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car s'il? ont des effets contraires, et s'il faut des moyens opposés pour les combattre , donc ils ne sont pas tout à fait identiques.
COURTISAN, Courtisane (défaut, vire).
— Il est une classe d'hommes qui, pour la plupart, ne manquent pas d'esprit, qu'on trouve partout dans les antichambres des cours et jusque sur les marches du trône; toujours prêts à prodiguer la louange la plus outrée, même pour les actes les plus révoltants : hommes sans principes, sans probité, sans dignité, sans vertu, mais cupides, ambitieux et rampants; ces hommes-là on les nomme des courtisans. La classe en est nombreuse, et comme ils ne diffèrent pas des flatteurs, nous renverrons à cet article tout ce qui les concerne.
De même, on trouve dans le monde, et malheureusement on n'y en rencontre que trop, des femmes qui se livrent publiquement à la débauche et font un infâme métier de la prostitution : ces femmes se nomment courtisanes.
Dire les effets de la débauche à laquelle se livrent les courtisanes et avec elles les jeunes gens que le vice corrompt de bonne heure, tout comme le vieillard que le libertinage a flétri, ce serait nousexposer à des répétitions; mieuxvauldonc réserver ces détails pour l'article DÉBAUCHE, DÉBAUCHÉ.
CRAINTE (sentiment). — Nous avons vu à l'article Alarme, que la crainte est un sentiment distinct de la peur, avec laquelle on a souvent eu le tort de la confondre. C'est, avons-nous dit, une appréhension pénible causée parla pensée d'un mal à venir, c'est le résultat d'un jugement, d'un examen de l'esprit, quelque chose de réfléchi, tandis que la peur est plutôt une impression qui frappe d'une manière subite et imprévue.
La crainte a cela de fâcheux , qae souvent c'est la seule appréhension que nous en avons qui nous rend mal ce qui ne l'est pas, et lire de notre bien même, du mal pour nous en affliger. Combien en voyons-nous tous les jours qui, de crainte de devenir misérables, le 90nt devenus tout à fait cl ont tourné leuis vaincs peurs en misères certaines 1 Combien qui ont perdu leurs amis pour s'en délit ri combien de malades de peurdei'ôlrelTcla tellement appréhendé que sa femme lui faussât la foi, qu il en est séché de langueur; tel a tellement appréhendé la pauvreté, qu'il en est tombé mal, .de. Itrcf, il y en a qui meurent par la crainte de mourir : el ainsi on peut dire de tout ce que nous craignons ou de la plupart; la crainte ne sert qu'à nous faire trouver ce que nous fuyons.
Certes, la crainte est de tous les maux le
plus grand et le plus fâcheux ; car les autres
maux ne sont maUX que tant qu'ils sont , el ,;, peine n'en dure que t ml que dure l.i
cause ; mais la crainte est dece qui estel de ce qui n'est point, et de ce qui, par aventure, ne sera jamais, voue quelquefois de ce qui ne pcul être. Pourquoi cela? Parce qae, non moins poissante que l'orgueil, la crainte a
pour effet de ne point permettre de considérer les objets sous leur véritable aspect. Ainsi, on la voit créer des spectres, les répandre autour des tombeaux, el dans l'obscurité des bois, les offrir aux regards du voyageur effrayé, s'emparer de toutes les facultés de son âme, et n'en laisser aucune de libre pour considérer l'absurdité des motifs d'une terreur si vaine.
11 est d'autant plus difficile de séparer la crainte de la peur, que les effets de l'une sont également les effets de l'autre : ainsi , quand Charron nous dit : « Dans la crainte, les sens n'ont plus leur usage, nous avons les yeux ouverts et n'en voyons pas; on parle à nous, et nous n'écoulons pas; nous voulons fuir, et ne pouvons marcher » : cela s'applique aussi bien et beaucoup mieux à la peur qu'à la crainte. Lt quand il ajoute : « La médiocre nous donne des ailes aux talons; la plus grande nous cloue les pieds et les entrave. Ainsi la peur renverse et coi rompt l'homme entier et l'esprit (Paror sapientem omnemmihiexanimo expectorai)', » cela s'applique également à une grande, crainte.
De même, si l'on étudie certains autres effets de la crainte, si on la voit, à l'exemple de la tristesse ou des chagrins profonds, déterminer un spasme général à la pi au, une inappétence complète avec impossibilité pour l'estomac de recevoir des aliments, toutes les voies digeslives étant en contraction; une anxiété inexprimable; la contraction de la vessie avec expulsion involontaire de l'urine ; si on observe en outre que les mouvements du cœur se concentrent et deviennent moins vifs, le pouls est pelil cl serré, l'action musculaire perd de sa force et de sa \ igueur, la ficecst pâle cl décolorée, les iraits altérés, grippés el abattus; on se dira : tout cela est aussi l'effet de la peur.
Ce ne serait donc que quand il s'agit des banières que les lois et la religion opposent aux passions humaines, qu'on peut se scr- \:r exclusivement du mol crainte. L'homme qui obeit à ses convictions, qui l'ail céder ses passions à ses devoirs el tremble d'enfreindre les règles sacrées de la moi aie et de l'honneur, est mû d'une noble et légitime crainte, (juand l'amour ou le respect la foui éprouver, elle constitue un sentiment (ilial qui maintient dans les familles el dans les
hiérarchies l'ordre au bien de tons. Cime basse el sans dignité, qui n'est mue que pai la seule appréhension du châtiment, éprouve
la crainte servile des animaux el îles cm la tes; mais m les uns ni les autres ne sont sous l'empire de 1 i peur. (I ai/, ce mot.)
Dans t US les cas, on ne peut remarquer de plus grande folie dans un homme que
celle de courir au-devant de ses malheurs, de les sentir avant qu'ils le louchent, el de perdre le présent par la crainte du futur. niant.) Orf que peut-on contre celte espèce de folie î II faut H mouler à la cause, ci, la cause connue, lâcher de la détruire. Ainsi, s'il y a faiblesse d'esprit, on fortifiera la raisou"; s'il > ,i faiblesse phj siquelqui, elle surtout rend les hommes craintifs el pusillaui-
CUE
CRI
n>P9, on relèvera les forces par des moyens convenables.
CRÉDULE, CnÉDULiTÉ (défaut).— Qu'un
homme par faiblesse d'esprit on par une trop grande confiance en autrui, soit porté à donner ou donne son assentiment, sans en avoir pesé les preuves, à des propositions émises et à des faiis avancés comme vrais, quoique peu probables, on dira de cet homme qu'il est crédule. La crédulité suppose donc une trop grande facilité à croire sans examen, ou bien une légèreté à. croire; car, comme dit l'Ecclésiaste : Qui croit trop vite a l'esprit bien léger. Il y a une pensée semblable dans Pétrone : Numquam recte faciet , qui cilo crédit.
La crédulité est plutôt une erreur qu'une faute, et elle se glisse facilement dans l'esprit même des meilleurs hommes ; néanmoins, nous la considérons comme un défaut que chacun sait être le par!age des gens de bien (Louis XJT),des malheureux et des amants: des premiers, parce que, dans la persuasion où ils sont que tous 1rs gens sont sincères et de bonne foi comme eux, ils ne supposent pas qu'on veuille et qu'on puisse jamais les tromper; des seconds, parce que le malheur affaiblit généralement l'intelligence, ou raisonne peu, ou juge mal, ce qui rend ordinairement l'homme plus facileet plus disposé à tout croire; des derniers , parce que les amoureux, voyant tout avec les yeux de l'imagination qui les flatte toujours, avec le sentiment de l'amour-propre qui les flatt-; souvent, ils sont on ne peut plus portés à être crédules; de bien d'autres individus enfin, pour toutes choses, attendu que chacun aime mieux croire que juger. Alors l'erreur passant de mains . en mains nous entraîne avec elle et nous fait tomber dans le précipice; l'habitude même de donner son assentiment n'est pas sans daager. [Sénèque.)
Puis, soit que les hommes aient généralement une [lus grande foi dans les choses qu'ils ne comprennent pas, soit que l'envie de savoir, propre à l'esprit humain, leur fasse croire plus volontiers les choses obscures (Tacite) : vérité que Lucrèce a proclamée en beaux vers :
Omnia enim tiolidi magis admirantur, amantque, Invertit <yi«c sub vertu laliiantia eernunt, etc.,
il n'eu résulte pas moins que la plupart croient trop légèrement 'es choses même les moins croyables.
Bref, la crédulité est un défaut dont il faut se défaire et dont nous devons chercher à corriger les autres ; ce qu'on obtiendra peutêtre, si, après avoir recherché avec soin cl découvert d'où provient cette légèreté à croire, on combat avec vigueur cette cause. Et par exemple : tient-elle à une faiblesse d'esprit? l'instruction et l'éducation y remédieront ; cette dernière surtout, qui y remédie du reste avec l'âge chez les enfants généralement très-cr-édules. Naît-elle d'une Irop grande confiance dans les hommes? il faut redire au crédule la bien méchante mais très-juste maxime de Mazariu : Croyez que
tous les hommes sont des honnêtes gens, mais vivez avec eux comme s'ils étaient des fripons.. ; et s'il ne suit pas ce sage conseil, une bien malheureuse expérience ne lui apprendra que trop un jour, à les mieux connaître.
La vérité et le mensonge, nous le savons, ont leurs visages conformes, le port, le goût et les allures pareilles ; nous les regardons du même œil.etc'est mal. L'on ne doit croire d'une personne que ce qui est humain, s'il n'est autorisé par approbation surnaturelle et surhumaine qui est Dieu seul, qui seul e^t à croire en ce qu'il dit, pour ce qu'il dit ; et même ce qui est humain et qui paraît incroyable ne doit être cru qu'après information du fait en lui-même et de la moralité de l'individu.
C'est pourquoi tout père de famille, tout instituteur, tout directeur dont la mission est d'éclairer celui qui est encore dans les ténèbres de l'ignorance, doit redire à tout propos aux crédules : « Méfiez- vous de tout le monde dont vous ne connaîtrez pas le mérite et la moralité ; soyez méfiant jusqu'à ce que vous ayez appris, peut être à vos dépens, à connaître ceux ciui vous approchent, et n'ayez foi en leurs promesses, en leur protestation d'amitié, de dévouement, qu'alors que vous aurez acquis la certitude qu'ils so:i t incapables d'abuser de votre confiance en eux; et si par une de ces aberrations fort communes, mais qui néanmoins se rencontrent souvent, le crédule refusait de croiro en vous, lui qui croit tout en autrui , appelez-en à leur expérience. L'épreuve en sera triste, je l'avoue ; mais comme elle seule peut éclairer et convaincre, nul ne saurait sagement s'en affranchir; malheur donc à ceux qui n'auront pas cette sagesse !
Il est une règle indispensable à suivre dans cet examen : c'est de procéder avec beaucoup de calme et de modération, afin que, pour éviter un défaut, nous ne nous exposions pas à tomber dans un plus grand ; rien n'étant plus affreux qu'une défiance extrême, invincible, à l'égard de tous les hommes.
CRITIQUE (faculté). — La critique n'est pas seulement l'art de juger un livre dans lequel l'auteur a déployé de grandes connaissances et dépensé beaucoup de son esprit ; c'e-l encore une censure équitable ou maligne que l'on fait des perfections ou des imperfections d'un ouvrage que nous sommes obligés de juger, ou des qualités et des défauts d'une personne que nous devons l'aire connaître à chacun et à tous.
Assurément le rôle de critique est un des plus beaux que l'homme de talent soit appelé à jouer ; et pourtant, si l'on envisage loutesles difficultés qu'il yaà vaincre, tontes les connaissances qu'il est indispensable do posséder pour faire une critique fine, éclairée, consciencieuse, spirituelle ; qu'l faudra dissiper bien de- préventions pour la faire goûter d'un public souvent maldispo-é et toujours si difficile : qui d'entre tous les hommes voudra s'eu charger?
CRI
CRI
Vous cl moi, lecteur, nous le ferons, quoiqu'on ait écrit : « La critique souvent n'est
( La liruyi. ~.
car tout est profit pour celui qui sait faire une appréciation exacte du mérite d'autrui ou de ses fautes; qui étudie les travers el les vices do l'espèce humaine, pour se corriger de ses propres vices avant de vouloir en corriger les autres.
Pour faire celte appréciation, pour devenir meilleur, afin d'avoir le droit de critiquer Us autres et de les porter au bien, s'ils font mal, il faut auparavant avoir une idée exacte de ce que c'est que vice, vertu et défaut, et avoir un certain mérite littéraire; car comment signaler à un auteur, ou à ceux dont il espère être lu, ce qu'on trouve de bien dans ses opinions, dans ses doctrines, dans son langage ; ou ce qu'on trouve de mal dans ses principes, dans son système, dans son style : ce qu'on approuve comme moral, ou ce qu'on blâme comme immoral ; ce qu'on signale enfin comme vrai ou faux , correct ou incorrect, digi.e ou inconvenant ; si on n'est pas capable d'apprécier soi-même la valeur de la louange, la portée du blâme , el de justifier toutes les accusations que l'oa a réunies?
Aussi, comme c'est chose très-difficile, je le répète, que la manière dont la critique peut-être généralement entendue et exercée , il ne sera pas hors de propos, sans doute, que nous posions quelques règles à ce sujet.
Et d'abord, il est un principe sur lequel tous les critiques doivent être bii'n fixés , c'est que les actions vicieuses sont les seules qu'on doive blâmer, toul comme les actions vertueuses sont les seules qu'il faille louer. C'est qu'une bonne el saine morale est la seule qui puisse être tolérée; tout comme un hommage rendu aux actions déshonnêtes doil être sévèrement flétri. Je dis plus, on ne doit jamais aller fouiller dans la vie piivée de nos adversaires, et si nous parvenons à découvrir leurs défauts, nous ne devons jamais nous faire un malin plaisir de les exposer au grand jour, si on n'a aucun intérêt honnête à en retirer ni aucun mandat pour cela. Que pourrait-il résulter d'une conduite opposée ? qu'on peut et doit déplaire avec beaucoup d'esprit et qu'on s'expose soimi'ini' à être sévèrement critiqué el jugé, nul parmi les hommes, à moins de bien rares exceptions, ne pouvant se flaticr d'avoir toujours mené une vie assez pure pour se donner le droit de censurer celle des autres.
De même on aurait lorl, sans avoir une instruction solidi' et variée, sans être doné d'un esprit pénétrant, d'un jugement droit et sûr, de faire une critique partiale de nos
contemporains, délai ! il v ■ il pea de cho-
ses parfaites dans leurs ouvrages, le-, im-
periei lions y abondent tellement, et nous
sommes si faillibles nOUS-mémel , qu'il laul,
loin en i'orn)an( de beaucoup de sévérité, ►' ipprovi lionnef aussi le beaai oop d'indul-
gence ; ne jamais perdre de vue que le flambeau de la critique doil éclairer et non brûler (Favart); et qu'en bonne conscience, il faul continuellement mettre l'éloge à côté du blâme.
11 faut anssi étouffer en soi tout esprit de rivalité ; sans cette condilion, adieu l'impartialité du critique. Il verra les beautés d'un ouvrage en aveugle et les sentira en paralytique, tandis que les défauls lui paraîtront monstrueux, vus à la loupede l'envieux. Les inimitables tragédies de Racine ont été critiquées , el très-mal ; pourquoi ? c'est qu'elles l'étaient par des rivaux. Les artistes sont juges compétents de l'ai t, il est vrai, mais ces juges sont presque toujours corrompus.
Ainsi, quoiqu'on sache bien que les critiques injustes, plates et viulentes, font beaucoup moins de mal qu'une critique sage et modérée; et que les éloges prodigués sans discernement, loin d'être avantageux à l'auteur, lui sont on ne peut plus nuisibles [Grimm) ; quoiqu'on sache bien que quand on s'arme du flambeau de la critique, ce doit être avec la ferme résolution de s'en servir pour faire un acte de justice et non de calcul; pour discuter sur le mérite el les imperfections d'un livre avec calme, sang-froid, dignité et impartialité (ce qui n'exclut pas une piquante mais honnête malignité), cl non avec la passion jalouse du rival ; quefont presque tous les critiques quand ils prennent la parole ou qu'ils tiennent la plume pour disserter sur lel auteur ou sur tel ouvrage ? Sont-ils animés par des intentions louables ? hélas 1 non: car le plus grand nombre, soit avec beaucoup de finesse d'esprit, soit avec la plus grande rudesse de langage, louent ou blâment, c'est un parti pris, tous les actes du gouvernement qui ne les appelle pas aux hauts emplois, ou qui ne 1 s gorge pas d'honneurs ; tous les discours d'un orateur qui est ou n'est pas de leur bord; tous les principes d'un législateur qui siège â lel ou tel côte de la Chambre ; lov es les propositions d'un homme d'Ktal lie avec tel ministre, ou sou plus grand ennemi; tous les articles de certains journaux qui ont ou n'ont pas la couleur de* celui qu'ils rédigent. Ils savent bien qu'ils mentent au pays el à leur conscience eu louant ou en approuvant tout, mais peu leur importe: ils l'ont leur métier.... Je ne dis pas qu'il n'y ail t'es honorables exceptions ; mais butas 1 combien elles sont rares 1
Ll qu'on ne croie pas que je calomnie la presse en l'accusant ainsi d'injustice ou do partialité ; car je me défendrais de celte BCcusation à l'aide du passage suivant de Voltaire, qui peint parfaitement notre époque : « II y a toujours eu dans la fange de notre littérature plus d'un de ces misérables qui ont vendu leur plume et cabale contre leurs bienlaileui s mêmes, dette remarque est bien étrangère a l'article Amr; mais faudraitil perdre une orea-ion d'ellrawr ceux qui se
rendent indignes d'hommes de lettres, qui prostituent le peu d'esprit et de conscieuce qu'ils ont à un v il iutérét, jj une politique
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chiuiérii|uc ; qui trahissent leurs amis pour natler des sots, qui broient en secret la ciguë dont l'ignorant puissant et méchant veut abreuver des citoyens utiles? »
Ainsi, loin de blâmer Voltaire de sa digression, dont j'ai pu profiter, j'en ferai uneàmon tour, p"iirdire que le philosophe de Kcrney n'a pas toujours apporté dans ses travaux celle sévérité scrupuleuse d'examen qu'il aurait voulu trouver dans les littérateurs, lit par exemple : en s'appuyanl arec un grand air de sécurité sur les mémoires imprimés de mademoisclledeMonlpetisieret sur le journal manuscrit du marquis de Dangeau, Voltaire avait publiéla chose du monde la plus curieusement inexplicable, savoir, que Louis XIV aurait pris le deuil à la mort de Cromwel.
Quand on va chercher la preuve de celte assertion dans les Mémoires de la princesse, on trouve qu'elle y dit précisément lo contraire,et quand on a vu paraître le .Mémorial de'M. de Dangeau, il s'est trouvé qu'il n'en disait rien.
De même, la première fois que j'ai entendu parler du Masque de fer, dit madame de Créquy, c'était par Fontenelle, qui venait d'en entendre parler à Voltaire, lequel avait ajouté en avoir ouï parler au duc de Richelieu, qui — disait Voltaire, — avait appris la chose par le duc de Noailles sou beaupère, lequel duc de Noailles était censé le tenir de son oncle le maréchal de Roquelaure, et de son beau-père M. Royer deVillemoison. ancien intendant de Provence. — Voilà qui est singulièrement bien arrangé, nous dit le maréchal de Richelieu ; il est trèsvrai que j'ai ouï parler de cet homme au masque de fer, mais c'est uniquement par Voltaire et nullement par le duc de Noailles. Je vous donne ma parole que celui-ci n'a jamais parlé du vieux Royer, son beaupère, à âme qui vive!....
Cette manière d'écrire l'histoire est d'autant plus lâcheuse que, venant d'un homme qui avait beaucoup de lecture et de vogue, elle corrompt ou trompe le lecteur et l'écrivain. Mais revenons-en aux critiques.
Us ne sont ni plus exacts, ni plus vrais, ni plus scrupuleux, ni plus conséquents; et la preuve, la voici : Si nous demandons aux feuilletonistes ou à leurs feuilletons, ce qu'ils pensent de tel acteur, de telle actrice, ou de tels artistes (je n'ajoute pas de tel littérateur, parce que je sais d'avance qu'ils en diront un peu de bien pour avoir le droit d'en dire beaucoup de mal): c'est un piocheur, il a de l'esprit, ne manque pas de jugement; mais... Quant aux autres, ils en exalteront ou en rabaisseront le mérite ou le talent, selon que l'acteur, l'actrice ou les artistes se seront montres faciles ou difficiles à satisfaire leurs désirs ; tranchons le mot, leurs exigences. Et on appelle cela de la critique 1
Ne croyez pas que tout se borne là. Fort souvent aussi on voit la critique littéraire être le partage de quelques auteurs infortunés qui n'ont jamais pu par eux-mêmes exciter la curiosité du public. Dans leur infortune et leur désespoir, ils attendent toujours
cnu
l'occasion de quelque ouvrage qui réussit pour l'attaquer, non par jalousie, car sur quel fondement seraient-ils jaloux? mais dans l'espoir qu'on se donnera la peine de leur répondre et qu'on les tirera de l'obscurité où leurs propres ouvrages les auraient laissés toute leur vie.
Quelquefois, enfin, les journaux se négligent ou le public s'en dégoûte par pure lassitude, ou parce que les auteurs ne fournissent pas des matières assez agréables : alors les journaux, pour réveiller le public, ont recours à un peu de satire, se souciant fort peu de manquer à la raison cl à l'équité.
Voilà tout autant d'écueils que nous devons éviter, quand nous voudrons (et nous devons le vouloir toujours) que la critique par nous exercée soit généralement bien accueillie et goûtée par tous les hommes probes et impartiaux , c'est-à-dire, que tout critique consciencieux doit suivre exactement les règles que j'ai posées, tout en ne s'écarta ut pas, en critiquant, de la plus exquise politesse envers tout le monde, mais plus particulièrement envers les auteurs d'une réputation justement acquise. A ceuxlà, on leur doit toutes sortes d'égards, et ces égards consistent non-seulement à leurdonnerles louanges qu'ils ont méritées parleurs écrits, marqués au coin du génie, mais encore à louer ce qu'il y a de bon dans les endroits même qui sont l'objet de la critique. Il est rare que les grands hommes fassent de pures fautes et qu'on n'ait pas sujet de les louer dans le temps même qu'on a de les reprendre. (Trublet.)
Somme toute, il faut êlre juste dans le jugement qu'on porte d'un ouvrage et éviter que le plaisir de la critique nous empêche d'être louché des plus belles choses. {La Bruyère.) Il faut être juste, mais indulgent sur les défauts d'autrui, et ne les divulguer que quand l'intérêt social l'exige. Il faut profiter des critiques qu'on fait des vices des autres, pour nous corriger de ceux dont nous sommes atteints. C'est une leçon qu'on nous donne sous le nom d'autrui. [Epictète.) Enfin, il faut faire, en un mot, pourles autres, ce que nous voudrions qu'ils lissent pournousmème; les lois de la morale et de la religion nous le commandent.
CRUAUTÉ, Cruel, Inhumanité, Inhumain, Férocité, Féroce, Sanguinaire (vices). — Les auteurs anciens et modernes considèrent les mots inhumanité et cruauté comme synonymes. Us le sont en effet jusqu'à un certain point, attendu que l'un est renfermé dans l'autre, c'est-à-dire que la cruauté est le plus haut degré de l'inhumanité. Mais comme celle-ci ne peut arriver jusqu'à celle-là sans changer de nature, sans une modification dans les mœurs et le caractère de l'homme inhumain, nous devons en faire ressortir les dissemblances.
L'inhumanité est l'absence, dans le cœur de l'homme, de tout sentiment de pitié ou de commisération. Il faut de toute nécessité qu'elle se borne à celte sorte d'indifférence
CRU
aux maux d'autrui, poor rester elle, sans cela, c'est-à-dire si elle sort de cet état pour acquérir, en mal, quelque chose de plus, e.le devient alors de la cruauté.
Ainsi un homme inhumain' c'est celui qui reste froid, insensible aux malheurs de son prochain, ou qui les occasionne sans pi ié, ni chagrin; et un homme cruel, c'est celui qui ajoute à celte insensibilité la rigueur et l,i dureté. L'inhumain n'aime que lui, il se fait an jeu de la révélation d'un tort ignoré, devient indifférent aux infortunes de ses frères, mais il répugne à voir souffrir et plus encore à tourmenter ceux qui souffrent : il en détourne la vue et s'élo;gne. Le cruel, au contraire, hait tout ce qui l'environne; il trouve du plaisir à voir souffrir ou à tourmenter ses ennemis, ou ceux qui lui déplaisent. C'est pourquoi on a dit de l'inhumanité qu'elle doit son origine à l'insensibilité de l'âme et à un sentiment d'égoïsme qui domine tout autre sen liment; et de la cruauté qu'elle naît de la lâcheté, de la dureté d'un cœnr que la vue des combats, la crainte, la méfiance et quelquefois le fanatisme endurcissent encore. De là celle remarque, qui n'est pas sans vraisemblance, que les hommes extrêmement heureux ou malheureux sont plutôt portés à l'inhumanité; mais que les conquérants, les chasseurs, les paysans ttc certaines confiées, les individus qui par profession font coukr le sang, sont enclins à la cruauté.
Louis XI y était tellement porté, qu'il s'est montré cruel dans bien des circonstances- Celle qui ex< iie encore aujourd'hui le frémissement et l'indignation dans l'âme de ceux qui lisent l'histoire de sa vie, c'est le raffinement de barbarie qu'il inventa pour le supplice de J.icques d'Armagnac, duc de Nemours (1477). Au lieu de l'échafaud de pierre qui était permanent aux halles de Paris, le roi ordonna qu'il en fût placé un au - Ire qui serait couvert de planches mal jointes et qu'on plaçât au-dessous les fils d'Armagnac, afin que le sang de leur père ruisselât sur leur télé. (Anqaelil.)
Après cet exemple, je n'en connais pas de plus épouvantables que ceu\ dont Néron s'est rendu coupable. Peu de personnes ignorent que l'incendie de Rome, dont on accusa les chrétiens, que l'on confondait avec l< s juifs, produisit la première persécution. Les martyrs, dit l'historien, étaient attachés ■ n croix comme leur Maître, ou révélas de peaux de ! êtes el dévorés par des chiens, ou enveloppes dans des toniques imprégnées do poix, auxquelles on mettait le feu; la matière fondas coulait à terre avec le sang. Ces premiers flambeaux de la loi éclairaient une fête nocturne que Néron donnait dans ses jardins; à la lueur de ces flambeaux, il conduisait des chars I... Néron ne s'arrêta pas la : il li: mourir sa propre mère! ! ! Peut-on poasser plus loin la férocité î
Je me suis .servi du mol férocité pour faire une remarque de pco d'importance,
doute, mais que néanmoins je ne pouvais passer SOUS silence : t'est que la férocité fait
cnu "«.
participer l'homme à la nature de la bise et le rend sanguinaire. Elle ajouterait donc un degré de plus à la cruauté. Yoy. Féroce, Sanguinaire.
Nous avons prétendu que l'exercice de certaines professions, entre autres de la chasse, rendait les hommes cruels. C'est, nous dit-on, parce que Charles IX l'a beaucoup cullivéc, et parce qu'il se livra beaucoup à l'art de tuer les bêle*, qu'il contracta dans les forêts l'habitude de voir couler le sang : probablement que sans celte circonstance on eût eu beaucoup plus de peine à lui arracher l'ordre de la Saint-Barthélémy. La chasse, ajoute-ton, est un des moyens les plus sûrs pour émousserdans les hommes le sentiment de la pitié pour leurs semblables : effet d'autant plus funeste, que ceux qui l'éprouvent, placés dans un rang plus élevé, ont plus besoin de ce frein. (Voltaire.)
Assurément je ne conteste pas l'influence que la vue du sang qu'on fait couler peut avoir sur le caractère des hommes ; mais jo crois cependant que Charles IX a été plus cruel [<ar faiblesse pour sa mère, qui le dominait , que par goût. Et s'il était nécessaire d'opposer exemple pour exemple , afin do prouver que la chasse n'a pas toujours cette influence, je citerais le duc de lierry, qui, tout passionné qu'il fût pour cet exercice, n'en demanda pas moins grâce pour l'homme qui l'avait assassiné! et Charles X.son père, non moins amateur de 1 1 chasse, qui préféra l'exil au malheur de prolonger d'un seul jour la guerre civile qui ensanglanta la capitale en juillet 1830.
D'ailleurs, combien ne voit-on pas de chasseurs déterminéset intrépides, qui néanmoins sont très-bons et très-compalissanls,qui oui en horreur de voir couler le sang humain, y plus forte raison de le verser! Mais ceux-là, nous devons en convenir, ont l'esprit cultive. el c'est probablement celle condition qui a dressé la barrière que la cruauté n'a pu franchir pour pénétrer jusqu'à leur cœur.
A propos du malheureux, affreux el épouvantable massacre de la S lint-Barlhélemy, jo relèverai une nouvelle inexactitude historique qu'a commise Voltaire, assertion dont l'influence sur les esprits a été -i fâcheuse el si profoude, que sou impression n'en est pal encore effacée. N us laisseront parler li
mai qui se de Cicquy, qui a beaucoup critiqué
ce philosophe, n lalii emenl aux erreurs qu'il a trop légèrement glissées dans ses écrits.
o Dan* les notes de sa première édition de
la lleiuiad-. Voltaire avait avancé que Char*
les IX a lire des cou| s de carabine sur 1rs
■ its qui s'enfuyaient du quartier du
l.ouv re, a l'heure de la Sainl-Barthél y ; et
la preuve qu'il en donnait , ( 'e>l que le ma ■
réchnl de i essé aurait connu le geutilhomma ip.i avait chargé cette carabine du roi Char» l i,à plusieurs reprises, lequel, gentilhomme
or. lin, ne de • . 1 1 . i ■ 1 >S l\ en avait fait II nin-
fidence à ce marécbal( au bout de quajra* v ingl-dix ans.
<i II faut vous dire que Voltaire ne s'était jamais trouve une teult fois djns sa vie avec
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mon oncle de Tcssé, et qu'il ne savait autre chose de lui que ce qu'il en pouvait attraper ru me questionnant, et, s'il faut tout dire, en m'impalicntant quelquefois par ses questions. Je dois déclarer que le maréchal de Tessé n'a jamais rien dit de semblable à ceci devant aucune personne de sa famille ; et j'en parlai si haut et si clair, que Voltaire en a supprimé celte fausse indication dans toutes les édilions suivantes.
« La Convention, le Directoire et le gouvernement des consuls n'ont voulu tenir aucun compte à Voltaire de cette correction dans les notes de son poème, et dans son amende honorable en désaveu tacite. Ou voit encore, en cel'.e présente anuée 1S08, l'inscription suivante au-dessous d'une croisée de la galerie du Louvre, au rez-de-chaussée. — Les caractères en ont au moins deux pieds de hauteur: C'est de celte fenêtre que l'infâme Charles IX, d'exécrable mémoire, a tiré sur le peuple ai ec une carabine. — Comme cette partie du Louvre n'a été construite que sous le règne de Henri IV , il est difficile que celte fenêtre ail existé du temps de Charles IX. »
Ce que j'en dis, d'après les souvenirs de la marquise, n'est pas pour justifier Charles IX de son crime : le sang des protestant massacrés a laissé sur sa vie une tache que le temps n'effacera jamais; mais j'ai iculu rectifier une erreur généralement accréditée, et qui va se répétant de bouche en bouche, à ce point, que naguère encore on me montrait la prétendue fenêtre, et qu'un journal de la pro- »ince a reproduit celte accusation à l'occasion des derniers troubles de Naples.
A ceux qui ne rouiraient pas s'en rapporter au témoignage de la marquise de Créqui, je répéterai un passage emprunté à M. Roisselcl de Sauciièrcs. Cet estimable écrivain, dans une note de son intéressant ouvrage, sur l'histoire du calvinisme eu France , s'exprime de la manière suivante :
« Je terminerai cette note en disant quelques mots de la fameuse carabine de Charles IX. Brantôme est le seul qui en ait parlé; d'Auhigné en dit un mot, mais avec tant de discrétion, contre son ordinaii c, qu'il semble craindre de rapporter celle fable; de Thou n'en a point parlé, et certainement ce n'e-l pas pour ménager Charles IX, qu'il appelle un enrayé, iiranlôme même a soin de dire que la carabine ne pouvait pas porter si loin. Mais je demande où cet historien a pu piendre ce fait : il était absent. « Alors j'étais, dit-il (Disc, sur Catherine de Médias), à notre embarquement de Brouage. » Ce n'est donc qu'un ouï-dire que personne n'a osé répéter dans le temps, et que le duc d'Anjou (Henri 111) n'aurait pas omis dans son réeii à Miron , attendu qu'il parle de cette même lénètre d'où on prétend que Charles IX lirait sur ses sujets (c'est le balcon du Garde-Meuble, qu'un abattit en 1758). Si Charles IX eut liîé sur ses sujets, c'était une circonstance à ne pasomellre: c'était presque laseulequi pût faire tomber presque tout l'odieux du massacre sur ce roi; el il es* probable que le duc d'Anjou n'en aurait pas laissé échapper l'occa-
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sion. C'est donc une véritable allégation d'autant plus dépourvue d'apparence, que la rivière était moins couverte de fuyards que de Suisses, qui passaient l'eau pour aller achever le massacre dans le faubourg Saint-Germain. Et d'ailleurs, comment accorder celte inhumanité réfléchie avec ce mouvement d'horreur qui le sai>it, ainsi que sa mère et son frère, au premier coup de pistolet qu'ils entendirent? « Nous entendiims lirer un « coup de pistolet, dit le due d'Anjou, et ne « saurais dire en quel endroit, ni s'il offensa « quelqu'un; bien sais-je que le son seule- « menl nous blessa tous trois si avant dans a l'espr.t, qu'il offensa nos sens et notre ju- « getnent. »
Quoi qui! en soit du degré de confi :nre que l'on voudra accorder aux autorités dont j'iinoque le témoignage, toujours estil que, laissant de côté le massacre de la Sainl-Barthélemy, on peut poser en principe que, s'il esl vrai que les conquérants, les montagnards, les chasseurs, etc., sont enclins à la cruauté, il n'en est pas moins certain que bien des enfants apportent en naissant des dispositions à ce vice; dispositions qui tiennent probablement à leur ignorance du bien et du mal, mais qui cependant, si on n'y remédie dans le principe, peuvent devenir plus tard, un rentable penchant que rien ne surmontera.
La preuve que la plupart des enfants sont cruels parignorance.c'estque ce mêmeenfant qui marlyrisera un petit animal , qui courra au supplice d'un malfaiteur, qui entretiendra volontiers son imagination de sang et de tortures, donnera son déjeuner à un pauvre affamé, ou s'attendrira sur son sort, s'il le voit exposé aux injures des saisons : c'est qu'il a lui-même senti la faim et le froid, et qu'il rapporte les souffrances dont il est témoin aux souffrances personnelles dont il a conservé la mémoire; en un mot, il connaît alors ce qu'il voit el il plaint ce qu'il connaît. Il faut donc l'instruire de bonne heure de co qu'il ignore, si l'on veut combattre à temps et détruire pour toujours ses funestes dispotions à la cruauté.
Comment s'y prendre? En imitant une dame que j'ai beaucoup connue, femme d'un très-grand mérite et possédant toutes les qualités requises pour bien élever les enfants. Les siens ont une éducation parfaite el la lui doivent.
Un jour que cette dame avait surpris son fils, alors âgé de sept à huit ans, s'amusanl à plumer un oiseau vivant, elle l'attira à elle et se mit à lui tirer les cheveux avec force. Le petit garçon poussa de hauts cris : « Tu me fais mal, disail-il à sa mère. — Crois-tu, reprit celle-ci, que le petit oiseau que tu liens dans ta main ne souffre pas quand lu lui arraches seâ plumes? (Jue t'a-l-il donc fait pour lo faire souffiir ainsi? Tu n'es qu'un méchant enfant; va-l'en, et que je ne le surprenne plus martyrisant ainsi des animaux. » La
leçon fut bonne, et M n'a pas eu besoin
d'une nouvelle correction. Il est vrai de dire que sa bonne mère développait chaque jour