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à désirer que tous les hommes eussent les uns pour les autres une pareille complaisance ; leur société serait délicieuse, leur vie s'écoulerait dans la tranquillité et le repos, ils n'auraient pas besoin d'en venir à des éclats pour des misères et des riens. Aussi, n'est-ce pas sans raison qu'on a dit de la complaisance qu'elle est l'âme de l'association , de l'union des hommes entre eux; que c'est elle qui en fait l'agrément , qui entretient la douceur du commerce des gens honnêtes , et qui accoutume à toutes sortes d'humeurs par l'habitude qu'elle donne de les supporter.
Entendue de la sorte, la complaisance n'a pas besoin de proneurs : car comment une personne raisonnable, qui comprend tout le charme qu'il doit y avoir dans la pratique de la complaisance , pourrait-elle résister au désir d'en goûter le bonheur? Comment y renoncerait -elle du moment où elle sait qu'on estime et qu'on affectionne généralement dans le monde tous les individus qui savent s'accommoder et se plier aux caractères même les plus difficiles ; qu'on les recherche et les accueille avec empressement, à cause de ce liant de l'esprit, de celle tournure facile qui les distingue. N'est-ce pas que pour si peu qu'elle s'aime, elle voudra à son tour être recherchée , estimée , aimée ? Elle deviendra donc complaisante et trèscomplaisante.
Du reste , un des meil'eurs moyens d'apprécier ce que vaut la complaisance et les avantages qu'on en peut retirer , c'est la fréquentation des personnes qui sont douées de cette vertu. Ou les trouve si douces, si commodes , qu'elles entrent dans tous nos sentiments ; qu'elles vont au-devanl de tout ce qui peut nous plaire. Elles sont à notre éj;ard d'une humeur toujours égale, et ne se rebutent ni de nos caprices, ni de nos défauts; ce qui fait que, insensiblement, et comme malgré nous , elles gagnent notre affection. Or, si nous nous attachons u de pareils individus , ce sera à coup sûr à causo de leurs bonnes qualités et, en pareil cas, nous serons naturellement portés à les imiter : d'abord nous deviendrons complaisants par imitation au lieu de l'être par nature , et puis ce ■era tout à Fait par sentiment.
Et pointant, nous ne devons pas nous dissimuler que , quand ou veut s'habituera l,i complaisance, il faut de Ires-bonne heure
commencer a fane taire ses goûts et à rompra
ses habitudes, vu que, ;i mesure qu'on
avance en âge avec de mauvaises dispositions, rien n'est plus difficile ensuite que de les ployer.
Quoi qu'il en soit , tâchez de mettre des bornes à voire complaisance , et rappelex-
\ous qui", poussée trop loin, elle est impur
tune et faii mépriser de ceux-là méi snvers
qui on se montre complaisant. El comme la Véritable complaisance n'applaudi! jamais
aux sotiis s m aux \ in s d'autrul , n'oubliei
pas que c'esl eue sol ou flatteur que do
n'user contredire ceux qui débitent des exlra-
lOCeS , des inepties , OU fout des béllses.
Y.'.i COM
A plus forte raison devrait-on les blâmer s'ils tenaient des propos obscènes ou afiichaient la plus grau le immoralité. Oh ! alors, nous le répéterons , la co.i. plaisance adviendrait un déf mt , puisqu'elle rond coupabledctous lesvices des autres. (Massillon.) D'après c-, la complaisance d > i L cTru un sentiment naturel, et non une vertu affectée, car nous savons tous que ce qui s.-nt I'affectalion mérite d'êlre pris en mauvaise pari. Or, un homme dit complaisant, dans le sens que j'ajoute à ce mol, étant celui qui, assidu auprès des autres hommes, ne s'altache qu'à leur plaire dans une vue d'intérêt personnel, c'est-à-dire pour les gagner et se les rendre propices, il cherchera donc, pour atteindre plus sûrement ce but, plus ce qui peut leur Être agréable qui ce qui est honnête, et mentira ainsi à sa conscience et à autrui.
Au contraire, le véritable complaisant n'applaudit jamais aux vices ni aux sollUes; il ne datte pas, attendu que ce n'est même pas être complaisant que de louer les gens, sans choix, sans discernement, sans distinction, à plus forte raison quand on sait garder le silence. Mais on est complaisant quand ou supporte patiemment les nombreux travers d'autrui , qu'on désapprouve en secret; quand on ménage l'amour-proprc de ceux qui vivent avec nous, sans pourtant les flatter ; quand on excuse adroitement leurs fautes sans les approuver; quand on enlend louer les autres s .ns jalousie; quand on se fait un devoir d'obliger ceux qui s'adressent à nous, et qu'on ne inéprise pe: sonne.
Ainsi nous devons reconnaître qu'il y a deux sortes de complaisances et de complaisants : l'une qui est le fruit de la sottise, de la flatterie, de l'hypocrisie; et l'autre qui nail de la bonté de notre âme et de la délicatesse de noire cœur. A nous tous d'aimer celle-ci, comme on aime une qualité précieuse, et de la rechercher ; à nous tous de délester celle-là comme on déteste un vice honteux, et de la fuir.
COMPLIMENTEUR (défaut ou qualité). — Uu compliment, dans le sens attaché au mot complimenteur, est un choix de paroles civiles, obligeantes, affectueuses et parfois outrées, que nous adressons à nos supérieurs, à nos égaux ou à nos inférieurs, à toute personne à qui nous voulons témoigner de l'estime, ou la part que nous prenons tous à quelque chose d'intéressant qui lui arrive; et cela dans le but de nous bien faire valoir d'eux, quelquefois même eh les trompant.
Par suite, un complimenteur, dans l'acception rigoureuse du mot, c'est un de ces hommes f.idcs, un de ces faiseurs de compliments à tout propos qu'on recherche d'abord, mais dont on se dégoûte bien vite et qu'on finît | ar trouver insupportables, parce qu'ils sont toujours les mêmes à tous égards. Aussi le mot complimenteur est-il généralement pris en mauvaise part par les philosophes cl tous les amis de la vérité.
11 est uneespè.e de complimenteurs qu'on ferait bien mieux d'appeler fini leurs , eu Dictionn. oes Passions, etc.-
ce qu'ils flattent continuellement les goûts, les travers, les caprices, les défauts, et jusqu'aux vices des femmes, par qui, du reste, ils sont irès-rechcrchés : clle9 aiment tant à être approuvées, applaudies, et ce sentiment est si naturel!
l'ourlant, et c'< si justice à rendre à celles qui ne sont point vicieuses, du moment qu'elles s'aperçoivent qu'on les loue moins par réflexion que dans le but de leur plaire et de les séduire par un artificieux langage , ou si l'on lent bien plus par habitude <;ue par raison, oh! alors, reconnaissait leur erreur, elles ne peuvent plus souffrir le complimenteur. C'est, du reste, chose si naturelle, que personne n'en est surpris, chacun faisant fi de la fausse monnaie, et un compliment, d'après Marmontel, étant la fausse monnoie du monde.
Revenons au compliment proprement dil.
Il serait ridicule que nous renonçassions entièrement à en adresser jamais à qui que ce soit. Nous pouvons être exposés sans doute à ce que notre com( liment soit une fidcur, une inutilité, un mensonge; et, néanmoins, il est des circonstances où, lût-il tout cela, notre devoir est de n'y pas manquer. {D'A- Itmbert.) Toutefois, comme il y a loin entre remplir un devoir de convenance quand les circonstances l'exigent, et débter des compliments à tout propos, et sans sujet, sachons obéir à notre devoir, Tout en blâmant l'exagération du complimenteur.
1! est des circonstances, avons-nous dit, dans lesquelles nous sommes. forcés d'adresser un complimenta quelqu'un, sous peine do passer pour un homme grossier, Sans éducation ou pour un sot. Dans ce cas, il faut rester dans le vrai, ou si nous sommes forcés de flatter, que ce soit avec modération, rien n'étant plus dédaigné qu'un flatteur . Yoy. Flatteiue.
COMPONCTION (vertu). — En théologie le mot componction signifie : le regret d'une âme douloureusement affectée d'avoir offensé Dieu. Mais en dehors du langage théologique, ce terme a une signification beaucoup plus étendue, puisqu'on l'emploie pour exprimer un sentiment pieux de douleur, de tristesse et de dégoût, qui a des motifs différents. Vroilà comment les misères de l'humanité, le triomphe des méchants, le peu d'estime et le peu d'égards qu'on témoigne aux gens vertueux, le danger où l'on est continuellement exposé de tomber dans le vice, sont, pour les hommes de bien, des sujets d'une véritable componction.
On la dil faible ou forte, suivant le degré auquel elle s'élève, ou suivant la profondeur à laquelle elle arrive dans le cœur do l'homme religieux.
CONCUPISCENCE ou LaSCIv-tî: ; Déhaucue ou Libertinage ; Débaucué ou Libertin (vices). — La concupiscence consiste dans un état de dégradation de l'âme, qui incline au mal, c'est-à-dire aux choses illicites, et surtout aux plaisirs charnels, pour lesquels elle éprouve des désirs déréglée
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Sous ce dernier rapport, laconcupiscencecst parfaitement synonyme de laseiveté, qui, à son tour, est une forte inclination à la luxure.
Jusque-là, c'esi-à-dire tant que l'âme n'éprouve que des désirs violents, immodérés, et qu'elle puise dans ses propres forces la puissance de les réprimer, la concupiscence ou lascivuté n'est point un vice formel; elle est, nous le répéterons, une forte inclination à des actes vicieux, sans pour cela être décidément vicieuse par elle-même.
Pour qu'il en soit réellement ainsi, il faut donc , non-seulement que l'homme soit disposé à l'incontinence, porté même à l'incontinence par la lasciveté, mais encore qu'il consente et succombe; sinon, elle ne saurait mériter la censure des moralistes.
Mais du moment où il est coupable, comment n • la mériterait-il pas alors, puisque cette passion des hommes pour les femmes ei des femmes pour les hommes les rend tous lubriques, impudiques, et fait que les femmes se prostituent?
Se prostituent! connaît-on toute l'abominalion de ce mot? Puis-je, sans salir ma plume, dire que la femme prostituée eat relie qui, par excès de libertinage, et pardére'glement des mœurs, fait abandon de son honneur et se livre à la lubricité des hommes pour quelque motif vil ou mercenaire?
Pourquoi ne le ferai s- je pas, lorsque mou rô'e est de flétrir tout ce qui est infâme, et que celte flétrissure peut avoir une heureuse influence sur la plupart de ceux qui, par ignorance, par imitation ou par vice, pourraient se laisser aller à leurs abominables penchants; car il ne faut pas se le dissimuler, nous inclinons plus au mal qu'au bien; nous suivons plus volontiers les mauvais exemples que les bous.
Aussi dirons- nous sans hésitation que le vice de l'incontinence, celle fille delà concupiscence, est un vice monstrueux, qui, s'il procure quelques instants de satisfaction sensuelle à ceux qui le goûtent, nuit le plus à la tranquillité et au bonheur de la société. Yoy. Incontinence.
lit pourtant, chose bien déplorable, la corruption des mœurs ne se borne pas à des désirs violents que l'on salM ai a plaisir ; comme la lassilu le et le dégoût suivent bienlot ces odieux rapports dont certains hommes sont avides, insatiables, il en résulte que, pour ranimer l'amour des sexes qui s'évanouit, ils le stimulent parce qui: la débauche ou libertinag» a de plus raffiné. Voij.
l.llli:il I IV
J'ai prononcé les mots débauche ou libertinage, et j'ai dit que les gens lascifs l'unissaient a la luiurc ; ce ne serait donc pas la même chose que l'incontinence ? si; mais la débauche a de plus que celle dernière qu'elle no se borne pas aux plaisirs charnels. Le dérèglement des moeurs est tel
le débauché, qu'aux jouissances goti- . d'homme à femme et de femme à homme
l'ajoutent celles de linTBMPÉBARCE [l'oy. ce
mol) et toutes les raffineries de l'impudicité la plus révoltante.
Oui, et c'est avec amertume que je le dis, la corruption des mœurs a été portée de nos jours à ce point de dégradation que les hommes et les femmes rougissent moins aujourd'hui de paraître débauchés que de paraître amoureux. Le sentiment du beau est banni de la bonne compagnie; c'est du bon ton d'afficher le libertinage et presque du mauvais que de le blâmer. On quitte les femmes pour une actrice ; les femmes préfèrent les hommes à la mode, des hommes colifichets, à leurs maris. Lu vérité, je serais tenté de croire, avec M. Saint-Marc Girardin, que les lettres et les arts , loin de contribuer à épurer les mœurs, ne s'attachent qu'à les corrompre, et que le siècle le plus éclairé est le siècle de la débauche.
C'est du moins ce qui arrive et ce qu'on ne peut guère empêcher dans les pays civilisés où, par une opposition systématique , les grands et le peuple sont complètement opposés de goûts et d'opinions, quand ils ne sont pas également corrompus. Je m'explique:
A la fin du règne de Louis XIV, le libertinage éiait devenu à la fois une lettre de disgrâce à la cour et de faveur aux yeux de la nation. Comme il y avait une sorte de courage à fronder par la liberté de ses mœurs ce que l'on appelait la bigoterie de madame de Maintcnon, l'esprit d'opposition, qui éclate toujours par quelque endroit, avait trouvé commode de prêter ainsi au vice une sorte de dignité.
A la fin du règne de Louis XV, ce fut tout le contraire : les débauches du roi et les scandales de ses amours firent par contrecoup renaître une sorte de décence et d'honneur public. On se fit vertueux pour contrarier la cour, et toutes les ambitions déçues parlèrent à l'envi des devoirs de la morale. Ainsi, soit pat-opposition, soit par goût, les vices el les défauts naturels seront toujours d'un entraînant et pernicieux exemple pour les sociétés. A la vérité, celui que l'on vient de lire semblerait opposé à celte proposition, et pourtant, malgré celle exception, qui avait un très-puissant mobile sur l'esprit du peuple (l'opposition). Il règle n'en existe pas moins et Louis XV lui-même nous en fournil la preuve,
Ceux qui ont lu l'histoire de ce monarque, ilit le Bien- Aimé, savent combien, dans sa jeunesse, il avait de respect pour la religion, de vénération pour ses ministres, et abhorrait les ini| ies , malgré qu'il eût été plaeé m. us l,i tutelle d'un regenl, le duc d'Orléans, mieux connu par ses \ ices que par ses vertus. Mais 1 1 1 1 1 s lard, tombé dans les pièges que d'infâmes courlisans tendirent à son innocence, il se Corrompit comme eux , |>er sévira dans scsdesonlres jusqu'à sa vieillesse et puisa dans le sein de la débauche, la maladie qui le conduisît au lonilieaii.
C'est chose du reste dont saint Augustin
se plaignait amèrement, que celte funcsie
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contagion Je l'exemple sur l'esprildcs hommes porté* à la lascivelé. « Ce que je voulais, » dit-il dans ses Confessions , « ce que ie souhailais, c'élail d'aimer et d'être aimé ; je ne m'arrêtais pas aux bornes de l'amitié, mou cœur m'emportait plus loin; il s'exhalait du fond de ma concupiscence je ne sais quel brouillard et quelle vapeur 'le jeunesse qui troublait toute mon âme et me faisait confondre l'aveuglement de la passion avec le pur bonheur de l'affection. C'est alors qu'il eût fallu donner le mariage pour <1 îs<ie au torrent de mon âge ; mais mon père s'inquiétait bien plus de mon éloquence que de mes mœurs, et de mes succès de rhéteur que de ma conduite de jeune homme. »
« C'est eu vain que ma mère me détournait du péché; ses paroles me semblaient des paroles de femme, et je rougissais d'y obéir. Il y a plus, j'avais houle entre mes camarades d'être moins perdu qu'eux, et tomme je les entendais me vanler hautement leurs désordres et que je les voyais d'autant plus fiers et d'autant plus applaudis qu'ils étaient plus libertins , j'avais hâte aussi de pécher moins par plaisir que par vanté. Ordinairement le blâme suit le vice; mais pour éviterle blâme je cherchais le vice, et comme je voulais à tout prix m'égaler à mes camarades, je feignais des péchés que je n'avais pas faits, afin de gagner un peu de leur peruicieuse estime. »
Ces passages des Confessions du grand Augustin renferment plus d'un enseignement précieux. Ils munirent d'abord quel fat le penchant natureldujeunu homme, alors qu'il était dans toute la fougue de la jeunesse ; la coupable insouciance du | ère, qui, loin de chercher à étouffer dans les liens du mariage ou par une surveillance attentive et sévère les fâcheuses et déplorables inclinations de son fils, ne s'occupait que de ses études littéraires ; la tendre sollicitude de Monique, dont la vigilance et les efforts sont impuissants pour arrêter un jeune présomptueux qui croit devoir mépriser les conseils d'une femme ; et enfin, ce que peuvent les pernicieux exemples des hommes corrompus sur l'imagination d'un adolescent, qui se perd par honte delà vertu et par vanité pour le vie. Heureux encore quand tout se borne là et que l'adolescent, tombant de faute en faute, n'arrive pas ainsi de chute en chute au comble de la dégradation physique et morale !
Voy. INCONTINENCE.
Nous avons posé en principe que la concupiscence ou lascivelé disposaient à la luxure ou incontinence ; et que la débauche ou le libertinage, renchérissant sur la concupiscence, disposaient à l'incontinence et de plus à l'intempérance; or, comme la disposition â uu vice ne le constitue pas essentiellement, et que les désordres physiques et moraux qui accompagnent une vie lâche, efféminée, crapuleuse, dépendent bien plus de la pratique des actes vicieux que de lu disposition à ces actes, différence que les auteurs n'ont pas encore faite à l'endroit de la débauche et de la .oiicupiscence,qu'ils regardent cquuuc sj no-
nym s de la luxure, nous renverrons à l'article Incontinence ou Llxlre le complément
des observations qui composent celui-ci.
Sans doute il y a une très-grande soli larilé entre les uns et les autres ; les uns n'existeraient pas sans les autres ; et cependant â 1 1 rigueur l'un n'est pas l'autre. La débauche peut exister sans incontinence, mais l'incontinence ne saurait exister sans lascivelé; e i un mot, le lascif peut résider et ne pas succomber, l'incontinent a succombé; il n'y a donc pas parité.
Je n'insisterai pas davantage sur ces distinctions qui, tout oiseuses qu'elles peuvent paraître, n'en sont pas moins fondées* et méritaient dès lors de trouver place dans un livre où tout doit être sévèrement classé et distingué.
CONFIANCE, Confiant (sentiment naturel). — La confiance est un sentiment indéfinissable qui nous porte à accepter comme vrai ce que nous dira telle personne, à suivre aveuglément ses conseils, et â nous ouvrir entièrement à elle... Ce sentiment naît ordinairement de la connaissance que chacun de nous peut acquérir des qualités de celte personne, ou bien il est le résulialdela bonne opinion que nous pouvons nous en faire en vue de nos besoins, de nos desseins, de nus intérêt.*-.
La confiance en tel individu, préférablemer.t à tel autre, vient communément comme par instinct. Naturellement, à l'instar de la sympathie, elle se fortifie ou s'affaiblit dans les rapports plus ou moins intimes qui s'établissent entre nous et cet in lividu ; et elle devient dans certains cas si absolue, que nous préférerons nous en rapporter plutôt aux avis des gens qui, volontairement on involontairement, se sont emparés de notre esprit, qu'à nous-mêmes, pour les affaires qui nuus intéressent beaucoup ou qui nous sont personnelles. C'est pourquoi, du moment où notre confiance leur est acquise et que nous sommes sûrs (ou croyons être sûrs) de leur discrétion et de leur bon vouloir, tout aussitôt nous sommes enclins à leur révéler bien des choses qu'il nous importa beaucoup de laisser ignorées, et nous les prenons pour confidents. Voilà qui explique comment on est arrivé à considérer la confiance cominB l'origine de la confidence: opinion toute naturelle, puisque cette dernière ne marche jamais sans l'autre el ne la précède jamais. Quoi qu'il eu soit, la confiance perd son caractère et cesse plus ou moins à marquer de l'estime à mesure qu'elle devient plus générale. (Diderot.)
11 y a deux choses à considérer dans la conûance, à savoir: la disposition où nous sommes à êlre confiants; lesacles que nous faisons en vertu de cette confiance. Dès lors, êlre confiant n'est pas absolument une qualité, puisqu'on l'est tantôt instinctivement et par irréflexion, et tantôt au contraire par un acte libre et réfléchi. Ce n'esl pas non plus un défaut, car, si nous plaçons mal notre confiance, cela peut provenir d'une erreur de jugement, ou bien parce qu'où aura ::ii;;
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beaucoup d'arl à la capter. Toujours csl-il que, dans Ions les cas, il faut ne pas l'accorder aveuglément, être très-réservé même après l'avoir accordée, et s'en tenir à celle sage maxime de Mazarin : Croyez tout le monde honnête, cl vivez avec tous comme avec des fripons.
On conçoit qu'en suivant ce précepte, nul ne fera d'autres confidences que celles qu'il jugera indispensables, nul n'agira de telle façon plutôt que de telle autre, et à coup sûr il s'en trouvera bien; car quel est parmi les hommes celui qui n'a pas à se plaindre d'avoir été trop confiant?
Aucun, je crois; et, c'.osc remarquable, par suite de la perversité humaine, ce sont en général ceux qui, ayant beaucoup de droiture et de sincérité, ne suspeclenl personne de mauvaise foi, qui sont le plus trompés et dont on abuse le plus du cette facilité avec laquelle ils se c uifient. Aussi on ne saurait trop leur rappeler la maxime du cardinal.
Tour éviter de tomber dans les extrêmes qui résulteraient d'un confiance sans limites et d'une défiance universelle, il faut étudier longtemps les mœurs, le caractère et la capacité des individus, avant de placer en eux notre confiance ou de la leur refuser, et surlout avant de leur confier nos secrets les plus intimes. La prudence et notre intérêt nous en font une loi.
La confiance doit être considérée sous deux aspects opposés, à savoir: suivant qu'on l'accorde à autrui, ou suivant que nous voudrions la mériter du public en général, ou Je telle personne en particulier. Daiu le premier cas, il faut faire en sorte de ne la placer que dans les hommes généralement reconnus pour être probes, consciencieux, vertueux. A la vérilé, ceux qui en o t la réputation ne la méritent pas toujours ; mais c'est déjà une très-grande présomption en leur faveur que cette estime qu'ils ont su acquérir, et une bien grande garantie morale pour nous.
Et, quant à la manière dont nous devons agir dans le deuxième cas, elle est relative à la position que chacun occupe dans le monde. Ainsi, les hommes qui onl en leurs mains le pouvoir et les destinées d'une nation, devront se montrer modérés d.ins leurs principes, fi raies dans leurs décisions, Bages dans leur conduite publique et privée, être accessibles pour tous, justes cl équitables envers tous : les rnagislrals tiendront d'une main ferme cl vigoureuse la balance de la justice; ils rendront des arrêts el non pas des services, c'est-à-dire que leurs jugements reposeront sur la plus exacte équité, sans distinction de rang, de condition, de fortune; l'avocat, examinant avec la plus gronde attention les pièces d'un procès, lise chargera de la défense qu'alors qu'il aura acquis fa conviction intime que les prélon tio s du demandeur ou du défendeur sont fondées; et, dans le cas où il jugerai! qu'elles ne le sont pas, il le dira franchcmcul cl refusera sou asi istance : le médecin, s'il con- ' .ut le serment qu'llippocrate fais iH prétei
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à ses élèves, qu'on prêle encore à In Faculté de Montpellier en recevant le bonnet de docteur, et qu'on devrait faire prêter partout à celui qu'on investit du droit d'enseigner el d'exercer la médecine; le médecin, dis-je, « fidèle aux lois de l'honneur el de la probité, dans l'exercice de la médecine, donnera des soins gra'uits à l'indigent et n'exiger i jamais un salaire au-dessus de son travail. Admis dans l'intérieur des maisons, ses veut ne verroil pas ce qui s'y passe, sa langue taira les secrets qui lui seront confiés, c i son état ne servira point à corrompre les mœurs el à favoriser le crime. » Il lâchera de uuérir ses malades titto, cilo et jticiutdr, et deviendra l'ami véritable de ses clients; brei, «•liacnn, dans sa profession, fera preuve do moralité, de délicatesse, de stricte probité, < t par là ils seront tous dignes de confiance.
N'oublions pas de mentionner qu'on dit au figuré, en parlant d'un jeune homme hardi et présomptueux, parce qu'il a Ifop bonne opinion de sa personne, qu'il est confiant. Celte manière d'être confiant s'éloigne tellement de celle qui résulte de la confiance accordée à quelqu'un, qu'il me suffira, je pense, d'en avoir fait l'observation, pour être dispensé d'entrer dans de plus longs détails. D'ailleurs, cette sorte de confiance en soi est toujours prise en mauvaise part, attendu qu'elle n'est autre que de la suffisance, qu'on serait bien en peine de justifier. Y otj. Suffisance.
CONSCIENCE (sentiment naturel), Scrupule (défaut). — La conscience esl cet instinct p'arel céleste, cette science innée, celle voix de l'âme qui nous distingue si bien des animaux; celle raison par excellence qui luit sur toutes les actions des hommes, qui rassure l'innocent et agite le coupable. C'est le juge sévère qu'on ne peut tromper; c'est la loi inllexible à laquelle on ne peul se soustraire. Dieu et les hommes pardonnent, la ronscienec ne pardonne pas. (Altôert.)
lit cela devait être, car toute la moralité de nos actions est dans le jugement que nous en portons nous-mêmes. S'il esl vrai que le bien soil bien, il doit l'être au fond de nos cœurs Comme dans nos œuvres, et le premier prix de la justice esl de sentir qu'on la pratique, comme le premier châtiment du crime esl de reconnaître el sentir qu'on la mérité.
C'est aussi ce qui arrive, vu que les actes de la conscience ne sont pas des jugements,
mais îles sentiment ; el romnie les idées qui apprécient nos sentiments sonl au dedant de nous, c'est par (Iles seules que nous cou naissons la convenance ou disconvenance
qui cxislc entre nous et les choses que mois devons fuir ou reclierrher. (J.-J. Itoiissriui.)
En d'autres larmes, la conscience est cet acte de l'entendement humain, par lequel
noire âme distingue ce qui esl bon de ce qui
esl mauvais dans nos aillons, el pronom e sur les choses que nous avons failes ou 1rs opinions que nous aurons émises, par conip liaison avec les idées qu'elle a acquises a l'aide d'une certaine règle nommée loi.
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Toul lis monde csl d'accord sur ce point, que le sentiment primitif de l'équité est l'origine naturelle de la conscience morale; c'est l'instinct de la justice et comme l'aurore de la moralité dans les ténèbres de l'égoïsmc de l'homme moral. Cependant cet instinct ne suffit pus pour constituer l'agent moral ; il doit être développé, épuré, dirigé ; d'où la nécessiié d'une action objective qui le cultive par l'éducation.
Sans l'éducation l'instinct moral reste vague , indécis, au milieu des sentiments et des tendances du cœur humain; et connu:' l'homme es) porté à s'attribuer ce qui se pisse en lui et à rapporter à sa volonté tout ce qui le pousse, il confondrait facilement son rievoiret son pouvoir, et prendrait facilement la mesure du bien et du mal clans sa propre volonté.
Nous ne sommes que trop portés à trouver bien ce qui nous plaît, mal ce qui nous lépugue ; et le plus souvent nos sens, l'imagination et l'affection décident de nos jugements moraux. Que ser.iit-ce donc si nous étions abandonnés au seul sentiment, n'ayant d'autre règle d'action qu'un instinct délicat si facilement comprimé ou faussé par la violence du désir et le tumulle de nos penses? En outre, que de peine n'avons-nous pas à revenir en nous-mêmes pour apercevoir ce qui s'y passe , écouter la voix de la conscience, constater ce qu'elle exige dans les temps ordinaires, au milieu du silence des passions! (M. l'abbé Baulain.)
lît pourtant il faut bien qu'on l'écoute ; Bar c'est à la suite du jugement que chacun porte en soi de ses propres actions, quand il la consulte , que naît dans tout son être une douce tranquillité ou une inquiétude importune ; la joie et la sérénité, ou ces remords cruels si bien figurés par le vautour île la fable qui déchire sans cesse le cœur de Promélhée.
Il va sans dire qu'il éprouvera l'un ou l'autre de ces sentiments, suivant que ses actions seront plus conformes aux nobles instincts de l.i conscience ou s'en éloigneront davantage. Mais pour avoir la faculté de faire ces comparaisons qui permettent de distinguer si nos actions se rapprochent ou s'éloignent des lo's d'une bonne conscience, il faut, je le répèle, avoir observé , senti et jugé, car c'est peu à peu que l'homme se développe. Enfant, tout ce qu'il perçoit d'à bord est confus et nébuleux , il ne saisit point les rapports qui existent entre les choses ; il est même obligé d'attendre les leçons de l'expérience pouravoir les notions les plus simples, pour savoir, par exemple, les conséquences matérielles des actions. Que sera-ce donc quand il faudra qu'il apprécie la bonté morale des actes, qu'il pèse le bien et le mal, le juste et l'injuste ?
De si hautes notions sont lentes à se développer , et la conscience , cet œil de l'intelligence, n'éclaire souvent les actes humains que bien lard dans la vie. On rencontre souvent des personnes (ort intelligentes, chez lesquelles le sens moral est encore im-
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parfait. Il y a une certaine vivacité d'esprit, une spontanéité d'idées, qui excluent la réflexion et sont un obstacle immense aux progrès de la conscience. Le sens moral n'est parlait que lorsque l'intelligence a acquis tout son développement, que lorsque l'expérience a permis de faire de nombreuses comparaisons.
Ces comparaisons , avons-nous dit. doivent porter sur les idées que l'âme a d'une certaine règle nommée loi , parce que les règles île celle nature, quoiqu'elles n'aient pas été faites pour les hommes de conscience et d'honneur (Ricltardson), n'en forment pas moins un code que tous les hommes sans moralité et sans probité, pour qui il fut rédigé , devraient consulter et suivre.
C'est mêire chose si nécessaire, tellement indispensable, que je nie formellement à qui que ce soit le droit de faire une chose grave, par cela seul qu'il s'imagine qu'elle lui est prescrite ou permise par sa conscience, celleci ayant une élasticité telle , pour certaines gens, qu'elle leur laisse la faculté de la raccourcir ou de l'allonger à volonté , de la même façm qu'un cavalier raccourcit ou allonge les étriers de sa monture pour les mettre à son point. C'est pourquoi, il serait à désirer que tout le monde se. pénétrât bien des de. ix règles suivantes, règles très-faciles à suivre et qui, par leur simplicité, doivent être adoptées pour chaque cas particulier
La première règle consiste à examiner avec soin, avant que de se déterminer, si l'on a les lumières indispensables pour juger de la chose dont il s'agit, car, si l'on manque de ces lumières (et dans ce cas il ne faut que de la bonne foi et du se is commun exempt de présomption pour le décider), il ne faudrait pas se prononcer, et moins encore rien entreprendre sans conseil. Agir différemment, ce sérail une témérité inexcusable et dangereuse.
C'est précisément le danger auquel s'exposent tous ces individus qui prennent parti dans des discussions ou dans des disputes de morale, de politique ou de religion, etc., sans avoir jamais ouvert un livre qui traite de ces graves questions, sans avoir peul-èlro même jamais entendu les hommes compétents disserter sur ces matières. Dès lors, je le demande, pourront-ils être justes, conséquents dans leurs jugements avec une i nutance pareille ?
Et quant à la deuxième règle , nous supposerons, pour pouvoir l'expliquer, que tout homme possède les connaissances nécessaires pour juger de la chose dont il s'agit. Et, celte supposition faite, nous lui prescrirons de so conformer exactement à celle règle, s'il veut se porter sans autre examen à ce que sa conscience lui suggère. Cela est d'autant plus nécessaire que, dans le négoce, par exemple, tout comme dans les autres affaires industrielles, la plupart d 's gens >e laissent aller tranquillement a des obliquités et à des injustices dont on verrait facilement les lurpi-< tudes si on faisait attention à des pri cipus très* clairs djnt on ne peut s'écarter et qu'on
CON
roronnnil d'ailleurs rn général. (Puffendorf Iraduî par Rarbeyrac.)
Kh bien ! la règle dont il s'agit cVstlc sen liment du bon , de l'honnéle que chacun porte au dedans de soi , quand il n"a pas étouffé en son coeur les nobles élans de sa conscience cl s'est accoutumé à en suivre les inspirations. Oui, tout individu porte en luimême un véritable Caton, comme s'exprime Jean-Jacques : je veux direun censeur sévère de ses mœurs qui, s'il est écouté, ne lui laissera que très-rarement Faire volontairement <!cs actes dont il ail sujet de se repentir.
Ce censeur, c'est la ioix de Dieu q'ii parle à tous les hommes, les inspire et les guide comme par la main, dans les circonstances difficiles dont la vie est semée, tant que les sophismes d'une raison corrompue n'ont pas dénaturé dans 1 ur âme les sublimes instincts de l.i conscience. Alors, toujours prêtsànous soumcltreàsesdéeisions.nous pourrons nou1écrier encore avec le philosophe genevois : « Conscience, conscience ! instinct divin, immortelle et céleste voix , guide assuré d'un être ignorant et borné, niais intelligent et libre, j'-ge i' faillible du bien cl du mal. qui rends l'homme sem'l iblc à Dieu, c'est loi qui fais l'excellence de sa nature et la moralité de ses actions; sans toi je ne sens rien en moi qui m'élève au-dessus des bêles, que le triste privilège de m'égarer d'erreur en erreur, à l'aide d'un entendement sans règle et d'une raison sans principe. »
Mais ce n'est pas assezque ce uuide existe, il faut savoir le reconnaître et le suivre, et c'est ce qu'on ne fait pas. Au contraire , on ne le reconnaît plus, on l'oublie, ou, si on se le rappelle, on ne le consulte jamais, on ne respecte pas ses décisions. C'est ce qui explique comment il peut se faire que, parlant à le même langage , il y en ait si peu qui L'entendent. Veut-on savoir pourquoi les choses se passent ainsi ? C'est parce que la conscience a une morale sévère que le lourbdlon du monde fait oublier. D'ailleurs, elle esl timide, la conscience; elle aime la retraite et la paix, le monde elle bruit l'épouvantent, les préjugés dont on la fait naître sont ses plus cruels ennemis; elle, fuit ou se tait devant eux ; leur voix bruyante étouffe I i tienne et l'empêche de se faire entendre; lé fanatisme ose la contrefaire et dicter le crime en son nom. Elle se rebute enfin , à force d'élre éconduilc, elle ne nous parle plus, ne nous répond plus, et, après de longs mépi is pour die, il en coûte autant delà rappeler qu'il en roûia de la bannir.
Il faut éviter ces extrêmes, el puisque la conscience est un sentiment inné et révélé du juste ci de l'injuste ; un sentiment qui résolu- du jugement que l'homme porte luimême de ses propres actious; il doillouj 'tirs s'efforcer d'é re en paix avec elle et digne de répéter avec Cicéron: • Je prefi rc le le moiguage de ma conscience à loui l'es discours que l'on peut l'aire de ra i. ■
Il lui en coulera peu d'efforts pour êlrc n
j.ai\ avCÇ sa COUSCicnce, si une religion
morale pure, inspirées de h mue
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heure, façonnent si bien la nature de l'homme que son âme soit continuellement sur le qui vive, car nous savons fort bien que jusqu'à seize ou dix-sept ans cl plus, on ne fait pas une mauvaise aciion sans que la conscience en fasse un reproche. Mais comme 1er émotions ou les passions violentes qui combattent la conscience et qui l'étouffent quelquefois, ne lardent pas à se montrer, il faut, pendant le conflit, si nous sommes sages et que nous soyons tourmenté* par cel orage, nous abriter derrière d'aulres hommes plus capables que nous.
C'est ici le cas de consulter un casuisle. Parmi les anciens, un des plus circonspect a été Cicéron, dans son livre des Offices ou des devoirs de l'homme. Il avait été précédé par Zoroastrc, qui a paru régler la conscience par le plus beau des préceptes: « Dans le doute abstiens-toi.» C'est du res'e le meilleur 11103 en de rester en paix avec sa conscience.
En pariant de celte paix de conscience, que chacun de nous doit être jaloux de conserver, nous poserons en principe qu'il no faudrait pas acheter cette paix," l'échanger même contre les supplices qu'endure le
Scrupuleux. — Sa vie, continuellement agitée par le douie, le trouble el l'inquiétude qui naissent des erreurs d'une conscience qui fait regarder comme une faute ce qui n'en est pas une, ou comme un crime ce q i n'est qu'une faute légère, empoisonne son existence, et lui fait endurer, sans l'avoir mérité, tous les tourments du remords.
Cela arrive surtout, nous ne saurions nous le dissimuler, quand l'amour sincère < e la probité est joint a l'ignorance et accompagné de la petitesse ou de la fausseté de l'esprit. Alors le scrupuleux hésite en toutes choses, dès que le plus petit doute sur leur bonté morale vient alarmer sa conscience, ou du moment que cette bonté morale ne lui est pas suffisamment établie. C'est pourquoi rien n'est plus insupportable dans le monde que les personnes scrupuleuses ; elles sont toujours chancelantes : un rien les empêche d'agir, même de faire le bien. Elles souffrent mille tourmenls 1 l en font endurer de bien plus grands encore aux gens qui les entourent, et avec qui elles sont obligées do vu re.
I s scrupule élanl un vice qui n'affecll guère que les ignorants, les bigots, les gens iaiblcs d'esprit, souvent Irès-b en intentionnés d'ailleurs ; redresser le jugement des uns et des autres, c'est donc remédier autant quo possible à ( elle disposition de l'âme qui permet au scrupule de s'y implanter ; c'est éviter par là les inconvénients attachés à co delà 11'.
CONSIDÉRATION. Yoy. Cihcosspfctiox.
CONSTANCE, Fi rhi ri . FidI un . Part > 1 \ 1 h.im:i- (vertus). ties quatre
ne sont pas parfaitement synonymes, tuais ils «ml entre eux ries rnpi m ts si intime», qu'il m'a paru préférai le du les réunir tous en un seul article, pi loi qui: de les se-
c:on
parer, ce rapprochement pouvant servir à mieux les faire connaître cl à mieux les différencier. Montrons d'abord les caractères qui leur sont communs, et je dirai ensuite quels sont ceux qui sont spéciaux à chacune des vertus qu'ils désignent.
Constance a plusieurs significations. Ce mol sert à exprimer tout à la fois, soil celle vertu de l'âme par laquelle nous persistons dans noire allachemenl pour tout ce que nous croyons devoir regarder comme vrai, heau, bon, décent et honnêle ; soit celle force qu'elle donne au cœurel qui l'empêche de céder conlrc les attaques qu'on lui porte. Par là elle ne diffère point de la
Fermeté, qui, elle aussi, esi cet'e espèce de constance qui empêche de céder dans les circonstances difficiles même à la violence.
Elles naissent donc l'une et l'autre de la résistance cl produisent ordinairement un éclal de victoire, résultai cerl.in d'un courage inébranlable dans l'advcrsilé.
Fidélité a également plusieurs acceptions : c'est-à-dire que celle expression s'applique tantôt à l'observation constante de ses devoirs et plus particulièrement de ses engagements , el tantôt à cet amour véritable que les hommes éprouvent pour la femme qui a su le leur inspirer. Sentiment exclusif qui fait qu'ils ne sauraient aimer qu'elle, et ne lui sont jamais infidèles. Nous reviendrons plus tard sur ce sujet.
Et quanl à la persévérance , elle n'est à son tour, qu'une force ou puissance de l'âme qui résiste constamment aux obstacles.
Dès lors, si l'on considère la fermeté, la fidélité et la persévérance dans les traits principaux qui les caractérisent, on retrouve en elles la constance. Celle-ci est donc leur compagne inséparable ; ce qui me justifie du reproche qu'on aurait pu m'adresser de les avoir groupées.
Mais s'il est vrai que la constance forme le principal caractère ou le fond de ces divers sentiments, par quoi donc pourront-ils être distingués? Par des signes bien faciles à saisir, et par exemple :
On sail que , pour le plus grand nombre , les mots fidélité el constance sont synonymes. Eh'.bien, c'est une erreur populaire dans laquelle lis philosophes ne sonl point tombés. Pour eux et à leur point de vue , la fidélité en amour, car c'est d'elle seule que je parle çn ce moment, est une vertu plus délicieuse, plus scrupuleuse, plus rare qucla constance; ce n'est donc pas celle-ci.
D'où vient celle différence? De ce qu'on voit généralement dans l'espèce humaine beaucoup d'amours constantes, tandis qu'il s'en trouve bien peu de fidèles. Je dis plus : combien ne voit-on p;is de maris constants élre néanmoins infidèles I Combien ne renconlrc-t-on pas d'amants qui attendent avec une patience vraiment exemplaire le jour heureux où ils obtiendront un aveu de celle qui les enchaîne à son char et qu'ils espèrent atteudi ir, qui se montrent tous les jours plus empressés, plus attentifs, plus tendres, plus respeelui ux, et qui, en les quittant, vo-
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lent se précipiter dans les bras d'une nuire femme pour y satisfaire leurs goûts et I urs penchants impudiques, un caprice peut-cire ! Peut-on appeler cet amour, tout véritable qu'il est, de la fidélité ?
Décidément, non : car, ne nous y trompons pas , la fidélité est exemple de pareils écarts. L'amant fidè'e est trop préoccupé de l'objet de ses affections, trop sincère dans les serments qu'il a faits à celle qui possède son cœur, pour devenir parjure. Toujours passionné, toujours vrai , toujours le même , il n'existe , ne pense et ne sent que par l'objet aimé, qu'il soil présent ou absent. Donc la fidélité n'est pas la constance.
Mais ce n'est pas seulement en amour que ces deux sentiments diffèrent et qu'on peut les distinguer ; on les retrouve encore bien distincts dans l'homme, en tant que citoyen Je m'explique.
Croit-on que tous ces magistrats, militaires, administrateurs, employés de tous grades, etc. , qui , pendant ou immédiatement après les orages d'une révolution , et avant que d'être déliés du serment qu'ils ont prêté à la royauté déchue, se hâtent de jurer fidélité à la royauté nouvelle ; croit-on , dis-je , que tous ces hommes aient cessé d'êlro constants à leurs principes politiques? Pour ma part , je suis convaincu qu'ils gardent leurs principes , sont constants à leur opinion, mais que, manquant de fidélité au monarque qui tombe, ils se hâtent, par nécessité, de prêter un nouveau serment qu'ils sont toujours prêts à violer si leur intérêt personnel l'exige.
Telle est malheureusement aujourd'hui la pensée dominante dans l'esprit des hommes, et telle est la dégradation dans laquelle sonl lombes la plupart de ceux qui devraienl donner à la nation des exemples conlraires. Aussi voit-on tous les jours des hommes pervers se souiller par le faux témoignage et dérober ainsi les coupables à la sévérité des lois ! voit-on les rois parjures vouloir briser le pacte solennel qui les lie envers le peu pie , s'essayer au despol smc , el , malgré leurs serments, violer la constitution qu'ils avaient juré de respecter. Mais le peuple , qu'on no trompe pas impunément, sait se faire justice de ces rois parjures , et , de la même main qu'il défend ses droits méconnus cl sa liherlé, il traîne dans la boue et chasse à l'étranger la royauté coupable el tyrannique. Et mine inielligiie, reges.
El pourquoi en est-il ainsi? Parce qu'on ne croit plus à la sainteté du serment; parce que les rois et les ministres parlent de soulager les misères publiques , d'adoucir l'infortune du pauvre , de se sacrifier au bon heur et à la prospérité de la nation , alors que , constants à l'idée exclusive qui les a toujours poursuivis, l'un ne fait de su 1 dia dème, et les aulres de leur portefeuille, qu'un moyen de satisfaire leur ambition insatiable p.iur le pouvoir qui donne la fortune. Aussi, en présence de lant de serments prélés el trahis , l'Assemblée nationale a-l-clle décidé que c'était une formalité dérisoire, c'
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que les représentants, tout comme les hauts fonctionnaires , loul comme la France entière, en seraient dispensés. Malheur à ceux (jui nous ont conduiis à ce point de démorali- ? alion en se jouant de la Gdéliîé cju'iîs avaient iurée à nos institutions! Gloire à ceux qui, ne désespérant pas de la société, ont assez de confiance dans les hommes du jour pour croire à leur vertu, à leur probité 1
Que pouvait-il résulter de celle dégradalion générale partie de si haut , et gagnant lotîtes les sommités administrative?, scientifiques, artistiques, etc.? Que chacun voulant être l'artisan de sa fortune , n'importe par quels moyens , les particuliers n'apportent plus entre eux dans leurs relations , ni celte fidélité à la parole donnée , ni cette fidélité «lans les rapports , seule base de presque tonles les opérations politiques, industrielles et commerciales. Aussi voit-on les négociants jouer au plus fin de l'acheteur et du \ endeur et tenter de se. tromper l'un l'autre; le capitaliste qui joue sur la rente ou sur les actions des chemins de fer ou autres, débiter à la Bourse telle nouvelle controuvée , qui, devant opérer la hausse ou la baisse, va enrichir celui-ci aux dépens de celui-là. Aussi voyait-on naguère le ministre corrupteur et corrompu entouré de députés corrompus et corrupteurs à leur lour, qui euxmêmes ne formaient qu'un avec l'électeur in fluenl, qui n'était pas difficile àconompre. ()r savez-vous pourquoi il en était et il en serait encore ainsi, si l'on en avait les moyens? C'est parce que l'amour du fasle, de l'ostentation, de la rrpiéscntalion , du bien-être, s'e-l tellement emparé de tous les esprits , que chacun désire se procurer tout cela , et met la délicatesse de côté pour aller plus droit en but. Croyez-vous qu'on les blâme? Pas le moins du inonde, puisque, quand un individu parvient à s'enrichir p:ir l,i fraude, le mensonge ou autrement, la loule, fermant les yeux sur les moyens pour ne voir que les résulllas , s'écrie dans son admiration: Voilà un habile homme)
H sait bien, cet homme, que manquera ses engagements, c'esl être vicieux et malhonnête, une canaille; il sait bien qu'une fortune mal acquise profile peu, est la marque d'une âme cupide et indélicate; mais il se garde lien d'apprendre au public comment il s'est enrichi ; au contraire, cl pour l'i ubli r lui-même , il cherche a s'< lour lii par nulle plaisirs divers que son ran el sa fortune lui permettent de goûter, ri en s', ulouranf de flatteurs.
Ouvrez -leur \os salons brillants, mus Ions spéculateurs engraissés des dépouilles ilu lichc cl «les épargnes du pauvre, vous vrcre* bien vile accourir 1 1 se grouper autour de vous tous ces hommes légers, toutes , es femmes frivoles qui se heurtent partout . ii l'on goûle un p'aisir.
Au contraire, la fermeté unit à la conseillée dans b es détcrminalions et a la fidé ilé mus ses promesses , le courage nécessaire
in n'y pas manquer. Elle csl la preuve h ■ i" 'i" i • toi eu Dieu : l'eiTvl d'une pro
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biié bien grande , la conséquence de l'amour de soi-même ou de sa dignité, qu'on ne voudrait compromettre à aucun prix. Ainsi François I", captif, mais toujours ferme et constant dans son affection pour ses chères provinces, ce précieux joyau de sa couronna, prend la résolution d'abdiqrer et de mourir prisonnier de l'eni] ercur Charles-Quirit, plutôt que de souscrire à ses humiliantes conditions , et il a la fermeté et le courage d'accomplir son dessein. [Yoy. Bravoure.) De même, que ne fait pas faire la foi? Ces! en elle que le sexe le plus faible trouve celle fermeté qui fait les grands dans les circonstances difficiles de la vie. C'est dans ses fortes convictions que Charlotte Corday emprunta celte force su naturelle qu'elle a toujours montrée, el c'est encore ce qui lui dicta celle sublime téponse, faite à l'un des membres du tribunal révolu lion nai rechargé de l'interroger dans sa prison : « Dieu seul est mon juge, a
C'est dans le sentiment d'une foi chréli nue qu'un jeune frère, dont je n'oublierai jamais la mort édifiante et la Pn généreuse , puisa cette force, ce courage el cette fermeté qui le soutinrent jusqu'à son dernier soupir. Voici sou histoire :
« 11 était jésuite et missionnaire. Le bâtiment qui le portait à la Chine venait de s'échouer cl de s'entr'ouvrir sur un écueil à Heur d'eau, en vue de l'île de Poulo-Pinang. C'était par un temps qui n'avait rien d'orageux , cl sur une mer qui n'avait rien d'intempestif; c'était parla méchanceté du pilote malais, qui l'avait fait entrer à plein s voiles au milieu de cet archipel de rescifs , et le traître avait cornu pncé à s'esquiver dans la canot du navire.
« Cependant le bâtiment s'enfonçait d'un pied par minute; il y avait quarante-deux personnes à sauver, et la chaloupe ne pouvait en contenir plus de trente-quatre , à moins de couler bas; enfin, l'on n'avait ni le temps ni les moyens de coi feelionner des radeaux , el le capitaine ordonna le tirage au sort pour le sauvetage de tieute-lrois hommes.
" Ce capitaine était l'honorable M. Ifagon de Boisgarin, de famille malouine. 11 ne fallut pas songer à le faire descendre dans la chaloupe, el son équipage ne put jamais l'obtenir de lui.— Le poste d'un capitaine est son bâtiment jusqu'à la lin 1. le suis voire eap laine, et je suis le plus vieux, disait-il: parlez, mes pnfanls, dépêchez-vous, et lâchei de s., h i er le Père d'Estélan I
« Le jeune missionnaire avait été favorisé par le sort, unis il déclara qu'il imilerail le capitaine el qu'il ne quitterait pas le théâtre du naufrage. - Embarquez-le malgré qu'il m ait) s'écriait lu marin; embarquez-le, ; ri ■ qu'il est vicaire apostolique, et n'oul i / pas qu'il est chargé d'un bref du pape pou, Mgr I évéque de Synilcl Donnez-moi bien v i ir- votre absolution, mon révérend Péri '■ . Vllons donc, mes gars, à la chaluu| e ! .i la chaloupe 1 ol éissi z-.moi pour 1 1 dernière fois !
« (in ne put tien gagner sur la fe ir-
TON
TON
solution du missionnaire, cl la chaloupe était
à peine à quarante brasses du liord, que le bâtiment s'englonlii sous les (lois et disparut dans un tourbillon formidable.
« La plupart des naufragés reparurent à la surface du gouffre au bout de quelques minutes, et les sauvetages distinguaient le Père d'Estélan qui nageait infatigablement d'un homme à l'autre en les soulevant dans ses bras pour les exhorter, les écouler et les bénir. Il absolvait ensuite, et déposait chacun de ses pénilents sur la vague qui allait l'ensevelir au lieu de linceul, et unis il recommençait à nager dans une autre direction, pour un autre malheureux , -- avec une énergie sublime et jusqu'à la fin d'un apostolat si laborieux et si méritoire en véritél On en conviendra, fût-on protestant de Genève OJ janséniste d'Uirccht.
« Celait visiblement la providence de Dieu qui l'avait soutenu dans l'exercice de son ministère, ayant, non-seulement un pied ni les deux pieds, mais tout son coqs dans l'abîme! avec la certitude et l'effroyable vision d'une mort affreuse, infaillible, inévitable pour lui I
« Les témoins de celle admirable scène évangélique ont déclaré qu'il avait disparu le neuvième et le deruier. J'ai su toas ces détails de mon vénérable ami le duc de Pen- Ihièvre, à qui les registres et les bureaux de sa grande-amirauté de France en avaient donné l'information. » (La marquise de Cré-
Et quant à la persévérance, cette force surnaturelle donnée à l'homme pour résister toujours aux difficultés qu'il rencontre sur le chemin de la vie, aux tortures même du supplice, on la retrouve tout entière dans saint Laurent, mourant martyr de sa foi en Jésus-Christ.
Etendu sur le gril dont le bourreau attisait continuellement le feu, persévérant dans l'amour pour son Dieu qui le soutient, l'encourage et lui donne celle fermeté qu'il a accordée à tous les martyrs, saint Laurent se tournant vers l'empereur Valérien qui ne cessait de l'exhorter à sacrifier aux idoles, lui dit avec un visage placide : « Ne vois-tu pas que ma chair est assez rôtie d'un côlé ? tourne-la donc de l'autre et t'en rassasie à ton plaisir 1 »
Ainsi conçues, la constance, la fermeté, In fidélité cl la prsévérance constituent chacune individuellement une vertu ; et loutes ces vcrlus, quoique réunies en un seul faisceau par un lien unique, la constance, ne la consliluent pas essentiellement. Elles diffèrent d'elle en ce que, 1° la fidélité est plus pure, plus délicate, plus dillicile et partant bien plus rare qu'elle; 2° la persévérance marque la poursuite d'un bien que la constance se cou lente d'attendre, et 3* enfin, la fermeté participe tout à la fois du courage et de la résistance, ce qu'on ne retrouve pas toujours dans l'homme constant.
Remarquons toutefois que, pour être une vertu, la fermeté doit se bornera cette résolution invariable, à celte grandeur d'âme qui
la caractérisent, et ne point provenir de I'Insknsiisilité ou de I'Entéti mi-nt. (Voyez ces mots.)
Ainsi, du moment où nous avons reconnu et apprécié ce que valent et peuvent la fidélité à remplir les engagements que l'on a sérieusement contractés, la constance invariable à vouloir et pratiquer ce qui est équitable ; la fermeté et la persévérance qui donnent la force nécessaire pour surmonter les diflicullés qu'on peut rencontrer dans leur accomplissement; nous ne devons resserde répéter à ceux qui ne les connaîtraient pas, qu'à l'exemple des anciens preux, ils doivent rester constamment fidèles à leur Dieu, à leur roi, à leur dame. A leur Dieu, pour l'aimer et le servir par leur fidélité constante à suivre ses piéccptes; à leur roi, pour l'aimer, le servir, le défendre et lui rester toujours fidèles au péril même de leur vie ; à leur dame, pour n'aimer que celle à qui ils sont unis par des liens légitimes. Par là, ils seront fidèles, constants, fermes, persévérants.
Et quant aux mères tendres et dévouées au bonheur de leurs filles, aux institutrices qui comprennent leur mandat, elles doivent apprendre aux jeunes personnes, alors qu'elles sont encore p irées de leur robe d'innocence, belle et éclatante de blancheur, quo la fidélilé constante à remplir leurs devoirs sociaux est une veitu que ^ieu donne et qu'elles ne sauraient jamai' salir sans se rendre coupables. On doit su, coût leur faire un devoir sacré de la fidélité conjugale; la leur faire aimer par des préceptes et par des exemples, et icur raci nter souvent comment Pénélope parvint à reconnaître son époux q. l'une longue absence, l'âge et le malheur avaient défiguré à ce point qu'il était méconnaissable aux yeux même de sa chaste épouse.
Ouand il se fut annoncé à la reine d'Ithaque comme étant Ulysse, cet Ulysse qu'elle avait tant pleuré et qu'elle pleurait encore ; à cette reine qui avait toujours été entourée d'adorateurs et de prétendants à sa main , parce qu'elle était belle et portait un diadème, elle lui dit : « Noble étranger, mènemoi à la chambre nuptiale, je t'y suivrai. » Et y étant arrivés, elle le pressa affectueusement sur son coeur en lui disant : « Les dieux ont eu pitié de mes souffrances, puisqu'ils m'ont rendu mon époux. Oui, c'est bien lui que j'embrasse ; car nul autre que lui ne m'aurait conduite dans ce sanctuaire, nul autre que lui n'y ayant jamais pénétré. »
CONSTERNATION ( senliment j. — La consternation est le dernier degré de la frayeur. On y est jeté par l'attente ou la nouvelle d'un grand malheur. Je dis Vat~ tente ou la nouvelle, parce qu'il me semble que. le mal arrivé cause de la douleur, mais que la consternation n'est l'effet que du mal qu'on craint. La perte d'une bataille ne répandrait pas la consternation dans les provinces, si elles ne craignaient les suites