ENN
coussins, il ne sait que faire de son temps, de ses immenses richesses; ses membres sont engourdis par la paresse, son âme est affaissée sous ses ennuis, il souffre plus que le misérable qui gagne péniblement le pain de la journée.
La coquette qui ne rêve que fêtes, qui règne on souveraine dans ces réunions où sa beauté, son élégance, font l'admiration de tous, s'ennuie horriblement dans les intervalles des plaisirs. Plus l'âme ressent de jouissances vives, plus elle éprouve d'ennui quand elles sont épuisées. La satiété dégoûte bien vite de toutes les distractions du grand monde.
Bref, l'ennui décolore l'existence tout entière, verse son poison funeste sur nos plus pures jouissances, courbe sous sa désolante influence tous les âges, tous les sexes et tous les rangs; nul ne saurait l'éviter. Il est partout, dans nos pensées, dans nos sensations; il surgit au milieu des plaisirs, jette ses teintes lugubres sur les beautés de la nature et traîne avec lui le découragement et le dégoût même de la vie. Parfois il invoque la mort, il conduit au suicide.
Nous ne serons donc pas étonnés si madame de Maintenon écrivait à une de ses amies : « Que ne puis-je vous faire voir l'ennui qui dévore les grands, et la peine q-u'ils ont à remplir leur journée! Ne voyezvous pas que je meurs de tiislesse au sein d'une fortune que l'on aurait eu peine à imaginer? J'ai été jeune et jolie, j'ai goûté des plaisirs, j'ai été aimée partout; et dans un âge plus avancé j'ai passé bien des années dans le commerce de l'esprit; je suis venue à la fortune, et je vous proleste que tous les états laissent un vide affreux. » Satiété de 'bonheur 1 peul-il être un mal plus insupportable? L'excès uiénie du malheur permet au moins l'espoir.
C'est donc le manque de la vie intellectuelle et morale qui produit dans l'esprit et dans l'âme un vide qui se déclare par l'ennui. L'ennui ronge et dévore l'esprit connue l'inaction mine et consume le corps; c'est la plus triste maladie del'étre intelligent, parce qu'elle attaque directement en lui la source de la vie en le rendant incapable de recevoir la nourriture, de la goûter, de l'assimiler, et par conséquent de se refaire el de ae fortifier. Le plus terrible ennui e.l le. plus difficile à guérir est celui d'une âme blasée, dégoûtée de tout, parce qu'elle a abusé de tout et qu'elle ne sait où porter son désir, son actinie, ni à quoi demander de la vie : connue dans l'ordre i bysique les estomacs surchargés ou gâtés perdent l'appétence de la nourriture et ne peuvent (dus supporter d'aliment. Au physique et au moral, cet état prolongé amène la consomption OU l'élhisle. i !/. l'abbi Bautain.)
Toutes les relations sociales, Ions les amusements, tous les plaisirs Inventés contre l'ennui étant souvent une sonne d'où il «ouïe à flots, ce ne peut être qu'en combinant avec sagesse l'exercice de la pensée, io travail du corps et les a nusemt u's permis.