CLE
fois exaucée? A'ors, que d'autres coupables attendent leur tour!
Après avoir admis que la clémence était la mise en pratique d'un sentiment multiple ou du concours de plusieurs sentiments qui peu • vent agir ensemble ou séparément dans le même moment, nous ajouterons que cette vertu est descendue du ciel et qu'il faut que le Père commun des hommes, en l'envoyant sur la terre, lui ait donné une douceur inexprimable, puisque les grands et le peuple lui-même envient aux souverains celle magnifique et puissante prérogative. « Vous n'avez rien de plus grand dans voire fortune, disait Cicéron à César, que le pouvoir de sauver des citoyens, ni de plus digne de votre bonté que la volonté de le faire. » Aussi l'histoire des monarques les plus fameux el les plus renommés nous les montre-t-elle toujours généreux et clémenis. Pourraient-ils ne pas l'être, s'ils se rappellent qu'ils sont les imitateurs du Fils de Dieu fait homme, expirant pour sauver l'homme; lorsque, si vaincre est d'un héros, pardonner esl d'un Dieu? (Le grand Frédéric.)
Oui, pardonner est quelque chose qui nous fait participants de la divinité de Jésus-Christ, dont elle emprunte la suavilé, les délices et la majesté, pour en orner le pardon. Et, s'il en est ainsi, devons-nous être étonnés que tout le monde envie aux rois celte belle | rérogative? et que le peuple les condamne parfois de n'en pas user plus souvent'' Nous répondrons à ces questions par une simple observation : la clémence n'est pas sans avoir quelques inconvénient. Or, «n des plus grands que je lui connaisse est de conserver quelquefois à la société des homm s qui sont un véritable fléau pour elle. Et par exemple : qu'un roi bon, par excès de clémence, lasse ouvrir le cachot d'un criminel et lui détache ses fers. N'csl-ce pas qu'il peut se faire que ce criminel, s'armant d'un poignard au sortir de sa prison ou plus tard, coure massacrer un ou plusieurs des citoyens dont il croit avoir à se plaindre? Donc il eût mieux valu, dans ce cas, la mort d'un seul qui, par ses crimes, avait mérité de mourir par la main du bourreau, que la mort de p'usieurs inn cents.
Ainsi, pour que la clémence soit réellement une vertu, il faut en user de telle manière qu'on soit irréprochable. Et un roi ne le serait pas, si le coupable esl un de ces agitateurs qui portent parlout le trouble et la division, excitent à la haine et ne se plaisent qu'au désordre ; un de ces hommes qui sèment des vents pour avoir le plaisir de récolter des tempêtes, cl qui, entretenant les esprits dans une agitation continuelle, détruisent la confiance, anéantissent le commerce et l'industrie, et ruinent l.i nation. Dans ce cas se montrer clément, c'est, disons-le bien haut, s'aveugler sur les véritables attributions .de la clémence; c'est l'aire un acte immoral, et commettre un crime do lèse-patrie, puisqu'on sacrilie les intérêts du pays tout entier au seul plaisir de faire grâce, d'enlever une tète au bourreau.