‹ Dictionnaire des facultés intellectuelles et affectives de l'âme où l'on traite des passions, des vertus, des vices, des défauts, etcChapitre 73 sur 251 · EL · texte numérisé non relu

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l'on ait considéré celle-ci comme une vertu excessivement rare, rien n'étant plus rare, en effet, que de rencen'rer dans le monde îles gens réellement consciencieux.

D'où cela peut-il provenir? De ce que, pour être délicat ou consciencieux, il faut être doué tout à la fois d'un bon cœur et d'un bon esprit. Or, comme des êtres pareils ne sont pas communs, il en résulte nécessairement que le plus grand nombre ne sait pas, ne soupçonne même pas ce que c'est que la délicatesse. De là vient sa rareté.

Mais rare, ou non, si l'on nous demande de donner une idée de la délicatesse, nous répondrons : être délicat, c'est ne pas accepter le poste éminent.qui nous est offert, si nous ne nous sentons pas capable d'éprouver de la reconnaissance pour celui qui veut nous y éle\er. C'est imiter, parconséquenl, un digne et vénérable ecclésiastique auquel j'étais attaché parles liens du sang qui, bien des années après son retour de l'émigration, refusa le litre d'évéque et d'aumônier de Joséphine (l'eximpératrice), résidant alors à la Malmaison, parce qu'il désirait ardemment le retour de la branche aînée, et ne se croyait pas capable d'éprouver jamais un sentiment de reconnaissance pour l'empereur et la femme qu'il avait répudiée. « Je n'aimerai jamais ces gens-là, disait ce digne prêire, pour motiver son refus; puis-je accepter leurs bienfaits? »

Etre délicat, c'est imiter le maréchal vicomte de Turenne, à qui une ville considérable ayant fait offrir cent mille écus pour que l'armée qu'il commandait ne passât pas sur son territoire , répondit à ses envoyés : « Comme votre ville n'est point sur la route où j'ai résolu de faire passer mes soldais, je ne puis prendre l'argent que vous m'offrez. *

Etre délicat, c'est refuser pour soi-même ou pour autrui un emploi qui nous serait offert, et pour lequel nous n'aurions pas ou nous ne trouverions pas dans notre protégé la capacité nécessaire pour le remplir. L'illustre docteur Corvisart nous en a laissé un bien bel exemple.

Il sollicitait depuis longtemps de l'empereur, dont il était le médecin, une place convenable pour son frère , lorsqu'un matin Napoléon lui dit avec bonté : « Docteur, je suis bien aise de vous apprendre que je viens de nommer votre frère à tel emploi. — Siie, répondit le savant et délicat Corvisart, permettez-moi de refuser pour lui cette faveur insigne; il n'a pas, je crois, une instruction suffisante pour remplir dignement et convenablement le poste honorable où Votre Majesté l'a élevé. Quoiqu'il ne soit pas riche, il peut attendre, j'y pourvoirai. » Après avoir lu ces faits, chacun se dira, j'en suis certain, que Corvisart, Turcnnc et le prêtre étaient très-délicats.

Ce n'est pas tout: il est d'autres moyens de faire preuve de beaucoup de délicatesse ; ils consistent à ne jamais dévier de la ligne de nos devoirs envers la société. Ainsi tout homme accessible aux sentiments

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de justice, de probité, délicat, doit élever jusqu'à lui et conduire à l'autel la jeune Glle appartenant à des parents pauvres, mais honnêtes et d'une origine irréprochable, qui, innocente et pure, n'aura consenti à se donner à lui et à se déshonorer, que sur la promesse qu'il lui aura faite que le mariage saura tout réparer : l'homme délicat s'empressera de rendre aux héritiers naturels, fussent-ils des collatéraux, une fortune que, dans un moment d'humeur ou décolère, un instant de faiblesse ou de délire, un ami mourant lui aura léguée, afin d'en frustrer ceuxdont ileroitavoirà se plaindre, etc., etc. A ce propos, je me rappelle un autre Irait de délicatesse du vénérable prêtre dont j'ai déjà parlé. Aumônier de madame la comtesse

de B , qui avait pour lui une confiance

illimitée, qu'il justifiait d'ailleurs, il en profita en toutes occasions pour faire le bien. Un jour, entre autres, où cette excellente dame se trouvait dans un accès de générosité, elle lui proposa de lui faire don d'une magnifique terre qu'elle possédait dans les environs de Paris, ne voulant pas, disait-elle, que ses enfants qui étaient des dissipateurs en consacrassent la valeur à passer leurs folles fantaisies.

Celui qui avait eu le courage de refuser un évêché devait avoir la force de refuser un château et ses dépendances ; il n'accepta donc pas l'offre généreuse de la comtesse, et lui fit comprendre qu'il valait mieux qu'elle donnât la propriété de celle terre à sa petite fille, à la condition qu'il y aurait tous 1 s jours une distribution de soupe, d'un morceau de viande et d'une livre de pain aux douze pauvres qui se présenteront les premiers pour demander la charité. Ce codieile figure en effet dans le testament de cette charitable dame.

Voilà, à n'en pas douter, des actes qui sont dictés par une bien grande délicalesse : ainsi conçue et pratiquée, renfermée surtout dans de sages limites, on peut assurer qu'elle est une vertu empreinte de beaucoup de douceur, et qu'elle ne manque pas de puissance, puisqu'elle triomphe de l'ambition et de l'amour des richesses. Cependant, tant il est vrai que l'exagération est toujours nuisible même en toutes choses, si cette vertu est poussée trop loin elle peut empêcher d'être heureux.

En cela, l'homme délicat s'assimile encore à 1 homme consciencieux qui, lui aussi, par un amour mal réglé pour la probité ou par petitesse d'esprit (et les gens délicats ne sont pas exempts de ces travers), devient scrupuleux. Donc, ainsi que je l'ai avancé dans le principe, être délicat on consciencieux, est un seul et même sentiment.

DÉNONCIATEUR, Dénonciation ( quali:é ou vertu). — Tout homme qui, par respect pour la loi, par amour pour son pays, ou par un sentiment de probilé, bravant les préjugés populaires et la haine des partis à laquelle il s'expose, dénonce aux magistrats le do!, la fraude, les trames que de mauvais

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