‹ Dictionnaire des facultés intellectuelles et affectives de l'âme où l'on traite des passions, des vertus, des vices, des défauts, etcChapitre 88 sur 251 · F. NT · texte numérisé non relu

F. NT

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peinture savent que le coloriste par excellence, le Titien, devenu vieux, voulut retourner tous ses tableaux : ils ne lui convenaient plus. Ses élèves alarmés en voyant ce vieillard, âgé de plus de quatre-vingt-cinq ans, prêt à gâter ce qui faisait son plus beau titre de gloire, imaginèrent, pour épargner ses ouvrages, de préparer les couleurs n\ec une huile qui ne fût pas siccative. De cette façon, silôl que le Titien avait barbouillé son tableau, ils en enlevaient la couleur avec Une éponge, et lui rendaient sa beauté.

Pourquoi cette manie du vieillard? parce qu'une altération, survenue sans doute dans les humeurs de l'œil, fil que le peintre ne voyait plus les couleurs avec les mêmes teintes qu'il les voyait autrefois. Dès lors, par un vice consécutif survenu dans le globe oculaire, l'entendement ne recevant plus la. même sensation, celle-ci comparée à une scnsalion précédente, il était nécessairement in luit en erreur par la sensation nouvelle. Il se trompait, il est vrai, mais c'est parce qu'il était trompé lui-même.

Or, comme il est certains actes de notre entendement qui suivent de si près les sensations, qu'il devient facile de les confondre a»ec<llcs, à moins d'y bien prendre garde; et que, même en y faisant bien attention, on court le risque de se tromper ou d'être trompé, il nous importe donc beaucoup d'exercer notre jugement sur les sensations qui nous donnent la mesure de l'ordic , des proportions, de la forme, etc., etc.; ce qui constitue l'éducation du sens et de l'entendi ment. Sans elle, il serait impossible d'avoir un bon entendement, puisque le \rai de celle l'acuité est de bien juger.

Pour nous, enfants de la civilisation, ce sera chose facile si nous y mettons un peu de bonne volonté: car n>trc existence à son début est si douce et si facile ! Pendant notre enfance, rn même temps que notre corps grandit au milieu des seins maternels, notre esprit se développe, s'agrandit, s'orne, se perfectionne grâce à l'influence d'une culture attentive, sans secousses, sans épreuves pénibles. Nos parents n'ont qu'un souci: .subvenir à nos besoin--, prévenir toutes nos exigences, écarter de notre esprit toute inquiétude, de notre corps tout danger. Ce n'est que plus tard que pour nous la vie devient sérieuse cl nous trouve souvent énervés et amollis.

Disons cependant que, pour parvenir à nous former enfin un bon jugement, il est indispensable que nous menions en exercice plusieurs facultés de notre intelligence : je m'explique.

C est autre chose d'entendr le première

fois une vérité, autre chose de la rappeler a notre souvenir après l'avoir sue. L'entendre la première l'ois s'appelle simplement entendre, tandis que. r [ peler à notre eS| rit ce qu'il a conçu, appris, s'appelle m- ret ouveni'r. — De même, on distingue la mémoire qui s'appelle Imaginative', ou se retiennent lei choses sensibles el les sensations, d'avec la mémoire t'nir/ i laquelle se rc-

liennent les vérités et les choses de raison el d'intelligence : tout comme on dislingue les pensées de l'âme qui tendent directement aux objets, et celles où elle se retourne sur elle-même el sur ses propres opérations, par cette manière de penser qu'on appelle réflexion. Par la réflexion l'esprit juge des objets, des sensations, de lui-même et de ses propres jugements qu'il redresse ou qu'il confirme. Ainsi, il y a des reflexions i;ui se font sur les objets et les sensations seulement, el d'autres qui se font sur les acles même de l'intelligence : celles-ci sont les plus sûres el les meilleures.

Bref, c'est par la répé ilion des sensations appréciées par l'intelligence que noire entendement acquiert tous les développements et les perfectionnements dont il est susceptible; heureux ceux qui naissent d.

conditions telles qu'ils puissent cultiver convenablement ce don du ciel 1

En disant dans des conditions telles, je veux parler des conditions favorables; car, pre nierement, pour culliwr avec sucés ce don de Dieu, il faut que la curiosité, premier attribut du système sensitif et première faculté de notre entendement, s'éveille et soit unie à la raison ou dirigée par une personne qui en soit douée; sans cela, l'homme inlelligent serait semblable à un idiol qui perçoit les mêmes sensations , mais qui ne saurait, comme lui, leur donner le caractère de l'intellectualilé. Secondenient, que les individus chargés de notre éducation et de satisfaire noire curiosi é, de l'exciter même, s'il le tant, aient un sens droit, nue instruction suilisanté, un jugement convenable, s'il n'est parfait, des mœurs pures et de bonnes intentions à noire égard; car, si par leurs conseils, leurs exemples, les ouvrages qu'ils mettront dans nos mains, les pi huîtres qu'il* étaleront sous nos .veux, ils faussent notre jugement et donnent une mauvaise direc ion à noire entendement, il en résultera inévilabli ment, que-are par de fausses perceptions mentales, comme il l'a été par les fausses perceptions des sens, noire en en mal cultivé, mal éiiuqué, se trompera loujours.

Ainsi, de même qu'il ne suffit pas délie curieux et qu'il faut que la curio ne soit satisfaite par la mise en pratique des si us, «le même il faut que le si h- ini me soii poussé dans un;' bonne direction. Cela est si vrai, que, si l'on se porte par l'imagination ju»qu'aui premier* moments de l'existence du genre humain, il est permis île croire, 1" que bs premières sensations ont éié purement dir des, i o qu'on a \ u sans précision, ouï confuse nt, llaiie s.ms choij,

mangé s.,ns saveur et joui sans brutalité. Puis, touli s ces sensalioui .m a ni pi ur centre commun l'âme, attribut spécial d ■ ; • humain ■, 1 1 i ,:us ■ toujours ai live d ■ poi fec- \ sont réfléchies, comparé! s, •US les sens ont été amenés au secours les uasdes autres, pour l'a lililé el h i ien éire du rm i sensitif, ou, ce qui est la même chose, de l'indnidu. 2" Il est

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