I. HISTORIQUE
L'origine des ministres se confond presque avec celle de la monarchie française. Dès que le pouvoir royal eut acquis un peu de consistance, la royauté sentit la nécessité de s'entourer d'auxiliaires ou conseillers qui l'aidassent à partager le fardeau des affaires. Les maires du Palais sous la première race, et plus tard les grands olTiciers de la couronne, sénéchaux, panetiers, connétables, chanceliers, apocrisiaires, etc., furent jusqu'au xvi® siècle de véritables ministres, aux attributions vagues et confuses, il est vrai, mais dont l'incontestable influence et les prérogatives aussi nombreuses qu'excessives éveillèrent plus d'une fois les craintes des rois jaloux de leur autorité.
Les secrétaires d'Élat dont on s'accorde à faire remonter l'institution à Philippe le bel, qui en créa trois sous la dénomination de clercs du secret (loOO), n'eurent jusqu'au xvi" siècle qu'une faible iulluence. Louis XI essaya bien de leur donner un peu d'iuiportance, lors(iue, pour établir un peu d'ordre dans l'administration, il créa trois départements : affaires d'Ltat, linances et justice, ayant chacun un titulaire chargé de la direction des atfaires; mais cette organisation fut de courte durée, elle subit de nombreuses moilidcalioiis sous son successeur et ce ne fut réelleuKMit que sous Louis XII et Irançois I^', que l'iiislitution des secrétaires d'Etat prit corps certain. Floriniond Robertet, secrétaire d'Elat sous Louis XII, fut le premier, dil-on, qui contresigna les ordonnances du Roi. Henri H (Ixa d'abord à quatre le nombre des secrétaires d'Elat dont l'administration de chacun embrassait une certaine partie du territoire. La division par service ne devait se faire qu'avec le temps et l'expérience, et ce ne fut ([u'au xvii* siècle que les ministères spéciaux comiuencèrenl à s'organiser.
En 1G19, nu seul sccréfairo d'État était chargé dr
la guerre et de toute la correspondance avec les chefs de corps; en 1626, il y eut un ministre des affaires étrangères (Philippeaux d'Herbaut, seigneur de la Yrillière), chargé de diriger toutes les relations extérieures. Mais ce fut surtout sous le règne de Louis XIV que les atlributions des ministres secrétaires d'État furent plus nettement déterminées. Les Alfaires étrangères, la Guerre, la Maison du Roi, à laquelle on réunit les affaires ecclésiastiques, et enfin la Marine, formèreut les départements des quatre secrétaires d'État. Les finances dépendaient du contrôleur général, et la justice du chancelier : il y avait donc, en réalité, six ministères à l'époque de Louis XIV. Les postes, la direction des bâtiments publics, le comoierce, les colonies, les haras, les manufactures , l'instruction publique n'appartenaient spécialement à aucun ministère et étaient rattachés suivant les besoins du moment ou suivant la personnabté du titulaire à tel ou tel département.
Voici, d'après Guyot {Traité des offices, livre I, chap. 79), quelles étaient, en 1787, les attributions des quatre secrétaires d'État :
1" Le secrétaire d'Etat qui détenait le département des affaires étrangères avait aussi les pensions et les expéditions qui en dépendaient. Etaient, en outre, de son ressort : la Guyenne, les intendances de Rayonne, Auch et Bordeaux, la Normandie, la Champagne, la principauté de Bombes, le Berry et une partie de la Brie ;
2° Le ministre de la maison du Roi était chargé des alfaires ecclésiastiques et de ce qui concernait les protestants; il avait dans son département : la ville et la généralité de Paris, le Languedoc, la Provence, la Bourgogne, le Bugey, le Yalromey, le pays de Gex, la Bretagne, le comté de Foix, le Béarn, le Bégoue, la Picardie, le Bourbonnais, l'Auvergne, le Nivernais, la Marche, la Saintonge, l'Aunis, les lies de Ré et d'Oléron;
'à" Du minisire de la marine dépendaient les fortilications des ports, le conmierce maritime, les colonies, les pêches de la morue, du hareng, de la baleine, les consulats et la chambre de commerce de Marseille;
4" Le ministre de la guerre avait dans son déparlement : les maréchaussées, l'artillerie, les fortilications des places de guerre, les haras, les postes et les états-majors; toutefois, les gouverneurs généraux, les lieutenants généraux et les lieutenants du Roi ne dépendaient pas de ce ministre. Celte éuuniération succincte sullit à montrer combien les atlributions des divers ministres étaient encore vagues et confuses à l'époque de la Révolution française.