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citoyens ourdissent contre le pouvoir , doit être appelé dénonciateur. Les motifs qui le font agir sont tellement honorables qu'il faut bien se garder de le confondre avec le délateur (Voy. ce mot), dont ou l'a fait synonyme.
DÉPRAVATION (vice), Dépravé.— On entend par dépravation, une corruption scandaleuse d'esprit, de goût, et de sentiments, qui avilit l'homme au dernier point; c'est-à-dire que l'homme dépravé ayant l'âme aussi vile que ses goûts, pousse jusqu'aux dernières limites l'oubli de lui-même, et la bassesse des sentiments, et se rend par là méprisable aux. yeux de tous.
Les gens dépravés doivent donc être évités avec beaucoup de soin. Mais, hélas I est-ce qu'on y songe? Et ceux-là même qui les blâment et les flétrissent par leurs discours, ontils le courage de les fuir ou de les bannir de leur présence ? Au contraire, on voit ces individus aller dans le monde, être admis comme familiers dans certaines sociétés où on les trouve fort aimables, amusants, où on les désire et les recherche fort souvent. Sait-on ce que cela prouve? Que la dépravation seule, isolée, malgré qu'elle soit le tombeau de la raison et de la vertu, est pourtant tolérée dans le riche ou les hommes d'esprit. Que la société elle-même est assez corrompue pour supporter complaisammenl tel débauché qui, par lâcheté ou par ambition, rampe devant le pouvoir et lui vend sa plume et sa conscience ; et tel autre qui se fait l'esclave des hommes puissants dont il recherche les faveurs I
Ainsi, vous tous qui êtes dépravés, voulezvous être accueillis avec empressement et fêtés dans nos cercles brillants , montrezvous agréables; diffamez, calomniez la vertu auprès des coquettes et des femmes galantes; la probité auprès des hommes sans droiture et sans bonne foi dans les affaires ; les ministres de la religion auprès des impies ou des libertins : exaltez les livres qui ont la morale la plus relâchée, les spéciales les plus licencieux; ayez un esprit, mais un esprit bien méchant, de celui qui flatte nos passions et nos vices, qui nous amuse, parce qu'il déchire tout autre que nous, et met tout le monde à notre niveau en rab lissant ceux qui nous écrasent par leur supériorité ou par les qualités les plus brillantes; en un mot, soyez une nécessité pour nos lie lies dames qui ne songent qu'à se distraire, qu'à s'étourdir, et vous réussirez au delà de mis espérances.
\A l'on s'étonnera ensuite que la dépravation se répandede proeheen proche avec une
facilité effrayante I qu'aptes aroir élu domicile chez les grands elle gagne insensiblement et de proche en proche les autres classes de la société 1 lien sera ainsi, disons l,> bien haut, jusqu'à ce que la portion la plus Éclairée et la moins corrompue d'une nation,
i'ei ers-- le mépris sur les êtres dépravés et sur
ceux qui les hantent: jo veux dire, jusqu'à
ce que toute personne qui se respecte et qui
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a conservé quelques restes de la pureté des ji mœurs primitives de nos premiers pères , 1 éprouve une véritable répulsion pour l'homme dépravé et le repousse loin d'elle avec dégoût.
Donnons nous-mêmes les premiers cet exemple; osons jeter le gant au dépravé; I combattons-le partout où nous le rencontrerons ; formons une ligue avec les gens honnêtes; concentrons nos efforts, agissons de concert soit par amour pour la vertu , soit par amour de l'humanité, soit enfin par amour de nous-mêmes; et bientôt, soyons-en i certains, l'esprit du siècle s'épurera.
El comme les tendances de la jeunesse éclairée et studieuse sont bien manifestement portées en ce moment vers le retour à des sentiments équitables, désintéressés, ver- • tueux et religieux , sachons profiler oe cette tendance pour opérer , sur nos frères égarés par de fausses maximes ou entraînes par de pernicieux exemples, une réforme salutaire : eux et nous y gagnerons.
DÉSESPOIR (défaut).— Je définis le désespoir , une inquiétude de l'âme causée par i la certitude que l'on a acquise qu'un bien après lequel on soupire ne peut être obtenu et possédé (Descartes , Locke); qu'un mal qu'on abhorre ne peut être évité (Diction, encyclopédique) ; ou que le bien qu'on pus- • sédail est perdu sans espoir de le ressaisir et peut-être sans retour.
Dans l'un et l'autre de ces divers cas, s'abandonner à son désespoir est, dans l'ordre de la nature, une marque certaine de fai- • blesse morale ou le cachet d'un esprit étroit. , (/est aussi un défaut de jugement qui nous ferme les yeux sur les ressources qui peuvent nous rester, une absence de courage dont l'homme aurait besoin pour se relever : d'où il résulte qu'il perd à se désespérer d'un mal plus de temps qu'il ne faudrait pour y remédier (Turnliull ), et qu'il oublie trop facilement que, si grand que soit un malheur, le sage peut s'en tirer avec avantage. Sous ce rapport, le désespoir a la plus grande analogie avec l'abattement moral. Il y a cependant entre eux celte différence que, tandis que l'homme abattu reste accablé, anéanti sous le poids de sa douleur, l'homme réduit au désespoir se livre au contraire à des actes de violence, soit envers autrui, soit enfers lui-même. Kl par exemple :
Pour qui ce bûcher sur lequel une femme va mourir'.' C'est celui que Didon a fait dresser pour elle. Délaissée par Knée qu'elle retenait depuis longtemps à sa cour, la reine de Carthagc ne trouve de remède à son dé> sespoir que dans les horreurs du trépas, et su livre a la mort.
Pourquoi Celte détonation que je viens
d'entendre? C'est un malbenreui père do h mlllequi,ayant perdu dans de busses spéculations les seules et dernières res-oiiices qui lui restaient, n'a écoule que la làclie voix du ilises|mir cl ses) suuiile, li\r.ini ainsi sa len I sc> enfants a lOUleS les BngoisSM de
la douleur et de la misère.
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Quel est donc ce cadavre qu'on relire des eaux de la Seine? C'est celui d'une jeune fille, autrefois heureuse, parce qu'elle était chaste, et qui, au désespoir d'avoir été abandonnée par celui qui lui a ravi tout à la fois son innocence et l'honneur, n'a pu survivre à sa honte.
On le voit par ces exemples, celui qui par faiblesse se livre à de pareils actes de désespoir blesse tout à la fois les lois de la morale et de la société. A plus forte raison blesserat-il les lois du catholicisme, tout acte violent et coupable de désespoir éiant, dans l'ordre religieux, un des plus grands crimes : et cela, parce qu'il attaque directement la bonté et la providence de Dieu, deux attributs que le christianisme veut que l'homme honore spécialement dans cette vie.
En conséquence , toutes les fois que le malheur viendra nous visiter, lâchons de l'accueillir en philosophe et en chrétien , et n'oublions pas que si nous devons peu espérer dans ce monde, nous ne devons aussi désespérer de rien (Lamotte - Levayer). Sachons surtout qu'avec du courage et de la persévérance on peut triompher de ses passions , refaire une fortune que l'on aura malheureusement dissipée, reconquérir l'estime de ses concitoyens ; et celle confiance sera le baume salutaire qui cicalrisera dans notre cœur la plaie profonde que le malheur y a faile. Ouvrons , en un mol , notre âme à l'espérance, qu'elle la remplisse loul entière, cl le sombre désespoir ne pourra y pénétrer.
C'est chose d'autant plus nécessaire, que si vous ôtez à l'homme la foi en Dieu et a une autre existence ; si vous supposez une âme vide de tout sentiment religieux , en même temps qu'elle est désolée, ravagée par le malheur, dépouillée de loul secours naturel et humain , il vous sera facile de comprendre son désespoir. Mais il sera bien plus affreux encore son désespoir, si croyant en Dieu , elle est tout émue et tremblante devant lui , n'osant plus invoquer sa mséricorde , tant elle a manqué à la justice. A cet homme-là il faut montrer Dieu bon et miséricordieux, pardonnant à la femme adultère, au bon larron, à ses bourreaux, et cette vue ramènera le calme dans son cœur.
N'oublions pas aussi que « quand le dése>poir s'est logé chez nous, il tourmente tellement notre âme de l'opinion de ne pouvoir obtenir ce que nous désirons, qu'il faut que loul lui cède , et que pour l'amour de ce que nous pensons ne pouvoir obtenir, nous perdons même le re>le de ce que nous possédons. Celte passion est semblable aux petits enfants qui, par dépit de ce qu'on leur oie un de leurs jouets, jeltentles autres dans le feu : elle se fâche contre soi-même , et exige de soi la peine de son malheur. » ( P. Charron. )
DÉSHONNÉTE , Déshonnèteté (vice). — On applique généralement le terme injurieux de déshonnéte à tout individu qui, par ignorance, par manque d'éducation, ou dans un moment décolère, blesse la pudeur dans ses
discours, ou la pureté dans srs manières. En d'autres termes , employer, quand on p'trle de sang-froid ou avec chaleur, des mots auxquels les personnes comme il faut attachent une mauvaise idée et dont la politesse défend de se servir; ou bien avoirdans le maintien, dans le regard, dans le geste, dans les allures quelque chose de contraire à l'honnêteté, c'est êire déshonnéte.
La déshonnèteté est donc le vice dont sont entachées les personnes déshonnêtes ; et il a cela de fâcheux pour elles, qu'il n'est ordinairement toléré dans le monde que par 1rs gens mal élevés et qui ne sont pas de meilleure compagnie. Le reste de la société les blâme, les délaisse, les déleste ou les fuit, comme on fuit ces fléaux immondes dont le contact est toujours dangereux , soit à la masse commune qu'ils infectent, soit à chaque particulier qu'ils gâtent et corrompent. Pourquoi ? parce qu'il est dans notre nature de ne pouvoir résister longtemps aux déplorables entraînemenls du mauvais exemple , et que la plupart d'entre nous deviennent, sans le vouloir, les serviles imitateurs des gens qu'ils fréquentent assidûment. Cela est si vrai, qu'il a toujours suffi de la fréquentation volontaire et constante d'un homme déshonnéte, pour nous faire suspecter de ne pas valoir plus que lui. De là ce vieux proverbe plein de sens et de raison : Dis-moi qui tu hantes , je te dirai qui tu es.
L'intérêt social et l'intérêt individuel exigent donc non-seulement que tous les hommes capables de déshonnèteté soient constamment éloignés des jeunes garçons , des petites filles et surtout des enfants, qu'ils gâteraient ; mais encore que nous évitions nousmêmes de tomber dans le même vice en les imitant, rien ne flétrissant et ne dégradant davantage un individu, que d'avoir dans son langage et dans ses actions on* ton, un laisser-aller lestes , inconvenants, et qui n'appartiennent qu'aux gens du plus bas aloi.
Je dis plus : on doit éviter avec le plus grand soin de devenir déshonnéte et de se montrer tel, même dans les moments de colère et d'emportement. Chacun de nous sait que quand l'homme est entraîné par la violence de ses sentiments, il n'est plus assez maitre de lui-même pour rester mesuré dans ses expressions et conserver de la retenue dans les manières. Eh bien, ce doit être une raison de plus pour nous de vouloir être placés dans la catégorie des exceptions, de celui qui se distingue par là des ignorants et des grossiers.
Voyez le gamin de Paris dans ses poses les plus familières, ou la femme des halles dans ses moments de vivacité; écoutez les mauvaises plaisanteries de l'un , les dégoûtantes expressions de l'autre , et vous vous ferez facilement une idée pratique de la déshounê été.
Cette simple audition et ce dégoûtant spectacle vous inspireront , j'ose l'affirmer, une telle horreur, qu'il sulfira de vous le remémorer de temps en temps pour vous ôlcr toute idée d'imitation. A plus forte raison, si
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vous êtes bien convaincus que notre réputation vient essentiellement à la manière distinguée avec laquelle nous nous présentons dans le monde et savons nous y comporter, même dans les circonstances les plus difûciles , tout comme au choix, de nos amis ou des personnes que nous fréquentons habituellement.
Sans ces conditions, et surtout si l'on n'applique généralement on sceau de réprobation sur le front des gens déshonnéles , la déshonnéti té gagnera insensiblement du terrain, et viendra bientôt peut-être le moment où il faudra désespérer de l'humanité. Réunissons donc tous nos efforts pour opposer une digue aux épouvantables envahissements de la déshonnéleté , et nous aurons bien mérité de la sociélé tout entière.
Echue en partage à l'homme vicieux , la déshonnéleté, considérée en elle-même, n'est ni un vice , ni un défaut. C'est la fille de l'ignorance, la suile de mauvaises habitudes, la conséquenced'une mauvaise éducation; aussi n'est-ce guère que dans les dernières classes de la société qu'on la rencontre. C'est là qu'elle séjourne , c'est là qu'elle se plaît , c'est là qu'elle se perpétue et se perpétuera jusqu'à ce qu'on soit parvenu à moraliser le penp'e. La tâche est Forl difficile , mais je ne )a crois pas impossible ; et si nous voulons la remplir fidèlement, loin de descendre jusqu'au peuple pour lui emprunter ses mœurs et ses coutumes , élevons-le au-dessus de lui-même en lui donnant de bons exemples et de fructueuses leçons.
DÉSINTÉRESSEMENT (vertu), DtsiNrÉressé. — Le désintéressement est le détachement ot l'oubli de soi-même en vue de faire le bien ; c'est une sorte d'abnégation en faveur d'autrui ou de la fortune publique. Ce qui a fait dire généralement de ce sentiment, qu'il consiste moins à savoir se passer des richesses qu'à en faire un bon usage.
Le désintéressement esi la marque reriaine d'une belleâme ; ce qui le prouve, c'esl que les hommes désintéressés vont au-devant d"s désirs de ceux qui souffrent, des besoins de l'Etat, elévilentainsi, au pays une partie des calamités <) in- l.i misera enlraine ; aux malheureux, l'humiliation qn'ilsauraient «'prouvée en exposant l.'urs besoins à autrui. Le désintéressement a donc pour mobile l'amour de lliuinaniié, l'amour de la pairie, el s'associe à ses soeurs, li générosité, l.i charité, etc.
C'est pourquoi, l'Iioiiu l,-«.j ni BrOSté De
soupire pas après une [lus grande fortune que celle qu'il possède; ou, s'il ambitionne d'en acquérir une plus considérable, ce n'esl que pour la répandra immédiatement .née plus de profusion. Il aime tant L'humanité, •on pays, el surtout les m fortunés, cet homme, que, semblable i l'angede l'aun Ane qui l'inspire, il rail entendre an pauvre la voi\ de (espérance el laissa tomber dans sa m .in des offrandes plusdone.es encore que les paroles dont il l, s accompagne : ic'csl le lionii, ui
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11 devrait en être ainsi de tous les hommes, la société tout entière y gagnerait ; mais loin de là, dans le siècle d'égoïsme et de basse cupidité dans lequel nous vivons, on trouve l'intérêt personnel partout et le désintéressement nulle part. On en est arrivé même à ce point d'individualisme que tous les moralistes répèlent à l'envie : Regardez comme des exceptions les sentiments désintéressés, et vous serez avancés dans la connaissance de l'homme.
Pourquoi donc un jugement si sévère de leur part ? parce qu'il n'y a vraiment de désintéressement que dans quelques êtres privilégiés, et le nombre en est bien petit, qui attachent leur bonheur aux jouissances qu'ils procurent aux autres, et se procurent par conséquentàeux-mêmes.par lebonel judicieux usage qu'ils font de leurs biens et de leurs richesses ; tandis que, au contraire, il faut à la plupart, pour jouir de la vie, des jouissances sensuelles ou matérielles qu'ils tâchent de se procurer. Or, comme ces derniers ne savent pas goûter les satisfactions morales, ce plaisir indicible qui accompagne toujours les acles de désintéressement, il en résulte nécessairement que le nombre des gins désintéressés doit être excessivement limité.
Et ii le devient d'autant plus, que nul ne peut faire preuve d'un véritable désintéressement, que tout autant qu'il aura dans 1,> monde une posilion qui lui permette d'élre désintéressé, les occasions se présentant bien rarement aux gens qui n'ont pas de fortune. D'ailleurs, une des princip les causes du petit nombre d'exemples qu'on a recueillis, c'est que tout le monde .ne met pas en évidence les acles de désinlércssemenl qu'il accomplit , circonstance qui ne délruit pas cependant la règle que nous a* uns
posée.
Quoi qu'il en soil, comme les effets que produit la forlunc sur l'esprit des hommes , qu'elle leur parvienne par héritage ou qu'ils l'aient acquise à la sueur de leur front, ne sont pas les mêmes sur tous; comme elle rend communément ceux-ci dissipateurs nu injustes, et ceux-là, doux, eomplaisanls, généreux , il en résalle évidemment qu'elle forme ainsi deux camps qui se distinguent par des caractères opposés, à savoir : le caractère de la majorité, qui ne croirait pas
avoir de la foitune si elle ne la resserrait soi-
gneiisenienl ou ne la COUMCrail à son propre usage, el le caractère de la minorité, qui la distribue c nlinoellemeal aux malheureux.
.Mais que celle dernière façon île penser el d'agir est H me, née il s n.ieuis !...< Nil, et c'i si
a dessein que je le répéta, dan* ies temps de* s islreox où la misère publique s'offre inces-
sammenl a nus regard*, les ricins qui devraient éire ouverts à la compassion conlrac
lent une (lui. lé nouvelle. Ou < rainl de se
laisser surprendre à ces mouvements que la nature inspire en faveur des pauvres. I la rail plus , car en dévora ni en seen i In Iris, i" ri jles d une m lison ruinée, on affecte des
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dehors do sensibilité, comme si des attendrissements stériles pouvaient compenser les secours qu'on refuse. Heureusement que le désintéressement, comme lacharité, sa bonne sœur, lire son origine d'une source qui leur est commune; je veux dire la compassion, la commisération ou pitié : indépendamment d'une autre source, l'amour du pays, à laquelle nous avons dit que le désintéressement remontait. C'est pour cela que parmi tant de milliers d'âmes sordides et intéressées, il s'en trouve encore quelques-unes qui, grâce à Dieu, savent compatir au malheur, et sont tout à la fois désintéressées et charitables.
Je dis tout à lu foi» charitables .et désintéressées, afin qu'on ne se méprenne pas sur mes opinions, et qu'on ne croie pas que je considère la charilé et le désintéressement comme étant l'une et l'autre l'expression du même sentiment. L'homme charitable et l'homme désintéressé peuvent bien se tenir par la main pour faire l'aumône; et cependant, combien d'homme* charitables qui ne sont pas désintéressés; et pur contre, combien de désintéressés qui ne sont pas charitables I
Partant, le désintéressement aurait à mes yeux une origine que la charité n'a pas, une autre origine que la sienne, tout en ayant néanmoins la même origine ; c'est-à-dire qu'ils naissrnt tous deux d'un même sentiment quand il s'agit de soulager les misères du peuple; mais que le désintéressement a de plus quelque chose de spécial dans sa nature (j'ai déjà nommé l'amour de la patrie), alors qu'il s'applique aux deniers de l'Etat : expliquons ma pensée par des exemples.
Que se passe-t-il depuis quelque temps devant nos cours souveraines et nos tribunaux î Partout des procès scamlaleux qui démontrent que la cupidité n'a point de bornes quand il s'agit de mordre au budget. Or, pense-t-on que la sociélé aurait à gémir aujourd'hui d'un pareil scandale, si les hommes qui ont été jugés et condamnés, tout comme ceux qu'on poursuivra peut-être encore et qui seront, si non condamnés , du moins flétris par l'opinion publique, avaient eu plus de délicatesse , plus de probité , plus de désintéressement? Pense-t-on que si les députés fonctionnaires et les commensaux d'un ministère corrupteur et corrompu avaient été désintéressés, ils auraient augmenté la dette publique et écrasé la France d'un impôt monstrueux dont ils s'engrais saienl?
Hàions-nous de jeter un voile épais sur de si déplorables tableaux et sur la conduite de certains hommes dont le pays du reste a fait justice; et opposons à ces déplorables récits de la démoralisation actuelle plusieurs exemples bien remarquables du plus noble et du plus pur désintéressement.
Geoffroi-Camus de Pontcarré ayant reçu en présent du roi Henri III une somme de 20,000 écus recueillis par l'Etat d'un juif mort sans héritiers, ce digne magislra', aussi