V. OPÉRATIONS A PRIME
Jusqu'ici nous n'avons parlé (jue d'affaires se terminant par le paiement et la livraison des titres ou par le paiement de différences, c'est ce qu'on appelle marchés /'firmes. Dans ces sortes d'opérations, la perte de l'acheteur est illimitée ; il peut éviter ce danger par des achats à prime qui consistent dans la faculté de renoncer à un marché moyennant l'abandon d'une somme convenue appelée prime. Ce droit n'appartient qu'à racheteur, le vendeur ne peut en aucune façon limiter sa
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perte. Les primes se cotent : en liquidation, tin courant, fin prociiain. Dans le langage technique, on dit une prime dont 5, dont 10, ce qui signiiie que le marcliè peut se résoudre par l'abandon au vendeur de 5 ou 10 fr. par titre. Une prime est d'autant plus élevée que la date de réalisation du contrat est plus éloignée.
Les cours à prime sont toujours plus élevés que les cours du ferme et le montant de la prime est d'autant plus élevé que le cours des primes se rapproclie davantage de celui du ferme. La différence entre le cours du ferme et des primes et entre les cours des primes entre elles s'appelle écu7-t des primes.
Pour faire comprendre le mécanisme des primes nous allons citer quelques exemples :
On acliète des actions du Crédit lyonnais à 810 dont 5 ; en liquidation elles ne valent pas 802 ; on abandonne la prime, car on ne perd que 5 fr. au lieu de 8 fr. par titre. Si, au lieu de valoir 802, elles montent à 805, on peut ou lever les titres et se liquider, ou abandonner le marché ; dans les deux cas la perte est de ô fr. Ou dit qu'on est à sou pied de prime. Le pied de prime est la différence entre le cours auquel on a acheté et la prime. Si le pied de prime est dépassé on lève les titres, la perte dans ce cas est inférieure à la perte résultant de l'abandon de la prime.
Les opérations à prime servent à diminuer les risques des opérations fermes.
On a acheté ferme du Crédit lyonnais à 802 ; pour se couvrir en cas de baisse, on vend le même nombre de titres à 813 dont 5. Si la baisse se produit, la prime sera abandonnée et on sera garanti à coucurrence de 5 fr. ; si la hausse a lieu et que la prime soit levée, on gagnera la différence entre 802 et 813. Quelquefois on se couvre d'un achat ferme par la vente du double à prime ; dans l'exemple précédent on serait garanti de la baisse à concurrence de 10 fr., mais si la hausse a lieu, on reste vendeur à découvert pour tout ce qui dépasse l'achat fenne ; cette spéculation est dangereuse.
L'opération précédente d'un achat ferme couvert
par une vente a prime s'appelle /e/7?je contre prime.
On peut concevoir l'opération inverse, une vente
feiTue et un achat à prime, ce dernier ayant pour
but de garantir contre la hausse.
Par exemple, on vend ferme des actions du Crédit lyonnais à 802, mais, craignant la hausse, on les racliéte à prime à 813 dont 5, la perte est nécessairement limitée à il fr. en cas de hausse; en cas de baisse le gain sera la différence entre la baisse et les 5 fr. de prime. Cette opération se nomme prime contre ferme.
On peut également opérer prime contre prime, acheter par exemple une prime dont 10 et vendre une prime dont 5. Si le Crédit lyonnais vaut 802 fr. ferme, 806 fr. dont 10 et 813 fr, dont 5, en achetant une prime dont 10, on peut espérer que la hausse atteindra ce cours et restera inférieure à 808 fr. ; dans ce cas les titres achetés seront levés et la prime des titres vendus abandonnée. Si la baisse se produit et que toutes les primes soient abandonnées, la perte est réduite à 5 fr. ; enfin, si le cours dépas.se 813 fr. et atteint par exemple 815 fr., le spéculateur gagnera la didïrence entre 808 et 815 et perdra seulement Ja diUérence entre 813 et 816.
La spéculation à prime peut s'élendre beaucoup plus loin et constituer ce que l'on appelle une
échelle de primes. Dans l'exemple précédent, au lieu d'acheter et de vendre une seule prime, on peut eu acheter et en vendre deux, trois ou un plus grand nombre, le principe est toujours le même. Les spéculateurs qui se livrent à cette pratique s'appellent écheliers. Une échelle de prime doit toujours être combinée de manière à limiter la perte.
La veille de la liquidation a lieu la réponse des primes, c'est-à-dire la notification par les acheteurs de leur volonté de maintenir ou de résilier leur marché.
Nous avons très sommairement indiqué les règles du jeu de bourse, rien n'est plus dangereux qu'un pareil jeu, mieux vaut risquer son argent à la roulette. En effet, à la roulette on est en face de chances connues et qu'on peut calculer ; à la bourse on est en présence d'adversaires qui mènent la partie comme ils i'entendent. On attribue une influence dominante aux questions politiques ; en réalité elles en ont très peu, ceux qui mènent le marché sont les grands capitalistes ou du moins les gros joueurs qui, en dehors de toute logique et de toute raison, font coter des cours qui déroutent les combinaisons en apparence les plus sages et les mieux conçues.
Pierre des Essars.
Bibliographie.
Jeannotte-Bozehian, La bourse, ses opérations, ses opérateurs. Dictionnaire de la bourse et de la banque. Arinuaire des valeurs cotées à ta bourse. Manuel des agents de change.
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