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que nous éviterons l'ennui. Voyez le peuple, il ne s'ennuie guère, tant sa vie est active. Si ses divertissements ne sont pas variés, ils sont rares; beaucoup de jours de faligue lai font goûter avec délices quelques jours île fêle. Une alternative de longs travaux et de courts loisirs tient lieu d'assaisonnement aux plaisirs de son état.
Un homme intelligent , un homme de cœur, un chrétien, devraient rougir d'avouer éprouver de l'ennui. Comment s'ennuyer quand on a tant besoin de s'instruire, de se rendre meilleur, et tant de devoirs à accomplir? Comment s'ennuyer , lorsque tant de malheureux ont besoin d'assistance?
Grands du monde, qui vous endormez dans la paresse, qui souffrez , dans les bras de la nonchalance, tous les tourments de l'ennui, réveillez-vous , venez contempler le lab urcur qui vous nourrit, l'artisan qui façonne tous les matériaux de votre aisance, le prêtre à la lête de son troupeau, veillant au bonheur de tous; demandez-leur s'ils connaissent l'ennui? Non, vous diront-ils ; nous n'avons pas le temps de l'éprouver. Faites comme eux , sachez vous rtndre utiles ; c'est le secret du bonheur.
Femmes oisives et nonchalantes, qui passez des bras du sommeil sur les coussins moelleux de vos divans, qui ne voyez jamais le lever de l'aurore, et qui ne payez point ;\ la société votre dette, l'ennui vous consume, répand ses langueurs sur vos traits : il vous consume et vous tue au sein de tant d'amusements rassemblés à grands frais pour vos plaisirs, au milieu de tant de gens concourant a vous plaire. Vous passez, dites-vous, votre vie à le fuir et à en être atteintes, vous êtes accablées de son poids insupportable; il se Iransforme pour vous, sons le nom de vapeurs, en un mal horrible qui vous ûto quelquefois la raison et consume votre existence? Venez voir ces mères de famille qui se font un bonheur du travail; ces saintes filles qui sont la providence du malheur, les anges de la souffrance. Là vous trouverez I" remède à l'ennui qui vous ronge; vous serez frappées de honte eu voyant leur vertu payer la rançon de votre inutilité , et vous vous demanderez comment vous avez pu oublier que la paix du cœur el le repos do l'âme ne s'allient qu'à la pratique des devoirs, et jamais à la fainéantise.
Les seuls et ver. tables moyens de n us sauver de l'ennui consistent donc dans le travail manuel et le travail de la pensée. Je ne parle pis des plaisirs des sens, qui dissipent momentanément l'ennui, parce qu'il re a rait aussitôt avec bien plus de vivacité, du moment où ces plaisirs ont été goûtés.
Mais quant aux travaux manuels el aux travaux de l'intelligence, on peut affirmer, sans crainte d'être démenti, que tous 1rs artisans, les artistes, ceux qui cultivent les sciences, ceux-là surtout que leurs occupations obi gcnlâ reliée h ir continuellement sur C0 que l'on sent en soi. sur ce qu'on éprouve ou sur ce qu'il faut faire, l mis les trmtnh en un mol, se sauvent, parle travail de leur
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industrie, de l'ennui et des vices auxquels il entraîne. D'où la vérité et la justesse de ce proverbe fort connu : « Le travail est la sentinelle de la vertu. »
Par malheur pour l'espèce humaine, tout le monde n'est pas également enclin au travail; au contraire, les gens y sont d'autant moins portés, qu'ils ont plus d'aisance. C'est pour cela que l'ennui s'empare impitoyablement et sans miséricorde de tous ceux qui ne forment aucun vœu qu'il ne soit accompli, qui n'ont aucun désir qu'il ne soit immédiatement satisfaii. Parlez à ces gens-là de travailler, de s'occuper utilement: A quoi bon? vous diront-ils. Et l'on s'étonnera ensuite que l'ennui est le malheur des gens heureux ! (H. Walpole.)
Il ne saurait en être autrement : car, entré dans le monde par la paresse, l'ennui y est entretenu par l'inaction et l'oisiveté, et il pousse les hommes à la recherche des jouissances les plus vives. Peuveni-ils lesgoûter à souhait, ils s'en rassasient, et l'ennui revient bientôt en la compagnie de la plus profonde mélancolie.
Au contraire, celui qui s'e^t fait un genre de vietel, que le travail est tout à la fois son occupation favorite et son délassement, celui-là a assez de quoi occuper ses sens el son esprit, pour ne pas courir après les plaisirs frivoles; ou s'il en jouit quelquefois, ce n'est pas assurément pour se distraire et chasser l'ennui: il ne le connaît pas.
Nous devons donc tous travailler sans relâche; mais il convient que nous variions nos travaux , quand c'est possible, non-seulement parce que l'ennui naquit un jour de l'uniformité, mais encore parce que, par le changement d'occupations, on évite la fatigue, et nous ne devons pas oublier que plus on avance en âge, plus on a besoin de s'occuper pour éviter l'ennui. Pourquoi? parce que, l'esprit devenant alors plus solide et le goût des passions frivoles s'affaiblissant de plus en plus, les plaisirs à leur tour deviennent moins vifs et font place à l'ennui qui devient encore plus cruel.
Une chose qu'il ne faut pas oublier non plus, c'est que, si enfants il nous faut des amusements et des jeux ; si jeunes gens il nous faut des jouissances et des études; hommes faits, il nous faut des affaires : et qu'en l'absence de tout cela, « le travail est une meilleure ressource contre l'ennui que les plaisirs. » (L.l'rublet.)
Si quelqu'un, pour s'affranchir de toute contrainte, prétendait ne jamais s'ennuyer en restant oisif, je serais d'avis qu'on pensât de lui, avec madame de Sommery, que c'est- un sot ou un menteur, s'il n'est l'un et l'autre.
ENTENDEMENT (faculté). — L'entendement est la lumière que Dieu nous a donnée pour nous conduire. On lui dunne différents noms suivant la nature de ses actes. Ainsi, en tant qu'il invente et qu'il pénètre, il s'appelle eaptil; en tant qu il juge et qu'il conduit au vrai, il s'appelle raison et juge-
ment. L'un et l'autre se perfectionnent par l'éducation:
C'est par elle en effet que nous apprenons à connaître le vrai, le faux, et à les distinguer l'un de l'autre; par elle nous jugeons des sensations que les organes des sens nous transmettent; mais nous devons remarquer que ceux-ci ne nous apportent que leurs propres sensations, et laissent à l'entendement à juger des dispositions spéciales qu'>l remarque dans les objets et qui servent à les caractériser. A proprement parler, il n'y aurait donc que l'entendement qui pût errer. Je dis à proprement parler, car il n'y a pas d'erreur dans le sens impressionné : il fait toujours ce qu'il doit faire, puisqu'il a été formé pour opérer selon la disposition non-seulement des objets, mais des organes. Or, si c'est l'entendement qui doit juger des impressions ressenties par les organes mêmes; si c'est à lui à tirer de ces impressions des avertissements, et de ces avertissements des conséquences nécessaires; si parfois il se laisse prendre, c'est assurément lui qui se trompe. (Bosmet.)
Oui, c'est l'entendement seul qui se trompe ; mais du moment où il ne reçoit la transmission de l'impression perçue par l'organe que par l'intermédiaire du cerveau; du moment où il n'apprécie la sensation que par la comparaison qu'il en fait avec d'autres sensations antérieurement reçues, pourraiiil ne pas se tromper, si par un vice primitif, naturel , ou bien par un changement organique ou vital survenu dans l'organe des sens, celui-ci éprouve de fausses perceptions? Expliquons ma pensée à l'aide de quelques exemples.
Philis, le célèbre professeur de musique vocale, racontait fort souvent avoir donné des leçons de chant à un jeune homme qui paraissait ne faire aucune différence entre deux tons. Le maître montait la gamme, et quand l'élève voulait l'imiter, celui-ci jetait des cris discordauts et ridicules, tout en croyant imiter son professeur : il était fort étonné quand ce dernier lui disait : Ce n'est pas cela. Assurément il y avait erreur de la part de l'entendement chez ce jeune homme; mais à quoi attribuerons-nous cette erreur de l'entendement si ce n'est à un vice d'organisation du sens de l'ouïe?
J'ai connu moi-même à Montpellier un étudiant en médecine qui se trouvait absolument dans le même cas. Il croyait si bien chanter juste, tout en chantant excessivement faux, qu'il se fâcha sérieusement un jour avec son maitre de musique vocale, parce qu'il lui reprochait toujours d'être à coté du ton. Etant allé trouver un autre professeur, et celui-ci lui ayant conseillé frau chemenl d'épargner son argent, il f.it cette fois assez raisonnable pour goûter cet avis. Ainsi, voilà encore un vice primitif de l'audition qui servait à induire en erreur l'entendement, sur le jugement à porter à propos de la justesse des sons produits par l'indi vidu lui-même. Mais ce n'est pas tout.
Ceux qui sont versés dans l'histoire de ï;i