‹ Dictionnaire des facultés intellectuelles et affectives de l'âme où l'on traite des passions, des vertus, des vices, des défauts, etcChapitre 70 sur 251 · DEG · texte numérisé non relu

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ncux cl craintif, comiue tous les gens qui , comme lui, oui uu tempérament mélancoliiiue, (7 s'est formé à lorl ou à raison une mauvaise opinion de cet individu. Partant, la méfiance aurait uu tout autre motif que la défiance.

Dans tous les cas, on ne saurait considérer l'un et l'autre de ces sentiments comme un défaut : qu'ils le deviennent quand on 1rs pousse trop loin, c'est incontestable , et cependant celte conclusion n'est pas sans appel. Je m'explique.

La défiance et la méfiance se rapportent, nous venons de le dire, soit à autrui, soit à soi-même ; eh bien , je le demande : n'esl-il pas permis de se défier de tous ceux qui, dans leurs rapports avec nous, n'ont en vue que leur intérêt personnel, n'ont que lui seul pour principal ou unique mobile? Ne peuton pas, tout en les croyant de fort honnéles gens, se conduire avec eux comme s'ils ne l'étaient pas ?

Prenez garde que si je reçois une réponse négative, je demanderai alors ce que signifie ce proverbe tant et tant de fois répété et qui a reçu la sanction de 1 1 multitude : La méfiance est la mère de la sûreté Donc, la

méfiance et la défiance en auirui ne soûl pas toujours des défauts.

Et quant à la défiance et à la méfiance que chacun de nous peut avoir de soi-même, elles deviennent le plus souvent une vertu. Telle était du moins l'opinion de certains philosophes, et Hope est de ce nombre, qui sont tous d'.ivis qu'il est sage de se défier de soi-même, et que cette défiance est le parige de ceux qui devraient le moins en avoir. Tel était aussi le sentiment d'un auleur dont le nom m'e»l échappé, qui a dit : Plus j'ai avancé en âge, et plus j'ai appris à me défier de mes propres sentiments et à respecter celui des autres.

Mais si le sage doit s? défier de ses jugements en ce qui le concerne, il doit se délier également des faveus de la fortune, tout en apportant dans le monde une confiance éclairée. Cette défiance l'empêchera de par trop compter sur les événements, de croire à l'instabilité et à la durée des choses d'icibas ; de telle sorte que s'il se trouve un jour sous les coups de l'adversité il en ressentira moins vivement les effets, son esprit y étant préparé.

11 y a enfin une défiance qui est non moins permise et non moins nécessaire, c'est de ne pas croire trop facilement le mal qu'on nous

dit d'aulrui On découvre tant de choses

indignes, et on en entend si souvent d'imaginées par la calomnie, qu'on ne sait plus |ue croire. Plus on a d'inclination à aimer la vertu et à s'y confier, parce quelli- est aimable, plus on est embarrassé cl troublé en ces occasions. Il n'y a que le goût de la vérité et un certain discernement de l.i sincère verlu, qui puissent empêcher de tomber dans I inconvénient d'une défiance universelle, qui serait un irès-grand mal.

Ainsi, d'après ce qui précède, la méfiance el la défiance peuvent être considérées, dans

cci tains ras, comme fort utiles. Je dis plus, elles sont indispensables dans le commerce de la vie, toutes les fois que l'on aura des intérêts à démêler avec les gens qui sont portés eux-mêmes à suspecter tout le monde. Méfiez-vous des défiants, disait Sivry, et il avait raison. Il n'y a, du reste, que les gens à qui lout a réussi et qui ont toujours prospéré, qui soient exempts de défiance, car elle est la fille du malheur. (Lafitte.)

C'est pourquoi, il faut que nous ayons un bien grand goût pour la vérité, et que nous possédions un certain discernement de la sincère verlu, pour que la société tout entière ne soit pas en proie à une défiance universelle et n'en éprouve pas les conséquences fâcheuses, alors qu'elle est poussée trop loin. C'est un inconvénient dont elle aurait, et dont nous aurions tous, par conséquent, beaucoup à souffrir. Mais, attendu que la prudence veut que nous agissions avec une certaine réserve, c'est-à-dire que nous ayons une défiance raisonnée de notre jugement, de noire esprit, de nos connaissances, de nos forces, et que nous sachions discerner quel est le degré de confiance que nous devons accorder aux autres ; il faut, dans toutes les circonstances, dans relies qui paraissent même d'une minime importance, se comporter en homme raisonnablement défiant.

On a si bien senti, d'ailleurs, que la méfiance et la défiance pouvaient être fondées sur des motifs plausibles, qu'on les a qualifiées des adjectifs jusle, sage, légitime. Auraient-elles ces qualités, si elles étaient toujours un défaut?

DÉGOÛT (sentiment). — Dégoût, en morale, signifie tantôt une aversion prononcée pour une personne (Voy. Antipathie et Aversion; ; lanlôl une répugnance plus ou moins grande pour le travail, l'étude, ce qui constitue I'Apathie, la Paresse, etc. [Voy. ces mots), et quelquefois une sorte de lassitude, de découragement, qui porte l'homme à désirer la mort et parfois le suicide. Dans ce dernier cas, le dégoût de la vie provient d'un Abattement moral (Voy. ce mot), qui puise lui-même sa source dans un autre sentiment, de telle sorte que le dégoût n'est, en définitive, qu'un sentiment consécutif. Il ne constitue donc pas essentiellement un défaut per se.

DÉGUISEMENT, Dissisiulation, Dissimulé, Politique (défauts ou vices). — La dissimulation, que je définirai tout à l'heure, est le défaut des gens dissimulés. L'homme dissimulé est capable d'aborder ses ennemis, de vouloir entrer en conversation et d'agir avec eux de manière à leur faire croire qu'il est bien loin de les haïr. Il loue en leur présence ce qu'il attaque en secret, el prend part à leurs revers ou à leurs mauvais succès. Il fait semblant de pardonner à ceux qui disent du mal de lui, et raconte sans se fâcher ce dont ils l'accusent. C'esl avec le même sang-froid qu'il répond à ceux qui s'indignent de ses injustices el qui les lui reprochent avec chaleur. 11 renvoie à un au-

Dt.G

îrc leinps ceux qui s'empressent de lui parler de quelque affaire. Il n'avoue jamais rien Me ce qu'il fait ; il dit qu'il est encore à ru délibérer, sous prétexte qu'il ne fait que rentrer chez lui, qu'il n'y est revenu que fort tard, ou qu'il est indisposé. 11 répond à ceux qui désirent lui emprunter de l'argent ou qui font une collecte pour subvenir aux besoins d'un ami, qu'il ne vend absolument rien. Il fait semblant de n'avoir ni vu ni entendu des choses qui se sont passées sous ses yeux ou dites en sa présence: et après avoir pris des engagements avec quelqu'un, il feint de ne plus" s'en souvenir, il dit a ceux qui lui parlent d'affaires : Jy penserai; j'ignore et que vous me dites : ; "en suis étonne ; ou j'en ai déjà pensé comme tous. En un mot, ses expressions favorites sont: Je ne crois pus; je ne le pense pas; cela me surprend; il faut que je sois bien changé; cependant, le récit qu il m'en a fait diffère du vôtre; la chose me paraît bien singulière; à d'autres, s'il vous plait;je ne sais à qui croire, de vous ou de lui. Il n'y a rien de plus pernicieux que ces sortes d'expressions tortueuses et contradictoires; prenez garde d'y ajouter foi trop légèrement. Déliez-vous de ces hommes faux et insidieux qui sont plus à craindre que les vipères. [Théophrasle, Coray.)

D'après ce tableau de l'homme dissimulé, on peut dire de la dissimulation et de son synonyme le déguisement, qu'ils sont dos artifices que l'homme met eu jeu pour cachi r la vérité; ou mieux, un raffinement d'art employé par lui, pour ne pas laisser surprendre les pensées, les projets, les senlimi nls qui l'animent, en composant ses paroles et ses actions de manière à en imposer à ceux qu'il veut tromper. 11 va sans dire qu'il agit de la sorte dans de bonnes ou de mauvaises intentions, c'est-à-dire pour une bonne comme pour une mauvaise tin.

De mémo, en paraphrasant le tableau que Théophrasle nous a laissé de l'homme dissimula nous dirons que c'est celui qui débile des paroles mensongères, émel des propositions fausses, met en jeu certaines manœuvres, certains gestes, avance des faits couliouvés, ment, en un mot, à autrui pour le tromper; ou encore, celui qui, par finesse ou par ruse, emploie des moyens artificieux pour arriver au mémo résultai. Dès lors le déguisement et la dissimulation comprendraient tout à la fois le mensonge, qui ■ dissimulation en paroles ou eu écrits, tl la finisse ou la ruse, qui est le déguisement en actions.

.Nous ne devons pas oublier de mentionner qu'il y a dans les faits el actes, les parole-, et !«•■ écrits des gens qui dissimulent, uu des personnes qui déguisent, une certaine peiite nuance qui distinguo ces deux sentiments l'un de I autre. Celle nuance consiste

<mi ce que, premièrement, l'I une qui <>■

i/ui.'i sa pensée, se montre lo t le contraire lie ce qu'il est, tandis que celni qui diaimule s'attache à ne pas laisser apercevoir ce qu'il est ; secondement, il faut beaucoup d'art et d'habileté pour tfiiJtmwfer, ce qui a hit dire

df.c - :

que la dissimulation est la grand art du flatteur : il suffit, au contraire, du travail et de la ruse pour déguiser ; troisièmement, enfin, la personne qui dissimule doit contiiiuelement veiller sur les autres, afin de ne pas leur permettre de pénétrer et connaître ses desseins ; au lieu que celle qui déguise ce qu'elle est, le cache avec beaucoup de soin, afin de donner le change.

Mais qu'ils diffèrent ou non par ces nuances sans importance, le déguisement et la dissimulation sont devenus tellement de mode aujourd'hui (on peut le dire hautement, sans crainte d'être démenti), que non-seulement les paroles ne signifient plus ou presque plus les pensées , mais encore, que nul ne dit réellement et sincèrement ce qu'il pense : qu'un tel témoigne de l'amitié ou des égards aux gens qu'il déleste ou qu'il méprise le plus ; et que celui qui se déclarerait ouvertement contre celte manière d'agir, passerait pour un mal appris, ou pour n'avoir aucune éducation.

C'est là un des grands Iravers de l'époque, nous devons en convenir; et il est vraiment fâcheux que les iniquités du siècle rendent en quelque sorte nécessaire cette imposture reflet lue , comme l'appelle Vauvenargues. Aussi, ce serait avancer une erreur grave, que de prétendre qu'au point de vue de la prudence humaine, le déguisement et la dissimu'alion sont toujours des défauts. Ou si l'on veut absolument que déguiser et dissimuler soient toujours des défauts, il faudra convenir, nous le répéterons, que, pour les prudents du siècle, ces défauts sont parfois une nécessité, une foule d'occasions et de circonstances dans lesquelles il faut forcement se servir du déguisement ou user do dissimulation, s'offrait! journellement, pour ainsi dire, à l'homme qui s'occupe d'affaires sérieuses. D'ailleuis, qu'enleud-on par un bon politique ?

Bon politique se dit généralement de certains individus qui ont reçu en partage, acquis par l'élude ou par l'usage du monde, toutes les qualités nécessaires pour bi conduire les affaires diplomatiques et faire réussir leurs projets : ou, si l'on préfère , on appellera bu politique, tout homme qui possède l'art de bien déguiser ses desseins, ii« dresser secrètement el adroilemenl ses plans, défaire de basses manœuvres pour mieu s li omper ceux qui voudraient le tromper luimême... ce qui avait fait dire à Louis XI : " Pour sai oir régner, il faut savoirdissimoler Cette maxime, bien comprise, esl vraie, ménifl

dans le gouvernement domestique,

Bl pourtant, ne nous abusons pas. celte adresse boulease, quj malheureusement de* \ ient commune dans les so. iélés d ml la ci* vilisalion esl avancée; cet art de tromper

is qu'on puisi ■ accusé d'imposture;

qui ilonne le change sur les véritables intention-, en feignant de n'en avoir que do généreuses ei île favorables aux personnes ave*. qui l'on traite, qui mel toute son adresi i cacher ce que l'on désire cl à les I aire de-

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