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qu'on lui fasse injure ; et, d'aulrc pari, il peut être ofîensé ou injurié, sans que, pour cela, il soit animé du désir de se venger. Et , par exemple : qu'un domestique brise par maladresse un objet précieux, le maître gronde, crie, fait tapage, chasse même le maladroit domestique; mais pourrait-on supposer qu'une idée de vengeance soit entrée pour un moment dans le cœur de ce maître exaspéré? Pour ma part, je ne le crois> pas : il y a trop d'irréflexion dans son esprit," il est trop rempli de la perte qu'il vient de faire et par le sentiment que cetle perle a fait naître en lui, pour qu'une idée de vengeance puisse y trouver place.
De même, qu'un fils désobéisse à son père, qu'il commette une faute grave qui porte atteinte à son honneur et à celui de toute sa famille généralement estimée, respectée et honorée, dans son premier mouvement, ce malheureux père éclatera, s'emportera; mais le sentiment de la vengeance viendra- Mi l'exciter à se venger de son fils? 11 faudrait n'avoir jamais été père pour répondre affirmativement : c'est pourquoi, laissant de côté les deux définitions qui font l'objet de ma critique, je voudrais qu'on définît la colère : une émotion plus ou moins violente qui naît d'une contrariété inattendue ou prévue, et qui nous impressionne de telle sorte que l'âme elle-même en est troublée, perd tout empire sur la raison, et permet ainsi que notre émotion se trahisse; ce qui a lieu assez souvent par des actes aussi violents qu'irréfléchis. Par là on retrouve dans ma déGnilion, soit celle d'Horace qui appelle la colère une courte fureur; soit celle de Descaries, pour qui la colère est une indignation contre ceux qui font mal , etc., etc.
On m'objectera peut-être qu'un homme qui reçoit une injure sans l'avoir méritée, est bouillant de colère, et ne respire que la vengeance : mais, dans celte circonstance, est-ce, je le demande, l'indignation, l'amour de lui-même, ou la colère, qui l'agitent, ou la colère elle-même, est-elle le résultat de l'un des deux aulros sentiments?
Dans tous les cas, nous ne devons pas nous le dissimuler, toute colère n'est pas blâmable; il en est au contraire de justes, de nobles, de légitimes, et nous ne serions coupables aux yeux du législateur, de la morale et de la religion, que tout autant que, perdant toute rct nue sur les motifs les plus frivoles, et sans avoir égard au degré de l'offense, chacun se rendrait justice à lui-même eu usant de la loi du plus fort.
On a pu remarquer que dans la définition que j'ai donnée de la colère, figurent les mots assez souvent; il importe d'autant plus d'insister sur ce point, que la passion qui nous occupe ne se manifeste pas toujours de la même manière. Dans certainscas, il arrivera donc que :
1" L'individu ayant assez de force morale ou d'empire sur lui-même pour se rendre presque entièrement maître de tes mouvements, il concentrera tellement sa colère, la refoulera si profondément dans son cœur,
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qu'on ne la reconnaîtra qu'à une légère >dtération de la voix, du geste, de la parole. Tel on vit Socrale : quand il était en colère, dit Plularque, c'était alors qu'il parlait et plus rarement et plus doucement. On s'apercevait bien qu'il était ému, mais on voyait aussi qu'il se rendait maître de sa passion. 2° 11 peut arriver encore que, suivant l'idiosyncrasie des individus, la colère se manifeste de l'une ou l'autre des deux manières dillérentes que je vais décrire , à savoir :
A. Si l'homme est entièrement emporté par elle, tous ses mouvements deviennent impétueux, énergiques; le visage rougit, parce que le sang se porte à la tête; la face est vultueuse et semble bouffie, les yeux étin— cellent, les lèvres sont tremblantes, les mâchoires éprouvent un resserrement spasmodique avec grincement des dents, les cheveux se hérissent, la respiration devient bruyante, difficile ; les muscles se tendent, le cœur bat
. plus vile, la circulation s'accélère et devient impétueuse (on a compté jusqu'à cent quarante pulsations et plus par minute); la voix est entrecoupée, sourde ou sonore, meurt dans la gorge ou sort en éclats; des craquements se font entendre dans toutes les jointures, des trépignements attestent l'impatience intérieure, l'intelligence n'est plus maîtresse, la raison n'a plus d'empire; aussi la colère s'exhale en propos sans suite et incohérents, en paroles prononcées avec vivacité, en cris, en menaces ridicules , exagérées. Voilà le premier t ibleau de la colère. Si elle se porte à des excès inouïs, brisant, frappant tous les objets qu'elle rencontre, elle est poussée jusqu'à V emportement; et si elle y joint les voies de fait contre les personnes, elle constitue la violence.
Riais, comme toutes les choses extrêmes, elle s'affaiblit par sa propre violence; quand elle éclate, elle n'a pas de durée. Parfois elle se tourne en pitié pour ses victimes, elle secourt ceux qu'elle vient de frapper, et verse des larmes sur le mal qu'elle a fait.
B. Quand au contraire le sang se porto tout à coup au centre du corps, le visage pâlit, les yeux se cavent, ils expriment l'indignation et la menace; les traits se contractent, les lèvres blanchissent et sont tremblantes ; la respiration est gênée... il étoulle! la voix s'affaiblit et se perd, les battements du cœur sont précipités, les pulsations artérielles plus fréquentes, mais le pouls est pelit et concentré, irrégulier; l'individu esltremblant, il ne peut plus se soutenir, l'estomac se resserre et une douleur névralgique s'y fait sentir, les ganglions, les plexussolaires,seinilunaircs, enfin, l'ensemble du système nerveux qui se distribue aux organes de la vie nutritive, reçoit particulièrement l'influence de l'excitation vi\ e produite par celle passion sur toute l'économie animale; et c'est ce qui détermine les phénomènes qui en annoncent la force et l'impétuosité. Souvent alors le foie est sympalhiquement affecté, la bile no circule plus ou circule mal, ou est retenue par le spasme des conduits cystfque ou cholé-
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dnque, elle est absorbée, répandue partout et donne lieu à l'ictère. D'autres fois, au contraire, cet organe éprouve d'une manière sensible une augmentation d'aclion, et, dans ce cas, la sécrétion et l'évacuation de la bile sont considérablement augmentées ; d'où les lièvres bilieuses et le choléra-morbus des pays chauds.
De ces trois manières d'être en colère, mieux vaut sans doute la concentraiion en nous-mêmes de ce sentiment passionné; c'est même la seule qu'un homme sage et fort de sa propre puissance morale adopte. Par là, il se met au-dessus des faiblesses humaines et obtient l'heureux avantage de n'avoir pas à déplorer plus tard les fâcheuses conséquences que l'emportement ou la violence entraînent à leur suite. Maître de lui, ses paroles n'auront rien de blessant pour personne; car la force de son esprit soutient sa faiblesse naturelle, tandis que quel peut être son appui quand la colère égare sa raison? Indiscrète, elle révèle les secrets les plus sacrés et fait perdre en un instant les amis qu il a employé des années entières à acquérir, tout comme, quelquefois, l'estime et la considération dont on jouissait. Maître de lui, il ne menace point, il ne frappe pas, tandis que s'il se laisse dominer par elle, la colère , au premier coup, en chasse et bannit la raison et le jugement, afin que la place lui demeure tout entière ; puis elle remplit tout de feu, fumée, ténèbres, bruit semblable à celui qui mit le maître hors de la maison, puis y mit le feu et se brûla vif dedans, et comme un navire qui n'a ni gouvernail, ni patron, ni voiles, ni avirons, qui court fortune à la merei des vagues, vents et tempêtes, au milieu de la mer courroucée.
Les effets en sont grands, souvent bien misérables et lamentables. La colère premièrement nous poussa à l'injustice , car elle se dépile et s'éguise par opposition juste et par la connaissance que l'on a de s'être courroucé mal à propos. Elle s'éguise aussi par le silence et la froideur, par où l'on pense être dédaigné et soi et sa colère : ce qui est propre aux femmes, lesquelles souvent se courroucent afin que l'on se eonlre-courrouce, et redoublent leur colère jusqu'à la rage, quand elles voient que l'on dédaigne nourrir leur courroux ; ainsi se montre bien la colère : être bêle sauvage, puisque ni par défense, ni par excuse et silence, elle ne se laisse gagner ni attendrir. (/'. Charron.) Bien plus, une colère injuste nous rend plus opiniâtres comme si une grandi' colère était la preuve d'une juste colère. [Sénèque.) Ce qui a fait dire de relie passion qu'elle <-sl l.t plus déraisonnable de toutes, car loin d'être dirigée par la volonté, elle l'anéantit tellement, que ses accès sont une véritable folie,
et que l'homme qu'elle entraîne n'a pas I.i
plupart du lemps conscience de ses actes.
tille ressemble p: opremenl BUI grandes ruines qui se rompent sur ce quoi elles tombent ; elle désire il violemment le mal d'aulrui, qu'elle De prend pas garde à éviter le sien; elle nous entrave et nous enlace, nous lut
dire et faire des choses indignes, honteuses et messéantes. Finalement, elle nous emporte si outrcment.qu'ellenous fait fairedes choses scandaleuses et irréparables, meurtres, empoisonnements, trahisons. Témoin Alexandre le Grand, meurtrier de Clytus. (P. Charron.)
Enfin quelquefois elle persévère dans ses emportements de crainte qu'on ne pense qu'elle a commencé sans motifs ; mais la plupart du temps elle a honte d'elle-même, elle avoue ses torts, implore son pardon et verse des larmes de repentir. C'est ce qui porte beaucoup de gens à penser du bit u des personnes colères, parce qu'elles prennent le calme qui snrvienl après la tempête, pour l'indice d'un bon cœur. Bref, on a tout à gagner au physique et au moral que de s'habituer à réprimer ses accès de colère, celle-ci étant, quand elle est répétée, un des principaux obstacles à la tranquillité de la vie et à la s inté du corps.
Malheureusement il n'a pas été donné à tous les hommes de pouvoir maîtriser leur colère, peu au contraire jouissent de celte faculté, et les autres, malgré que dans les moments As raine et de paix ils sachent bien ce à quoi ils s'exposent en se niellant en colère, l'oublient bien vite et se laissent entraîner par elle. D'où cela provient-il? De ce qu'on ne s'est pas habitué de très-bonne heure à dompter ses passions et de la facilité avec laquelle on s'est laissé aller à l'influence de certains sentiments. 11 en résulte nécessairement, que lorsqu'on a une disposition naturelle à s'emporter à propos de rien ou pour les motifs les plus frivoles, si on ne c«>upe court à cette fâcheuse d sposilion , elle prend racine et s'envenime à tel point par des accès souvent répétés, qu'elle éclatée tout propos. Heureux encore quand elle ne depasse pas les limites de l'emportement pour arri\er jusqu'à la violence.
Ainsi la colère entre dans l'âme par des voies bien différentes, lue des plus fréquentes est la mauvaise éducation. Un enfant qui n'a fait que ses volontés, qui a toujours eu raison contre tout le monde, résistera difficilement à la colère. La prospérité qui augmente la vanité, qui entoure les hommes des séductions de la puissance, des jouissances delà fortune, des adulations do la Servilité, les dispose a ne rien souffrir qui les blesse ouïes gène. La volupté produit des effets analogues : elle amo lit l'Ame et le corps cl les rend impropres a supporter quoi que ce soit. L'intempérance allume le sang, excite le cerveau et d mue naissance à de terribles colères ; aussi est-il rare qu'après un bon repas, les discussions les plus simples et les moins animées en d'autres moments ne
dégénèrent eu disputes très- violentes. Les travaux assidus de cabinet produisent les mêmes prédispositions ; la masse cérél raie étant le siège d'une fluxion sanguine habituelle, il y a Burexcll illon permanente du système nerveux, qui favorise les passions colériques. Aussi les gens de lettres , il science, etc., s'af fumenl- ils à la moindre cou