‹ Dictionnaire des facultés intellectuelles et affectives de l'âme où l'on traite des passions, des vertus, des vices, des défauts, etcChapitre 75 sur 251 · DE · texte numérisé non relu

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désintéressé que Henri s'était montré libéra!, donna tonte cette somme à trois négociants associés qu'un incendie venait de ruiner.

En 1797, Pléville le Peley, élant ministre de la marine, reçut du gouvernement l'ordre de faire une tournée sur les côtes de l'Ouest. 40,000 fr. furent mis à sa disposition pour exécuter ce voyage. Loin de spéculer sur cette mission, le ministre désintéressé ne prit que 12,000 fr. sur la somme qui lui était allouée : il n'en dépensa que 7000 et voulut verser le restant dans les caisses de la trésorerie. Mais le gouvernement, à qui les 40,000 fr. avaient été déjà portés en compte, loin d'accepter ce remboursement, fit remettre à Pléville les 28,000 fr. qu'il avait laissés avant son départ.

Bien que sa fortune fût médiocre et sa famille fort nombreuse, le ministre, qui ne pouvait empêcher celle générosité, persévéra dans l'intention de ne pas en profiter, et l'employa à l'exécution du télégraphe qui a surmonté pendant bien des années l'hôtel du ministère de la marine. 11 est à regretter que ce monument historique ait été détruit.

Tels se sont montrés tour à tour Pontcarré et Pléville. Ces faits, on le sait, appartiennent à l'histoire et ne sont pas restés dans l'oubli, et pourtant ont-ils trouvé beaucoup d'imitateurs? Hélas! non Mais ne soulevons pas de nouveau le voile que nous avons si douloureusement abaissé.

Disons cependant que le hideux lableau qu'il recouvre est la représentation fidèle des tristes et déplorables conséquences de la dissolution des mœurs, qui tient elle-même à la propagation du luxe, et à une foule de nouveaux besoins que nous nous sommes tous créés, c'est-à-dire à notre amour du bienêtre, à notre vanité, à notre orgueil, à notre passion pour toutes les jouissances d'ici-bas ; et que cet état alarmant de dégradation persistera, jusqu'à ce que les hommes qui sont la lumière du peuple deviennent les bienfaiteurs de la patrie en donnant de bons et profitables exemples. Puissent-ils donc se hâter 1

DÉSIR (sentiment naturel). — Le désir est une espèce d'inquiétude de l'âme, causée par la privation d'une chose qu'elle suppose devoir lui donner du plaisir {Locke), ou du moins, à laquelle elle attache une idée de plaisir.

D'après cela, le désir provenant de l'agitation inquiète de l'âme qui soupire après la possession d'un quelque chose c|u'elle espère lui être agréable, il sera d'autant plus faible que cette agitai ion sera faible elle-même, ce qui constitue une velléité, ou d'autant plus forle que cette agitation devient plus ardente; et c'est alors une passion. Dans l'un et l'autre cas, que le désir provienne de la source que nous avons indiquée r! tende vers la possession d'un objet [Descartes), ou bien qu'il soit le résultat d'un élan spontané du principe actif vers un état meilleur (Buffon), il forme le fond capital de toutes

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les facultés intellectuelles et affectives de l'homme, et, sons ce rapport, il est la partie essentielle de tous nos sentiments moraux. D'où il résulte que le vrai et sevil moyen de se procurer le bonheur sur la terre, consiste à donner ries bornes à nos désirs et à en diminuer le nombre. « C'est bien as-ez, disait très-judicieusement madame de Lafayelle, c'est bien assez que délre, sans que pour cela nous soyons à nous tourmenter toujours à vouloir satisfaire des désirs sans cesse rei aissanls. »

C'est pourtant ce qui a lieu. « Il ne naîl et ne s'élève point tant de flots et d'ondes en la mer, comme de désirs au cœur de l'homme; c'est un abîme, il est infini, divers, inconstant, confus et irrésolu; souvent horrible et détestable, m;iis ordinairement vain et ridicule en ses désirs. Les uns sont naturels, justes et légitimes, les autres outre mesure, artificiels, superflus [P. Charron), mais tous plus ou moins impérieux et tyranniques. »

M ne pourrait en être autrement, puisque le besoin ne trouble notre repos, ou ne produit l'inquiétude que parce qu'il concentre les facultés du corps et de l'âme sur des objets dont la privation nous fait souffrir. Quand nous ne les avons plus, nous nous retraçons le plaisir qu'ils nous ont fait : la réflexion nous faitjuger de celui qu'ils pourraient nous procurer encore; l'imagination l'exagère, et pour jouir de nouveau, nous nous donnons tous les mouvements dont nous sommes capables; toutes nos facultés se diligent donc sur les objets dont nous sentons le besoin, et celte direction est proprement ce que nous appelons désir.

Que doit-il en résulter? que cet élan de toutes les facultés morales vers une chose ou vers un but, se présentant à l'imagination entouré de tous ses prestiges, le physique prend un aspect tout particulier. Ainsi on a remarqué que ia tête s'avance avec rapidité, le front est ouieri, les sourcils doucement relevés; les yeux s'agrandissent, saillent et pétillent; les narines se gonflent; la bouche s'enlr'ouvre ; le teint s'anime : il y a dans ions les traits de la face quelque chose d'indicible qui semble s'élancer vers l'objet «lu désir.

I.e désiré ta ni l'origine de toutes les liassions, c'est avoir une très-bonne philosophie quille s'efforcer d'y mettre un terme. En agissant toujours de la sorte, chacun de nous peut espérer de goûter le bonheur ou s'attendre à cire malheureux , suivant l'empire qti il aura pris sur lui-même; la nature de nos désirs étant celle (le nos joios et de nos chagrina. I) ailleurs, il est bien plus facile d'éteindre

lin premier ilesir que de satisfaire < eux qui le suivent, et si nous en contractons Ibiln-

tuiie, il nous eu coûtera peu de la conserver. I.a chose deviendrait assea aisée -i nous cherchions à apprécier la nature de nos désirs; car : • si nous connaissions b en parfaitement ce que nous désirons, nous ne déchirerions guère de choses arec ardeur. Or, le m .11 moyen de savoir si ce qui fait l'objet de UOS, désirs mente nuire empresarinaal, est

d'examiner auparavant quel est le bonheur de celui qui l'a possédé. » (La Rochefoucauld.)

DÉVOT, Dévotios (sentiment, vertu). — Être dévot, c'est, en général, pratiquer avec exactitude et empressement tous les devoirs que la religion commande : accomplir ainsi ces devoirs, c'est avoir de la dévotion.

La dévotion, considérée de la sorte, ne peut être ni une passion, ni une vertu, mais seulement la conséquence de la foi en Dieu à qui nous devons l'être, et des sentiments d'amour et de reconnaissance que cette croyance doit inspirer à tous les fidèles. C'est pour cela que l'homme dévot, c'est-àdire celui qui, s'humiliant devant son créateur, lui fait le sacrifice de ses inclinations vicieuses, de ses mauvais penchants, de ses haines et de ses plus chères affections; celuilà, dis-je, sent au fond de son cœur qu'il n'a plus rien à chercher sur la terre; qu'il doit en détacher son âme, car il est arrivé à lout ce qui seul est réellement bon et bien.

Il aura des chagrins, sans doute, mais il aura aussi une consolation puissante et lu paix au fond du cœur au milieu des plus grandes peines. [Madame de Maintenon.) C'est probablement aussi ce qui a fait dire a La Bruyère : « Je ne doute pas que la vraie dévotion ne soit la source du repos. » D'ailleurs, pourrait-il en êlre autrement lors |iic tout le monde s'accorde à reconnaître que la véritable dévotion est la passion la plus nob'e dans son objet, Dieu ; la plus raisonnable dans son but, le bonheur éternel? (Boiste.)

Donc la dévotion, quand elle est bien entendue, ne mérite jamais le moindre blâme; au contraire, elle est digne de tout éloge, et il ne faut pas la confondre avec la bigoterie ou la cago'erie, qui sont des défauts. Yo>j.

RlGOTEHIE, (' V'.iTHin .

Bien plus, comme la dévotion proprement dite, ou la véritable dévolion, est l'accomplissement volontaire de nos devoirs religieux, devoirs que nous remplissons d'nulanl plus volontiers, que nous y sommes in viles davantage par notre piété, ce sentiment spirituel qui nous vient de Dieu, qui est de la plus exquise délicatesse, et auquel la dévotion remonte comme à sa source, nous reverrons à l'article Piété, Pikox, tout ce que je ne dirai point dans celui-ci, louchant la dévotion et les dévots.

Mais auparavant faisons remarquer que ce sentiment, à cause de sa nature spirituelle et de son exlième délicatesse, exige qu'on l'observe de bien près et avec de grandes pi écaillions pour ne s'y pas tromper.

A cet effet, nous devons savoir que c'est dans l'adversité qu'il faut juger si on a une dévotion sincère. I.a vertu est incertaine t. ml qu'elle o'osl pis éprouvée parle mal heur. Toute dévotion est butas, qui n'est pont fondée sur l'humilité chrétienne et la charité en i ors le pi oohaio.

Or, telle est la dévotion da certaines femmes. Coi elle n'est pas réelle, il eu résulte

ojue si, dans leur é évation sublime, quoique uHectce, elles daignent s'abaisser .1 quelque

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acte «Je bonlé, c'est d'une manière si humiliante, leur justice est si rigoureuse, leur charité est si dure, leur zèle est si amer, leur mépris ressemble si fort à de la haine, que l'insensibilité même des gens du monde est moins barbare que leur commisération. L'amour de Dieu leur sert d'excuse pour n'aimer personne; elles ne s'aiment pas même l'une l'autre. Vit-on jamaisd'amitié véritable entre des fausses dévotes? Mais plus elles se détachent les unes des autres, plus elles en exigent; et l'on dirait qu'elles ne s'élèvent à Di u que pour exercer son autorité sur la terre.

Je n'aime pas, disait Rousseau, qu'on affiche la dévotion par un extérieur affecté, et comme une espèce d'emploi qui dispense de tout autre. Madame Guion eût mieux fait, ce me semble, de remplir avec soin ses devoirs de mère de famille, d'élever chrétiennement ses enfan's, de gouverner sagement sa maison,que d'aller composer des livres de dévotion, disputer avec des évéques, et se faire mettre à la Bastille pour des rêveries où l'on ne comprend rien.

DÉVOUEMENT (vertu). — Se dévouer, c'est s'abandonner entièrement, sans réserve, aux volontés ou au service d'aulrui; c'est-a-dire, aux intérêts de sa patrie, de sa famille, de ses parents, de ses amis, de ses chefs, et au bonheur de tous.

Le dévouement n'est pas en lui-même un sentiment passionné : c'est l'expression, la preuve évidente, incontestable, la manifestation d'une foule de qualités ou de vertus que l'homme porte au fond de son cœur, el qui lui rendent faciles les rudes épreuves d'une abnégation absolue, sans laquelle il n'y a pas de dévouement.

Veut-on savoir quelles sont ces qualités et ces vertus? L'histoire va nous l'apprendre. Elle nous dit que c'est par amour de l'humanité,et soutenus par l'esprit de Dieu, que nos zélés missionnaires se dévouent à la conversion des idolâtres, et vont préchant partout sur la terre étrangère la foi en Jésus-Christ, malgré les tortures qu'on leur fait endurer, malgré le martyre qui leur est réservé. Elle nous dit que c'est par amour de l'humanité, et soutenues par l'esprit de Dieu, que nos vierges chrétiennes se dévouent à instruire les enfants, à secourir la vieillesse infirme ou indigente, à donner des soins assidus, empressés,de tous les instants, aux malades qui encombrent nos hôpitaux, à affronter sans effroi la contagion el ses affreux ravages

De même, l'histoire de France nous montre tour à tour saint Louis soignant les pestiférés à Damiette; saint Vincent de Paul bravant la neige el les frimas, pour recueillir les pauvres petits enfants que des mères dénaturées abandonnaient sans pitié, comme on se débarrasse d'un lourd fardeau qu'on ne peut plus porter, ou d'un vêlement qui gêne; ou qu'elles déposaient soigneusement, avec l'espérance qu'il ne tarderait pas à les réchauffer dans smi sein; le chevalier Hose cl l'évèque de Dclzuiice dunuaut des secours spiri-

tuels et temporels aux pestiférés de Marseille ; Mgr de Quélen, quittant sa retraite pour secourir les petits orphelins dont l"s parents avaient été moissonnés par le choléra, cl (ondanl un hospice où ils durent Irouverdu pain et un abri ; Mgr Affre, archevêque de Paris, qui, sous l'impulsion d'un zèle vraiment sacerdotal, animé du feu de la charité chrétienne, affronta, pour remplir son devoir de bon pasteur, le péril même de la vie, et, voulant éteindre la guerre civile qui venait d'éclater, détourner de son troupeau les haines, les discordes, les meurtres, et les rappeler, par l'effet de son amour, à des sentiments de paix et de concorde, ne balança pas à se jeter au milieu des combattants et à donner sa vie pour ses brebis. (Lettre de Pie IX aux vicaires capitulaires de Paris.)

Enfin l'histoire nous raconte encore, car elle est féconde, notre histoire, le dévouement de Jeanne d'Arc à Charles VII; le dévouement du chevalier d'Assas à ses frères d'armes; le dévouement du maréchal Bertrand à Napoléon ; le dévouement du trompette Escoftier à son capitaine et à son pays, etc., etc.

Ce dernier fait de dévouement est si beau, fait tant d'honneur au soldat qui en fut capable et à l'officier qui en a été l'objet, qu'il mérite une mention toute particulière : j'en reproduirai donc la relation, d'après le rapport qu'eu fit le brave général Lamoricière, qui s'est empressé de le porter à la connaissance de notre vaillante armée, de la Franc.1, et des nombreux pays où nos journaux peuvent pénétrer.

Mais auparavant je raconterai un trait de la vie de Mgr de liel/unce, fait de dévouement trop peu connu pour ne pas être répété. Nous l'avons nommé comme ayant été secondé et secondant le chevalier Rose, dans les soins qu'il donnait aux pestiférés de Marseille, laigant ensevelir les morts à mesure que la mort les frappait, et leur ouvrant, avant qu'ils no rendissent le dernier soupir, les portes d'une vie qui n'aura point de fin. Eh bienl la charité de M. de Marseille fut aussi inépuisable que son dévouement était noble et généreux. Mais laissons parler madame de Créquy, qui cite le fait comme élanl un des témoins de cet admirable épisode.

« A notre passage en Provence, nous n'avions pu voir, dit-elle, M. de Marseille, qui ne sortait guère de sa ville épiscopale, el qui nous avait fait conseiller de n'y pas séjourner avant que l'air de la pesle ne lût tout à fait évaporé. M. de Créquy voulut rentrer en France par la Provence, où il avait tenu garnison dans sa première jeunesse, et où il avait commandé depu s ce temps-là. Il voulul revoir encore une fois sa chère Provence et ce digne M. de Marseille, qui nous reçut avec une cordialité paternelle. Son pauvre palais était encore dans un état de délabrement cl de nudité qui me parut attendrissant) nous y mangeâmes sur de la faïence. « Je n'ai con- « serve que ma croix d'or et ma crosse d'ar- « genl doré, nous dil-il an jour avec une simo plieilé qui me fil venir les larmes aux jeu\ ; « personne n'a voulu nie les acheter; mats

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« lous les orfèvres en ont payé cent fois la « valeur, et à plus de vingt reprises. Quand « je n'avais plus rien. je renvoyais ma crosse « et ma croix se promener dans toute la ville « de Marseille, afin d'y trouver un acheleur « de porte en porte; on me les a toujours « rapportées avec quant et quant de boisce seau\ d'écus. C'était comme un talisman. »

Voici maintenant le rapport du général Lamoricière : « M. de Coste, capitaine adjudant-major, venait d'avoir son cheval tué sons lui en abordant l'infanterie arabe. Relardé par une ancienne blessure à la hanche, qui ne lui permettait pas de courir, sa perte était certaine, lorsque le trompette Escoffier, retournant de plus de trois cents mètres et mettant pied à lerre, lui dit : Mon capitaine, prenez mon cheval; c'est vous et non pas moi gui l'allierez l'escadron. Le capitaine le rallia en effet, et contribua pour une grande part au succès du combat.» Escoffier, fait prisonnier, a été rendu à la France; la croix des braves brille aujourd'hui sur sa poitrine : celui-là du moins l'a mériléel

Je n'en finirais pas si je voulais ciler tous les exemples de dévouement que nos annales historiques renferment. J'ai pris au hasard eux qui se sont offerts à mon esprit; et si je m'arrête dans mes citations, c'est qu'il est des bornes pour chacun de mes articles, dans lesquels je dois, bon gré mal gré, me renfermer. J'ai la confiance pourtant que les quelques faits que j'ai énumérés, ajoutés à ceux que mes lecteurs ont c'assés dans leur mémoire, suffiront pour prouver que notre belle France, si féco: de et si riche de traits pareils, peut être heureuse et fière de les voir tous les jours s'accumuler davantage. A nous, Français, de nous en enorgueillir et à vouloir en grossir le nombre.

Encore deux exemples que ma mémoire me rappelle et que je me reprocherais de n'avoir pas racontés. Je les ai trouvés l'un et l'autre dans l'Histoire des Croisades, par kiloband.

1" Sous le règne de Hakem, le troisième des califes fatimiles, règne remarquable par tous les excès du final isme et de la démence, il n'est pas de genre de persécutions auxquelles les chrétiens n'aient été en bulle. Parmi les traits de barbarie cités par les historiens, il en est un qui a donné au Tasse l'idée de son touchant épisode d'Olinde et Sophronie. En des ennemis les plus acharnés dis chrétiens, pour irriter davantage la haine de leurs persécuteurs, jeta pendant la nuit un chien mort clans une des principales mosquées de la ville. Les premiers qui vinrent a la prière du matin furent saisis d'horreur à la vue de celle profanation. Bientôt des clameurs menaçantes relenttitenl dans louie la

ville; la foule s'assemble en tumulte autour de la mosquée. On ac use les disciples do Christ ; On j ire de laver dam leur sang l'outrage fait a Mahomet. Tous les fidèles allaient être immolés à la vengeance des musulm ms ; déjà ils se préparaient à la mort, lorsqu'un jeune homme, dont l'histoire n'a pas COnSCrN e le nom, se présente au milieu d'eux : a l.e

« plus grand malhcurqui puisse arriverjeur « dit-il, est que l'Eglise de Jérusalem périsse. « L'exemple du Sauveur nous apprend qu'un <c seul doit s'immoler au salut de tous : pro- « mettez-moi de bénir tous les ans ma mé- « moire, d'honorer toujours ma famille, et « j'irai, avec l'aide de Dieu, détourner la mort « qui menace tout le peuple chrétien. » Les fidèles acceptèrent le sacrifice de ce généreux martyr de l'humanité, et jurèrent de bénir à jamais son nom. Pour honorer sa race, il fut décidé sur l'heure même que dans la procession solennelle qui se fait tous les ans aux fêtes de Pâques, chacun de ses parents porterait parmi des rameaux de palmiers l'olivier consacré à Jésus-Christ. Content de l'honneur qu'il obtenait en échange de sa vie périssable, le jeune chFélien quitte l'assemblée, qui fondait en larmes, et se rend auprès des juges musulmans, devant lesquels il s'accuse du crime qu'on imputai! à tous les disciples de l'Evangile. Les juges, peu louches de cet héroïque dévouement, prononcèrent contre lui seul la terrible sentence : dès lors le glaive ne fut plus suspendu sur la tête des fidèles, et celui qui s'était immolé pour eux alla recueillir dans le ciel le prix réservé à ceux qui brûlent du feu de la charité... Et l'on a pu en oublier le nom!

2° Ce fut pendant le séjour de l'armée chrétienne à Joppé.que Richard, roi d'Angleterre, courut le danger de tomber entre les mains des musulmans. Etant un jour à la chasse dans la forêt de Saron, il s'arrêta et s'endormit sous un arbre. Toula coup il est ré veillé par les cris de ceux qui l'accompagnaient : une troupe de musulmans accourait pour le surprendre. Il monte à cheval et se met en défense; mais, entouré de toutes parts, il allait succomber sous le nombre, lorsqu'un chevalier de sa suite, que les chroniques nomment Guillaume de Pratclles, s'écrie dans la langue des musulmans : « Je suis le roi, sauvez ma viel » A ces mots, ce généreux guerrier est entouré par les musulmans, qui le font prisonnier et le conduisent à Baladin. Le roi d'Angleterre, sauvé ainsi par le dévouement d'un chevalier français, échappe à la poursuite des ennemis et revient a Joppé, où son armée apprend avec effroi qu'elle a couru le danger de perdre son chef. Guillaume de Pratclles fut conduit dans les prisons de Damas; et Richard ne crut point, dans la suite, trop paver la liberté de son fidèle serviteur, en rendant à Saladin dix de ses émirs tombés au pouvoir des croisés.

Malheureusement, à l'idée si riante, si conso-

la n le, si lia lieuse, i] ue fa il naître en noire esprit le souvenir de tous ces faits, vient se mêler une idée qui allrisle, révolte et deeotir.li.'e : c es!

c|ue le dévouement à la patrie étant la première 'les vertus ( Hnunpurtr , et le dévouement à ses semblable! une vertu, ou tout au moins la plus éminente des qualités, il en esl résulté que bien des gens ont joué autrefois, et le plus grand nombre jouent aujourd'hui Ce sentiment, de manière à s'y méprendre. f.Ysi «luise d'autant plus facile, nue l'"/' filiation du dévouement se fall ioiij< ms do

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telle sorte, que c'est ordinairement l'inférieur qui paraît se dévouer pour son supérieur, et que l'homme étant plus vain el plus orgueilleux à mesure qu'il est placé plus haut dans la hiérarchie du pouvoir el des dignités, ou par sa fortune, il croit à la sincérité de celui qui essaye de le tromper, et regarde comme lui éiant très-dévoués tous ceux qui affirment l'être. S'il était moins présomptueux, il reconnaîtrait que c'est sa fortune et sa puissance que l'on encense, et s'armerait d'une louable défiance. Mais non ; il s'aveugle sur son mérite, et croit, je le répète, à la sincérité de ses flatteurs, jusqu'à ce que, tombant un jour du faite des grandeurs et de la puissance, il peut alors, mais irop tard, estimer la valeur des démonstrations de dévouemont qu'il a reçues. Kois déchus, ministres disgraciés, riches que la fortune a trahis, dites-nous si tous ceux qui la veille se pressaient aulour de vous, pour mendier un regard nu q' elqnes bienveillantes paroles, s'y sont rencontrés le lendemain de votre déchéance,de votre disgrâce ou de votre ruine?

Il serait donc nécessaire, je crois, de distinguer pour le dévouement, comme nous l'avons fait pour l'amitié, les démonstrations d'avec les témoignages, tous les flatteurs étant on ne peut plus prodigues des premières et, par contre, on ne peut plus avares des seconds. Cela vient de ce qu'on ne hasarde rien à affecter le dévouement, et qu'il en peut couler beaucoup de se dévouer sincèrement.

A nous tous, hommes de tous les âges, de tous les rangs et de touies les conditions, à savoir les discerner, en les soumettant à de petites épreuves, el à les faire discerner à ceux que nous sommes chargés de diriger et de conduire. Qu'ils soient prévenus, et notre tâche sera remplie.

DISCHET, Discrétion [qualité, vertu).

— On doit faire consister la discrétion dans la fidélité au secret, soit en paroles, soit en actions qui pourraient le trahir; c'est-à-dire que la discrétion exige que chacun de nous sache (aire ce qui ne doit pas être dit ou répété ; agisse avec une certaine retenue en composant son ton et ses manières , de façon que rien ne transpire de ce qu'il a pu voir , de la chose qui lui a été confiée, ou do ce qu'il projette de faire. A ces conditions, nous aurons tous la qualité d'homme discret.

Celle qualité est généralement très-recherchée dans la société , où elle est indispensable à tous ceux qui , pour réussir, ont besoin de se faire estimer. El comme elle est assez rare par le temps qui court ; comme les jeunes gens, quand ils sont lancés dans le momie, sont bien plus portés à être bavards, présomptueux , indiscrets , qu'à être réservés el silencieux, ou discrets; il en doit nécessairement résulter que ceux qui ont été jugés tels , ceux qui se font remarquer par leur discrétion , sont généralement bien vus par les gens honnêtes qui les prennent sous leur patronage, el par les femmes vertueuses qui les ont distingués. A plu^ forte raison par les femmes légères, qui craignent avant tout les indiscrétions.

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Pourrait-il, d'ailleurs, en être autrement, lorsqu'on est convenu, 1° que la discrétion est le raffinement de la raison, et un guide fidèle de tous les devoirs de la vie? 2 Qu'elle donne d'autant plus d'autorité à nos paroles, el gagne de plus en plus la confiance , à mesure qu'elle se mel davantage en évidence? 3° Qu'on la retrouve communément dans les personnes d'un sens exquis et d'un génie supérieur? k-" Enfin , qu'elle a toujours en vue les fins les plus nobles, qu'elle poursuit par les voies les plus justes el les plus honnêtes ?

Oui, la discrétion est tout cela, et c'est ce qui a fait dire à Bacon : La discrétion est à l'âme ce que la pudeur est au corps. Partant, la discrétion serait une vertu. Celle conclusion est conforme à l'idée que les philosophes s'en étaient faite; mais vu sa rareté et sa sublimité, les anciens Romains avaient cru pouvoir faire une divinité du secret sous le nom de Tacita.

Pour ma part, je ne pousserai pas aussi loin qu'eux mon admiration pour la discrétion. J'admettrai bien, si l'on veut , avec les pythagoriciens, qu'elle est une vertu éclatante; mais j'y mettrai la condition qu'elle ne se bornera pas seulement à garder les secrets île ceux qui ne méritent pas qu'on les divulgue, mais encore que celte fidélité au secret s'étendra jusqu'à celui qui y marquerait envers nous. Dans ce dernier cas , comme il faut beaucoup de grandeur d'âme pour ne pas se venger d'une indiscrétion par une indiscrétion , d'une malice ou d'une méchanceté par une méchanceté pareille , la discrétion, nous devons l'avouer , devient une vertu.

Mais pense-t-on que celte attention à garder un secret surpris ou confié, dû à un pur hasar I ou à la confiance qu'on nous accorde, soit une vertu , alors que la personne dont nous connaissons les pensées ou les actes les plus cachés ne mérite pas que nous les révélions ? Non, à moins qu'on ne dise que l'on est vertueux toutes les fois qu'on ne fera pas une perfidie , ou qu'on ne commettra pas une faute qui serait inexcusable. D'ailleurs, il est certaines professions, comme certaines conditions de la vie, il en est peu d'exceptées , dans lesquelle être discret, est un devoir-impérieux à remplir plutôt qu'une vertu à exercer. Et' par exemple :

Qu'un chef d'état-major de l'armée connaisse le plan de campagne du général en chef, sache quelle sera la disposition des différen s corps qui doivent prendre part à la bataille qui doit se livrer très-incessamment, et projuge quels seront les ordres qui seront donnés aux différents chefs de corps, sera-t-il vertueux de ne rien dire à ;1me qui vive de ce qu'on lui a laissé voir,de ce qu'on luiadit, cliie ce qu'il devine ou suppose? Il serai traître à son pays, lâche cl déloyal, indigne do la confiance de son supérieur, s'il le taisait connaître même aux généraux qui no sera eut pas dans la confidence ; à plus forte raison s'il les communiquait à l'ennemi. ();-, si, ne disant rien, el ne laissant rien

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soupçonner, il n'est ni traître, ni lâche, ni déloyal, ni infâme, s'ensuivra-t-il que son silence et sa réserve , qu'on nomme discrétion , seront une vertu? Non ; il remplit an devoir que tout soldat doit remplir.

De même, cet assassin qui, soit devant ses juues qui le pressent, soit sur l'échafaud sur lequel sa tête va tomber, ferme, inébranlable, lait le nom de ses complices, et préfère mourir seul que de les perdre avec lui ; ce misérable fera-t-il, en se taisant, un acte de vertu? C'est un devoir de conscience qu'il remplit; il ne veut pas, par ses révélations, ajouier un nouveau crime à son crime, et voilà tout.

J'ai parlé des professions , n'est-ce pas ? Eh bien, ignore-t-on que, parmi les devoirs que la morale et la religion imposent aux médecins , le premier de tous est la discrétion ? Que le médecin devenant l'ami, l'intime confident des familles et de son client, ce serait manquer aux lois de l'honneur, de la probité, se rendre indigne de la confiance du public , que de n'être pas toujours très-discret ? Dès lors, si, pouréviter ces reproches ; si, pour n'être point coupable envers la so ciélé , il reste muet sur les confidences qu'il a reçues , en sera-t-il plus vertueux ? A mes yeux il fait son devoir, cl faire son devoir ue constitue pas toujours une vertu.

Au rebours , et c'est ici l'exception, il est certaines conditions qui peuvent , en quelque sorte, dispenser les hommes d'être discrets. Ainsi, qui niera que, dans un Cromwel comme dans un cardinal de Kelz , la discrétion n'eût pu paraître une vertu bourgeoi-c incompatible avec les vastes desseins qui occupaient leur ambition et leur rage ; et que cette qualité eût été peut-être, môme pour eux, un défaut? (Hume.) Oui niera que, dans un Bonaparte méditant la conquête de l'Europe, la discrétion à l'égard des puissances étrangères qu'il asservissait à ses lois , eût été de la puérilité? Les fautes de nos ennemis, quand ils en commettent, ne nous regardent pas, et il est de bonne guerre de les divulguer quand l'intérêt de la patrie le réclame.

Quoi qu'il en soit, comme chaque siècle n'enfante pas un Cromwel, ni un de Kelz, ni un Napoléon ; comme il n'a été donné qu'à très-peu d'hommes d'avoir leur génie, leur activité, leur persévérance, chacun de nous devra se rappeler que, par devoir ou par vertu, n'importe comment, il n'y a rien de tel pour êlrc considéré et parcourir avec honneur le chemin de la vie, que d'acquérir, par notre droiture cl notre probité, notre silence et notre retenue , la qualification d'homme discret.

Mais, nous devons le dire, parce que c'csl notre con\iction et qu'il faut que tout le inonde soil prévenu, ce ne sera jamais qu'avec, une volonté ferme, bien arrêtée, ol surloutennous mettant toujours en gardeconlre nous-mêmes, que. nous éviterons les indiscrétions, mille circonstance! imprévues pouvaut nous faire manquer, sans le vuttloir, a

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la fidélité du secret que nous devons garder. Sans doute qu'à mesure qu'on avance dans; la vie on devient plus sûr de soi, et que l'habitude une fois contrariée , on a moins à se' défier de sa langue et on resle discret sans 1 effort. Mais dan9 la jeunesse, combien il est facile de laisser échapper ou surprendre un secret 1

Cela peut et doit arriver surtout dans certains moments de faiblesse, de chaleur, de haine ou d'emportement ; de même que dans quelques instants de plaisirs ou d'ivresse durant lesquels la personne la mieux disposée à rester discrète se trahit pourtant elle-même et trahit les autres. C'est pourquoi, quand on a un secrel à garder, il est sage, il est raisonnable d'éviter tous les excès qui bless 'lit la dignité de l'homme et l'empêchent d'être impénétrable, selon l'énergique expression deBossuet.

DISSIMULATION (vice). —L'art de se montrer différent de ce que l'on est constitue ce que nous entendons ici par le mot dissimulation. Ce vice a toujours été à l'usage des hommes qui, par les besoins qu'ils te sont créés, se sont fait un jeu de déguiser leur pensée et de prendre un masque qui les défigure complètement.

La religion seule aurait assez de puissance sur l'esprit de l'homme pour rompre cette habitude qu'il contracte el qu'il apporte souvent dans les affaires les plus délicates. Et ce qui le prouve, c'est l'idée avantageuse que nous pouvons prendre de la société par les rapports que fait l'Evangile de l'étal où elle se trouvait parmi les premiers chrétiens. • Us n'avaient, dit-il, qu'un cœur et qu'uue âme : Erat cor unutn et anima una. » Or, dans cette disposition d'esprit, avait-on besoin de la dissimulation? Un homme sedissimule-l-il quelque chose à lui-même? El ceux qui vivraient les uns par rapport aux autres , dans l.i même union où chacun de nous est avec soimême, auraient-ils besoin des précautions du déguisement ?

Ayant traité assez longuement de la dissimulation à l'article Déguisument, nous nous contenterons pour le présent de ces quelques observations.

DISTRACTION (vice), Distrait. — Ecouter notre voisin de gauche qui cause avec un tiers de choses indillérenles, et ne prêter aucune, attention à notre voisin de droite qui nous raconte une histoire intéressante, ou nous fait une question à laquelle nous devons nécessairement répondre ; regarder ça ou là, el non l'objet qu'on nous montre! oublier qu'on a à s'occuper d'une affaira importante pour s'occuper d'une bagatelle ; emporter le chapeau d'aulriii au lieu de prendre le sien ; monter dans l'omnibus qui se dirige vers la llaslille quand on va à lu Madeleine ; oublier d'aller à un rendez-vous, inviter une dame pour la premier quadrille

el danser avec une autre ; occuper le fauteuil d'une jeune personne pend. ml la valse, el rester assis quand elle est là debout devanl

roui qui attend que vous le lui cédiez, de,

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