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tient et nous encourage? Et si ce n'est pas le même sentiment , quel est celui <ies deux que nous devons choisir? Le choix ne peut être douteux : il porte nécessairement sur l'émulation , qui est foncièrement une vertu; et non sur l'ambition , qui, si elle est insatiable, devient un vice. Vo y. Ambition. D'ailleurs, quel est le sentiment réfléchi, volontaire, puissant, qui féconde l'esprit, élève l'homme aux plus hau'es concepiions, lui donne la patience nécessaire pour perfectionner ses ouvrages, et soutient son courage? l'émulation. Quel est ce sentiment qui nous fait profiter dt s grands exemples qu'il a su choisir ou se sont offerts d'eux-mêmes, et qui, par l'enthousiasme qu'il sait nous inspirer, fait que nous surpassons quelquefois ceux que nous admirons le plus? l'émutiou. Donc, il ne faut pas s'élonner si , dans tous les temps, et chez toutes les nations, on a tout mis en œuvre pour exciter dans le cœur des citoyens une noble et digne émulation , de celle surtout qui s'allie d'une manière si intime avec l'amour de la pairie ou l'amour de la gloire, amours auxquels il faut toujours l'associer.
Rien n'est changé dans le monde d'aujourd'hui, ce meilleur des mondes! Aujourd'hui plus quejamais, toutes les ambitions peuvent être satisfaites, et une émulation louable doit animer tous les esprits, tous les citoyens étant égaux devant la loi, et pouvant également arriver même au pouvoir. Oui, nous devons le remarquer, sans celte première condition de l'émulation sociale, l'égalité, des citoyens devant la loi, il n'y a pas de concurrence possible , celle-ci ne se faisant qu'entre égaux. Partout où les rang-; sont tellement fixés qu'on ne peut .passer de l'un à l'autre, l'émulation est ùlée avec la possibilité du mouvement, et il arrive aux esprits ce qui arrive pour la propriété de mainmorte:
le travail et la production sont entravés, diminués..
Là au contraire où toutes les positions sont accessibles à tous, elles s'offrent sans cesse comme prix au désir et à l'activité de chacun, cl delà un concours qui excite vivement les ambitions et enfante des prodiges. Avec ces prodiges, il est vrai, naissent de graves inconvénients; car l'émulation, devenue le principe dominant de la conduite, exalte singulièrement les hommes, I a plissanld orgueil s'ils réussissent; de jalousie et d'envie, s'ils restent en an ière.
Aujourd'hui comme autrefois, comme toujours, chacun s'agite à l'envi p >ur recueillir
les palmes de la gloire, soit dans les modes-
te» écoles de nos plus pauvres villages, boII dans les ateliers, soit dans les collégi s, ■ >ll dans loi lycées, soîl dans les école 1,1 ildoni les laeulles, soit dans les académies, soit dans les administrations, soit à l'armée : i( i rumme là, comme partout, chaque écolier, chaque élevé, chaque apprenti, chaque employé, ohaque sold.it, brigne l'insigne honneur de mériter le pri ! ■!- 1 erné au plus appliqué, an plus laborii uv, au plus capable,
au plus vertueux, etc., etc., et se sent heureux et lier de l'obtenir.
Mais dans ces sortes de luttes, remarquonsle bien, l'égalité devant la loi ne suffit pas : il faut encore l'égalité des conditions. Jo m'explique. Quand un enfant, par exemple, perd l'espoir de se distinguer, parce qu'on le met en concurrence avec des camarades qui lui sont de beaucoup supérieurs, il devient incapable de travail et d'une application vive. La crainte même du châtiment est alors impuissante, atlendu qu'elle ne lui inspire pas cette ardeur studieuse, -cul garant des grands succès. C'est l'émulation qui produit tes génies, et c'est le désir de s'illustrer qui crée les talents; c'est du moment où l'amour de la gloire se fait sentir à l'homme, et se dévoloppe en lui, qu'on peut dater les progrès de son esprit. Or, si à ce moment, on le décourage par l'inégalité de ses forces avec les forces de son ad\crsaire, tout son avenir est brisé, il n'aura plus ou n'aura que fort tard cette émulation qui préside aux bonnes études et prélude au développement du génie.
Sans doute qu'en montrant à la jeunesse la couronne qui doit ceindre la tète du vainqueur; en disant aux défenseurs de la patrie : Soldats, du haut des pyramides vingt siècles vous contemplait! ou en faisant luire à leurs jeux l'étoile qui doit décorer la poitrine du plus brave; sans doute qu'an prononçant chaque année dans nos cours de justice l'éloge des hommes éminenls qui ont illustré la magistrature ; en proclamant, dans nos facultés, le nom des lauréats; en distribuant aux savants des titres académiques ; en accordant aux ouvriers et aux artistes de; médailles d'encouragement , ou exe. te en tous cet enthousiasme de l'émulation qui les fait se surpasser les uns les autre). Mais a cet âgede la vie où chacun do nous peu briguer un pareil honneur, chacun d' nous aussi a assez de discernement el de connais* sauce de son propre mérite, pour ne s'essayer qu'avec ceux dont il ne redoutera pas la supériorité. Au contraire, l'enfant privé discernement a besoin d'un bon guide; malheur à lui si ce guide ne seit qu'a l'égarer! En définitive, l'avenir de l'enfant dépend beaucoup de la manière dont on saura i 1er son émulation. La louange lui est i par elle-même primitivement, cl il finil par l'aimer secondairement el par la ré des avantages qu'elle procure. Il est sensible a l'éloge et au blâme, du moment où il a déjà le sentiment vague de la dignité do l'homme el de In perfection dont il est c ipabie; el s'il aime la louange, n'esl
parce qu'il sent qu'elle le relevé r II y a doue,
dans le désir naturel de l'estime, qm-lque efaoae qni ennobtil l'homme, et par qu
peut l'aria lier au . appétits el aux inllu
grossières. L'honneur el la honte deviennent des moyens pun a ni. s pour le diriger; heuieu\ l'enfant q li en est su»co| liblo de b unie
heure, el qu'on peu! slllliuler aulrctne n '
par des récompen <•< matérielles el le •
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Ceux qui élèvent el instruisent les enfants savent quel parti on peut tirer de ces deux ressorts employés à propos et avec discernement. Une bonne note, une marque de distinction, un ruban, un signe quelconque excitent de grands efforts dans les plus petits enfanls, el c'est un grand avantage que de les mener avec ces moyens délicats, qui dispensent des châtiments corporels, développent les sentiments du cœur et l'activité de l'esprit.
■ Cen'est pas tout, car on courrait risque de décourager les enfants, si on ne les louait jamais lorsqu'ils font bien. Quoique les louanges «oient à craindre à cause de la vanité, il faullâcher de s'en servir pour animer les enfants sans les enivrer. Nous voyons que saint Paul les emploie souvent pour en* ourager les enfants et farre passer plus doucement la correction. Les Pères en ont fait le même usage. 11 est vrai que, pour les rendre utiles, il faut les assaisonner de manière qu'on en ôle l'exagération, la flatterie, et qu'en même temps on rapporte tout à Dieu comme à sa source.
L'enfant est moins sensible à la honte, parce qu'il n'en comprend pas bien les conséquences; aussi, faut-il employer plus rarement à son égard les signes de mépris, de peur qu'il ne les supporte sans peine et ne s'y habitue. Les GHes craignent plus la honte que les garçons, et ceux-ci sont plus sensibles à l'honneur.
Que ne fait-on pas dans la société avec des récompenses honorifiques ! Que d'exploits, que de grandes actions ont été provoquées par la croix d'honneur ! Ce n'est donc pas sans sujet que l'on a avancé que la science de l'éducation n'est peut-être que la science des moyens d'exciter l'ému! ition. Un seul mot l'éteint ou l'allume. L'éloge donné au «oin avec lequel un enfant examine un objet, et au compte exact qu'il en rend, a quelquefois suffi pour le douer de celle espace d'attention à laquelle il a dû, dans la suite, la supériorité de son esprit ; tout tonimeles encouragements et les applaudissements des savants et des peuples, font surgir à la fois, dans le sein des nations, une pépinière immense d'artistes, de lettres, de héros. C'est l'émulation qui les y fait germer et fructifier.
ENJOUEMENT, Enjoué (qualité). — L'enjouement est la gaieté de l'esprit. Né d'une imagination riante qui badine et plaisante sur les objets qui l'eX' rcent, il annonce ordinairement, chez les hommes qui en «ont doués, des connaissances assez vastes pour qu'ils soient maîtres de la matière.
Les gens enjoués sont généralcmenl désirés el recherchés dans la société, parce qu'ils sont de lort bonne compagnie. La gaieté de leur caractère les rend peu accessibles au chagrin, et ce qui serait un sujet d'affliction pour les autres les affecte si peu, el pour un temps si court, qu'ils ne saunieul perdre longtemps leur enjouement.
Cette qualité est ordinairement le résultat
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d'une santé parfaite et d'une conscience pure; alors tout est pour le mieux. Elle peut s'associer aussi à lies mœurs dissolues el à de mauvaises habitudes ; mais comme cela ne change rien à sa nature, nous n'avons pas à nous en occuper.
ENNUI (sen'iment), Evscyé. — L'iiomm ■ acrablé par l'ennui ne sait guère définir ce qu'il éprouve. C'est ordinairement une inquiétude accablante, une langueur indéfinissable dans l'exercice des fonctions; une torpeur qui enchaîne et qui engourdit tous les membres; une impuissance de réfléchir (t d'agir, un dégoût invincible pour tous les biens et les plaisirs de l'existence, une difficulté de vivre et de jouir. (Le docteur Alibert.)
A celte description aphorislique près, qui nous peint à grands traits l'homme que l'ennui dévore, nous ne savons guère ce qui eonstitue en propre ce sentiment. On dit bien, el c'est la l'important, qu'il consistn dans un désir vague d'émotions nouvelles (La Harpe , désir qui vient de la satiété ou du malaise de l'âme, causé par un défaut d'occupations utiles ou agréables (Dupât y): mais est-ce bien cela? C'est probable, et comme il nous importe fort peu de savoir quelle est sa nature, pourvu que nous en connaissions ies causes et les effets, nous renoncerons à en donner une définition exacte, pour nous borner à la recherche plus importante de son origine el de ses influences fâcheuses sur l'organisme vivant.
L'ennui, avons-nous dit, est caractérisé par une langueur, un abattement de l'âme, qui font qu'en est las de tout, qu'on ne prend plaisir à rien. Il se manifeste quand la sensation ou' la pensée ne suTisent pas pour occuper l'activité de notre esprit; quand nous l'appliquons à une chose dépourvue d'intérêt, monotone, déplaisante ou trop prolongée; <;uand l'organisme, fatigué ou mal disposé, refuse son concours à l'intelligence, ou bien lorsque le système sensible est satura de sensations.
L'ennui entre dans l'âme de mille façons différentes. Pour en être atteint il suffit qu'on soit arraché à certaines habitudes, que certaines re.alions d'amitié, d'affaires, soie t rompues, qu'on change des occupations habituelles contre le repos. Il s'empire fréquemment des campagnards qui viennent habiter les villes, el dis citadins qui vont vue à la campagne. Il sévit souvent contre c ■ ux qui sont enlevés aux lieux qui les ont vus naître, où ils ont longtemps vé u, qui sont privés de leur liberté, qui ont éprouvé des revers de fortune ou des déceptions dans leurs projets. C'est surtout chez es hommes oisifs que l'ennui se fait sentir. Tous ces favoris de la fortune qui ne se livrent pas au travail, sonlexposés bien plus que d'autres à le ressentir.
Ainsi, le millionnaire, que le public envie, est souvent, malgré sa fortune colossale, le plus malheureux des hommes. Après avoir usé de tout, il éprouve ie dégoût de tout; nonchalemment étendu sur de n.oePeux