‹ Dictionnaire des facultés intellectuelles et affectives de l'âme où l'on traite des passions, des vertus, des vices, des défauts, etcChapitre 96 sur 251 · FAI · texte numérisé non relu

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noir : Au secours! je :nc meurs ! — Esl-cl!e folle! répétera-t-on ; et croyant qu'elle exagère, on la bissera s.ins secours. Ainsi les uns sont victimes de l'émeute, les autres de l'incendie, la personne exagéré'1, du manque d'assis'ance : pourquoi? Parce qu'elle a la îépuiaiion de toujours exagérer.

Mentionnons une remarque qui a été généralement faite: c'est que nous n'exagérons jamais plus vo'onlicrs que lorsque nous trouvons des contradicteurs , ou qu'on nou> accuse d'exagération. Cela se conçoit ; car la contrariété aigrit beaucoup le caractère, excite l'imagination, et , pour si peu qu'on soit porté à se laisser aller à sa vivacité ou au désir que l'on a de prouver qu'on n'exagère point, on exagère alors tout de boa. CVst-àdire qu'à moins d'avoir sur soi-même un bien grand empire , on exagère d'auant plus

qu'on s'anime davantage. Du reste , c'e^t chose très-familière aux peuples des provinces méridionales , qui, sans doute à cause de la vivacité de caractère et île celte fougue de l'imagination qui les distingue des autres peuples , sont tellement sujets à exagérer, qu'on les traite tous de Gascons.

Nous devons nous garder de toute exagération ; et fussions-nous nés sur les bords de la Garonne, eussions-nous de grandes dispositions à exagérer, qu'avec un peu de réflexion nous parviendrions à nous corriger de ce défaut. Il suffit, en effet , de réfléchir un instant aux conséquences de l'exagéralion , pour être convaincu qu'en exagérant, on dépasse toujours le but sans jamais l'atteindre , et que, la réputation d'exagérer une fois faite , loul le monde se déGera de nous.

FACHEUX. — On entend par fâcheux un importun qai nous accable de ses assiduités, survient dans un moment où la présence même d'un ami est de trop , et celle d'un ind. lièrent embarrasse ; qui, s'apercevant qu'il vous gêne, ne se presse p s davantage à s'éloigner; qui vous interrompt quand vous dites quelque chose d'important ou de pressé, ou vous embarrasse quand vous faites une chose qui ne doit pas èire différée; qui ne p.'iye pasquand vous rompiez le plus sur l'argent qu'il vous doit; qui, en un mot, fait tout hors de propos.

Ce n'est pas tout encore : le fâcheux entre dans la chambre d'une personne qui vient de s'endormir, et la réveille pour lui parler, l'rêl à partir pour quelque voyage, il se promène sur le rivage , et empêche qu'on ne nielle à la voile, en priant ceux qui doivent s'embarquer d'attendre qu'il ait fini sa promenade. Il arrache un enfant du sein de sa nourrice, lui fait avaler des choses qu'il a mâchées, et le caresse en lui parlant d'une voix contrefaite. A table , il ne f lit aucune dil'fi ulté de raconter à ses convives que, s'étant purgé avec de l'ellébore , il c>l allé par le haut et par le bas. « Ci'lte sauce, t oursuitil, en leur montrant quelque plat , est moins noire que la bile que j'ai rendue avec les excréments. » [Théophrasle.) Bref, sans causer un tort réel à personne, il devient insupportable à tous.

On n'est fâcheux que par un manque d'éducation ; 1 1 c'est un défaut dont on peut se corriger tous les jours en s 'étudiant à co inaitre les moeurs , le caractère et les habitudes des personnes avec qui l'on est o! lige de vivre, ou auprès de <;ui on va faire une démarche. En s'y conformant, on ne devient jamais importun pour elles, à moins que ce ne soit sans le savoir, et alors ce n'est point un défaut, puisque c'est involontaire. Dans tous les cas , ne laire jamais à autrui ce que nous ne voudrions pas qu'il nous fit est un moyen sûr et certain de n'être jamais sciemment et volontairement fâcheux.

FAIBLE, Faiblesse (défaut), Facile. — La faiblesse en morale est une disposition h ibiluelle et passage e de l'âme, qui fait manquer, malgré soi, soit aux lumières de la raison, soit aux principes de la vertu. Les effets de cette disposiiion s'appellent également faiblesse.

Assurément personne n'en est exempt; mais, heureusement pour l'humanité, loul le monde n'est pas également faible et ne le devient pas pour la même cause. Ainsi, le faible du cœur n'esl point le faible de l'esprit; le faible de l'âme n'est pas celui du cœur. Ainsi, une âme faibleest sans ressort etsans aclion, elle se laisse allerà ceux qui la gouvernent : un coeur faible s'amollit aisément, mais change facilement d'inclination; ne résiste point à la séduction, mais l'ascendant qu'on prend sur lui ne peullonglcinps subsister. Deméme l'un se montre faible par timidité, par mollesse ou par crainte de déplaire en affectant trop de rigueur; l'autre est faible parce qu'ayant laissé prendre de l'empire sur lui, il ne peut jamais résister ni à de feintes larmes, ni aux marques d'un désespoir bien joué , ni à do tendres caresses, ni à de séduisantes paroles, etc.; mais, quel qu'en soit le motif, la faiblesse n'en est pas moins un défaut. Heureux encore quand on n'est pas faible par lâcheté. Alors c'est la plus ignoble des faiblesses, et il ne faudrait pas confondre celte avilissante espèce avec les précédentes, l'une n'ayant jamais rien de ril et de repoussant, tandis que les autres peuvent s'allier au vr..i courage. Exemple : Charles IX qui, bien que t.ès-bravc et courageux, se laissa cependant dominer par sa mère.

Du reste, la faiblesse a bien des étag s. Il y a très-loin, chez les gens faibles, de la velléité à la volonté , de la volonté à la résolulion, de la résolution au choix des moyen-, du choix des moyens à l'application. ( /. cardinal de Retz.) Mais, dans aucun cas.il ne faudrait confondre ensemble la faiblesse à faire quelque chose et la facilité avec laquelle on a consenti à la faire. Celte distinc-

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