‹ Dictionnaire des facultés intellectuelles et affectives de l'âme où l'on traite des passions, des vertus, des vices, des défauts, etcChapitre 94 sur 251 · CS · texte numérisé non relu

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on ue peut plus mesurés dans leur langage. Connaissant toulc la valeur cl la portée des expressions dont ils se servent, ils ne peovent ignorer que les mêmes choses qu'un sot peut dire sans c ITenser, offensent nu contraire dans la bouche des hommes d'esprit, et cela parce qu'on ne prend pas garde à <e que dit un sot (il n'y prend pas garde luimême}, et on méprise ;es propos; tandis qu'on pèse chaque parole de L'homme d'esprit. L'un, en voulant offenser, n'offensera pas; par contre, l'autre offense sans le vouloir, l'offense se mesurant toujours à la capacité et an mérite de l'offenseur.

Quoique j'aie avancé (oui à l'heure que je ne dirais pas comment l'esprit s'acquiert, c'est chose par trop connue, je me permettrai cependant quelques observations qui ne sont pas, je crois, sans importance.

En premier lieu, la meilhure manière de faire usage de l'intelligence que Dieu nous a donnée, consiste à l'occuper de la lecture du petit nombre de bons ouvrages écrits par des hommes de cœur ou de talent, ou par des femmes d'une grande raison, d'une vive sensibilité et d'une exquise délicatesse, soit en France, soit à l'étranger. Par ces lertures et par les conversations réitérées que l'on peut avoir avec des personnes ayant un entendement vigoureux et réglé, notre esprit se fortifie et s'étend, au lieu qu'il baisse, s'abâtardit et se perd par la fréquentation et le commerce continuel que nous avons avec l'es esprits bas et maladifs. Il n'est contagion qui s'épande comme celle-là, disait Montaigne.

Une autre observation que nous devons noter, est celle quiest relative au faux jugement que l'on porto communément dans le monde de certains hommes d'esprit, et particulièrement de ceux qui parlent peu en sociélé. Quand ces gens-là, ce qui leur est assez habituel, ne prennent pas part à la conversation, on attribue fort souvent leur silence à l'orgueil, c'est-à-dire qu'on les accuse de ne pas daigner parler devant des personnes qu'ils ne ci oient pas capables d'apprécier leur talent. Dans leur van lé, pourraient-ils prendre la parole et montrer leur capacité, leur facilité, lorsqu'il n'y a pour eux aucune gloire à recueillir?

On va plus loin : on suppose qu'ils n'ont rien de bo:> à dire; que, désirant ardemment de briller et ne le pouvant pas, ils préfèrent se taire plutôt que de montrer leur nullité.

Pour ma pari, j'avouerai que ce jugement â l'égard des gens d'esprit n'est pas toujours injuste; cependant on aurait tort de l'appliquer à tous les hommes qui n'en manquent p i: , la plupart étant de la meilleure compagnie, lit quant à ceux qui oui une réputation usurpée, mieux vaut encore qu'ils se taisent que de ne pas être à la hauteur de leur réputation.

Maintenant, que dirons-nous des gens qui manquent d'esprit? que la plupart sont pardonnables si leur ignorance est involontaire et s'ils savent se connaître, tous les hommes n'ayant pas le même degré d'intelligence; mais si, semblables à ces esprits

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