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air de faveur et de grâce sur lequel l'inférieur ne se méprend pas. Pour peu qu'il ;:il de la finesse dans le sentiment, il croit entendre le supérieur lui dire, par toutes ces di monslralions : « Je suis fort au-dessus de vous; mais je veux bien l'oulilier en ce moment, parce que je vous fais l'iionneurdevous p$limer, cl que je suis d'ailleurs assez grand pour ne pas prendre avec vous tous mes avantages. » Une pareille intention et une manifestation pareille seraient une insulie que nul ne voudrait tolérer.
Les égards, disions-nous, sont la marque d'une bonne éducalion. On peut les rencontrer aussi chez des gens gi ossiers,mais bons, qu'on aura élevés dans le respect et la déférence que les hommes se doivent les uns aux autres. Chez eus, quoiqu'il y ait absence d'éducation, il y a une sorte d'éducation partielle qui enseigne au serviteur qa'il doit des égards à ses maîtres; à l'ouvrier, qu'il doit des égards à ses chefs; au soldat, qu'il doit des égards à ses officiers ; au sexe le plus fort, qu'il doit des égards au sexe le plus faillie;;! l'enfance, qu'elle doit des égards à la vieillesse, etc. , etc. ; et celte éducation isolée surfit quelquefois pour que lapins parfaite harmonie existe en tous lieux. Pourrait-elle être troublée quand l'inférieur ne manque pas à son supérieur, et que celui-ci est rempli d'attention, de douceur, d'affabilité pour ses inférieurs?
Eue rempli d'égards pour tous et pour chacun est une qualité; mais ce ne sont pas les égards eux-mêmes qui consliiuenl celle qualité, ils sont l'expression ou la manifestation d'une foule de sentiments qui nous y portent. Ainsi, l'amour de l'humanité exige que nous ayons des égards pour ceux qui sont nés pauvres et qui sont restés pauvres et ignorants ; l'honnêteté veulque nous ayons des égards pour tout le monde indifféremment, et surtout pour les personnes vertueuses; l'amour filial veut que nous ayons îles égards pour les auleurs de nos jours, et que nous les leur continuions même après que leur intelligence affaiblie ne leur permettra (dus d'apprécier le moindre de nos actes, etc., etc. Dès lors, n'est-ce pas un tort d'en avoir fait un article spécial î
Chacun est autorisé à le penser; nais une simple observation suffira, je l'espère, pour justifier cet empiétement, c'est-à-dire que s'il avait fallu rattacher nécessairement les actes à leur principe déterminant, il en résulterait qu'on ne saurait trop, en définitive, où les classer. Et, par exemple, où aurionsnous placé les égards? Est-ce à l'amour lihal? à l'obéi, sauce? à l'amourdu prochain? à l'amabilité? à l'amour des sexes? L'embarras du choix eût été forl grand; mieux valait donc en faire un article distinct.
EGOiSME (vice), Égoistr. — L'égoïsme est un sentiment d'amour de soi-même si e\agéré, qu'il rendit) mine idolâtre de sa personne. Dans son idolâtrie, il ne parle eu • tout temps et en toute occasion que de lui , rapporte tout à lui, u'csliiiie rien au dessus
de lui, ne s'occupe que de lui , en sorte que, seul ou associé à d'autres, vous êtes sûr qu'il cherche son intérêt avant tout, que son moi est le principe dominant ou le ressort caché de ses sentiments, de sa volonté, de ses actes, et que , faisant un dieu de lui-même , il lui sacrifie tout!.. Aussi a-l-on dit de l'égoïste qu'il a le cœur dans la télé.
En d'autres termes, l'égoïsme est l'amour exclusif de soi, se préférant dans tous les cas nu devoir et à autrui; c'est le refus tacite que fait l'homme d'accomplir les obligations qui lui sont imposées par Dieu, à l'égard de ses semblables : obligations d'amour, de sacrifices, qui sont l'une des conditions les plus essentielles du bonheur à venir, le seul en vue dunuel il faille définitivement agir.
On peut être égoïste de plusieurs manières et sous plusieurs formes. Il y a l'égoïsme par orgueil ; c'est encore le plus noble: il est au moins capable de sacrifier les intérêts inférieurs à un intérêt plus relevé, celui de sa gloire. 11 y a l'égoïsme par intérêt : intérêt d'argent ou d'ambition. Le premier cas rentre dans l'avarice, le second, dans la passion du pouvoir. 11 y a enfin l'égoïsme par l'amour de la jouissance, ou l'épicurisme : c'est celui de l'homme sensuel, passionné pour le plaisir, et le demandant au ciel et à la terre, à la nature et à la société, et s'exploilant , lui , les autres et lout ce qui l'entoure pour l'obtenir. C'est l'homme parfait d'Epicure, dont la vertu consiste à chercher le bonheur par toutes les voies, et à éviter avec soin tout ce qui pourrait troubler son cœur et l'empêcher de jouir ; car le souverain bonheur, quiestauvsi la perfection suprême, consiste dans le calme de l'âme , et plus encore dans l'absence de la douleur que dans le plaisir.
Celte passion est la plus impénétrable qui existe ; elle se montre partout , et partout elle est insaisissable; nulle part on ne peut la surprendre. Menteuse , habile , elle a des formes qui trompent et qui ne sont jamais en rapport avec ses effets.
Jamais, à aucune époque, l'égoïsme ne fut plus développé que de nos jours. Une philusophie subversive tend à mettre en doute tous les devoirs ; les vertus ne sont plus honorées ; la conscience passe pour un préjugé; et si la foi n'est pas éteinte , les hommes s'endorment dans une mortelle indifférence sur les choses de l'autre vie. Nécessairement, dans de telles conditions, l'égoïsme doit se faire jour et remplacer dans le cœur lotîtes les vertus, toutes les nobles tendances qui en sont l'ornement.
Ci; vice est devenu pour nous une science qui consiste à savoir profiter le plus possible de lout , en rendant le moins qu'un peut: c'est une véritable exploitation des personnes et des choses au milieu desquelles on vit. Tour être égoïste dans ce sens , il faut une certaine habileté; car il s'agit d'attirer l'affection des hommes en ne méritant que leur haine, d'obtenir leur estime en n'étant digne que de leur mépris, de gagner leur confiance eu la trompant tous les jours.
Parfois il arrive cependant que l'égoïsme
FC.O
ii'i si point ainsi le produild'un calcul habile, d'un système profondémenl combiné. 11 naît des dispositions naturelles de l'individu, et de certaine insuffisance ou faiblesse de l'esprit et du cœur. Ce genre d'égoïsme n'a point le caractère vicieux du précédent; il est moins dans la raison que dans la pente naturelle du caractère. Dép >urvu d'habileté , il y a quelque chose de matériel et de brutal qui se montre à nu sans précaution et sans honte.
L'égoïste viole tous les sentiments que la nature inscrivit au cœur de l'homme; il foule aux pieds tous les devoirs que la société et 1 1 morale imposent. Voyez-le , dans le sein de la famille, se refusant aux plus douces jouissances, méconnaissant la voix du sang, et brisant les liens d'affection que la nature établit entre les parents. Il ne voit dans son père et sa mère que des êtres qui ont accompli vis-à-vis de lui des devoirs qu'ils s'étaient volontairement imposés, et qui, du reste, ayant reçu des soins de leurs ancêtres, les devaient à leur descendance.
Mais bientôt il ne s'en lient plus à celte horrible ingralilude. De quoi n'est pas capable celui qui oublie le premier des bienlaits, celui de l'existence? Il finit par regarder les auteurs de ses jours comme des surveillants incommodes qui lui imposent des égirds gênants, qui Le restreignent dans ses goûts, dans ses passions. 11 voit en eux les détenteurs de biens qui lui permettraient de viire lieunux, et d'horribles pensées, de criminels désirs traversent son ccrur. Qui sait même si le malheureux, agenouillé près le lit de mort de son père, n'a pas suivi de l'œil les progrès du mal, dans de parricides espérances d'indépendance *t de forlune?
L'égoïste regarde ton frère comme un être qui vient lui ravir une part d'héritage et d'iiffection. Dans ses enfants; il ne voit que des charges pour lui, ne pense qu'aux privations qu'il faudra s'imposer pour eux : il regrette de leur avoir donné le jour et néglige de les instruire par avarice; ou bien, tombant dans un excès contraire, ou les aimant pour ses jouissances, il ne les contrarie en rien, ne corrige pas leurs mauvais penchants , et prépare ainsi l'infortune de leur vie tout entière.
Si l'égoïste esl mauvais fils et mauvais père, sera-t-il bon citoyen? Sera-t-il capable d'aimer sa patrie, de Be dévouer pour elle? Qnoi ! la chose publique pourrait intéresser celui qui n'a d'autre dieu que lui-même! Ne croyez pas qu'il veuille exposer son repos, sa fortune ou ses jours pour Ses concitoyens. La patrie esl pu mol vide de sens; il ne commettra jamais l'ineptie de se sacriQer pour des inconnus , pour des hommes qui ne lui en auraient nncune obligation, et qui, du reste, ne lui rendraient ni sa forlune, ni sa vie. Les héros morts sur les champs de bataille cl immortalisés par l'bislOire ne sont , pour lui, que des fanatiques.
L'égoïsme a poussé, de nos jours, sur ta
loi politique; il a éteint dans lits Meurs l'amour sacré delà pairie; il a fui de la Pronce
une nation abâtardie, prèle à subir loutes les tyrannies au dedans et toutes les humilialions au dehors. Chacun se préoccupe exclusivement du bonheur personnel; le faisceau commun se disjoint , la décadence arrive à pas de géant.
Oui, quand l'esprit national, quand le patriotisme , quand l'esprit de corporation, tout esprit exclusif en un mot , n'est que de l'égoïsme étendu sur une plus grande surface, et acquéranl de l'obstination , de la passion, de la violence , comme il le fait malheureusement aujourd'hui, l'homme, haïssant ses rivaux et ceux qui lui sont supérieurs , ne voudra point leur prêter l'appui de son bras, de son crédit , de sa fortune pour faire le bonheur de lous : il ne voit et ne veut que le sien! voilà bien l'égoïste 1
L'égoïste, n'aimant que lui au monde, ne connaît pas la pitié, l'humanité : son cœur n'est accessible qu'aux malheurs qu'il éprouve ou qu'il craint; s'il est fâché qu'il y ait des infortunés sur la terre, c'est que leur présence et l'aspect de leurs misères troublent son repos et c'ioquent ses yeux. Jamais il ne descend dans l'asile de la pauvreté pour y semer l'aumône ou les consolations. Sa porte esl fermée à lous les malheureux ; il mange son pain dans l'isolement, et ne permet pas que le pauvre en ramasse les miettes.
Si parfois il écoute avec intérêt le récit d'un malheur, les plaintes d'un cœur en proie à la souffrance , c'est pour se féliciter intérieurement de n'être pas dans la mémo position. Dans les calamités publiques , il cherche quel profit il pourrait tirer des circonstances : son principe , c'est que les autres hommes sont égoïstes, ainsi que lui, cl qu'il serait bien fou d'être leur dupe. Il esl, dit-il, ici bas pour faire son bonheur, et il ressemble à tout le monde en se préférant à tout. (/'. Belouino.)
L'égoïsme, dans le cours de l'histoire de l'âme, est un défaut qui ne se trouvait guère, autrefois que chez les vieillards, mais qu'on rencontre beaucoup aujourd'hui chez des personnes moins Agées, l'.l si, par cas, après loul ce que nous avons dit, il se trouvait quelqu'un qui eu doutât, nous lui demanderions si , ayant réclamé un service d'un individu dans la maturité de l'âge ou d'un jeune homme avantageusement placé peur le lui
rendre, il ne les a pas trouve-- insensibles et froids à sa prière, craignant de se déranger, de se fatiguer, de se rendre malades? Personne, je ci ois, ne niera que c'est la vérité : or, leur insensibilité et leur froideur, qu'estce, sinon l'égoïsme déguisé sous un aulro Domî
Donc, si l'égoïsme esl le défaut du > ieillard,
il se montre aussi, mais plus rarement peut»
être, dans une époque mo us avancée île la. vie, et esl, pur relu m nr, d'autant plus odieux qu'il s'y développe plus tôt.
Oui, l'égoïsme esl odieux, parce que, par
nature, la jeunesse doit toujours être ardente
et généreuse, aimante et espansive, et que»