Opportunité du moment pour emprunter
Quel est le moment le plus favorable pour contracter un emprunt'^ Cette question est très difficile à résoudre et on aurait grand'peine à établir des règles précises à ce sujet.
Lorsque les affaires vont mal dans un pays, les capitaux ne trouvent pas d'emploi ; ils deviennent inactifs et par conséquent abondent sur la place en attendant la reprise des all'aires ou l'occasion de s'employer utilement et sans risques. Dans cette situation il est tout naturel que les capitalistes en quête de placement s'empressent de souscrire à un nouvel emprunt, surtout lorsque les titres qui leur sont remis peuvent avoir un marché suffisant pour leur permettre de les réaliser facilement le jour où ils auraient besoin de leurs capitaux pour leurs propres affaires.
Si, au contraire, les affaires vont bien, si l'industrie, le commerce réalisent beaucoup de bénéfices, les capitaux, bien que raréliés par la recherche dont ils sont l'objet, ne craindront pas de s'engager dans un nouvel emprunt, afin de profiter des bénélices que donne généralement une opération de cette nature aux premiers souscripteurs. Quand on réalise des bénéfices, quand le commerce et l'industrie sont prospères, les capitaux peuvent être plus exigeants, mais si on leur offre un intérêt élevé et des garanties sufîisantes, ils ne craignent pas de se placer dans les emprunts d'État.
De ce qui précède on pourrait conclure que le temps est toujours propice pour emprunter, ce qui est faux, aussi les conditions attachées aux emprunts ont-elles toujours une grande importance, car ce sont elles qui décident et du succès et du moment.
Si le taux de l'intérêt courant est bas, il est certain que les capitaux rechercheront avec empressement un emploi plus rémunérateur que celui qu'ils trouvent dans les affaires et si l'État leur offre un intérêt supérieur à l'intérêt courant, il a toutes chances de voir son emprunt couvert. Mais
EMPRUNTS
EMPRUNTS
il se peut que le bas intérêt des capitaux ne soit que le signe visible de la méfiance et de l'inquiétude que leur inspire la situation économique et politique dupays.Sirintérèt est élevé, l'État sera plus difficilement disposé àoÊfrirà ses préteurs un intérêt aussi haut que celui qui se cote sur les marchés et dans ce cas les capitalistes préféreront employer leurs fonds aux cours cotés plutôt que de subir rabaissement d'intérêt que leur ofTrirait un emprunt d'Éiat; mais là encore on peut se tromper, car le haut prix de l'intérêt peut être aussi un si^^ne de méfiance. Les aflaires vont bien, mais les engagements du commerce ont peut-être dépassé le but ; de là l'inquiétude et la crainte qui empêcheront les capitalistes d'exposer de nouveau, même temporairement, leurs capitaux aux risques des alTaires. De là l'intérêt élevé auquel ils sont cotés. Dans ces conditions, il est à supposer que, quoique l'intérêt courant soit élevé, les capitaux accueilleront favorablement l'émission d'un emprunt d'État qui leur donnei'a la siîreté dont ils manquaient.
Le choix de l'époque pour l'émission d'un emprunt est donc une question d'étude et de tact pour laquelle il n'est point de régie définie.
7. L'emprunt doit-il être fait à l'intérieur ou à l'étranger ?
Tous les États qui empruntent doivent ajouter un intérêt ou une prime aux titres représentatifs de leurs dettes afin de rapprocher autant que possible le titre du pair de la monnaie. Suivant leur crédit cet intérêt, cette prime doivent être plus ou moins élevés. De là on peut conclure que plus le rendement d'un emprunt en intérêt est faible, plus le crédit de l'État est fort et moins ses titres circulent à l'étranger, tous ou presque tous restant dans la circulation du pays emprunteur.
Au contraire, les titres d'emprunt donnant un intérêt élevé démontrent le peu de crédit dont jouit le gouvernement qui emprunte dans son propre pays et dès lors c'est l'étranger, attiré par l'attrait d'un intérêt élevé, qui achète les titres. Mais au fur et à mesure que l'ordre s'établit dans les finances d'un tel Éiat, ses titres rentrent chez lui; d'oii le principe que moins un État a de titres placés à rétranger, mieux il vaut comme crédit.
Faut-il dés lors appeler l'étranger à la souscription des emprunts ou les en écarter?
Tout emprunt fait exclusivement dans l'intérieur du pays a pour résultat d'allecter le taux général de l'intérêt des capitaux, l'endant que l'État cherche à emprunter, les capitalistes convoitent euxmêmes les sommes disponibles afin de s'en servir pour souscrire à l'emprunt; c'est cette compétition qui provoque au moins pour un certain temi)s la hausse de l'intérêt. D'où le principe que l'État qui emprur.t(' a toujours avantage, quand même il jouirait du meilleur crédit, à faciliter dans la plus large mesure l'accession de ses emprunts aux ca- Iiitaux étrangers.
Il n'est pas, en effet, d'appel au crédit d'une certaine importance qni ne produise une surélévation momentanée du loyer de l'argent et ne suscite une certaine agitation du marché monétaire, mais jiius le ciiamp d(; cette agitation S(;ra vaste, moins elle sera forte et, au lieu de soulever une vague énorme sur un seul point, elle ne fera plus affluer qu'une crue légère sur toute la surface et tout naturellemenl lus effets de l'ap|)(i au crédit se feront moins .sentir.