‹ Dictionnaire des facultés intellectuelles et affectives de l'âme où l'on traite des passions, des vertus, des vices, des défauts, etcChapitre 92 sur 251 · F.SP · texte numérisé non relu

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sntit, que, pour en masquer l'odieux, on l'a décorée, dans quelques rirconstane.es, du nom d'émulation. Gardons-nous de croire à litie pareille métamorphose, et surtout île confondre ensemble ces deux sentiments; l'un, ainsi que nous l'avons vu par l'exemple du grand Corneille, ennoblissant l'homme à qui elle ne conseille rien que de trèshonorab'e, de très-avantageux, loul ce qui peut embellir la vie; l'au're, au contraire, ne lui inspirant jamais que ce qui peut troubler sa raison, empoisonner des jours faits pour être consacrés au bonheur de l'humanité cl de soi-même.

ÉPOUVANTE (sentiment), Épouvante. — L'épouvante est l'état d'agitation, de (rouble d'une imagination lhrée à la peur, qui, ne pouvant calculer le danger, se l'exagère toujours, et , incapable d'y résister, cherche dans une prompte fuite le moyen de «'y soustraire.

Au figuré, l'épouvante a son point de départ d'une idée particulière, qui naît, dans notre esprit, à la vue des difficultés à surmonter pour réussir dans une entreprise, et des suites d'un mauvais succès Cette sorte d'épouvante ne doit pas être confondue avec la première, attendu que dans celle-ci on cramt tout pour soi, et que dans celle-là ce n'est que le sort d'aulrui qui nous émeut et nous inquiète. C'est pourquoi nous rattacherons l'une à la Fraïeur, la Peur (Voy. ces mo's), et l'autre à I'Appréuension, la Crainte. ( Voy. ces articles.)

Du reste, un des caractères disliuctifs de l'épouvante d'avec l'alarme el l'effroi, autres sentiments avec lesquels on pourrait la ronfondre, c'est qu'elle est plus durable qu'eux, et ôtc presque toujours la réflexion. ( D'Alembert.)

ÉQUITÉ (vertu). — On entend communément par le mot équité, un amour do la justice fondé sur la raison et la conscience. Ce sentiment est si grand, si digue, qu'on a pu dire de lui sans opposition aucune :

Dans le monde il n'e-t rien de beau que l'équité :

Sans elle la va'etir, la force, la bea'aé,

El toutes les vertus dont s'éblouit la terre,

Ne sontquefaux brillants elque morceaux de verre.

DE-rltliAL'X.

Delout temps <tyui/^ a été considéré comme synonyme de justice. Nous ne prétendons pas te con'.rairc; mais nous ferons observer qu'il y a peut-être, en un sens, dans l'équité, quelque chose de plus noble, de plus généreux que dans la justice, prise dans le langage vulgaire. Et, par exemple, combien n'y a-l-il pas de choses que la loi humaine autorise, mais que l'équité défend! Pourquoi cela? parce que cette loi est l'ouvrage des hommes, et que, s'y conformer, c'est agir conformément aux règles que la justice impose; tandis que l'équité est un sentiment qui nous vient du ciel et que Dieu nous envoie, qui a toute la pureté du temple d'où elle descend sur la terre, el toute la majesté de son divin auteur.

ESPÉRANCE (vertu). — L'attente du bien Dictions, mes Passions, etc.

qu'on désire el qui paraît devoir arriver, ou bien une disposition de l'âme à se persuader que ce qu'elle désire arrivera (l)>srartcsi, voilà ce qui constitue l'espérance. C'est pourquoi on a dit de l'espérance qu'elle est un fait complexe dans le cœur humain, c'est-àdire la connaissance du bien, le désir de le posséder, et la croyance à la possibilité de satisfaire ce désir. L'espérance est donc une vertu mixte, qui se compose du désir et di> la constance, el consiste en un sentiment de confiance qui soutient l'homme dans l'attenta d'un bien que la fortune semble lui promettre, et qui l'en fait jouir par là pensée avant même de l'avoir obtenu.

Ainsi, pour quelques philosophes, l'espérance serait une espèce d'intuition d'une possibilité heureuse, la prévoyance d'un bonheur qu'on souhaite et dont on jouit d'avance, un rêve heureux du désir ou de toutes les sensations agréables ; car toutes peuvent être décidées par l'espérance. Il n'est donc pas étonnant qu'un de nos spirituels auteurs ait dit, avec un p u d'exagération peut-être :

D'un ami le retour sait plaire Longtemps avant qu'il ne soit là :

Kl le bonheur que l'on esi ère, Vaut presque le bonheur qu'on a.

L'espérance est l'amour, plus le désir, plus la croyance à la possibilité de le satisfaire; croyance qui suppose, la plupart du temps, un exercice assez compliqué de la pensée, pour discerner les rapports de l'objet à nous, et des moyens à la fin où nous tendons. C'est pourquoi l'espérance est propre à l'être raisonn ible, tandis que le dé^ir, à son plus bis depré,est commun à l'ho nmeelà l'animal, qui est capable aussi, lui, d'une certaine manière, de connailre par les sens. Et comme dans ce monde nous avons toujours quelque chose à désirer, et que dès lors nous espérons toujours, on peut dire que notre existence terrestre n'est que l'espoir incessant d'un bonheur qui nous échappe ici-bas et que nous devons trouver ailleurs; ou, en d'autres mots, que l'homme passe en voyageur sur celte (erre ; qu'il n'est pas fait pour s'y fixer et que sa pa rie esl plus haut.

Par ces motifs , l'espérance esl un des aiguillons les plus vifs de la volmlé, qu'elle slimu'e surtout par l'imagination ; elle adoucit singulièrement les maux de la vie préseule , qu'il serait impossible de supporter sans elle ; elle soutient, elle relève chacun dans sa route, si diverse qu'elle soit , depuis le chrétien fidèle, qui croit aux promesses divines cl salue de loin le terme désire qu'elles lui font entrevoir, jusqu'à l'homme du monde , qui a le malheur de poser soit amour dans les biens de la terre , et qui appelle toujours de ses vœux une fortune propice , un bonheur plus grand pour l'avenir. Aussi, l'espérance est-elle une source éternellement jaillissante dans le c;r-ur humain. L'homme n'est jamais heureux, quoique loujours à même de l'être ; l'âme , inqu été cl exilée du lieu de son origine, s'arrête dans

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i'idée d'une vie à venir, et se perd dans son immensité. [Pop?, Saint-Simon.)

Iîn théologie, l'espérance est encore mieux que cela. Elle esl un très-grand bien, puisqu'avec son appui nos maux deviennent plus légers, et qu'en s'aidanl de la patience, de la fermeté et de la résignation aux déciels de la Providence , elle nous fuit supporter les disgrâces présentes, surmonter les obstacles, et nous n'.ontre, pour récompense de noire foi et de nos efforts, l'immortalité.

Partant, demandez au \rai croyant ce que t'est que l'espérance? Il vous répondra : Pour moi c'e>t l'image d'une riante perspective qui flatte la vue , réjouit le cœur, élève l'âme jusqu'au Créateur de tant de merveilles , soutient ainsi les forces, ranime le courage, et cache le terme du voyage à la vieillesse cl au malheur. Pour moi le passé meurt, le présent n'est qu'un songe pénible qui va bientôt s'évanouir , et l'avenir n'est qu'une espérance.

Une espérance , ô mortel , voila ta grandeur ! Au milieu d'un monde de destruction, en présence de la mort et de l'oubli , lorsque tout finit autour de toi , lu espères une vie qui ne doit point finir; le mot éternité n'étonne point ton âme , elle y répond par l'infini : sentiment sublime qui nous détache de l'espérance et du temps, cl nous ravit au sein de Dieu 1

L'espérance! c'est le soutien de notre volonté ; c'est elle qui mel sans cesse un but devant nos efforts, qui nous console dans l'infortune cl nous encourage dans le triomphe. Tous les hommes .chacun dans la roule que lui a tracée la Providence, marchent à la lumière de ce flambeau.

Grâce à ce sentiment consolateur , qui nous promet toujours un lendemain plus prospère , nous soutenons les maux, les traverses de la vie présente , qu'il faudrait sans lui déserter p r le suicide ; mais l'espérance est là devant nous , qui nous tend la main, nnu< promettant le bonheur ; el nous la saisissons a\cc joie.

D'ailleurs , le chrétien qui ne s'abuse pas sur la destinée de l'homme et qui met son espérance plus haut que la lerre, accepte les misères d'ici- bas comme un calice d'expiah n ; il s., il que Dieu lui payera en félicités suprêmes la dernière de ses larmes el la moindre de ses douleurs , el il se réjouit d'avoir tant à souffrir. Ou'elle esl donc sublime l'espérance qui produit ainsi la résignation d'esprit, ferme la Louche au muTmure, ouvre le coin aux sacrifices de toutes sorti b . el verse sur les douleurs du temps qui s'envole le baume des consolations éternelles I Quel remède que l'espérance pour l'Ame chrétienne et pieuse ! Comme elle sait réveiller les passions languissantes , calmer les passions tumultueuses, répandre un baume salutaire sur les plaies du cœur, udoui ir les maux de la vie, faire t. nie la douleur ou aimer à l.i supporter ! Oui, l'espérance est le présent qu'un Dieu plein d'amour fait o sa créature ; c'csl l'ange in visible qu'il a envoyé sur la lerre pour qu •

l'âme inquiète se repose el se promène dans la vie à venir, oubliant les maux préseuts. Ce soûl ses prestiges brillants qui bercent doucement notre existence ; l'espérance du bonheur est presque le bonheur lui-même !

Au contraire, voyez celte jeunesse urdente el passionnée, animée par une autre espérance : ayant devant elle l'immensité de l'avenir, elle est assez malheureuse pour assujetlir sa puisée aux choses terrestres, pour aveugler son ;: mou r de manière à !c détourner de son fut en l'enchainantaux jouiss incesde ce monde ; dans son besoin de vivre et de jouir, elle s'y précipite par le désir, elle en prend possession par l'imagination. De là les rêves dores de cet âge , si peu conformes , hélas là la réalité. Ils embellissent son avenir d'illusions , effacent par leurs promesses les déceptions de son cœur, lui cachent sous des fleurs le sentier du tombeau , transforment ses projets en réalités futures. Ainsi l'espérance, quand elle nous trompe, c'est le bonheur d'ici-bas qu'elle nous promet : mais, hélas! n'est-ce point aussi la malédiction pour l'éternité î

Oui, une espérance trop facile dans les jouissances temporelles suppose ignorance et faiblesse de raison : elle jette l'homme dans une activité imprudente et sans fruil. Néanmoins , mieux vaut encore céder à ses entraînements que de ne jamais espérer, le défaut d'espérance amenant le découragement, puis le désespoir qui lue l'activité en lui ôlant son aiguillon.

Quoi qu'il eu soit, l'espérance doit entrer dans toutes les catégorie' des passions que le moraliste mellra en jeu pour adourir les souffrances morales de toute personne qui n'espère plus. Son effet e>l assure pour toutes celles qui la retrouvent après l'avoir perdue ; car, dès qu'il a la foi, l'homme ne désespère plus. 11 mel toule sa confiance eu Dieu, en sa providence, sa boulé, sa puissance, sa miséricorde, et Dieu devient son appui au milieu des plus vives douleurs el de ses plus grandes infortunes. Dès ce moment, ii.ni I il perdrait tout le monte el le monde lui-même, quel que soit son abattement , le suicide est impossible : plus lard il se relèvera de si faiblesse.

Il n'en esl pas loul à fait de même de l'espérance mondaine ; néanmoins elle sera forl bien placée dans toutes les formules des passions que le méJecin moraliste cherche à décider en ceux qui souffre nt. Mais comme elle a ses racines dans le coeur, les fruits qu'elle porte ne sauraient mûrir sans culture. Il faut donc leur redire ch ique jour b-a motifs qu'ils ont d'en concevoir, et chaque jour leur présenter de nouveaux moyens de succès : la douleur vient si souvent détruire tous les effets d'une première persuasion I

11 y a cepcndanl quelques restrictions s faire à cette règle : ainsi, < ans des maladies qui peutent a\ or une terminaison fâcheuse ,

il ne faudrait pas loul d'un coup donner de trop grandes espérances. Quand les f i i t •>

miment les démentir, l'cilït mural est d'au-

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tant plus fâcheux qu'on aurait promis davantage.

Ainsi , dans les souffrances morales et physiques , il faul nourrir l'homme d'une double espérance ; mais lui, loin de soupirer 9près les félicités cèle- les , jelé sur la terre pour y faire un p'us ou moins long, mais toujours pénible pèlerinage , il s'attache le plus souvent dans sa roule aux choses matérielles qui dallent ses sens , il se passionne pour elles , il en désire ardemment la possession et souffre d'en élre privé. D'où il résulte que ses espérances, quand il en a, sont un mélange de joie ei de douleurs, dans lequel la douleur l'emporte souvent. Alors l'espérance ne saurai! êireune vertu, qu'à lu condition de nous faire supporlar avec palienceet résignation les angoisses de l'attente.

Evidemment cela devait être : car est-il Vertueux celui qui, désirant se faire un nom et une brillante position , fait absolument tout ce qu'il est nécessaire de faire pour arriver, et espère dans les moyens , quelquefois bien coupables, qu'il emploie pour atteindre plus facilement le but?

Est-il vertueux celui qui, bercé par un songe d'homme éveillé (Arislote), soupire après mille jouissances, et souffre, tout en Mpérant les obtenir, de ne pas en jouir encore ? Non, car l'espérance ainsi sentie est bien près du vice [Bonaparte), et, loule consolatrice qu'elle es!, elle n'en est pas moins dangereuse, à cause des mécomptes qu'elle nous prépare. Le moindre mal qui en arrive, d.t madame Lambert, c'est de la;sser échapper ce qu'on possède en a tendant ce qu'on désire.

El pourtant, comme le pire de tout est de ne plus rien espérer du présent et de l'avenir en ce monde, mieux vaut, je le répète, céder aux illusions d'une espérance mensongère, que de se laisser aller au découragement dans lequel tom! e nécessairement celui qui n'espère plus. Dans son malheur, il devient sourd à la voix de l'amitié qui console souvent , et à celle de la religion qui console toujours et nous encourage , en nous montrant du doigt une au'.re espérance, celle d'en haut qui ne nous trompe jamais.

Au contraire, c'est l'espérance qui console tous 1rs malheureux; elle pénètre dans I asile de l'infortune, adoucit toutes les douleurs, guérit toutes les souffrances; elle s'assied au chevet du malade et lui promet la santé; olle perce la grille du cacî:ol et parle de liberté aux pauvres prisonniers; elle promet du pain à l'indigence; elle montre à l'exilé sa patrie; elle fait entrevoir sa grâce à celui qu'attend l'échafaud. Elle est le ressort le plus puissant de la société, le remède à toutes les souffrances de l'humanité. Du point de vue où nous l'iivons considérée d'abord, l'espérance est la chaîne qui unit la terre au ciel, en rappelant sans cesse à l'homme ses hautes destinées, le divin héritage que Dieu lui a promis. Aussi roux qui espùrcnlen Dieu sentent-ils leurs forces accroître; on dirait qu'ils volent avec les ailes de l'aigle; ils courent sans que leur ardeur se ralentisse ; ils mur-

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