‹ Dictionnaire des facultés intellectuelles et affectives de l'âme où l'on traite des passions, des vertus, des vices, des défauts, etcChapitre 71 sur 251 · DEL · texte numérisé non relu

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sircr par celui que Ion vcul surprendre, l.a dissimulalion, en un mot, est, sous certains rapports, bien plus f.ilale à l'homme qui l'emploie qu'à celui qui d'abord en est victime. Par elle on fait quelques petits profits ; mais on Tait en dernier résultat une perte bien considérable : on perd sa sincérité, le contentement de son âme ; on se réduit à être toujours en garde, à se rappeler toujours ce que l'on a fait, ce que l'on a dit , afin de n'ê re point en contradiction avec soi-même ; on n'a plus d'ami sur la terre ; on se défie de tout le monde ; on ne livre plus son cœur ; on ne sait pas si l'on ne va pas être trompé. Quelle existence déplorable "... Et le plus souvent on ne parvient pas même aux faibles avantages pour lesquels on a fait de si grands sacrifices ; on trouve plus dissimulé que soi ; on n'a gagné que des mortifications cuisantes ; plus souvent encore on est dépouillé et précipité par un de ces événements terribles qui ne sont point des coups du hasard, mais les justes résultats d'une fausse conduite. En trompant tout le monde on s'est isolé de tout appui ; on tombe à la grande satisfaction de tout le monde ; on n'a que la honte et le désespoir pour compagnie éternelle. Voilà le sort des hommes qui deviennent dissimulés par avidité ou par ambition. C'est pourquoi, plutôt que de tomber dans un si grand malheur, en se laissant aller à un si grand défaut, mieux vaudrait passer toute notre vie dans l'obscurité et l'indigence.

Sous d'autres rapports, c'est mal que de dissimuler en quoi que ce soit, à moins d'une nécessilé rigoureuse , et cela parce que , si la dissimulalion est poussée trop loin , le rôle de politique devient trop difficile, ne peut être longtemps souienu, et offre alors le grave inconvénient d'être pris en flagrant délit de mensonge. Que peut-il advenir d'une telle découverte? que, comme la plus mauvaise des politiques est de savoir mentir effrontément, les hommes qui se sont montrés habiles à se servir de 1 1 dissimulalion , deviennent suspects à tous et pour tons, et reslent entachés de suspicion loule leur vie. Ce n'est pas assez, on ne les croit plus, même alors qu'ils disent franchement la vérité, et n'ont que de fort bonnes internions : or, je le demande, est-il rien de pire ?

Tout être raisonnable doit donc se montrer toujours vrai et sincère : son intérêt personnel l'exige; et, quoique la bonne politique ne diffère pas de la saine morale (Mably) [au point de vue de la politique gouvt rnementale, s'entend], à moins que d'y être contraint, on ne saurait trop le redire, par la loi impérieuse de la nécessité, il doit se rappeler, quelle que soit sa position sociale, que c'est se manquer à soi-même, à plus forte raison aux autres, que de déguiser ou dissimuler ses véritables pensées et ses sentiments , et que, si rien ne l'oblige à dire tout ce qu'il pense , à faire connaî-

Dictionn, des Passions, etc.

Ire ce qu'il médite et ce qu'il est, il doit du moins penser tout ce qu'il dit et se montrer tel qu'il est.

Et maintenant, si l'on exigeait de moi que je classasse définitivement le déguisement et la dissimulation, je dirais de l'un et de l'autre ce que La Bruyère disait de la finesse : Ils flottent entre te vice et la vertu, et l'on ne doit pas , par conséquent, toujours les condamner, ni toujours les absoudre.

DÉLATEUR, Délation (vice), Dénonciateur, Dénonciation (qualité bonne ou mauvaise) ; Accusateur , Accusation (qualité bonne ou mauvaise). — H est certains actes à l'accomplissement desquels une âme bien placée répugne excessivement , parce que les préjugés de l'époque déclarent infâme tout individu qui fait de pareils actes. On comprend que c'est de la délation, de la dénonciation et de l'accusation qu'il s'agit.

Ces mots, on le sait, sont toujours pris en mauvaise part , c'est-à-dire qu'on donne toujours , ainsi que je viens de le dire , une qualification injurieuse au délateur, au dénonciateur et à l'accusateur. Et cependant , n'est-ce pas que ceux à qui on donne un de ces titres agissent, dans la plupart des cas, non pour commettre une action coupable, mais dans des intentions fort louables ?

C'est en effet ce qui arrive le plus souvent ; mais comme un signe de réprobation est également attaché à celui que l'opinion publique désigne comme un dénonciateur, tout comme à l'accusateur et au délateur, nous devons dire quelques mots pour prouver qu'on a tort de les condamner tous également.

El d'abord nous mettrons en fait que le dénonciateur n'est jamais condamnable d'avoir dénoncé un coupable, lorsque l'attachement sévère que nous devons tous avoir pour la loi est le seul et véritable motif qui le fait agir.

Par la loi, j'entends les sentiments d'amour de la patrie, ou de l'humanité, qui commandent à tout citoyen de dénoncer le crime et de nommer celui qui l'a commis. Et comme c'est ordinairement un de ces sentiments qui anime le dénonciateur, loin d'agir dans l'ombre, il agit au grand jour et ne se cache jamais.

De même, c'est ordinairement parce qu'il est animé par un sentiment d'honneur ou par un mouvement de vengeance qu'il croil justifiable, qun l'a cusateur révèle le criminel et poursuit le crime. Aussi se nommc-t-il hardiment, et se montre-t-il la tète haute. Mais comme il est intéressé personnellement à tenir celte conduite, il en résulte qu il ) a beaucoup moins de mérite dans l'accusa ion fjue dans la dénonciation.

Je n'en dirai pas autant de la délation et du délateur. Celui-ci se plaît à faire du tort à quelqu'un pour des motifs presque lou-

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jours bas, honteux, vils et mercenaires, sciviies même , ou par méchanceté. C'est pourquoi n'attendant aucun avantage social ou moral de sa délation, craignant au contraire le mépris public qui s'attache aux actes déloyaux, il se cache toujours, de peur d'être obligé de légitimer sa méchanceté, sa vengeance ou sa cupidité qu'il sait bien ne pouvoir justifier.

En conséquence, si les gens raisonnables veulent prendre en considération les conditions bien différentes dans lesquelles se trouvent le dénonciateur, l'accusateur et le délateur, ils reconnaîtront sans peine que le premier est un homme vertueux, mais indigné ; le second, un homme peut-être vertueux aussi, mais irrité ; et le troisième enfin, un homme vicieux et vendu. Et pourtant ils sont tous également odieux au peuple 1 et personne ne prend la peine de le désabuser.

Eh bien, c'est parce que nous reconnaissons qu'il serait fort utile qu'on habituât ce même peuple à ne pas regarder du même ceil la dénonciation, l'accusation et la délation, que j'ai tenté d'établir dans un même article qu'il est des circonstances où le philosophe le plus rigide ne saurait s'empêcher de louer le dénonciateur et l'accusateur, d'applaudir à la dénonciation.

Pourrait il en effet, ce philosophe, ne pas louer celui qui, secouant Le joug des préjugés, dénonce un complot qui peut amener la guerre civile ou un meurtre isolé? le représentant qui, ^'apercevant qu'on dilapide les finances, dénonce à l'Assemblée nationale ces infâmes dilapidations? le citoyen qui le premier, et qu> iqu'il sache bien à quoi il s'expose, dénonce le crime secret d'un souverain cl fait que, se communiquant de bouche en bouche, il parvient bientôt au tribunal redoutable, de l'opinion publique? Dans un siècle corrompu comme notre siècle, où il se commet tant d'actes iniques de fraude, de corruption, de faux témoignages, d'attentat aux meurs, à la sûreté des institutions, citoyens, magistrats, militaires, hommes de toute condition, journalistes, tous s'empressent à l'envi de porter ces actes à la connaissance du public, et quelqu'un songe-l-il à leur en faire un trime? Au contraire, on les invile à persévérer dans celle voie par un murmure approbateur pour le dénonciateur, et un murmure d'indignation pour les coupables.

De même pourrait-on ne pas approuter ce fils ép oré qui, par son accusation, traînera le meurtrier de son père sur les bancs uù les assassins sont forcés fle D'asseoir?

Que 1 s populations indignées blâment le délateur, s-'ii, car il esl trop méprisable pour qu'on puisse Pabsoudre; mais qu'elles

blâmant également le délateur, le dénonciateur et I accusateur, c'est être injuste envers les dernier^. Ils accomplissent souvent un devoir sacré , et le délateur commet un Cl mie.

Il convient dune de distinguer la dénonciation, l'accusation et la délation, par la nature même du sentiment qui kl constitue, du motif qui les détermine, afin de donner au

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