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ÉMULATION (vertu). — L'émulation es' une passion noble et généreuse qui, admirant le mérite et les belles actions, les talents et les brillantes productions de l'intelligence, les magnifiques travaux et tous les perfectionnements de l'adresse unie à la patience d'autrui, lâche de les imiter et même de les surpasser en y trava;llant avec courage, •■outenue par des sentiments honorables el vertueux. De là celte définition que de la Chambre en a donnée : « L'émulation est un mélange de la douleur que l'on sent de n'avoir pas les perfections qu'on se figure en autrui, et de l'espoir de les acquérir. »
Cette passion élève donc cl multiplie les forces de lame; c'est par elle que l'homme grandit pour ainsi dire à l'aspect de celui qu'il se propose pour modèle (Alibert ) ; aussi ne la renrontre-t-on guère que dans les personnes faisant les mêmes étuJes, cultivant le même art, exerçant la même profession, parcourant la même carrière, tirant le même parti de leurs lumières et de leur génie, et étant de la même condition ou d'une condition inférieure à celui qu'on veut atteindre ou dépasser. Et il devait en être ainsi, puisque, comme l'a dès-bien fait remarquer La Bru) ère, «un homme d'esprit n'est pas l'émule d'un ouvrier qui a travaillé une bonne épée,nid'un staluaire qui vient d'achever une belle figure; il sait qu'il y a dans les arts des règles et une méthode qu'on ne devine point; qu'il y a des outils dont il ne connaît ni l'usage, ni le nom, ni la figure; et il lui suffit de penser qu'il n'a point fait l'apprentissage d'un certain métier, pour se consoler de n'y être point maître. »
L'émulation a une foule de points de contact avec la jalousie, l'ambition et l'envie, sans pour cela tenir en rien ni de l'une ni de l'autre. Si elle court après les dignités, les charges, les emplois, c'est l'honneur qu'ils procurent qu'elle recherche; c'est l'amour do la patrie el du devoir qui l'anime. Tout comme, en briguant les palmes académiques ou les applaudissements de la foule, c'est de la gloire qu'elle voudrait obtenir. Tel était du moins le sentiment honorable et honnête qui animait le grand Corneille. « Les succès des autres, dit-il dans la préface d'une de ses pièces (La Suivante), ne produisaient en moi qu'une vertueuse émulation qui me faisait redoubler mes efforts, afin d'en obtenir de pareils. »
Assurément des sentiments aussi beaux, dans un homme comme Corneille, mettent le comble au mérite de cet auteur.
Ce n'e«l pas que le grand objet de l'émulation ne soit, comme l'objet de l'ambition, d'arriver un jour à mériter le respect et l'admiration des peuples, et d'en jo lir avec ou sans trouble, pourvu qu'on en jouisse ; mais deux roules différentes s'offrent à nous, qui toutes les deux conduisent au bul que nous désirons d'atteindre. L'une est l'étude de la sagesse et la pratique rie la philosophie ; l'autre, l'acquisition i!cs richesses el de la grandeur. ( A.Smith. ) Or, je le demande, esl-ce le même sentiment <\u nous sou-
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