F.NV
cle, sonl sûrs d'être applaudis. »> Flic se pique de grandeur, et dit au monde qu'elle n'attaque les individus émineots, que parce qu'elle voit en eux des défauts ou des vices ; mais s'élever en abaissant les autres, voilà son véritable but.
Sous prétexte de bon goût , elle se livre à la critique la plus injuste; rien ne lui parait digne d'admiration. Si elle approuve, ce n'est jamais qu'avec d'infinies restrictions ; toujours, à l'entendre, le talent pèche par quelque côté.
I. 'envie a, comme le serpent, une marche cacliée et sinueuse ; elle n'ose pas aborder franchement l'attaque. Souvent pour calomnier, elle débute par des éloges, si elle veut perdre un homme vertueux : « C'est grand dommage, dl-elle, que tant de mérite soit déparé par quelques défauts : c'est le fait de l'imperfection de notre nature, nul n'est impeccable. »
Parle-t-on d'un ouvrage , il contient de bonnes vues, de bonnes intentions ; il y a du talent sous celte œuvre; mais il faut du L-mps, de l'expérience, un peu plus d'étude.
L'envie lâle son terrain : quand elle est bien reçue à médire, elle se développe avec bonheur ; elle verse so/i fiel arec délices ; l'ironie, le sarcasme, coulent de ses lèvres comme de source. Elle jette à pleines mains le ridicule sur les absents et les déchire. Si ses efforts atteignent le but qu'elle se propose; si elle a pu nuire à ses' ennemis, elle est au comble de ses vœux; et pour être parfaitement heureuse, il ne lui faudrait plus qu'une chose, nuire encore à tous ceux qui sont audessus d'elle.
L'envie s'attache surlout aux grands hommes ; le jour de la gloire ne luit presque jamais que sur leur tombe ; vivants , nous (es haïssons ; à peine ne sont-ils plus sons nos veux que nous les regreilons.
Virlutem incolumem odimus , Sublatum ex ocidis quœrimus invidi.
(Horat., I. ru, od. 18, v. 51, 52.)
Qui mérile l'estime, rarement en jouit; et qui sème le laurier se repose rarement sous son ombrage.
La nature a fa t l'homme envieux. Vouloir le changer à cet égard. sans le secours surnaturel du Créateur , c'est vouloir l'impossible. Prétendre se daller d'anéantir l'envie, c'est folie. Tous les siècles ont déclamé contre ce vice. Qu'ont produit ces déclamations? Rien. L'envie existe encore et n'a rien perdu de son activité, parce que rien ne change la nature de l'homme envieux.
Pour celui qui connaît le cœur humain, c'est un spectacle bien digne de piiié, souvent hideux, que l'envie; car un des principaux tourments de l'envieux , c'est d'être aussi allbgé et plus allligé même de la prospérité d'autrui que de sa propre adversité ; d'avoir à écouter les éloges qu'on fait du mérite des autres, alors qu'on ne fait p.is le sien, et de découvrir dans quelques individus ce qu'il voudrait pour soi seul. Aussi le voit-on pren- Ve en aversion et quelquefois en haine tous
ceux qui jouissent de quelque estime ou de quelque considération. Toutes leurs bonnes qualités lui deviennent odieuses : la beauté, la jeunesse, la valeur, la prudence, le talent, les nobles actions et toutes les vertus modestes ou éclatantes excitent son chagrin ; ou s'il veut le dissimuler, il le fait de trèsmauvaise grâce, c'est-à-dire que l'envieux, tout en voulant louer en autrui un sentiment louable, s'y prend si mal qu'on a pu dire de l'envie: elle est un hommage maladroit que l'infériorité rend au mérile [Lamotte), tout comme on a dit de l'envieux qui ne sait pas bien dissimuler et se montre soucieux et triste : On ne sait s'il lui est arrivé du mal , ou du bien aux autres. {Bion.)
L'envie, dans le cours de la vie humaine , se fait sentir d'assez bonne heure. Klle prive du sommeil, fait perdre l'appétit, dispose à des mouvements fiévreux. Un homme qui n'a pas cultivéses talents etdontl'euvie s'empare à la vue d'un antre qui les a cultivés et qui parvient, prend un air sombre et mélancolique ; ses yeux caves dirigés obliquement offrent celte espèce de rayonnement que tous les phys onomistes y ont remarqué; quelquefois l'un est presque fermé et l'autre mi-ouvert ; le front se ride à l'épine nasale ; d'autres rides sillonnent le front en tout sens, et encadrent sa bouche comme dans une sorte de triangle. Les muscles sont saillants comme des cercles; le sourcil s'abat cl se fronce; la paupière est clignotante; les narines s'ouvrent; appliquée contre la lèvre supérieure, l'inférieure la pousse en haut; eurs commissures sont inégalement retirées en arrière; la bouche éprouve un mouvement de distorsion, et le sourire sardonique de l'envie se prononce.
L'envieux est ordinairement petit et grêle; soyez sûr qu'il pèche par quelque côlé ; c'est un être dépourvu de qualités physiques ou morales. Il est défiant, fiai leur, souple et adroit; son lang :ge est arrangé, plein de formules bénignes ; son regard est velouté et v ise à la douceur. Mais quoiqu'il f.isse l*hypoc ite, son œil éclate parfois de malice et de rage, et sa parole incisive et mordan e trahit l'état de Son âme; ses lèvres se crispent et s'alTrontent ; quand vous ne le voyez pas, il vous regarde comme un tiirre un homme; ses cheveux sont habituellement en désordre. On dirait, à la coloration de sa peau, que la bile circule dans ses veines. Oui , quan I la gangrène-envie a corrompu le Cœur, l'n ibitude extérieure manifesie les secrets rivages de celte fureur de l'âme. La peau est décolorée, les yeux enfoncés, l'intelligence exaltée; les i. "libres frissonnent, et des grincements de dents montrent la rage qui torture l'âme. [Sriini Grégoire.) S'il Ybil accordera autrui les avantages et les prérogatives qu'il croit lui appartenir, il suffoque. La bonne réputation des personnes dont il cherche à se venger par la calomnie et le mépris est comme le glaive de Damoclès suspendu sur sa tête ; il cherche à lui nuire et ne cesse do se nuire à lui-même ; il est toujours troublé à la vue du bonheur qu'il se forme toujours
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plus grand qu'il n'est réellement, ri qui nour- le cœur humain ne s'épanouil qu'aux rayons
rit en son cœur un feu dévorant qui le brûle de l'amour d'une mère. ( P. Belouino.)
et le consume. L'envie ne fait de mal (au physique, s'en-
11 n'est pas jusqu'au sot lui-même qui ne tend) qu'à ceux qui ne peuvent pas salis—
devienne sombre , taciturne, dès que l'envie fjire d'une manière ou d'une autre leur es-
s'empare de son Ame. 11 est d'autant plus prit inquiet et malade, et sont obligés
tourmenté qu'il s'efforce en vain d'abaisser d'avaler, comme on dit, la plus grande partie
ceux qui lui sont supérieurs, qui ont un mé- de leur fiel. <""
rite qu'il n'a point : il roule les yeux, fronce C'est d'autant plus fâcheux pour les en-
le sourcil, va tête baissée, devient fâcheux, vieux, que, s'ils deviennent réellement ma-
boudeur, revéche. La sérénité reparaît sur lades, ce n'est que par hasard qu'on connaît
son front, si un flatteur le distrait des idées la cause de leurs maux, et même, dans ce
dont il s'occupe, et l'élève autant qu'il vou- cas, ne conviennent-ils pas que ce soient
drait voir humiliés ceux qui lui ravissent sa les tourments de l'envie qui ruinent leur
glnire ou les avantages auxquels il aspire, santé. La plupart l'ignorent eux-mêmes,
L'envieux reçoit en ce monde la punition tant ils sont préoccupes du motif qui trou-
que lui méritent ses pernicieux penchants. Me leur raison et rend leur existence amère.
Son châtiment commence quand il ne peut Aussi a-l-on dit avec beaucoup de raison :
plus supporter la vue de la prospérité d'au- « Les malheureux sont moins à plaindre que
trui ; alors il fuit la société, et sa rage est les envieux; ils ne souffrent que de leurs
comme un ver rongeur qui lui dévore les en- maux, au lieu que les envieux sont tour-
trailles. Détestanttoutlemonde,àsontourdé- montés du bonheur des autres autant que de
testé, il esl l'effroi des gens honnêtes qui pen- leur propre malheur. » (Théophrasie.)
sent, en le voyant pale et défait, que le rc (Ju'opposcrons-nous à l'envie? c'est chose
mords de quelque crime pèse sur sa con- assez difficile à décider, attendu que, d'une
science. Il vit dans l'isolement, inaccessible part, l'envieux la dissimule; et d'autre part,
à tous ces sentiments si doux.de bienfai- il se défend d'en être possédé. Dans l'un
sance, de charité, d'amitié, d'amour, qui font et l'autre cas. il se rira de nos conseils, et
vivre le cœur et peuvent seuls rendre la vie notre voix ne sera pas entendue. C'est donc
supportable. un mal qui devient incurable ou tout au
Peu à peu cette torture intérieure dévore moins peu susceptible de goérison, soit à
son organisation. L'excitation morale conti- cause des motifs que j'ai fait valoir, soi)
nuelle de l'envieux, l'exaltation maladive de parce que. jetant de profondes racines dans
son intelligente, fatiguent son cerveau; les le cœur humain, l'envie y éloutTe tous les
fonctions se pervertissent, la circulation s'ac- sentiments généreux. Néanmoins on doit
complif mal, les viscères abdominaux s'en- cherchera les faire revivre, ces sentiments,
gorgent, l'hypertrophie du foie entrave ses et associer au traitement moral, les quelques
d gestions ; bientôt amaigri, le teint hâve, il autres moyens hygiéniques que nous avoas
meurt dans les souffrances atroces des obs- conseillés pour les passions asthéniques,
tractions, de l'anévrisme ou du cancer. telles que l'abattement, l'affliction, le cha-
Rien déplus commun que d'entendre con- grin, etc. Lu des plus puissants après ceux fondre l'envie et la jalousie; cependant elles que fournissent les principes religieux, c'est ont des objets bien différents. On appelle ja- réloignement du malade de la personne ou loux un amant, un mari; mais OD ne leur des personnes qu'il serait tenté d'envier. donqe jamais le titre d'envieux. De même on J'oubliais de faire remarquer qu'en bonne ne saurait appeler jalousie le sentiment dé- politique on se sert quelquefois avec avenus turé qu'éprouvent quelquefois les mères i^^c de l'envie: c'est même le seul cas où pour les entants d'un autre lit. elle soit utile à quoique chose. Ainsi chacun
Ce malheur est très-fréquent, et déjeunes sait que Lacédéinone et Athènes ne permetenfants que l'on croyait confiera de nou- laient point à la Grèce de demeurer en reveaux soins maternels, mettre à l'abri d'un j)0S . ,,uc |a guerre du Péloponèse et les annouvel amour, deviennent les martyrs de très furent toujours causées par l'envie que leurs marâtres. Il est impossible d'imaginer S(! portaient ces deux villes; mais que ces quelles souffrances on leur fait subir, par mémeS envies qui troublaient la Grèce, la quelle série de douleurs ils sont obl.gos de soutenaient en quelque façon, et l'ompô- Iraverser leur enfance. ebaienl de tomber dans la' dépendance do
La belle-mère garde tous ses soins, toute l'une du de l'antre de ces république!.
sa tendresse ponr ses enfants à elle. Jamais Les Perses aperçurent bien tel cel étal de
un baiser, jamais de caresses pour les antres, la Gn i e ; anssi toul le sec ici de leur dbu'liqua
Le père im -même, de pour d'aiguillonner était d'entretenir ces sentiments el defbrneo-
l'en vie de sa femme, n'ose pas les dédomma- 1er ces divisions. Lacédéinone, qni était la
•.■er par les preuves de son aiTerhon. Vcri- plus ambitieuse, fut la première a les faire
tables parias sous le toit paternel, ces peiiis entrer dans les querelles des Grecs. Ils \ en*
malheureux boivent de bonne heure les lièrent dans le dessein de se rendre maîtres
amertumes de la vie. N'avoir jamais été de toute la nation, ei loignenx d'affaiblir les
aimé, n'avoir aimé personne dans son en- Grecs les nns par les autres, ils attendirent
fan ce, c'< si un affreux pronostic de malheur le moment de les accabler tous ensemble.
a renir. Il est des plantes qui ne Oenrissi ni (leste une dernière obsi rvali m. L'envia a
que sous les rayons bienfaisants dn suleil i en elle-même quelque chose de si repous-