‹ Dictionnaire des facultés intellectuelles et affectives de l'âme où l'on traite des passions, des vertus, des vices, des défauts, etcChapitre 76 sur 251 · DOU · texte numérisé non relu

DOU

loul cela est ce qu'on nomme avoir îles distractions.

La distraction signifierait donc une mobilité ou légèreté de l'esprit qui fait que nous m- pouvons fixer notre attention sur ce qui la mérite le plus, eu égard aux convenances. J'insiste sur ce dernier membre de phrase, parce que, quelle que soit la nature de nos occupations et les obligations qu'elles nous imposent, rien ne nous autorise à être impoli ou grossier vis-à-vis de qui que ce soit ; et c'est impolitesse ou grossièreté que de manquer aux égards que l'on doit à autrui.

Tout le monde est sujet à avoir des distractions, ce qui ne nous empêchera pas d'en faire un défaut, attendu que, indépendamment des inconvénients que j'ai signalés comme étant de leur fait, il en est de plus grands encore, celui de nous être préjudiciable dans certains cas, et celui de nuire à autrui dans certains autres. Et, par exemple : qu'un solliciteur obtienne une lettre d'audience d'un ministre, croirons-nous que si ce solliciteur oublie le jour et l'heure qu'on lui a donnés il ne se porte pas quelquefois un préjudice notable? Qu'une garde-malade, soignant un individu d'une fiè»re pernicieuse, oublie de lui faire prendre la quinine à l'heure prescrite par le médecin , ou bien que le pharmacien ail oublié de faire dissoudre ce médicament et de l'ajouter à la potion prescrite, ne peut-il pas en résulter la mort du malade ? etc. , etc. Donc les distraclions peuvent être préjudiciables , dangereuses, fatales.

Quelques faits dont j'ai été témoin suffiraient au besoin pour justifier nos conclusions.

J'ai assislé autrefois à une partie de piquet très-intéressée , dans laquelle un des joueurs, très-fin et très-capable d'ailleurs , oubliant par distraction de compter une tierce basse, perdit une bien belle partie qu'il aurait gagnée en comptant ces trois points. J'ai vu une autre fois le même individu tenant les caries dans une partie d'écarté où l'on jouait très-gros jeu, et où il élail intéressé lui-même pour une Irès-forle somme, écarter lesà-louls pour garder de mauvaises cartes. Heureusement que ses partenaires l'en firent apercevoir.

Il n'y a pas longtemps que les journaux citaient un fait de distraction assez piquant. Kn voici le sommaire : un mari avait sa femme à la campague et sa maîtresse en ville. H leur écrit au même instant à toutes les deux, et en pliant les lettres il met sur l'adresse de la lettre à sa femme le nom de sa mailresse , et vice versa. Il se brouilla pour le coup avec toutes les deux.

Puisque nous sommes en irain de plaisanter, j'ajouterai un fail qui m'est personnel. Un pauvre diable, ancien soldat, m'avait prié de lui écrire une pétition. Je m'étais procuré une feuille de papier-ministre, et j'avais mis tous mes soins à faire une belle écriture , lorsque, pour avoir plus tôt fait, mon individu élail là qui attendait, je prends le sablier pour sécher mon papier. Le sablier c'é-

tait l'écritoire ! jugez du désappointement du pauvre diable et du mien 1

Nous n'en finirions pas s'il me fa l'ai ténu mérer toutes les sortes de distractions auxquelles nous sommes sujets. Ce que j'en ai dit doit suffire pour engager les jeunes gens à éviter d'en avoir.

DOCILE, Docilité (vertu). — Docilité se dit d'une disposition naturelle de l'homme qui, cherchant à s'instruire, reçoit avec douceur et reconnaissance les leçons el les conseils qui lui sont donnés. C'est quelquefois aussi le fruil de la réflexion el de l'amourde la vérité qui fait taire les murmures de l'amonrpropre ; mais quelle qu'en soit la cause, elle est toujours la marque d'un bon esprit et d'un heureux naturel.

D'après cette manière de considérer la docilité, celte disposition naturelle appartiendrait à un sentiment multiple, réfléchi, ou irréfléchi , qui se compose île la curiosité bien entendue ou désir de savoir et connaître, de la douceur, de la reconnaissance, etc. , sous l'influence ou la domination desquelles elle se trouve placée. C'esl pourquoi nous n'entrerons pas dans de bien grands détails en ce qui la concerne.

Nous dirons cependant que, par suite d'un préjugé généralement accueilli ou presque généralement répété, la docilité a été considérée comme une vertu particulière aux jeunes gens, aux ignorants elaux simples. C'est une erreur, car elle est de tous les âges, de tous les lemps et de loutes les conditions. Sans doute qu'elle n'est pas également développée dans les esprils, el que suivant l'éducation que chacun reçoit, il se rendra plus ou moins sans répugnance avec bonté et douceur à la raison et à l'autorité; néanmoins on ne peut nier que le manque de docilité nuit au développement de l'intelligence, au perfectionnement de l'esprit, de nos mœurs et de nos manières.

C'est pourquoi, quand on veut acquérir les connaissances dont nous avons tous besoin, il faut travailler tôt ou tard à vaincre les dangereuses préventions que des idées d'indépendance ou un orgueil déplacé ne manquent pas d'inspirer : il faut, en un mot, être docile et se montrer tel.

Chacun de nous doit avoir celte conviction et la faire passer dans l'âme des autres ; sans cela, adieu la docilité 1... Comme elle s'allie à la douceur, je n'insisterai pas davantage. Voy. Douceur.

DOUCEUR (qualité, vertu). — Pour les moralistes, le mot douceur signifie une facilité de caraclère, ou mieux, une qualité innée dans l'homme , mais surtout dans la femme, qualité que 1'éducalion et la réflexion développent et fortifient, et à l'aide de laquelle chacun défère toujours avec complaisance et docilité aux volontés d'aulrui.

La douceur, comme loutes les autres qualités, étant aussi nécessaire au commerce du monde qu'au bonheur domestique, est, par conséquent, généralement aimée et recherchée même par ceux qui n'en onl pis. Pour-

DOl

quoi? dira-l-on. Parce que la douceur nous rend atleulifs et prévenants pour lous, et plus communément pour les personnes avec qui nous vivons plus intimement. Elle n'est jamais satirique et contrariante; elle supporte patiemment les reproches, même les injures, ou les repousse sans colère et sans amertume; elle prend avec ses inférieurs ce ton affectueux, qui gagne l'amitié, inspire la hieuveillance etl'amour, sans pourtant engendrer la familiarité. En un mol, elle sait s'accommoder aux faiblesses diverses de l'humanité.

El c'est parce qu'elle réunit lous ces avantages qu'on a distingué plusieurs sories de douceurs, à savoir : 1" Une douceur d'esprit, qui consiste soit à nous faire juger des choses sans aigreur, sans passion, sans préoccupation de notre propre mérite et d'une prétendue infaillibilité ; soit à proposer nos sentiments sans vouloir les imposer aux autres, et sans repousser avec mépris et dédain les vices qu'ils peuvent avoir. 2' Une douceur de cœur, qui fait vouloir les choses sans entêtement, d'une manière juste et raisonnable. 3' Enfin, une douceur de mœurs el de conduite, qui porte tous les êtres animés à agir avec beaucoup de droiture, de simplicité, mais sans avoir la prétention de réformer quelqu'un, à moins qu'ils n'y soient invités.

Pour moi, qui trouve ces distinctions bien plus subtiles que réelles, je rapporte toutes ces qualités aux heureuses dispositions naturelles que l'âme a reçues en partage et qu'elle a su conserver. Et attendu que ces heureuses dispositions peuvent s'y développer de plus eu plus par l'éducation, il est à .souhaiter que chacun de nous s'en préoccupe sérieusement et qu'il la cultive en soimême.

C'est chose d'aulant plus nécessaire, que la douceur peut s'acquérir par ceux-là même qui en ont laissé dénaturer le germe en leur sein. Sans doute qu'il devra alors leur en coûter beaucoup d'efforts pour l'assainir et le faire fructifier.; sans doute que ce ne sera qu'après bien des épreuves el bien des chutes qu'on pourra se montrer toujours plein de douceur; mais si les avantages qu'elle donne ont un si grand prix aux yeux du monde, croirail-on l'acheter trop cher que d'y consacrer les quelques instants dunt nous pouvons disposer pour nous former le cœur el le caractère? Non, car dans toutes les circonstances de la vie, la douceur est une verlu. Celle vertu est même si méritante, qu'on ne saurait trop en inspirer le goût aux jeunes personnes. Elle leur est indispensable, attendu qu'étant faites pourplairc à un être aussi imparfait que l'homme, souvent il plein de vices et toujours si plein de défauts, elles doivent apprendre de bonne heure à souffrir mille contrariétés et même l'injustice. Ce n'est pas pour lui, c'est pour elles-mêmes qu'elles iloivcnl être douces. L'aigreur el l'opiniâtreté des femmes ne font jamais qu'augmenter les maux el les mauvais procédés dei mails; ils sentent que ce n'est pas avec ces

Page 1