je me souviens d'avoir
passé des semaines entières sans manger,
craignant même d'entrer dans ma cellule où
j'avait nourri de si coupables pensées, cherchant des vallées profondes, d'Apres rochers, de hautes montagnes pour en faire un lieu
d'oraiSOU et de supplice, bourreau impitoyable de celle chair rebelle. >•
J'ai du les terribles effets de la continence ; re le à en peindre Ira douceurs. Je le ferai en i lupruntani la même palette et le même pin-
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ceau. afin de conserver à mon lableau absolument les mêmes Irails et les mêmes couleurs qui* saint Jérôme a su lui donner. « Là, poursuil-il , D.eu m'en est témoin, après des torrents de larmes, les yeux attachés au ciel, triomphant, je m'élevais parmi les anges, et dans les ravissements d'une vision céleste je chantais : Je suis arrivé jusqu'à vous, attiré par l'odeur de votre encens. » On ne saurait le contester, les luttes incessantes du saint solitaire offrent un exemple bien remarquable de ce que peut la volonté de l'homme contre les appétits et les penchants qui pourraient l'entraîner. Mais sulfit-il toujours, pour dompter sa chair et triompher de ses passions, de vouloir fortement et de prier avec ferveur? Je réponds affirmativement, et cependant je connais l'histoire d'un pieux cénobite, d un tempérament fougueux, qui, malgré les macérations, le jeûne et la prière, jointe à une forte volonté de chasser de son cœur les pensées mauvaises qui venaient l'agiter, ne pouvait se mettre dans son lit san> éprouver toutes les fureurs de ce qu'il appelait le démon de la chair..... L'occupation assidue du jardinage, ajoutée à ses pieux exercices, finit par le guérir.
Mais tous les continents, hommes ou femmes, ne sont pas aussi heureux que le furent saint Jérôme et le digne cénobite dont j'ai parlé: il en est, hélas 1 qui en ressentent de terribles effets, soit qu'ils manquent de foi en celui qui donne la force, soit que, par un vice de leur organisation, le cerveau, disent des médecins, ébranlé par des secousses sans cesse* renaissantes, perde de ses propriétés organiques et vitales. lien résulte qu'après avoir combattu pendant quelque temps avec plus ou moins de succès, quelques individus qu'une longue continence sans grande piété surexcite, deviennent tristes, moroses, abattus. Ils se montrent avec un visage animé, le regard étincelant; leur corps eit agité et brûlant. Ils finissent, perdant la raison, par se livrer à des actes obscènes, révoltants, coupables. L'homme s'y porte avec toute la violence et la brutalité du satyre; la femme avec toute la douceur de la nymphomane, restée au premier degré de la monoinanie erotique | c'esl-à-dire, que d'abord elle provoque par des regards lascifs, des poses voluptueuses, des propos agaçants qui montrent qu'elle a perdu tout sentiment de pudeur et de retenue ; cl cela dure ainsi jusqu'à ce qu'enfin, éprouvant toutes les agitations de la fureur utérine ou de la véritable aliénation mentale, elle se porte à des excès contre tout individu, fûl-il dégoûtant, qui se refuserait à ses embrassemenls. Bicèlre et Charenton sont là comme témoins irrécusables de ces tristes faits.
On ne saurait donc trop se hâter de venir en aide à tous ceux qui, forcés de vivre continents, sentent trop vivement l'aiguillon de la concupiscence. Sans doute que les moyens employés par saint Jérôme pourraient être utilement employés ; mais, outre qu'il n'est guère possible aujourd'hui de s'isoler entièrement du monde, on trouverait peu d'hom-
mes qui voulussent se hasarder à soutenir de pareilles luttes , ni livrer de semblables combats. Et le voudraient-ils, qu'il faudrait qu'ils fussent doués d'une force d'âme pareille à celle du pieux solitaire, pour triompher comme lui; car je dois faire observer que le jeûne et l'abstinence, en amaigrissant le corps, favorisent la prédominance du système nerveux. Dès lors celui-ci, devenu bien plus irritable encore, passé à l'état d'hypéresthésie, entretient alors, si je puis ainsi parler, un feu continuel caché sous la cendre, lequel se rallume de temps en temps avec la dernière violence. Mieux vaut, en conséquence, s'il y a force majeure pour le continent, de rester tel, de lui conseiller les débilitants, toujours utiles pour calmer l'érétisme des organes sexuels, à moins que celui-ci ne tienne à la faiblesse.
On leur associera les cataplasmes relâchants, les fomentations de même nature et les frictions de camphre pulvérisé et mêlé à la salive que j'ai prescrite et vu employer avec avantage. Les boissons rafraîchissantes, les demi- bains et mieux les bains entiers tièdes, seront également conseillés. Le régime se composera de végétaux, de laitage et de toutes autres subs'a-ices qui entretiennent le corps sans le trop nourrir. Le séjour à la campagne, lâchasse, la pêche, l'horticulture, les arts mécaniques, tout ce qui, en un mot, peut occuper agréablement l'esprit et le distraire de son idée fixe, seront proposés et recommandés.
Mais tous ces moyens seront insuffisants si les individus restent trop longtemps couchés, et si leur lit est trop mou, la trop grarrde chaleur aux reins favorisant la fluxion du sang sur les organes générateurs; s'ils ne se privent de la vue des tableaux, des spectacles, ballets, des cirques et autres lieux où les acteurs et actrices paraissent coquettement parés et demi-nus; s'ils ne s'abstiennent d'aller dans ces salons brillants où tout respire la volupté, à ces bals où une sorte de familiarité s'ètablissant entre les danseurs et les danseuses, ils restent longtemps enlacés et confondent pour ainsi dire leur haleine; s'ils ne repoussent constamment ces livres où tout parle de l'amour et de ses plaisirs, et qui font de chacun de leurs faibles lecteurs autant de héros de roman ; si on ne leur défend expressément les boissons excitantes, spiritueuses, les mets salés et épicés, les viandes noires, rôties, les truffes, les farineux, et tout ce qui enfin, en enrichissant le sang, dispose à la luxure. Car il ne faut pas se dissimuler, et cette observation n'avait pas échappé à Slrabon ni à Démétrius, quand nous nourrissons bien le corps, l'esprit se porte mieux, et plus il se porte bien, plus il est disposé aux plaisirs charnels.
11 n'est pas nécessaire, je pense, que je m'arrête longtemps à faire observer que si ces moyens réussissent contre les effets de la continence, ils réussiront bien mieux encore contre les pensées coupables qui deviendront plus rares.
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