But des emprunts
Pour se rendre compte de la portée d'un emprunt il convient tout d'abord de considérer son but.
Envisagés, au point de vue de leur but, les emprunts peuvent être divisés en trois grandes classes :
1° Emprunts de guerre, c'est-à-dire contractés pour la guerre ou pour en régler les conséquences;
2° Emprunts pour combler les déficits budgétaires ;
3° Emprunts contractés pour les travaux d'utilité publique.
Les emprunts de guerre ne servant qu'à détruire, ne peuvent avoir que des résultats désastreux pour les finances d'un pays ; nous sommes cependant obligés de constater que, dans la masse des dettes publiques, ce sont eux qui tiennent la plus large place et que pendant longtemps môme ils en ont formé pour ainsi dire le seul élément. Aujourd'hui leur importance est encore très considérable, mais les emprunts de guerre ne sont plus les seuls; à côté d'eux, on trouve pour des sommes importantes des emprunts contractés pour l'exécution de travaux publics ou pour comhler le vide des budgets.
Ces deux dernières catégories d'emprunt sont intimement liées l'une à l'autre, car les découverts budgétaires qui donnent naissance à l'emprunt sont presque toujours, du moins pour une forte part, le résultat des dépenses occasionnées par un développement excessif ou prématuré des travaux publics.
Si l'État crée des routes, construit des chemins de fer, des écoles, etc., et que le produit de ces entreprises joint aux ressources créées en vue de payer l'intérêt des dettes contractées pour leur exécution se trouve insuffisant pour couvrir l'intérê't total de la dépense, le budget se trouvera eu délicit.
Ce fait, lorsqu'il se i)roduit, démontre que les travaux entrepris par l'Étal étaient iiisullisamment ou [)rématurément justifiés et que, par conséquent, il y a lieu, soit de suspendre les travaux commencés, .soit de s'arrêter dans la voie où on s'était imprudemiiHMit engagé jusqu'au moment où des excédents budgétaires venant à se produire, on pourrait utilement les reprendre.
Il n'est pas dit pour cela (jiie toute entreprise de travaux i)uhlics soit inutile ou nuisible si elle ne couvre pas ses frais, seulement dans ce cas l'Étal doit tenir comjite An fait et grou[)er ses travaux en conséquence pour que la moyenne des
produits arrive à compenser à peu près leurs charges annuelles. Dans ces limites les emprunts pour travaux publics peuvent être féconds, mais si l'on dépasse la mesure, si, entraînés par les facilités que donne aujourd'hui l'abondance des capitaux, les gouvernements se précipitent au-devant du crédit pour exécuter à la fois toutes les entreprises qu'ils peuvent concevoir, il en résulte un état de crise des plus dangereux.
On ne saurait trop insister sur les dangers et le côté délicat que présente cette nature d'emprunt. Sous prétexte d'utilité publique, on a confié aux gouvernements la direction d'entreprises industrielles ou financières que l'industrie privée aurait pu réaliser à meilleur compte.
C'est ainsi que certains Jitats, faisant œuvre de socialisme, sont devenus assureur, banquier, fabricant, industriel, et que, comme tels, ils ont dû, au détriment des intérêts privés, prélever sur les capitaux du pays des sommes considérables.